Mali : six choses que vous ignorez sûrement sur « IBK », le nouveau Président

Ibrahim Boubacar Keïta dans un bureau de vote à Bamako, le 11 août 2013

Ibrahim Boubacar Keïta dans un bureau de vote à Bamako, le 11 août 2013

L’ancien Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta (surnommé « IBK ») est le nouveau Président du Mali. Sous l’étiquette « Rassemblement pour le Mali », il a battu au second tour son adversaire Soumaïla Cissé. Dans un premier temps, ce dernier a contesté la victoire. Finalement, ce lundi soir, Cissé est allé rendre visite au nouveau Président avec épouse et enfants.

Son élection, après deux échecs successifs en 2002 et 2007, met fin à la plus grande crise de l’histoire du Mali.

Celle-ci a débuté en janvier 2012, par une offensive de rebelles touareg dans le nord du pays, suivie en mars 2012 par un coup d’Etat qui a renversé le Président élu, Amadou Toumani Touré. Des groupes criminels et des djihadistes ont ensuite pris le pouvoir au nord du pays. Ils ont été chassés en 2013 par une intervention militaire internationale, lancée par la France, toujours en cours.

IBK doit maintenant redresser le pays.

1 « L’homme qui n’a qu’une parole »

Né le 29 janvier 1945 à Koutiala (sud), Ibrahim Boubacar Keïta a fait des études de sciences humaines au Mali, au Sénégal et en France. Au début des années 80, il est un conseiller du Fonds européen de développement (FED), puis chef d’un projet de développement dans le nord du Mali.

En 1992, Alpha Oumar Konaré, premier Président de l’ère démocratique, lui confie plusieurs postes à responsabilités : conseiller, ambassadeur en Côte d’Ivoire, ministre des Affaires étrangères (1993-1994), puis Premier ministre de 1994 à 2000.

Comme chef du gouvernement, Ibrahim Boubacar Keïta doit gérer une crise scolaire et des grèves qui paralysent le Mali. Il fait durement réprimer les grévistes, et fermer les écoles, décrétant une « année blanche » pour la période scolaire 1993-1994. Il ferraille également contre les opposants au régime de Konaré, resté dix ans au pouvoir, de 1992 à 2002.

Pendant ces années, il s’est construit une image de fermeté (malgré la rondeur de son tempérament), qualité que les Maliens estiment nécessaire pour restaurer l’Etat de droit.

Ses partisans le surnomment « Kankeletigui », l’homme qui n’a qu’une parole.

2 La carte de l’islam et du bonheur

Au Mali – une république laïque –, l’islam est traditionnellement de rite malékite, ouvert. Mais à mesure que les structures de l’Etat se sont délitées, des courants religieux plus radicaux ont grandi. Durant la campagne présidentielle au Mali (en plein ramadan), le nouveau Président a joué la carte de l’islam dans un pays musulman à 95%.

IBK ne commence jamais ses meetings sans déclamer quelques versets du Coran, et ponctue ses discours d’« inch’Allah » repris par la foule. Cela lui vaut le surnom (un énième), « Ladji » – pour El Hadj, ceux qui ont fait le pèlerinage à La Mecque.

IBK a aussi reçu le soutien du Haut conseil islamique, une institution représentative des organisations musulmanes au Mali, conservatrice et de plus en plus influente sur la scène politique.

Certains de ses adversaires sourient. Le positionnement leur semble opportuniste chez cet homme de 68 ans, décrit par ses proches comme un amateur de bonne chère et de vins délicats.

Dans un entretien vendredi à l’AFP et à la Radio télévision suisse romande (RTS), IBK a déclaré que quand « on veut le bonheur des Maliens, il faut soi-même être imprégné du bonheur et croquer la vie à pleines dents ».

3 Un autre « De Gaulle » africain

Le candidat imite souvent la façon de parler du général qu’il admire. Il dit par exemple, dans un style gaullien, qu’il a « une certaine idée du Mali » et qu’il veut restaurer « l’honneur » du pays.

IBK a aussi fait campagne sur des thèmes perçus comme gaullistes par la presse française :

« Etat fort, exacerbation du sentiment national, mépris affiché des intérêts partisans. »

La comparaison entre le nouveau Président et le général de Gaulle est devenue un marronnier.

Durant sa campagne pour la présidentielle, IBK avait affirmé que son objectif prioritaire était la « réconciliation » d’un Mali profondément divisé. Il n’a pas particulièrement fait une campagne de terrain, mais il a été le premier des candidats à se rendre à Kidal, chef-lieu de région à plus de 1 500 km au nord-est de Bamako, considérée comme le berceau des Touaregs. Un coup politique. Dans ses meetings, il a martelé :

« Je ramènerai la paix et la sécurité. Je renouerai le dialogue entre tous les fils de notre nation. »

« Le représentant du monde de l’argent »

L’urgence sera notamment de conclure un accord avec les rebelles touareg du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), qui souhaite obtenir une autonomie sur une partie du Nord-Mali.

En comparaison, l’adversaire d’IBK est apparu comme le candidat de la finance. Dans L’Humanité, Aminata Traoré, ex-ministre de la Culture :

« Soumaïla Cissé, c’est pour nous le symbole, l’incarnation de la finance. Il en a été le ministre, il a dirigé l’Union économique et monétaire ouest-africaine, qui n’est rien d’autre qu’un instrument du système.

L’étalage de moyens financiers colossaux, durant sa campagne, a cruellement contrasté avec le chômage massif et l’extrême pauvreté. Il est apparu comme le représentant du monde de l’argent. »

4 Un Malien très parisien

A Paris, on a pris bien soin de ne pas afficher de préférence durant l’élection, mais la victoire d’IBK est bien vue.

Les responsables français connaissent bien Keïta et l’apprécient (Manuel Valls, Laurent Fabius ou Ségolène Royal seraient de son côté). Mais IBK a fait attention de ne pas apparaître comme le « candidat de la France ».

Keïta, membre de l’International socialiste, est très proche de la France où il a vécu 26 ans. Il a fait ses études à Paris, au lycée Janson-de-Sailly et à la Sorbonne. Il est titulaire d’une maîtrise d’histoire et d’un DEA en politique et relations internationales.

Après ses études, il est chargé de recherche au CNRS et enseigne les systèmes politiques du tiers-monde à l’université de Paris Tolbiac. De ses années parisiennes, il garde une réputation de noceur.

La France avait imposé un calendrier serré, elle est soulagée : le peuple malien s’est fortement mobilisé (même si le scrutin ne s’est pas déroulé parfaitement en France, par exemple) et aucun acte de violence n’est venu perturber l’élection. Fabius se rendra à Bamako pour l’investiture du Président malien. En retour, selon Le Parisien, celui-ci devrait choisir Paris pour son premier déplacement officiel, au cœur de l’été.

5 IBK parle de lui à la troisième personne

Keïta est resté très discret au moment du coup d’Etat du 22 mars 2012 qui a renversé le président Amadou Toumani Touré, contrairement à Soumaïla Cissé qui avait fermement condamné ce putsch.

Fin tacticien, il avait pris soin de ne pas condamner le putsch militaire du capitaine Sanogo et de la junte, sans pour autant le cautionner.

Selon la presse malienne, le capitane Sanogo et ses co-auteurs estiment qu’ils « ont des chances d’être ménagés ou même d’être recasés ».

Mais dans Libération, fin juin, IBK disait :

« Je veux une transition solide, pas avec des politiciens à la petite semaine ni avec des putschistes […]. Sanogo ? On a voulu me faire passer pour un proche. Mais je ne suis pas stupide pour me laisser compromettre avec les militaires putschistes ! »

Ou au Monde et à la troisième personne :

« Je ne suis pas soutenu par les militaires, je suis soutenu par l’armée malienne dans son intégralité […] IBK est fier de ce soutien des forces armées et des forces de sécurité du Mali, tous corps confondus. »

6 Le Président aux deux visages

Sa campagne de communication a été orchestrée par Havas et Voodoo, l’agence qui a accompagné Alassane Ouattara au cours de l’élection en Côte d’Ivoire en 2010.

Il était partout. Ses affiches de campagne le montraient soit en costume occidental, soit en gentil grand-père câlin vêtu de l’habit traditionnel (il a quatre enfants). Le slogan écrit en capitales :

Pourtant, le candidat au boubou bleu ciel n’a rien d’un papy gâteau… IBK sait, par exemple, très bien utiliser les réseaux de sa femme, Keïta Aminata Maïga, connue pour son engagement pour l’environnement et qui préside la Fondation agir. Fille d’un ancien ministre des Finances, elle lui sert d’interface avec plusieurs mouvements de jeunes et de femmes.

En 2007, l’épouse du Président a été remerciée par la République et a été décorée par l’ambassadeur de France au Mali.

« IBK. Le Mali d’abord. »

 

Nolwenn Le Blevennec

 

Source : Rue 89 13/08/2013

Voir aussi : Rubrique Afrique, rubrique Mali,

La baisse des salaires n’est pas la panacée

cost-clampPour renouer avec la croissance, Madrid n’a qu’à faire comme l’Irlande et la Lettonie : réduire les salaires. Une proposition qui a provoqué une levée de boucliers en Espagne et qui, là où elle a été pratiquée, n’a pas eu que des effets positifs.

Il y a de l’espoir. C’est l’idée qu’a voulu faire passer le commissaire européen aux Affaires économiques le 6 août dernier. Olli Rehn a choisi un moyen inhabituel, son blog, pour transmettre un message politiquement brûlant : l’Espagne n’a pas à se résigner à un taux de chômage colossal et une croissance anémique. Mais si elle veut sortir du trou, expliquait-il, elle doit faire de gros efforts. Comme par exemple faire accepter aux travailleurs une baisse générale des salaires de 10%. Le vice-président de la Commission européenne donnait deux modèles à suivre pour l’Espagne : l’Irlande et la Lettonie, deux « réussites brillantes », selon ses propres termes.

Mais si l’on regarde ces deux pays d’un peu plus près, la « réussite » dont parle le commissaire Finlandais ne semble pas aussi évidente. Le remède de cheval qui leur a été administré a provoqué une explosion du nombre de personnes proches du seuil de pauvreté (40% en Lettonie, le deuxième pourcentage le plus élevé dans l’UE) et une chute de la demande interne. En échange, la petite république balte possède l’un des rythmes de croissance les plus élevés d’Europe. L’Irlande, après une dure récession et une légère reprise, reste en revanche enfoncée dans la récession.

L’élève appliqué

« Si trois trimestres consécutifs de recul du PIB sont une réussite, qu’est-ce qu’un échec selon les critères de Rehn ? », se demande Kevin O’Rourke, professeur d’histoire de l’économie à l’université d’Oxford. O’Rourke va plus loin et réfute les arguments de Rehn : il n’y a eu en Irlande ni baisse significative des salaires ni succès des mesures d’austérité. Et les chiffres de l’office irlandais des statistiques lui donnent raison : le salaire horaire moyen est resté stable depuis le début de la crise. « Le seul pays de la zone euro qui ait subi une brusque baisse des salaires est la Grèce« , poursuit-il. Vu les conséquences de cette recette sur l’économie et le tissu social grecs, il faudrait peut-être réfléchir à une autre stratégie.

Dublin est devenu l’élève appliqué de Bruxelles – à la différence de la rebelle Athènes – et a réussi à dompter ses comptes depuis 2010, l’année où l’injection massive d’argent public dans les banques avait fait franchir à son déficit la barre des 30%.

La Commission européenne fait également ressortir que les chiffres de l’emploi, après une rechute en 2012, montrent des signes positifs sous la forme d’une baisse progressive du taux de chômage. Mais malgré ces améliorations et plusieurs années d’application des recommandations du FMI, de la Commission européenne et du gouvernement allemand, l’Irlande est toujours en récession. Et, comme le dit cette semaine dans l’Irish Examiner Séan Healy, président du groupe de réflexion Social Justice, « la politique d’austérité a généré le plus gros transfert de revenus des classes moyennes et inférieures vers les classes supérieures de l’histoire du pays. Les gagnants ont été les entreprises, et surtout les multinationales, ainsi que les Irlandais les plus aisés ».

Un prix élevé à payer

L’autre modèle mis en avant par Rehn est parvenu à sortir de la profonde récession dans laquelle il avait sombré en 2009. La Lettonie a été le pays de l’UE dont l’économie a connu la plus forte croissance l’année dernière et elle devrait établir le même record en 2013.

Le taux de chômage y reste très élevé (presque 15% en 2012) mais selon les pronostics officiels, il devrait bientôt baisser. Son succès va permettre au pays balte d’entrer au club de l’euro le 1er janvier 2014 malgré l’opposition majoritaire de la population, qui craint que l’abandon du lats ne fasse flamber les prix.

Les bonnes nouvelles se terminent ici. La doctrine officielle préfère passer sous silence le prix élevé que les Lettons ont dû payer. Le gouvernement a congédié un tiers des fonctionnaires et ceux qui sont restés ont dû accepter des baisses de salaires allant jusqu’à 40%. Les aides sociales ont été restreintes et les impôts augmentés. La perte de pouvoir d’achat à tous les niveaux de la population, pas seulement chez les fonctionnaires, s’est fait sentir sur la demande interne, qui a baissé de plus de 27% en 2009.

La modeste baisse du chômage s’explique aussi par le nombre important de Lettons qui ont quitté le pays ces dernières années : la population a diminué de 13% entre 2000 et 2011. La Lettonie compte aujourd’hui un peu plus de 2 millions d’habitants, soit autant que dans les années 1950. De façon surprenante, les Lettons n’ont pas réagi comme les Grecs en organisant des grèves et des manifestations, mais en se résignant. Ils ont même réélu le gouvernement qui avait sorti les ciseaux.

« Les réformes ont été payées très cher : les inégalités entre les régions et les classes sociales ont augmenté », résume Martins Kazaks, économiste en chef à la Swedbank.

Indignation

En marge de la réussite ou de l’échec des recettes appliquées à Riga ou à Dublin, les commentaires d’Olli Rehn ont également suscité des doutes sur la possibilité d’exporter le modèle en vigueur dans un pays de 2 millions d’habitants, comme la Lettonie, à un pays de 46 millions d’habitants et quatrième puissance économique de la zone euro comme l’Espagne. Selon des sources proches de la Commission européenne, Rehn voulait seulement encourager à débattre de la situation de l’Espagne, qui est « dramatique pour les millions d’habitants sans emploi », et certainement pas transborder automatiquement la politique pratiquée dans un pays à un autre.

Mais ces explications n’effacent pas l’indignation suscitée par les propos de Rehn chez les syndicalistes, les partis politiques et d’innombrables citoyens. Pour le président d’Analistas Financieros, Emilio Ontiveros, plusieurs facteurs empêchent d’appliquer à l’Espagne les mesures dictées par Bruxelles, comme le niveau de la dette privée et la baisse déjà effective des revenus des ménages.

Rehn dit dans son blog que ceux qui rejetteront automatiquement ses propositions « porteront sur leurs épaules l’énorme responsabilité du prix social et humain » que coûte le fait d’avoir six millions de chômeurs. S’il a raison, les responsabilités seront largement partagées.

Source : El Pais 12/08/13 Traduction : Catherine Baron

Voir aussi : Rubrique Espagne, rubrique UE,  rubrique Politique économique,

Keigo Higashino : Le roman noir japonais qui pique dans le vif

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Keigo Higashino connaît un succès considérable au Japon

Publié pour la première fois au Japon en 1998, le roman La prophétie de l’abeille semble porté par la préscience du désastre à venir de Fukushima qui comme l’indique les récents aveux de la société Tepco, ne sont pas près de conjurer la malédiction que le Japon entretient avec le nucléaire. Tous les aiguilleurs du ciel le savent, le scénario d’une attaque des centrales nucléaires par le ciel est loin d’être improbable. Le roman de Keigo Higashino est une course contre la montre doublée d’une enquête passionnante qui plonge le lecteur dans le milieu du monde nucléaire nippon. A partir d’un acte humain isolé et par conséquent difficilement prévisible, l’auteur qui n’a pas négligé le travail de documentation dévoile toute les conséquences de la problématique. Du danger imminent à la solidarité et l’engagement citoyen en passant par la gestion technique, médiatique et politique de la situation, l’intrigue s’avère pleine de rebondissements. Le livre laisse paraître le profond traumatisme d’un peuple qui n’a pas choisi. Sans tomber dans le pamphlet activiste, le regard visionnaire de l’auteur japonais Keigo Higashino, nous invite à une vraie réflexion sur la menace de l’énergie nucléaire. Un peu comme un ultime avertissement…

JMDH

Source : L’Hérault du Jour La Marseillaise 12/08/2013

Noir de l’été. La prophétie de l’Abeille

urlUn matin d’été, la voiture de l’ingénieur Yuhara pénètre dans le complexe de Nishiki Heavy Industries. C’est aujourd’hui que l’hélicoptère sur lequel il travaille depuis des années doit être livré à son commanditaire, l’Agence de défense du Japon. Sa femme et son fils l’accompagnent pour assister à la démonstration de vol. Yuhara se rend dans son bureau tandis que sa famille l’attend à la cafétéria en compagnie de l’épouse d’un collègue et de son petit garçon. Les deux enfants vont jouer dehors et réussissent à se glisser dans le hangar où se trouve l’hélicoptère, et même à bord de l’appareil. L’un des deux est encore dedans lorsque celui-ci se met à bouger. Bientôt, sous les yeux terrifiés de son compagnon de jeu, l’hélicoptère prend son envol. D’abord stupéfaits, les ingénieurs comprennent bientôt que l’appareil a été manipulé à distance. Moins d’une heure plus tard, l’hélicoptère s’immobilise au-dessus d’un réacteur nucléaire. Les autorités reçoivent un message signé de « l’Abeille du ciel » : l’appareil, chargé d’explosifs, s’écrasera sur le réacteur quand il aura épuisé son carburant si toutes les centrales du Japon ne sont pas mises immédiatement hors d’état de fonctionner…

 Keigo Higashino La prophétie de l’abeille Actes-Sud 2013.

Voir aussi : Rubrique Livre, Roman noir, rubrique Japon, rubrique Politique, Un accident nucléaire c’est la fin de la démocratie,

 

Musée de Lodève Gleizes et Metzinger.Culture et curiosité sur l’échiquier du cubisme

Jean Metzinger, Femme nue à la lettre, 1946

Jean Metzinger, Femme nue à la lettre, 1946

Modernité. Gleizes – Metzinger du cubisme et après  : L’exposition d’été du Musée de Lodève est consacrée à deux figures marquantes du cubisme restées dans l’ombre de Picasso et Braque.

A Lodève, dans l’arrière pays héraultais on peut tromper pour quelques heures l’idéal moderne de la culture bling bling en poussant la porte du musée municipal qui propose une lecture approfondie des idées et des oeuvres de Gleizes et Metzinger autour du cubisme.

A propos du cubisme, on cite généralement le duo formé par Braque et Picasso et on élargit parfois les représentants de ce courant à un trio en y adjoignant Juan Gris, quand on ne se contente pas d’évoquer Les demoiselles d’Avignon pour solde de tout compte. Cette oeuvre de 1907, symbolise certes une rupture stylistique et conceptuelle sans précédent et pourrait suffire à exhiber ses connaissances en la matière.

L’intérêt de l’exposition du Musée Fleury est justement d’aller plus loin en soulignant à travers un parallèle entre les oeuvres d’Albert Gleizes et Jean Metzinger connus pour leur opuscule de 1912, Du Cubisme*, la variété des courants qui sont intervenus dans l’émergence du cubisme. Que l’on se rassure, l’expo qui se compose de trois parties, ne se limite pas à la connaissance circulaire des théories contenues dans cet ouvrage.

Le parcours didactique réunit 80 tableaux et dessins. Dans un espace un peu trop restreint, le cubisme s’expose sous tous les angles. La première partie de l’exposition présente un choix d’oeuvres de Gleizes et de Metzinger réalisées avant 1911, avant que les artistes ne basculent dans le cubisme. Gleize décompose les formes, optant pour un style massif et sombre (L’écluse de Suresnes, 1908) tandis que les toiles néo-impressionnistes de Metzinger font appel à une palette lumineuse, les touches de peintures révélant des paysages vivants et oniriques (Paysage Bleu, 1906,1907).

Albert Gleizes, Femmes assises devant une fenêtre, 1914, huile sur carton, 70 x 104.5 cm. Collection privée Solange Landau New York © photo maison de vente Aguttes

Albert Gleizes, Femmes assises devant une fenêtre, 1914.

A la faveur d’une suite d’innovations liées à la vie moderne qui se succèdent à partir de la seconde moitié du XIXème siècle, le monde de l’art se transforme. L’école de Barbizon et de Courbet, l’usage nouveau des couleurs introduit par les Impressionnistes, le synthétisme de Gauguin et de l’Ecole de Pont-Aven et les audaces obstinées de Cézanne sont autant de révolutions à l’origine d’une nouvelle sensibilité collective qui permettra l’avènement du Cubisme.

Entre 1907 et 1914, ce mouvement bouleverse la notion de représentation. Des peintres comme Léger, Delaunay, Gris, Duchamp-Villon, Gleizes, Metzinger et d’autres s’émancipent de leur modèle. Le mouvement touche simultanément la littérature (Apollinaire, Reverdy…), la musique (Stravinsky, Schoenberg…), et le cinéma (Fernand Léger…). Le groupe de Puteaux animé par les frères Duchamp, fréquenté par Kupka, Léger et Picabia se réunit pour jouer aux échecs et débattre de théories mathématiques.

La seconde section de l’exposition en constitue le coeur. Elle rend compte de la diversité du mouvement cubiste. En complément des créations de Gleizes et Metzinger sont exposés les oeuvres de la Section d’Or, trois célèbres expositions dont la mythique Section d’or de 1912. Ces expositions montées à l’initiative des artistes voulaient rendre compte d’une esthétique commune avec des variantes singulières. La modernité d’un Léopold Sauvage (L’oiseau, 1915), ou la maîtrise du triangle d’un Jacques Villon (L’homme au canotier, 1913) en sont de remarquables exemples. La dernière section montre les trajectoires esthétiques différentes prises par chacun des deux artistes après 1914.

La rencontre entre Gleizes et Metzinger s’est faite autour du cubisme en 1910 et culmine avec le traité de 1912. La première et la troisième sections de l’exposition maintiennent cette rencontre sur des passerelles un peu bancales mais l’idée de parallèle ouvre des possibilités.

Si l’exposition de Lodève ne présente pas d’oeuvre majeure, son grand mérite est de nous renvoyer à la naissance du modernisme et à la grande diversité des appropriations. Le cubisme révolutionne l’ordre de l’art figuratif et insuffle une nouvelle conscience dans toute pratique de relation avec le réel.

Jean-Marie Dinh

*Premier livre jamais édité sur le mouvement cubiste.

Fernand Léger Le ballet mécanique

Léger Le ballet mécanique

Clique sur mon oeil

 

Visible dans le cadre de l’exposition, le film expérimental de Fernand Léger donne une idée de l’éclectisme du cubisme. Réalisé en 1924 « Le Ballet mécanique » date de l’époque où les architectes ont parlé de la civilisation machiniste. « L’erreur de la peinture c’est le sujet, l’erreur du cinéma c’est le scénario » dira Léger qui figure comme le premier artiste à réaliser un film sans scénario. « I l y a dans cette époque un nouveau réalisme que j’ai personnellement utilisé dans mes tableaux et dans ce film. Ce film est surtout la preuve que les machines et les fragments, que les objets usuels fabriqués sont possibles et plastiques (…) Des successions d’images rythmées,c’est tout (…). Nous insistons jusqu’à ce que l’oeil et l’esprit du spectateur ne l’acceptent plus. Nous épuisons sa valeur spectacle jusqu’au moment où il devient insupportable. Créer le rythme des objets communs dans l’espace et le temps , (…)  les présenter dans leur beauté plastique »…

Gleizes – Metzinger du cubisme et après à Lodève jusqu’au 3 novembre.

Source : La Marseillaise 07/08/2013

Voir aussi : Rubrique Expositions, rubrique Art,

Cambodge législatives : la commission électorale valide la victoire du parti majoritaire

destruction d'une voiture de police à Phnom Penh après la proclamation des résultats contestés. Reuter

Destruction d’une voiture de police à Phnom Penh après la proclamation des résultats contestés. Photo Reuter

Selon les résultats officiels de la commission électorale, le Parti du peuple cambodgien a remporté 49% des voix lors des élections législatives contre 44% pour le parti de l’opposition, qui réclame toujours une commission d’enquête.

Fin de l’imbroglio politique? Le Parti du peuple cambodgien (CPP) du Premier ministre Hun Sen a remporté les législatives contestées du 28 juillet, avec moins de la moitié des voix, a annoncé lundi la commission électorale (NEC), publiant des résultats officiels préliminaires sans donner la répartition en sièges.

Le CPP a obtenu 49% des plus de 6,6 millions de votes, contre 44% au Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP) du leader de l’opposition Sam Rainsy, selon les calculs faits par l’AFP à partir des résultats province par province. Le reste des voix s’est réparti entre de petits partis qui ne devraient obtenir aucun des 123 sièges en jeu.

Au terme d’élections décrites par des organisations locales et internationales comme entachées d’irrégularités, le CPP avait annoncé conserver sa majorité au parlement avec 68 sièges contre 55 au CNRP.

Des accusations de fraudes

Malgré le plus mauvais score du parti au pouvoir depuis 1998, l’opposition a rejeté les résultats du CPP, revendiquant la victoire, avec 63 sièges, et a réclamé une enquête indépendante, avec la participation de l’ONU, sur des fraudes qu’elle estime massives. Elle a également dénoncé les résultats de la NEC. « Le CNRP est très déçu et s’oppose aux résultats provisoires (…) alors que de graves irrégularités avant et le jour des élections n’ont pas fait l’objet d’une enquête », a-t-il souligné lundi dans un communiqué.

Les différentes parties n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur les modalités d’une enquête, les autorités rejetant la participation des Nations unies. La NEC a noté lundi que les résultats préliminaires pouvaient être contestés.

« Les partis politiques peuvent déposer des plaintes contre ces résultats provisoires auprès du Conseil constitutionnel ou de la NEC dans les 72 heures », a précisé son secrétaire général Tep Nytha. S’il n’y a aucune plainte, les résultats définitifs, avec la répartition en sièges, seront publiés « jeudi soir ou vendredi » et dans le cas contraire « d’ici au 8 septembre », a-t-il encore ajouté.

L’exigence d’une commission d’enquête

Alors que l’opposition a menacé de manifestations de masse si la commission d’enquête qu’elle réclame n’est pas formée, des soldats et des véhicules blindés ont été déployés dans Phnom Penh la semaine dernière. Un déploiement destiné selon les autorités à parer à tout débordement, mais dénoncé par l’opposition comme une manoeuvre d’intimidation visant à décourager la population de descendre dans la rue.

Hun Sen, au pouvoir depuis 28 ans et dont le gouvernement est régulièrement accusé de réduire ses opposants au silence, a de son côté assuré qu’il resterait Premier ministre et formerait un nouveau gouvernement même si l’opposition mettait à exécution sa menace de boycotter le nouveau parlement.

Source : AFP  L’Express 12/08/13

Voir aussi : Rubrique Asie,