Pas à pas dans le gigantisme d’Hamish Fulton

images-1Le Centre régional d’art contemporain met en espace le retour de l’artiste britannique en France jusqu’au 2 février.

Lorsqu’on sait que l’artiste Hamish Fulton marche à travers le monde depuis quarante cinq ans, on imagine que ces milliers de kilomètres parcourus constituent d’évidence une expérience pratique dans laquelle il puise le fondement singulier de sa démarche artistique. L’exposition Walking (En marchant) que lui consacre actuellement le Crac à Sète marque le grand retour en France de l’artiste britannique. Elle se compose notamment d’un ensemble de seize wall paintings (peintures murales) réalisés in situ, en très grands formats très précis et non transportables, de photo-textes fortement empruntes de l’esprit du marcheur en harmonie avec sa mère nature.

Le parcours d’exposition dessine une grande traversée au fil des cours d’eau et des côtes qu’il a longés, des routes et sentiers parcourus et des massifs franchis de 1971 à 2012 en France, en Écosse, en Espagne, aux Pays-Bas, en Suisse, en Italie, en Autriche, en Allemagne, aux États-Unis, au Japon et au Tibet. On traverse donc de part en part le monde cartographié mais surtout le monde personnel et cosmique de l’artiste marcheur.

C’est à l’issue d’une marche de 47 jours du nord-est au sud-ouest de l’Angleterre qu’Hamish Fulton  décide en 1973 que son travail artistique résultera exclusivement de la marche. Son oeuvre tente de traduire la quintessence de ses marches et de leur rapport au monde.

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Les bienfaits de la marche
Il faut souligner combien les vastes salles et l’importance des volumes propres à l’architecture du Crac s’avèrent déterminants pour le visiteur. Il convient en effet de marcher selon son propre itinéraire, y compris intérieur, pour saisir la dimension mystique en présence. Bien que Fulton s’en défende on pourrait se trouver dans le conceptuel car si l’idée ne prime pas sur la réalité de l’expérience, à contrario de la plupart des artistes conceptuels, la marche immatérielle de Fulton se passe volontiers d’objet. Happés par la monumentalité et la poésie des lignes, les paysages traversés et le corps du marcheur sont quasiment absents.

Le travail de l’artiste se situe en revanche à l’opposé du Land Art qui marque le paysage, alors que Fulton s’y fond et disparaît sans laisser de trace. Il s’agit de partager les impressions senties. Pour le texte, l’artiste emprunte le pictogramme de la montagne chinoise et l’idéogramme du chemin pour ses marches nippones. L’investissement physique est signifié par des signes qui renvoient à différentes partie du corps.

Lors d’une marche peut se poser la question de savoir pourquoi l’on marche ? Chez Fulton, la finalité n’est pas de nature politique sans pour autant exclure cette dimension dans le sens de l’action, du déplacement et du partage que requiert cet art. Tel qu’a pu le saisir un Gandhi. Il n’est point non plus de but à atteindre à travers ses marches mais toujours d’une expérience méditative qui fonctionne en écho avec le monde d’hier et d’aujourd’hui que Fulton tente d’introduire dans la sphère publique.

Jean-Marie Dinh

A découvrir jusqu’au 2 février au CRAC à Sète. 04 67 74 94 37

Source La Marseillaise 24/01/2014

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Syrie. Un fil d’espoir

2013-09-14T085658Z_743455618_GM1E99E1AND01_RTRMADP_3_SYRIA-CRISIS-TALKS-PROGRESS_0Aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres pour la Syrie. Certes dans la banlieue de Damas ou à Alep, des Syriens continueront à utiliser leurs armes contre d’autres Syriens. Mais à Genève, des Syriens feront face à d’autres Syriens autour de la table des négociations. Le climat sera sans doute irrespirable, vicié par le bilan dramatique de trois ans de guerre civile. Les possibilités de trouver une issue pacifique frôleront le zéro, au moins dans un premier temps. Pourtant, ce passage de la confrontation militaire à la confrontation verbale ouvre la voie au seul processus utile et efficace?: la recherche d’une solution politique.

Depuis bien longtemps, la communauté internationale et l’ONU auraient du en faire leur priorité absolue dans un pays où l’aspiration populaire à la démocratie a été torturée par la violence aveugle d’Assad qui veut sauver son pouvoir coûte que coûte. Mais aussi par la gangrène des groupes islamistes et les interventions égoïstes des autres Etats de la région.

Elle n’a pas été aidée par les obsessions bellicistes de certaines grandes puissances, dont la France et les Etats-Unis qui ont estimé que les armes pouvaient décider d’un vainqueur. Prétentions irresponsables qui n’ont conduit qu’à aggraver la situation du peuple syrien. Avec l’ouverture de ces négociations, la raison reprend ses droits. Mais elle reste très fragile. Il faudra beaucoup d’efforts, d’intelligence, d’inventivité pour permettre à la Syrie de redevenir le grand pays qu’elle a été. Mais, il n’y a pas d’autres choix. L’échec du processus ne pourrait provoquer que le pire. Pour très longtemps.

Christian Digne

Source La Marseillaise 24/01/2014

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Ayana Mathis. Une portion d’amour pour le peuple noir

BOOK_MATHIS_1Ayana Mathis présente son saisissant roman « Les douze tribus d’Hattie » à Montpellier.

Le premier roman de Ayana Mathis aurait pu être un recueil de nouvelles, mais les personnages de ses courtes histoires d’inspiration autobiographique ont finalement trouvé une mère commune en la personne de Hattie. La jeune Hattie débarque à la gare de Philadelphie avec sa mère et ses soeurs en 1923. Elles fuient le Sud où sévit la ségrégation raciale en espérant profiter d’un bout d’horizon en Pennsylvanie.

L’histoire court sur plus d’un demi-siècle et trois générations. Hattie aura douze enfants. Ses deux premiers, des jumeaux, meurent dans ses bras d’une pneumonie, ce qui la marque en profondeur, mais Hattie poursuit sa vie. Elle va de l’avant, car elle n’a rien à voir ni à attendre. Toujours sollicitée, elle ne se retourne jamais.

Ce roman est empli d’amour. Il est aussi dur parce que cet amour s’éparpille face aux difficultés de la vie au point où l’on pense parfois qu’il a disparu. Mathis est une mère froide qui ne se fait pas d’illusion. Elle est comme une montagne, ou une île qui résiste aux tempêtes. Ses enfants en souffrent tout en sachant saisir le peu d’affection qu’elle préserve pour survivre dans un monde très imparfait.

« Aimer Hattie n’avait jamais été chose aisée. Elle était trop silencieuse, on ne savait jamais ce qu’elle pensait. Elle était constamment en colère et si dédaigneuse lorsque ses grandes espérance étaient déçues. »

La langue d’Ayana Mathis est poétique. L’auteur s’est inspirée de la vie de sa grand-mère. Elle a travaillé la prose et les nuances d’un parcours qui ne va pas de soi. Celui d’une femme noire et pauvre qui puise dans ses ultimes ressources et parfois dans la Bible. Le décompte des douze tribus d‘Hattie trouve ainsi une correspondance avec les douze fils de Jacob dans une version raciale toute américaine. Mathis s’est sans doute inspirée des allégories du Cantique de Salomon pour évoquer le rêve éveillé d’amour dans lequel elle baigne ses personnages.

« Peut-être n’avons nous qu’une certaine quantité d’amour à donner. Nous venons au monde avec notre portion, et si nous aimons sans être suffisamment aimés en retour, elle s’épuise. »

Les enfants d’Hattie comme Floyd ou Alice sont sentimentaux, très conscients d’eux-même et donnent parfois dans l’auto-sabotage, ou l’humour sardonique. Ils savent aussi sortir les griffes et puisent dans le parcours de leur mère comme dans un réservoir pour triompher de la souffrance endurée.

L’ombre de Toni Morrison dont l’œuvre (Nobel de littérature 1995) a marquée la communauté noire américaine, plane. Ayama Mathis signe une parabole saisissante qui évoque les failles traumatiques toujours présentes dans son pays.
Son livre fait entendre la voie de femmes blessées par les tensions raciales en Amérique.

Elle était invitée chez Sauramps fin janvier pour présenter et dédicacer son roman sans pathos et sans concession.

Jean-Marie Dinh

Les douze tribus d’Hattie Ayana Mathis, éd Gallmeister 23, 4 euros.

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Patrick Pailloux, nouveau patron de la « NSA à la française »

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La nomination de Patrick Pailloux devrait être entérinée lors d’un prochain conseil des ministres. Photo AFP

Le gouvernement a choisi le nom du nouveau chef de la « NSA à la française », qui remplacera Bernard Barbier à la direction technique de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Selon nos informations, confirmées par une source ministérielle, la candidature de Patrick Pailloux, actuel directeur de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), qui assure la défense de l’Etat et des entreprises contre les cyberattaques, a été retenue. Sa nomination devrait être entérinée lors d’un prochain conseil des ministres.

M. Pailloux était en concurrence avec un membre actuel de la direction technique de la DGSE, un haut cadre du groupe de télécommunications Orange et l’ex-numéro deux de la direction technique de la DGSE, Philippe Duluc, aujourd’hui patron de la sécurité chez Bull après avoir occupé ces fonctions à France Télécom. Au regard du formidable poids pris par la technologie au sein du monde du renseignement et de la dépendance des Etats à la collecte, l’interception et le décryptage des données techniques à travers le monde, le directeur technique de la DGSE est devenu un personnage de premier plan, à l’image du patron de la NSA aux Etats-Unis. Plus de la moitié des effectifs de la DGSE travaillent au sein de sa direction technique, soit plus de 3 000 personnes, davantage que ce que ne veulent bien admettre les autorités.

UN POSTE AUSSI MÉCONNU QUE REDOUTÉ

Par ailleurs, l’étroite imbrication et collaboration qui existe entre les principaux services de renseignement occidentaux ajoute une dimension internationale à ce poste aussi méconnu que redouté. Le directeur technique de la DGSE appartient en effet à une forme d’« amicale », selon les termes d’un haut membre de la communauté du renseignement français, constituée des chefs de la NSA, de son équivalent britannique, le GCHQ, ou canadien, le CSEC, ou encore de leur homologues allemands.

Un document révélé par l’ex-consultant de la NSA, Edward Snowden, et publié en novembre par Le Monde, avait permis de découvrir que l’ANSSI entretenait également des liens avec les services de renseignement étrangers. Car la NSA héberge les fonctions offensives de la Direction technique de la DGSE et défensives de l’ANSSI.

Lire nos informations : Comment la NSA espionne la France

Ce mémo interne à la NSA relatait les grandes lignes de la visite, le 12 avril 2013, à l’agence, de MM. Barbier et Pailloux venus demander des comptes sur l’attaque informatique qui avait visé, en mai 2012, la présidence de la République française. La note mentionne que MM. Barbier et Pailloux suspectaient les Américains d’être derrière ce piratage. La NSA, pour sa part, dans ce mémo confidentiel, portait ses soupçons vers les services de renseignement israéliens.

M. Pailloux, né en 1966, ancien élève de l’Ecole nationale supérieure des télécommunications, est ensuite devenu ingénieur général des mines. Il a d’abord été responsable des travaux à la direction régionale Ile-de-France de France Télécom de 1991 à 1995, puis a été désigné chef du département des systèmes d’information et de télécommunications au ministère de la défense de 1995 à 2003. En juin 2003, il est nommé conseiller auprès du secrétaire général de la défense nationale avant d’être promu, le 7 octobre 2005, directeur de la direction centrale de la sécurité des systèmes d’information. Le 10 juillet 2009, il prend la tête de l’ANSSI, sous la tutelle du premier ministre.

Depuis, son travail se partageait entre la défense des systèmes d’information de l’Etat – tâche pour laquelle il n’a cessé d’obtenir des moyens et des effectifs supplémentaires – et un prosélytisme exacerbé pour inviter les acteurs industriels français à davantage se protéger. Chaque semaine, ses services, tels des pompiers du numérique, interviennent pour bloquer des attaques dans les administrations comme dans les entreprises. Leur tâche ne se limite pas à stopper les intrusions. Ils s’efforcent également de remonter à la source des attaques, transformant ainsi l’ANSSI en véritable agence de renseignement. Parmi les offensives informatiques les plus spectaculaires contre des intérêts français figurent celle contre l’Elysée hacké en mai 2012 ou encore le ministère des finances en mars 2011, où 150 ordinateurs avaient été infiltrés.

Jacques Follorou

Source : Le Monde 21/01/2014

Voir aussi : Rubrique Internet, Bradley Manning un révélateur, rubrique Défense, Adoption de la loi controversée de programmation militaire, rubrique citoyenneté,

« La Révolte ». L’ambivalence du réel perdu

DownloadThéâtre. La Révolte de Villiers de L’Isle-Adam ce week-end à Montpellier.

Fidèle à sa passion pour le  XIXe siècle transposée avec un goût certain dans le monde d’aujourd’hui, Lydie Parisse monte actuellement La Révolte de Villiers de L’Isle-Adam au Théâtre Pierre Tabard. Créée en 1870, cette oeuvre majeure pour la clarté de la langue l’est aussi pour la révolte qu’elle exprime contre le mariage bourgeois et la société capitaliste. « A la fin de la pièce, Félix conclut sur la dangerosité de la poésie qui détourne les honnêtes gens de l’usage ordinaire du langage », souligne Lydie Parisse.

Dans le climat houleux de 1870 l’avant-gardiste Villiers de L’Isle plonge son propos théâtral dans le réalisme extralucide. Félix dirige une banque, sa jeune femme Elisabeth s’occupe des placements aux détriments de l’équilibre social et de sa nature. Un soir elle décide de partir. La confrontation domestique s’atomise ouvrant sur des questions éthiques, politiques, féminines et spirituelles.

Habitué aux vaudevilles, la pièce heurte le public de l’époque. Dans notre monde où la déshumanisation s’accélère, l’opposition et l’incompréhension entre matérialisme et spiritualisme résonne puissamment. Yves Gourmelon et Julie Pichavant s’adonnent à ce dialogue de sourds avec une intensité remarquable. Pour Elisabeth, le conflit n’est pas une fin, mais une étape du dépassement, «L’abandon provisoire d’une révolte possible

JMDH

 Au Théâtre Pierre Tabard 04 99 62 83 13.

Source : L’Hérault du jour : 18/01/2014

Voir aussi : Rubrique Théâtre, rubrique littérature française,

Y. Gourmelon et J. Pichavant, un affrontement dans la complicité . dr