Festival. Salif Keita reforme le groupe mythique malien Les Ambassadeurs pour un soir de feu à Fiest’A Sète.
C’est un concert historique que nous a offert mardi le festival Fiest’A Sète avec la soirée Africa évolution ! Et pour une fois, l’adjectif historique tendant assez couramment à exprimer nos satisfactions pour un spectacle, n’est pas dévoyé.
Après la prestation de Vaudou Game portée par le talentueux togolais Peter Solo dont la formation a chauffé la scène, sans pour autant établir l’ordre hystérique que requiert la vénération des génies et esprits ancestraux, l’arrivée des Ambassadeurs a produit le choc émotionnel que le public averti et populaire de Fiest’A Sète était venu trouver.
La reformation exceptionnelle des Ambassadeurs (nés en 1970) par le chanteur et artisan de la paix Salif Keita, a produit un de ces moments qui restent le rare apanage des grandes rencontres. A ses côtés, le virtuose du clavier Cheick Tidiane Seck, complice de Charlie Parker et de John Coltrane, entre autres, éclaire la scène de son sourire généreux tandis que ses doigts volent sur le clavier.
La guitare rythmique imperturbable d’Idrisse Soumaoro, et celle du Guinéen Ousmane Kouyaté l’un des plus célèbres guitaristes (et joueur de balafon) de l’Empire Mandingue font des miracles, alliées à la technique de frappe précise et détachée du percussionniste elles puisent dans le temps pour faire ressentir la raison d’être de la musique. Avec un sourire impayable, celui-ci confie à sa sortie de scène qu’il n’avait pas joué depuis trente ans. L’ensemble accueillait pour l’occasion de plus jeunes, et grands musiciens, comme Amadou Bagayoko autres ambassadeurs (du Programme Alimentaire Mondial), avec sa compagne Mariam.
La plupart des grands messieurs de la première génération présents mardi à Sète, ont fait leurs classes musicales à l’Institut National des Arts de Bamako, avant de rejoindre au début des années 70 le mythique Super Rail Band du buffet de la gare de Bamako, haut lieu de rencontre sur l’unique voies ferrées reliant Dakar à Bamako.
Instrument de la colonisation, le train sera aussi une ligne de résistance, avait souligné, un peu plus tôt à la médiathèque de Sète, Franck Tenaille lors d’une remarquable Tchaches musicales sur les années de l’indépendance. Dans les années 60, l’Afrique musicale précède l’Afrique politique Le Super Rail Band fera notamment connaître les chanteurs Salif Keïta et Mory Kante. Les Ambassadeurs y ont vu le jour avec la mission d’affirmer l’identité culturelle niée par la colonisation.
Quarante cinq ans plus tard, la situation politique reste trouble au Mali et la musique demeure attachée aux valeurs de l’espoir qu’elle sait partager.
Fiest’A Sète allume le Théâtre de la mer de mille couleurs jusqu’à vendredi. Ce soir Africa évolution.
Après un vibrant hommage à RKK à la Ola samedi, Fiest’A Sète a retrouvé depuis dimanche le Théâtre de la mer afin que le meilleur de la musique vivante prenne possession de nos esprits. Dimanche démarrage sous le signe féminin avec les jumelles de Ibeyi et les chanson ciselées de Yael Naim.
La place a été chauffée hier par Mulatu Astatke et Mahmoud Ahmed & Badume’s Band, tout simplement ce qui se fait de mieux en matière de musique éthiopienne. Le festival poursuit son travail d’orpailleur en Afrique de l’Ouest avec la soirée de ce soir où l’on pourra écouter Vaudou Game, un combo franco-togolais propulsé par Peter Solo, qui mêle les esprits bienveillants au groove psyché et fait tourner les compas à l’envers.
Salif Keita reforme les Ambassadeurs pour un soir à Sète. Photo DR
On touche le mythe avec le second groupe de la soirée, Les Ambassadeurs, reformés exclusivement par Salif Keita pour un concert unique. Un moment où la musique rejoint l’histoire. Ce retour de la grande famille malienne associe les membres originaux et de prestigieuses étoiles comme Cheik Tidiane, Seck et Amadou Bagayoto. Une renaissance à ne pas manquer.
Invitée au Festival Voix Vives à Sète, la poétesse iranienne Roja Chamankar est une des voix émergentes de la littérature persane. Roja Chamankar est née en 1981 à Borazjân, au sud de l’Iran, après des études de cinéma et de littérature à Téhéran, elle prépare un doctorat de littérature persane à Strasbourg. Oscillant entre littérature et cinéma, elle est la réalisatrice du film Souvenir, bisous, poignards et l’auteur de plusieurs recueils de poésie publiés en Iran. Je ressemble à une chambre noire, son second recueil de poésies traduit en français par Farideh Rava, paraîtra le 1er octobre dans la collection « Soleil noir », aux Éditions Bruno Doucey diffusion Harmonia Mundi.
Comment s’est opérée votre rencontre avec la poésie ?
J’ai grandi dans la poésie, mes parents m’ont baignée dans la littérature dès mon plus jeune âge, tant et si bien qu’il m’arrive encore de penser que les histoires que l’on trouve dans les livres sont plus réelles que celles du monde tangible. J’avais onze ans quand mon premier poème a été publié dans un journal local.
L’écart entre la réalité et la fiction retentit souvent au sortir de l’enfance, et peut-être davantage, lorsque le contexte du réel est tendu…
Il m’arrive de céder au monde de la littérature lorsque je suis fatiguée et déçue de la vie. Parfois c’est l’inverse. C’est paradoxal, je fais des aller-retours entre les deux mondes. Je suis née juste après la révolution, dans un contexte complexe. Après avoir soulevé une vague d’enthousiasme, cette révolution s’est convertie en désastre avec le conflit Iran/Irak. La guerre a eu beaucoup d’influence sur la conception de la vie de ma génération. C’est pour cela que nous espérons la fin de toutes les guerres dans le monde.
Ce que vous dites concerne-t-il vraiment toute votre génération qui semble avide de liberté et de consumérisme, ou une intelligentsia éprise de culture ?
C’est un sentiment générationnel partagé qui n’a rien à voir avec l’intelligentsia. Je pense que le désir de consommation tient plutôt à une forme d’échappatoire et à la disette que nous avons connue pendant la guerre et durant l’embargo. Nos parents ont vécu avant nous dans une société de l’opulence, alors que les gens de mon âge ont connu les rations alimentaires.
La question de l’identité s’inscrit de manière sous-jacente dans vos poèmes. La poésie s’offre-t-elle pour vous, comme un moyen de l’affirmer ?
Quand j’écris, je me libère. Je pense être rebelle dans mes poèmes. Je suis comme un prisme qui réfracte les lumières, tout passe à travers moi, rien n’est direct. Toutes les polarisations intègrent ma personnalité. Il y a plusieurs couches. Mon identité est une affirmation qui révèle les problèmes. Lorsque j’écris sur moi-même, le moi qui écrit ne vit pas dans le vide. Je suis parcourue par ce qui m’entoure. Mon moi est plus ou moins transpercé.
A cette question de l’être tout court s’ajoute celle de l’identité féminine, comment l’approchez-vous ?
J’ai abordé, plus jeune, les problèmes des femmes dans mon livre, Les pierres de neuf mois. Maintenant je pense que c’est une question qui doit être partagée avec les hommes. Ce qui ne veut pas dire que les problèmes des femmes ne sont pas importants pour moi. Mon regard sur le monde est celui d’une poète, pas d’une femme politique ou militante.
Comment percevez-vous, le rapport entre les hommes et les femmes en Iran ?
Les hommes de ma génération sont très différents que leurs aînés. Nous vivons dans un monde de communication qui a favorisé une autre conception de l’égalité éducative.
L’Iran demeure cependant une société marquée par le patriarcat…
Ce paradoxe a permis aux femmes de toutes les couches de la société d’accéder à l’éducation. Plus de la moitié des étudiants à l’Université sont des femmes. Elle ont accès au travail, à l’espace public et refusent la soumission.
Du silence à la retenue, vos poèmes passent à l’attente puis à la souffrance et au tourment de l’amour, de l’être aimé ou de l’autre, comme une porte qui s’ouvre…
Tout le monde me parle de politique mais pour moi l’amour est le pouls qui bat dans mes poèmes. J’ai écrit sur l’amour à différentes périodes, sur l’amour terrestre et sur l’amour charnel. L’amour est la problématique qui sous tend ma poésie. La poésie contient et célèbre l’amour comme un questionnement, et comme une inquiétude. Quand commence l’amour et quand se termine-t-il ? L’amour est la plus grande blessure, la plus grande douleur de la vie et il est en même temps la plus belle partie de la vie.
Vous êtes aussi réalisatrice. La poésie offre-t-elle plus de liberté d’expression que le cinéma ?
J’ai fait des études de cinéma. On ne peut pas nier qu’il existe des problèmes en matière de liberté d’expression mais le travail de l’artiste est de transgresser les interdits par son expression. L’Iran dispose d’un cinéma très riche… Je ne pratique pas l’autocensure, parfois il arrive que mes livres soient relus. Si on me demande de changer un mot, je préfère retirer tout le poème.
Un de vos poèmes s’intitule Créer un dieu autre, un autre, Enfer, sans que cela n’éveille de force défensive…
Mes poèmes n’ont rien à voir avec la religion. Ces mentions sont purement esthétiques. C’est tout à fait courant et cela s’inscrit naturellement dans la tradition de la poésie persane, le dieu évoqué est spirituel.
Comment se porte la poésie contemporaine en Iran ?
Il y a beaucoup d’événements heureux dans la vie poétique en Iran. Beaucoup de poétesses font des propositions nouvelles, des découvertes dans la forme et le contenu. Il existe un grand nombre d’éditeurs spécialisés. Nous sommes des amoureux de la poésie.
L’accord de Vienne qui vient d’être conclu sur le nucléaire entre l’Iran et les grandes puissances offre-t-il de nouvelles perspectives pour la culture iranienne ?
En Iran, tout le monde est content. J’espère que cela aboutira à des événements plus heureux. Le peuple iranien n’est pas belliqueux, l’histoire le démontre. Cet accord devrait avoir des incidences favorables sur la vie culturelle et économique grâce à une intensification des échanges.
Quelle idée vous évoque le titre de votre livre « Je ressemble à une chambre noire ? »
C’est une phrase d’un de mes poèmes. Dans la chambre noire du photographe, il y a une petite lumière rouge et avec elle on peut développer le monde entier.
Voix Vives. Le festival sétois bat son plein jusqu’au 1er août. Il faut en être !
Depuis le 24 juillet le coeur du festival qui emplit les haut quartier de Sète irrigue la ville de moments d’exception à raison de 70 rencontres quotidiennes. Les plus grands poètes contemporains y déstabilisent le verbe pour libérer la magie des mots. Aventure incroyable que celle de lâcher les poètes dans les rues, comparable à une action nocturne pour ouvrir toutes les cages d’un zoo. L’animal poète ne s’apprivoise pas.
Occupé à faire surgir les évidences sensibles entre le Saint-Esprit et la physique quantique Jacques Réda indique ne rien comprendre aux poèmes de ses petits camarades. Un peu plus loin le portugais Casimiro de Brito répond à la question « l’amour sauvera-t-il le monde ?» par un regard halluciné : « ça dépend de notre position. Il y a des gens qui pensent le passé ou l’avenir alors que nous avons seulement le moment où nous respirons ici et maintenant. Ce moment que nous sommes en train de vivre est un chemin…»
Le maire tunisien de Sidi Bousaïd, Raouf Dakhlaoui qui vient d’accueillir une édition décentralisée du festival, garde confiance dans la poésie même si « depuis l’arrivée des intégristes au pouvoir le budget des mosquées monte et celui de la culture baisse.» A ses côtés la poétesse syrienne Maram al-Masri lui dit qu’il a un petit coeur d’oiseau.
« Qu’ai-je fait de ma poésie ? interroge encore le Tunisien Abdelwaheb Melaoueh, J’ai fait des livres de merde que je n’aurais pas dû faire. Être poète, c’est avoir la substance et la force en soi-même. C’est vivre poétiquement.»
Les concerts payants à Montpellier ont rassemblé 22 872 spectateurs. photo dr
Festival de Radio France. La trentième édition qui s’achève a fait appel aux artistes qui ont marqué l’histoire de l’événement. Une nouvelle ère débute…
Le trentième festival de Radio France Montpellier L-R s’est achevé samedi 25 juillet dans un faste joyeux. Une forme d’appel au bonheur pour tous avec la belle soirée Beethoven au Corum « Ode à la joie » et la chaleur musicale convoqué sur le parvis de la mairie par la chanteuse brésilienne Renata Rosa.
Au-delà du feu d’artifice final, la force du festival reste liée à l’imposante machine qui déploie en 16 jours 212 manifestations dont beaucoup sont gratuites (175) ainsi qu’à l’irrigation du territoire, urbain, 93 concerts à Montpellier dans 22 lieux différents, métropolitain, 29 concerts, et régional, 63 concerts dans quarante villes et villages.
Depuis de nombreuses années, les collectivités territoriales n’ont eu de cesse que de prêcher la décentralisation auprès des directeurs successifs du festival. Cette volonté politique légitime à laquelle s’est parfois opposée (et pourrait se confronter à l’horizon 2017), la question des moyens techniques, organisationnels, humains et artistiques, semble avoir marqué le pas pour le bonheur du plus grand nombre.
Les chiffres annoncés – 120 375 spectateurs pour l’édition 2015 – apparaissent comme un argument de poids mais celui de l’identité du festival des radios publiques demeure. Reconduit dans ses fonctions, le directeur Jean-Pierre Rousseau le souligne. « Ce Festival on l’aime, parce qu’on y entend ce qu’on n’entend nulle part ailleurs ».
L’édition 2015 a permis de découvrir trois opéras inconnus : Don Quichotte chez la Duchesse de Boismortier, Fantasio d’Offenbach et La Jacquerie de Lalo. L’autre singularité du festival réside dans l’ouverture musicale proposée. Le jazz a rassemblé 21 400 spectateurs au Domaine d’O, l’Electro et les musiques du monde 20 000 sur le Parvis de l’Hôtel de Ville de Montpellier. Ce qui représente en terme de fréquentation une somme quasi équivalente aux concerts classiques payants à Montpellier (22 872) et aux 62 concerts donnés en régions qui ont rassemblé 22 250 spectateurs.
Cette trentième édition se ferme sur cet équilibre conséquent avec de solides perspectives. Toutes les tutelles du festival – Région Languedoc-Roussillon, Métropole de Montpellier – et Radio France ont validé le budget et le projet de l’édition 2016. Elles s’engagent à pérenniser le festival dans le cadre de la future grande région fusionnée sans donner de détail et pour cause. Personne ne sait encore qui tiendra les cordons de la bourse et quelles seront les orientations de la politique culturelle en 2017.
D’ici là, JP Rousseau à qui l’on prête un bon réseau relationnel à Toulouse à la charge de trouver des synergies et de construire des passerelles.
JMDH
Source La Marseillaise 28/07/15
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