Sadeh21 de Ohad Naharin le directeur de la Batsheva dance company.
La grande force d’expression et d’imagination de Sadeh21 du chorégraphe Ohad Naharin a séduit le public du Corum à Montpellier.
C‘est un rectangle qui évoque indistinctement le bout du monde, la cours de récré, ou celle d’une prison. Un rectangle qui tient lieu de territoire pour les danseurs de la Batsheva company dont le savoir-faire fait briller l’étoile du spectacle vivant de Tel Aviv.
Un à un les 17 danseurs traversent l’espace panoramique, l’impriment corps et esprit confondus, puis s’estompent dans le noir latéral. Comme au cinéma, le rythme des sorties de champs entraînent de nouvelles entrées de sorte que c’est un peu la bobine du monde tournant sur lui-même qui défile sous nos yeux. Un monde où l’humain se contorsionne sous la pression. Les tableaux successifs obéissent alternativement à un mode numérique, érotique, onirique qui monte en puissance. Solos, duos, trios, groupes se croisent dans un infini des possibles ou des impossibles.
La limpidité formelle des mouvements se perd dans la vitesse comme les corps, singuliers et mêlés, libres et dépendants, tendres et violents qui disparaissent dans le vide en fin de partie. Ohad Naharin est un maître de la fusion. Il forge dans les corps avec l’instinct du geste maîtrisé qui trace le signe calligraphique. Le directeur de la Batsheva, instaure une esthétique soignée dans un climat de haute tension qui pousse l’émotion.
JMDH
Source L’Hérault du Jour La Marseillaise 20/12/2013
La ville de Lodève et la communauté de commune lodévois Larzac cultivent leur inscription dans une dynamique de développement culturel. La ville s’appuie sur ses atouts naturels, qualité de l’environnement, diversité de la population, proximité de la capitale régionale… pour élargir un réseau qualitatif de relations méditerranéennes notamment avec le festival de poésie. Si la volonté politique, inscrite dans la durée, a permis une concrétisation structurelle à travers des actions de rénovation patrimoniale comme le monument aux morts de Paul Dardé ou l’agrandissement du Musée Fleury dont le calendrier s’adapte aux problématiques budgétaires*, elle n’en délaisse pas moins la force de proposition en matière d’offre culturelle.
L’exposition – hors saison touristique – autour de la collection Arkas qui débute aujourd’hui illustre le bien-fondé des liens que Lodève entretien avec la Méditerranée. Elle est le fruit d’une rencontre lors de l’expo Théo Van Rysselberghe (2012), entre la conservatrice en chef du Musée Ivonne Papin-Drastik et le collectionneur franco-turc Lucien Arkas. Armateur, mécène, amateur de peinture féru d’histoire et diplomate à ses heures, Arkas, présent à Lodève pour la première grande sortie de ses oeuvres, est une figure éminente de la ville d’Izmir dont il est originaire, et du monde des affaires. «La Turquie et la France entretiennent des relations d’amitié depuis François 1er. Celles-ci se sont poursuivies même après la campagne d’Egypte », explique Lucien Arkas. Ses premières acquisitions remontent à une quinzaine d’années. Bien qu’encore jeune, la collection qui s’étend de 1830 à 1950 s’inscrit comme un pont entre la peinture française et les artistes turcs. Elle réunit déjà 1 300 peintures où se croisent de grands noms de la peinture tels que Braque, Toulouse-Lautrec, Renoir, Signac… Mais c’est le post-impressionnisme qui constitue le coeur de la collection et permet de découvrir à Lodève de talentueux artistes comme Maximilien Luce, Henri Martin, Louis Bousseret, Louis Anquetin… n’ayant pas bénéficié de la renommée des grands maîtres.
« Je suis francophile et j’aime la beauté. C’est ainsi que j’ai débuté ma collection. Je ne pensais pas que cela prendrait une telle ampleur, confie l’amateur d’art. Une bonne partie de ce qui est exposé ici était exposé chez moi à Ismir, mais pourquoi les garder pour soi ? » L’exposition proposée au Musée Fleury est le fruit d’une histoire. Celle de la rencontre d’une ville moyenne et d’un collectionneur qui se retrouvent sur des valeurs communes de plaisir partagé. « Travailler avec vous sur cette exposition nous a permis d’enrichir notre travail scientifique sur certaines pièces », affirme le commissaire associé Karoly Aliotti.
« Le prêt conséquent que vous avez consenti et le choix du Musée de Lodève pour une première exposition nous honore », réplique Ivonne Papin. Le résultat de cette association est tangible lors de la visite. L’expo propose des thématiques et certains cabinets d’un grand intérêt comme celui des nus, (Valadon,Manguin Kisling…), des paysages (Bates, Serusier, Sidaner…) ou les oeuvres orientalistes (Edouard Richter, Max Bredt). Une expo de goûts partagés, pas engoncée dans l’orthodoxie muséale.
JMDH
Source L’Hérault du Jour 19/12/2013
* La première phase des travaux du Musée de Lodève devrait se conclure en juillet 2016.
On l’avait compris et Mathieu Bauer, qui met en scène, l’avait précisé : en adaptant le livre d’entretiens de Legs McNeil et Gillian McCain, Please kill me au théâtre, il ne s’agissait pas de reconstituer un concert punk. Ce bouquin feuilleté sur la scène du Rockstore sert de matière première. Les anecdotes des protagonistes célèbres qu’il renferme, suffisent à faire rêver. Elles nous propulsent au coeur d’un univers de dingue peuplé d’hallucinés, des Stooge aux New York Dolls, en passant par MC 5 Télévision, Ramones ou les Talking Heads. On croise des figures singulières comme Lou Reed, Sid Vicious ou Malcom McLaren… Il est même question de cette étrange et historique collision entre l’underground new-yorkais et le punk anglais. Désœuvrement d’une jeunesse dont tout le monde se foutait aux States et lutte des classes en Angleterre. Deux visions témoignant surtout d’un état d’esprit, que les acteurs ne visent pas à faire revivre. Et c’est tant mieux.
« La musique punk ce n’est pas ma tasse de thé » considère Mathieu Bauer qui revendique une esthétique de la fragmentation. La mise en scène joue habilement sur les tableaux mythiques pour passer de l’extrême au convenu en réduisant le fossé qui sépare le théâtre des scènes nationales des concerts trashs. Sur scène les rixes ne sont pas crédibles, pas plus que l’arrachage de Tee-shirt. Bref, ça manque un peu de rage authentique. Le play-back et le sens de l’auto-dérision sont salvateurs. Le long plan cinématographique final est très réussi. Entre célébration et implication, le public campe un peu entre deux chaises. Il est jeune et semble percevoir le décalage entre l’intensité vécue par les jeunes à cette période et le patinage actuel. Punk is dead. Aujourd’hui les aspirations de la jeunesse prennent bien d’autres formes mais savons-nous bien lesquelles ?
« Chibanis la question », le projet lauréat du prix de l’audace artistique et culturel de l’EN poursuit sa route
Le projet lancé par Uni’sons avec la Caravane Arabesque allait de soi comme les caravanes qui passent et traversent l’histoire avec un grand H. Dans leurs sillages, il y a des vies qui glissent de nos mémoires un peu comme les mirages économiques qui justifient l’austérité, jusqu’au jour où le pays se déclare dans l’incapacité de rembourser sa dette ou dans l’incapacité de reconnaître le travail des hommes qui ont fondé son existence. C’est précisément le sort des Chibanis en France.
Ce sont ces vies qui se poursuivent dans l’oubli du monde et des villes aveugles que le photographe Luc Jennepin met en lumière actuellement à la médiathèque Jean-Jacques Rousseau jusqu’au 21 décembre.
Une juste émotion
Le projet est itinérant, à la croisée de l’histoire, de l’action culturelle et de la démarche artistique (photographique, musicale et littéraire). Il présente l’intérêt de circuler à l’intérieur des villes étapes pour trouver d’autres témoins muets de cette histoire perdue loin de ses racines. Après Montpellier où il a vu le jour dans le foyer d’insertion Adoma, le projet partira dans toute la France. Il est attendu dans des espaces prestigieux de l’architecture contemporaine à Toulouse, Marseille, Bordeaux, Lyon, Nantes, Paris et s’enrichira à chacune des étapes de nouveaux portraits.
Grand amateur d’aventure sans frontière, le clarinettiste Louis Sclavis a créé une bande dédiée aux Chibanis. Les plumes de Nasser Djemaï, Magyd Cherfi, Pascal Blanchard, sont également mobilisées autour de Chibanis la question qui trouve ainsi un relais littéraire. Il suffisait d’aller à leur rencontre, les acteurs de cette aventure l’on fait avec un esprit juste et beaucoup de talent.
Beckett transforme et retrouve le sens de l’altérité
« Têtes mortes » , au théâtre de la Vignette, mise en actes par Marie Lamachère.
Marie Lamachère et la Cie Interstices mettent en voix actuellement à la Vignette de Montpellier, Têtes mortes de Samuel Beckett. Un recueil de cinq textes non théâtraux tirés d’un ouvrage abandonné.
La démarche vaut le déplacement pour découvrir ces fragments de prose écrits en anglais en 1956 par l’auteur de Fin de partie. Elle rejoint à bien des égards la critique de Badiou : « Il faut répudier les interprétations de Beckett qui passent à travers la mondanité nihiliste du clochard métaphysique. Ce dont Beckett nous parle est beaucoup plus pensé que ce désespoir de salon. »
Fidèle à sa recherche autour de l’acteur, Marie Lamachère passe de la pensée à une mise en pratique théâtrale aussi périlleuse qu’intense à travers un rapport au langage qui répudie les automatismes. Les acteurs se délestent de tout présupposé pour jouer sur les mots, leur sens, le temps. La défiance adoptée à l’égard des règles habituelles du langage ouvre en grand l’espace d’interprétation des signes linguistiques cher à Saussure.
C’est souvent en repoussant les dogmes que l’on parvient au sacré, ou du moins à de nouvelles formes, loin de la représentation du fameux clochard métaphysique. On est touché, interpellé dans notre « conscience agissante ». « Beckett est redoutable, affirme Marie Lamachère, il défait les points d’adhésion identitaires du langage ».
Et nous voilà transportés plus loin dans le rien, ou le presque rien. Quand la notion rituelle se dissout, reste à nager ou à périr noyé.
JMDH
Le troisième volet est interprété ce soir par Damien Valero à 19h15 au Théâtre de La Vignette. Tel : 04 67 14 55 98.