En 2010, les banquiers reprennent leurs mauvaises habitudes

banquierLes banquiers ont repris leurs mauvaises habitudes: celles de décider entre eux ce qui leur semble « juste » pour la finance mondiale. Ainsi ce week-end, banquiers centraux et dirigeants des principales banques privées se sont réunis dans la plus grande discrétion à Bâle. Pour discuter de quoi? Difficile de le savoir exactement, puisque ni la liste des participants, ni l’ordre du jour n’ont été officiellement rendus publics. Les différentes fuites laissent cependant à penser que le gratin de la finance mondiale a passé le week-end dans les locaux de la banque des règlements internationaux (BRI). Jean-Claude Trichet, pour la Banque centrale européenne (BCE) et Ben Bernanke, pour la banque centrale américaine (la FED), étaient bien présents pour discuter avec les dirigeants des principales banques privées mondiales comme Deutsche Bank, Citigroup ou encore HSBC.

L’opacité de cette rencontre interpelle. En tant que parties prenantes, les banques privées doivent être consultées dans le cadre de la réforme de la régulation du système financier. Pourquoi dans ce cas une telle discrétion alors que cette rencontre n’a rien de choquant en soi? Difficile à expliquer. S’il s’agit de rappeler à l’ordre des banques défaillantes dans le contrôle de leurs risques, un rappel individuel confidentiel ou public se justifie. S’il s’agit d’un comportement collectif des banques, discuter de manière confidentielle avec elles ne semble pas d’une grande utilité… Ce ne sont pas les banques privées qui vont défendre des mesures qui viendraient au final diminuer leur rentabilité et par conséquent les salaires de leurs dirigeants ou les dividendes de leurs actionnaires.  Le dialogue entre banquiers privés et régulateurs implique donc une certaine distance. Or, seule la transparence peut garantir aux citoyens et aux décideurs publics le fait que les régulateurs conservent la distance nécessaire vis-à-vis des banques privées. Un enjeu crucial car la faillite de la régulation bancaire actuelle est en partie liée à l’influence trop importante des banques privées dans la définition de leur propre régulation. Les banquiers centraux, en charge de la future règlementation bancaire internationale, doivent donc changer leurs habitudes.

Un enjeu d’autant plus important que les recommandations publiées mi-décembre par le comité de Bâle font actuellement l’objet de consultation et seront très probablement reprises par la Commission européenne. En effet, celle-ci, faute de volonté politique mais aussi de ressources humaines et techniques, s’est contentée jusqu’à présent en matière de régulation bancaire, de reprendre directement les recommandations du comité de Bâle. Quand il s’agira de voter ces futures directives, il est essentiel que le Parlement européen puisse connaître la nature des débats à Bâle afin de juger du niveau de prise en compte du discours du lobby bancaire dans les recommandations émises par les régulateurs mondiaux.

L’audition des nouveaux commissaires européens aura lieu tout au long de cette semaine à Bruxelles. Auditions qui devraient fournir un début de réponse sur la volonté politique du nouveau commissaire en charge du marché intérireur et notamment des services financiers, Michel Barnier, de peser sur les discussions en cours sur la régulation financière. Une affirmation du pouvoir politique nécessaire pour sortir de ces tête-à-tête entre banquiers où les intérêts des banques priment sur les intérêts des citoyens et des entreprises.

Pascal Canfin (blog)

Voir aussi : Rubrique Finance : Kerviel dénonce la Société Générale, La spéculation attaque l’UE par le Sud, Les banquiers reprennent leurs mauvaises habitudes, Le Sénat américain  adopte un paquet de dépense, crise entretien avec Frédéric Lordon,

Rester mesurés face à la menace du terrorisme

scanner-pro-visionSi la menace d’attentats est réelle, certaines réactions n’en restent pas moins controversées. La presse européenne estime que la sécurité absolue n’existe pas, et qu’il ne sert à rien de collecter des données ou de supprimer les droits des citoyens.Extraits des publications suivantes: Der Standard – Autriche, El Mundo – Espagne, New Statesman – Royaume-Uni

Der Standard – Autriche

Qu’apportent des mesures de sécurité renforcées comme les scanners corporels dans les aéroports, se demande Der Standard : « Même si l’on fait preuve de beaucoup de compréhension en faveur des mesures sécuritaires, il est intéressant de considérer les éléments dont ont été amputés nos droits personnels ces dernières années – et le mutisme croissant qui a gagné leurs défenseurs. En 1997, le flicage informatique et les mises sur écoute clandestines étaient encore considérés pratiquement comme des pratiques scandaleuses. Mais après les attentats du 11 septembre s’est progressivement imposée l’idée selon laquelle quelqu’un qui n’a rien à cacher n’a rien à craindre non plus. Qu’apporte cependant le renforcement des mesures de sécurité hormis d’absurdes collectes de données ? Dans le cas du terroriste nigérian intercepté : rien. Ses parents avaient prévenu les autorités, mais celles-ci cherchaient probablement une aiguille dans une botte de foin. » (08.01.2010)

El Mundo – Espagne

La sécurité absolue n’existe pas face au terrorisme, même si l’on supprime tous les droits des citoyens, estime le quotidien conservateur El Mundo : « Si le monde démocratique se transformait en Etat Big-Brother de type orwellien, ce serait une victoire des fondamentalistes musulmans. C’est aux citoyens d’accepter le fait que ni la sécurité absolue ni le risque zéro ne peuvent exister. C’est ce qu’a montré l’expérience très critiquée menée par la police slovaque il y a quelques jours. Celle-ci avait dissimulé secrètement des explosifs dans la valise d’un de ses compatriotes qui avait pris l’avion pour Dublin, sans que ceux-ci ne soient détectés par les nombreux contrôles. Les Etats-Unis comme les Etats de l’UE doivent renforcer leurs mesures en vue de réduire les risques. La seule chose dont on est sûr, c’est qu’elles resteront insuffisantes tant qu’Al-Qaida ne sera pas complètement vaincu. » (08.01.2010)


New Statesman – Royaume-Uni

La peur du terrorisme est irrationnelle et exagérée, estime Mehdi Hasan dans l’hebdomadaire New Statesman. Il serait préférable de garder la tête froide : « Il n’existe aucun scanner, aucune technologie, aucune mesure de sécurité qui nous protège complètement du terrorisme. Le problème du terrorisme ne peut pas non plus être résolu militairement. Ce dont nous avons besoin, c’est de patience, de persévérance et d’un sens de la perspective historique. Lors de mes rencontres avec les ministres et les fonctionnaires [dans le quartier du gouvernement] à Whiteall, je vois souvent des affiches de la Seconde Guerre mondiale derrière les portes, portant la devise : ‘Keep calm and carry on’ [Rester calme et continuer]. Nos dirigeants devraient se montrer suffisamment sages pour suivre ce conseil, peut-être même l’adopter comme résolution de nouvel an. Rester calme. Continuer. » (08.01.2010)

La Bulgarie courbe l’échine devant la mafia

Boris Zankov, un ancien journaliste radiophonique bulgare et auteur d’investigation sur la mafia a été abattu mardi en pleine rue dans le centre de Sofia. Dans son blog, Ivo Indjev s’énerve de l’affirmation du ministèreliberte_press_notepad de l’Intérieur selon laquelle il obtiendrait des résultats dans la lutte contre le crimine organisé et soupçonne même l’Etat de protéger cette dernière : « Dans ce contexte, la déclaration du ministre de l’Intérieur [Zvetan] Zvetanov à la radio nationale bulgare, quelques heures avant la fusillade, selon laquelle la descente de police contre ‘les insolents’ [surnom donné à un groupe de ravisseurs connus] aurait permis de porter un coup au crime organisé, est vraiment embarrassante. Il s’est avéré que ‘les insolents’ sont irrespectueux. Au contraire : ce sont nous, contribuables, électeurs, qui les respectons. … Il n’y a pas de pires criminels que ceux qui bénéficient de la protection de l’Etat. »

Le rejet du gouvernement de Karzaï n’est pas un hasard

Quelques semaines avant la conférence sur l’Afghanistan de Londres, le pays est toujours dépourvu de véritable gouvernement : le Parlement a rejeté deux tiers des candidats présentés par le président Hamid Karzaï. Ce n’est pas un hasard si Karzaï est victime de la vengeance des députés deux semaines avant son examen international, estime le quotidien progressiste de gauche Frankfurter Rundschau : « Une personne sur deux figurant sur la liste gouvernementale a rendu de grands services à Karzaï lors de la campagne électorale. A l’instar du chef local de Herat, Ismail Khan, qui devait en récompense rester ministre de l’Energie, mais qui a été recalé en compagnie de 16 autres candidats. … Le Parlement entre dans une pause hivernale de 45 jours à partir du 5 janvier. Alors que les députés remettaient Karzaï à sa place, ils sont en même temps restés fidèles à l’échéancier électoral de l’Afghanistan. Malgré tous les doutes des Etats de l’OTAN, des élections législatives doivent avoir lieu le 22 mai. Le coût de ces élections est estimé à plus de 30 millions d’euros, et on ne sait pas encore vraiment qui va financer cette somme. »

Frankfurter Rundschau (Allemagne)

Axel Odelberg : le 11 septembre début d’une nouvelle ère

 

Axel Odelberg

Les attaques terroriste du 11 septembre 2001 supplantent de plus en plus des évènements historiques majeurs comme la fin de la Seconde Guerre mondiale ou la chute du mur de Berlin, estime l’écrivain Axel Odelberg dans le quotidien Svenska Dagbladet : « Le 11 septembre marque de plus en plus nettement le début d’une nouvelle ère. En Afghanistan et en Irak ont lieu actuellement deux guerres qui ont un lien direct avec l’attaque terroriste. Le conflit entre Israël et les Palestiniens, où il a toujours été question de terre et de biens, a pris dans les deux camps les traits de l’extrémisme religieux. … Le 11 septembre a empoisonné l’atmosphère et créé un sentiment de défiance générale à l’égard des musulmans, et ce non seulement parmi les xénophobes notoires, mais aussi parmi des individus tout à fait normaux, ouverts et xénophiles. … Dans les années 1970, les Brigades rouges et Baader-Meinhof ont tenté de créer une situation révolutionnaire en instillant la défiance envers l’Etat démocratique. Ils ont échoué. Osama Ben Laden a connu un succès bien plus important. La défiance envers le monde musulman croît, et par la même, celle des musulmans envers le reste du monde. L’effondrement des tours du World Trade Center fait de plus en plus d’ombre à la chute du mur de Berlin. »

Svenska Dagbladet – ( Suède)