Le réseau Cocos, union de cinq créateurs performers, ouvre Jours de Spectacles avec la pièce Breeding, brain & beauty donnée au Centre chorégraphique.
Le dispositif présenté joue sur l’interpénétration de deux langages. Il pourrait être question d’associer dans une tension les forces contraires du cinéma et de la danse. Cette chorégraphie expérimentale s’articule autour de quelques composantes fondamentales comme le mouvement, la projection, la narration et le montage.
Casque sur les oreilles, le spectateur est plongé dans l’univers sonore hitchcockien des années 40, qu’il perçoit en décalage avec ce qu’il se passe sur le plateau. Dans la première scène, on suit le mouvement des images à travers la distribution de la lumière assurée par les danseurs. L’absence d’image venant certifier l’appropriation des codes du cinéma. Le corps apparaît un peu plus loin dans la chronologie sonore de Rébecca. Dans une ambiance gothique à l’écoute du bruissement, les danseurs renvoient des images ambivalentes qui sans échappée possible, se figent parfois dans le figuratif. Dans ce brouillage assumé on ne sait plus très bien s’il est question de double langage ou de langage du double.
Plus un travail de recherche qu’un véritable spectacle, l’exploration à laquelle est invitée le spectateur suppose une acuité qui a pu dérouter le spectateur non averti comme l’amateur éclairé. Mais nul ne se lance impunément dans une quête d’écriture nouvelle. La question est alors de savoir ce qu’on veut découvrir et donner à voir d’une recherche. Et peut-être, sur un terrain plus polémique, de s’interroger sur l’émotion que l’on met en jeu de part et d’autre du plateau.
Jean-marie Dinh
La trahison des économistes. Un bilan critique de l’univers financier en faillite.
L’auteur suit le chemin de l’examen critique du libre-échange en s’interrogeant sur les concepts de concurrence ou de dérégulation: « La concurrence signifie que les vendeurs ne sont plus assurés du montant approximatif de leur vente, qu’ils peuvent aussi être évincés du marché, du fait de rivaux bien mieux armés (…) La dérégulation organisée de la production ne garantit pas le surgissement d’une concurrence effective : on peut même aboutir à un résultat contraire, comme le montre l’expérience américaine en matière de production d’électricité. » L’auteur file encore à contre-courant lorsqu’il soutient que, bien conçu, le protectionnisme représente l’arme maîtresse de toute politique d’attractivité d’un territoire qui s’avèrera d’autant plus forte et durable que les autorités publiques l’auront intelligemment protégé.
« Miguel Hernandez avait clairement à l’esprit qu’il ne travaillerait jamais dans un bureau, qu’il ne porterait jamais d’attaché-case ni de cravate. Il savait tout aussi clairement qu’il n’accepterait pas de poste à responsabilités dans une grande entreprise et qu’il ne ferait pas de voyage à l’étranger. »
Un livre d’actualité pour s’y retrouver, un peu, dans la grande course à l’échalotte qui anime le parti politique qui naguère structurait le débat politique français. Avec Le petit socialiste illustré, Jean-Michel Normand spécialiste du PS au Monde, dépeint le paysage baroque où les grandes joutes idéologiques ont laissé place à la médiacratie, et les programmes de société aux petites phrases assassines et glamour. Malgré ses ressources inestimables, pourrait-on croire, le PS n’a pas remporté une seule élection présidentielle depuis vingt ans. Ce livre illustré par l’exemple aide à comprendre pourquoi. Il propose de découvrir le PS sous un angle inédit : celui de son folklore, de ses manies qui font tristement sens. Du patois militant, aux tics de langage des leaders, sans oublier les tartes à la crème qui émaillent leurs discours, le livre de Normand dévoile, non sans humour, les travers d’une galaxie surréaliste souvent située aux antipodes de l’intérêt général. On tourne les pages en s’efforçant de rire, mais l’exercice est difficile. Dans la langue du crue, les pathétiques imbroglios de la tektonik du PS local ou le mariage de la carpe et du lapin pourraient se traduire ainsi. Pour se remettre en selle sous la pression du Big Boss (Frêche) qui en pince pour Stausski (DSK), la belle Hélène (Mandroux) qui avait hier rallié la motion de Bébert roi du monde (Delanoë), soutient aujourd’hui celle de La dame aux caméras (Royal). Le congrès PS en question doit être celui de sa « rénovation ». L’affaire est devenue sacrément urgente. Le pire résidant sans doute dans la propention hégémonique que le parti socialiste s’efforce sans cesse de déployer sur l’ensemble de la gauche.