Par une décision très décriée, la Cour suprême vient d’assouplir une nouvelle fois les règles de financement des campagnes politiques. Les gros donateurs pourraient avoir encore plus d’influence sur la vie publique américaine
Pendant des décennies, souvent après d’énormes scandales de corruption, les législateurs ont tenté de limiter les effets délétères de l’argent en politique. A présent, la Cour suprême est en train d’abattre ces garde-fous un par un.
En 2010, l’arrêt de la Cour suprême Citizens United a ainsi autorisé des entreprises et des syndicats à dépenser des sommes sans limite pour soutenir ou combattre un candidat.
Le 2 avril, c’était au tour des donateurs privés. L’arrêt McCutcheon v. FEC, adopté par 5 voix contre 4, a supprimé le plafond pour les dons que peuvent faire les particuliers aux candidats et aux partis lors des élections fédérales. [Les contributions destinées à tel ou tel candidat restent limitées, mais chaque donateur peut faire des dons au nombre de candidats qu’il souhaite.]
Infinie reconnaissance ?
Si cela ne vous inquiète pas, pensez au pouvoir et à l’influence qu’exerceront un très petit groupe de personnes grâce à cet arrêt. [Dans les faits], la limite pour les dons privés passe à 3,5 millions de dollars [2,5 millions d’euros] tous les deux ans (1). Les particuliers capables de débourser une telle somme sont très peu nombreux. Et les partis politiques leur devront une infinie reconnaissance.
John Roberts [le président de la Cour suprême] et la majorité conservatrice ont réussi à se convaincre que la corruption n’était pas vraiment un problème. Et qu’il faudrait surtout s’attaquer à la corruption directe, c’est-à-dire au fait qu’un particulier donne de l’argent à un homme politique en échange d’un service.
Mais, dans le monde réel de la politique contemporaine, ce genre de corruption explicite est rarement nécessaire. Même l’homme politique le plus obtus connaît les motivations de ses plus gros contributeurs et les mesures à prendre pour assurer la pérennité de ces dons. Les décisions de la Cour suprême ne font que donner de plus en plus de poids à ces grands donateurs.
L’argent continuera donc de couler à flots. Espérons que les inévitables excès à venir susciteront une colère suffisante chez les citoyens pour que les antidotes – le financement public des campagnes ou un amendement constitutionnel destiné à limiter le rôle de l’argent en politique – deviennent enfin une réalité.
Note :(1) Chiffre obtenu en additionnant les contributions maximales à tous les comités politiques d’un parti dans le pays et à ses candidats à la présidence et au Congrès.
Source : US Today Courrier International O7/04/2014
Voir aussi : Rubrique Etats-Unis, Rubrique Politique, rubrique Affaires,
Dans le cadre du cycle de conférences : Les grands philosophes allemands : le XXe siècle de Husserl à Popper Conférence d’Olivier Tinland, maître de conférences en philosophie à l’Université Montpellier III. Mardi 8 avril à 19h à la Salle Pétrarque retour sur l’Ecole de Francfort.
Ce cycle de conférence présente tout au long de l’année les grands philosophes de langue allemande associés à la première partie du XXe siècle : Husserl, Heidegger, Wittgenstein, l’Ecole de Francfort, Popper.
L’Ecole de Francfort constitue une galaxie intellectuelle inédite au XXe siècle, regroupement disparate d’intellectuels engagés dans la lutte contre les manifestations polymorphes de la déraison contemporaine. Ses principaux représentants Max Horkheimer (1895 – 1973) et Theodor Adorno (1903 – 1969), ont tenté de prendre la mesure du retournement dialectique de la raison moderne contre elle-même en édifiant une « théorie critique » à même d’effectuer le diagnostic critique des pathologies intellectuelles et politiques du temps présent, dans une conscience lucide des implications politiques de toute activité théorique. Leur oeuvre est inséparable du destin tragique de l’Allemagne nazie et de l’uniformisation de la culture humaine dans les sociétés libérales. Dans l’horizon de leur vision pessimiste de la modernité occidentale, ces penseurs ont su conduire l’analyse implacable d’une « dialectique des Lumières » conduisant, avec l’avènement des grands totalitarismes et de l’oppression plus insidieuse de la société de consommation libérale, à une « éclipse de la raison ». Ils ont laissé à leurs successeurs la tâche redoutable de reconstruire les conditions théoriques d’une vie démocratique non aliénée.
Entrée libre, conférence en français.
Conférence organisée par la Maison de Heidelberg en partenariat avec la Ville de Montpellier
Qui sont les principaux candidats à l’élection présidentielle afghane ? Le candidat de l’opposition a-t-il une chance d’être élu ? Quels sont les enjeux de cette élection ?
11 candidats se présentent à l’élection présidentielle d’avril prochain. Parmi eux, on peut distinguer quatre candidats qui ont l’espoir de l’emporter. Il s’agit de Dr Abdullah Abdullah, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien candidat à l’élection présidentielle en 2009, de Ashraf Ghani, ancien ministre et ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, de Zalmai Rassoul, le dernier ministre des Affaires étrangères, et de Abdul Rasul Sayyaf, ancien chef de guerre, accusé par certaines ONG de défense des droits de l’homme de massacre de civils et de crimes de guerre. On peut ajouter également parmi les favoris, Abdul Qayum Karzaï, le frère de président sortant.
Avant de connaitre les noms des autres candidats, Dr Abdullah apparaissait comme favori car il avait réussi à former une grande alliance politique regroupant les principaux anciens chefs de guerre ou chefs de partis opposés à Hamid Karzaï. Il bénéficiait également du discrédit du président sortant, son rival à l’élection présidentielle de 2009. Pourtant, cette alliance n’a pas résisté au jeu de pouvoir dans un pays où les partis politiques n’existent pas réellement et où le changement d’alliance est la règle. Ainsi, on a vu le fameux général Dostom, chef de guerre de la communauté ouzbek, se rallier à la candidature de Ashraf Ghani, l’homme qui considérait son nouvel allié comme un criminel de guerre. C’est aussi le cas du frère de l’ancien commandant Ahmed Shah Massoud, dont le Dr Abdullah était le lieutenant, qui a choisi de soutenir Zalmai Rassoul. Il souhaite être le premier vice-président en cas de victoire. Dr Abdullah a néanmoins comme colistier Mohammad Mohaqiq, l’un des principaux leaders de la communauté hazâra qui vote massivement à chaque élection, contrairement aux zones pachtounes de l’Est et du Sud, zones sous l’influence des Taliban. Il peut également rassembler les jeunes et des organisations de la société civile dans les grandes villes. Ainsi, on ne peut réellement prévoir les résultats de cette élection, étant donné le nombre d’incertitudes.
Cette élection sera un évènement extrêmement important en Afghanistan car, pour la première fois dans l’histoire du pays, on assistera au transfert de pouvoir d’une manière pacifique, grâce à des élections et non pour cause de conflit. Egalement, ce pourrait être la première fois que l’on verrait, si le candidat de l’opposition l’emporte, un non pachtoune gouverner l’Afghanistan depuis sa fondation. Mais plus important encore, si jamais cette élection se déroule d’une manière pacifique, transparente et juste, le prochain président aura une légitimité que son prédecesseur n’avait pas. Le pouvoir se renforcera face aux Talibans qui mettaient toujours en avant la non représentativité et la non légitimité du pouvoir à Kaboul. Le prochain gouvernement afghan sera un interlocuteur plus crédible auprès de la communauté internationale.
Pour quelles raisons une épreuve de force s’est engagée publiquement entre Barack Obama et Hamid Karzaï ?
Depuis qu’il a été décidé que la présence militaire de l’OTAN prendrait fin en 2014, l’Afghanistan a commencé à signer des traités ou des accords de coopération avec de nombreux pays, y compris la France. Celui avec les Etats-Unis prévoyait un accord bilatéral de sécurité avec la présence de 10 000 soldats américains en Afghanistan après 2014, ainsi que le maintien de 9 bases américaines. Cet accord a été approuvé par la plus haute juridiction afghane, la Loya Jirga, et n’attendait que la signature du président afghan pour être effectif. Mais Hamid Karzaï a fait une volte-face inattendue. Depuis six mois, il est entré dans une épreuve de force avec Washington et pose des conditions irréalisables pour sa signature. Après avoir demandé aux Américains de respecter les maisons des Afghans et de mettre fin aux opérations nocturnes, ce que les Américains ont accepté, il leur demande aujourd’hui d’arrêter toutes opérations militaire en Afghanistan car il n’y aurait pas selon lui de terroristes en Afghanistan, mais uniquement au Pakistan, et de négocier immédiatement et ouvertement avec les Taliban, considérés par Hamid Karzaï comme des frères mécontents.
Dans cette épreuve de force entre Barack Obama et Hamid Karzaï, ce dernier est prêt à réécrire entièrement l’histoire de ces 13 ans de guerre en Afghanistan. Dans une interview accordée au Washington Post le 1er mars, Hamid Karzaï a affirmé que cette guerre n’était pas celle des Afghans qui en sont victimes et serait menée dans le seul intérêt des Etats-Unis et de ses alliés. Il est allé encore plus loin en affirmant qu’Al-Qaïda est un mythe et qu’il n’existait pas réellement. Une déclaration qui pourrait inciter Barack Obama à mettre en place l’option zéro, à savoir retirer les soldats américains d’Afghanistan à la fin de cette année, une option qui pourrait être désastreuse pour le maintien de la sécurité en Afghanistan. Comment l’Afghanistan, un pays dont le budget annuel pour 2014 ne dépasse pas les 7 milliards de dollars, pourrait-il faire face seul aux défis économique, social et sécuritaire, lorsqu’on sait que les Etats-Unis y ont dépensé plus de 6 milliards dollars en 2013 ?
Beaucoup d’analystes, notamment afghans, voient les raisons de la tension entre les présidents américain et afghan dans le fait que Karzaï ne peut pas se présenter à un 3e mandat et ne veut pas non plus laisser le pouvoir échapper à son clan et à son influence. Il veut maintenir son influence sur le pays via le prochain président qu’il aurait soutenu. Il essaie ainsi de favoriser deux ou trois candidats pour que l’un d’entre eux arrive au second tour et puisse emporter facilement le scrutin. Il faut noter également, qu’à deux mois d’une élection cruciale, aucune institution internationale n’a annoncé la présence d’observateurs, à l’exception de deux fondations américaines.
Le Pakistan négocie actuellement avec les Taliban pakistanais. Y a-t-il une chance que les négociations aboutissent ? Quel est l’objet principal des discussions ?
On n’en parle pas suffisamment en France, mais le Pakistan souffre énormément des actions des Taliban pakistanais, le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP ou Mouvement des Taliban du Pakistan). C’est un mouvement qui n’existait pas avant la guerre en Afghanistan. Fondé en 2007, le TTP a rassemblé de nombreuses organisations locales traditionnellement très conservatrices. Sous l’influence de la guerre en Afghanistan et en contact avec des éléments d’Al-Qaïda, il est devenu une force extrêmement organisée, puissante et violente dans les zones tribales et mène des actions sanglantes dans d’autres villes pakistanaises. Depuis 2007, le Pakistan a perdu plus de 3000 soldats dans la lutte contre les Taliban. Ce mouvement est une menace pour la sécurité du pays.
Islamabad, après avoir tenté de les vaincre militairement, essaie de négocier avec eux. Le précédent gouvernement, dirigé par le parti laïc Parti du Peuple du Pakistan, a essayé de le faire sans succès. Le gouvernement actuel du Premier ministre Nawaz Sharif et ses alliés anti-américains tentent de relancer ces négociations. Il existe en effet des canaux réels entre le gouvernement pakistanais et les Taliban. Non seulement la Ligue musulmane du premier ministre mais ses alliés, comme le Mouvement du Pakistan pour la Justice d’Imran Khan ou les islamistes du Muttahida Majlis-e-Amal, ont tous mené la campagne électorale de mai 2013 sous des slogans anti-américains, particulièrement contre les attaques des drones américains sur les positions des Taliban. D’autre part, les Taliban se trouvent confrontés à un éventuel changement en Afghanistan où la perspective d’une solution impliquant les Taliban afghans est réelle. Le gouvernement est conscient de leur faiblesse et, malgré des attentats et des attaques, l’armée a établi une feuille de route. Elle a en effet annoncé qu’à chaque fois qu’il y aurait une action des Taliban, celle-ci serait suivie par une action militaire de l’armée pakistanaise. C’est pourquoi ces derniers jours on a assisté à un escalade des opérations des uns et des autres, mais cela n’a pas empêché le TTP d’annoncer, le 2 mars, un trêve d’un mois pour entamer les négociations. Nous ne connaissons pas l’ordre du jour des pourparlers, on sait seulement que les Taliban ont demandé l’arrêt des opérations militaire et l’application de la charia. Le gouvernement semble être prêt non seulement à reconnaître l’autonomie des zones tribales, déjà effective, mais aussi d’aider au développement de ces zones, les plus pauvres du Pakistan. Quant à l’application de la charia, il faut savoir que le Pakistan est déjà une république islamique, mais une application pure et dure à l’image de ce qui se passe dans les zones contrôlées par les Taliban n’est pas envisageable. Tout en étant un Etat islamique, le Pakistan possède une société civile importante et des institutions solides telles que le pouvoir judiciaire ou la presse. En revanche, le Pakistan pourrait bien accepter l’application de la charia dans les zones tribales autonomes.
Entretien. La sociologue Anne Muxel revient sur l’abstention record aux dernières élections municipales. Elle y voit un signe d’exigence de la part des citoyens. Et surtout de la jeunesse.
L’abstention a battu des records aux dernières élections municipales. 37,8% au second tour, contre 34,8 en 2008. Et même 41% dans les villes de plus de 10 000 habitants. Que signifie cette désaffection pour les urnes ? Usure de notre démocratie ou signe paradoxal de vitalité politique ? Entretien avec Anne Muxel, sociologue, directrice de recherche au CNRS (Cevipof-Sciences-Po), spécialiste des comportements électoraux.
Comment analysez-vous ce record d’abstention ?
Si l’on s’en tient aux élections municipales, le taux d’abstention que nous venons de constater est effectivement le plus élevé de la Ve République. En 45 ans, au premier tour, il a augmenté de 11 points. Mais il faut replacer ces chiffres dans un contexte plus général. L’augmentation de l’abstention est un mouvement de long terme, amorcé à la fin des années 1980, qui concerne l’ensemble des élections. L’abstention est de plus en plus utilisée par les Français pour exprimer leur mécontentement ou le fait qu’ils ne se reconnaissent pas dans l’offre politique qui leur est proposée. Elle s’inscrit dans un contexte durable de défiance à l’égard de la politique.
La dernière vague du Baromètre de confiance politique du Cevipof, publiée en janvier dernier, a montré que 60% des Français ne font confiance ni à la droite, ni à la gauche pour gouverner. Les dernières élections municipales traduisent ainsi le divorce qui s’est installé dans le paysage politique français entre les citoyens et leurs représentants. D’un point de vue conjoncturel, les récentes affaires politico-judiciaires, la forte impopularité de l’exécutif, la désillusion des électeurs de gauche par rapport aux promesses du candidat Hollande en 2012, ont sans doute encore renforcé ce mouvement de fond.
Qui sont les abstentionnistes ?
Ils se répartissent en deux grandes catégories. Ceux qui sont « hors jeu » politiquement, qui se tiennent toujours en retrait des élections. Ces électeurs restent en dehors de la décision électorale d’abord pour des raisons d’ordre sociologique, liées aux conditions de leur insertion dans la société : appartenance aux couches populaires, faible niveau d’instruction, moindre insertion sociale. Cette catégorie est relativement stable, elle concerne à peu près le même volant d’individus d’une élection à l’autre. La seconde catégorie est différente. Ceux qui la constituent sont « dans le jeu » politique, souvent diplômés, mieux insérés socialement, ils se disent intéressés par la politique. Ceux-là utilisent l’abstention pour envoyer un message politique et ce sont eux qui contribuent, depuis une trentaine d’années, à la dynamique de l’abstention : ils font un usage alterné du vote et du non-vote et leur nombre augmente régulièrement.
Que révèle cette montée des électeurs « intermittents » ?
Un affaiblissement de la norme civique attachée au vote. Aujourd’hui celui-ci est considéré comme un droit plutôt que comme un devoir. En particulier par les jeunes générations. Et c’est le signe d’un profond renouvellement du modèle de citoyenneté. Les jeunes entrent en politique dans ce contexte de défiance à l’égard de la politique et de ses représentants, et de banalisation de l’abstention. Il est fort probable que l’intermittence du vote devienne pour eux la norme et une norme durable. De tous temps, les jeunes ont été un peu plus en retrait de la vie électorale, mais il est certain qu’affranchis du devoir de voter, ils sont plus abstentionnistes aujourd’hui que ne l’étaient leurs aînés au même âge. Ils votent par intermittence, en fonction de l’enjeu, de sa clarté, de son urgence. A l’occasion de la dernière élection présidentielle, ils étaient 30% à ne pas voter. Cette fois-ci, 56% d’entre eux ne se sont pas déplacés pour ces municipales. Et ils seront probablement encore plus nombreux aux européennes. 7 jeunes sur 10 s’étaient abstenus aux précédentes élections européennes.
Est-il vrai que, lors de ces municipales, ce sont les électeurs de gauche qui ont gonflé les chiffres de l’abstention ?
C’est exact, une enquête Ipsos montre une mobilisation différentielle entre électeurs de gauche et électeurs de droite. Les élections municipales sont des élections intermédiaires, où s’exprime un vote d’opinion plus qu’un vote d’adhésion. Le camp au pouvoir est généralement sanctionné s’il a déçu, moins en votant pour le camp adverse qu’en s’abstenant. Le même phénomène s’était produit en 2008, quand une partie de l’électorat de Nicolas Sarkozy, qui l’avait triomphalement élu à peine un an plus tôt, avait boudé les urnes.
Cette montée de l’abstention est-elle le signe d’une usure de la démocratie ou au contraire de sa vitalité ?
Gardons nous de nous en tenir à la conclusion hâtive d’un déficit démocratique, d’une apathie politique qui gagnerait l’ensemble de la population et mettrait ainsi en péril nos institutions. Dès l’instant où l’abstentionnisme demeure intermittent, où les citoyens continuent de faire un usage du vote et de l’abstention à des fins politiques, pour envoyer des messages, je considère qu’il s’agit d’un signe de vitalité, qui traduit une vigilance, une exigence de la part des citoyens. C’est le signe qu’ils veulent des résultats, qu’ils veulent que les promesses soient tenues, qu’ils sont exigeants sur l’offre politique et sur la qualité des gouvernants.
L’abstention peut ainsi être considérée comme un aiguillon démocratique. Mais il ne faudrait pas que la défiance vis-à-vis de la politique finisse par déboucher sur une coupure entre les citoyens et leurs représentants. Si la représentation politique n’a plus de légitimité, le risque serait alors grand d’une rupture du pacte démocratique lui-même. Et d’un retour à d’autres formes de régimes politiques, autoritaires, dictatoriaux. Il y a donc urgence à recrédibiliser l’action politique.
Sinon, le risque d’une régression démocratique ne peut être écarté. La montée des votes populistes, comme expression du malaise et du mécontentement, dans toute l’Europe, en donne la mesure. La dernière vague du Baromètre de confiance politique du Cevipof montre que la moitié des Français pensent que ce pourrait être une bonne solution d’avoir « à la tête de l’Etat un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections ». Dans le même temps, heureusement, une très large majorité (88%) demeure attachée au système démocratique. Mais il y a tension entre ces deux réponses antagonistes : nous sommes dans une situation critique, notre système politiques est mis à l’épreuve, et les politiques doivent en prendre conscience.
Parallèlement à la montée de l’abstention, on observe de nouvelles formes de participation à la vie politique…
Une majorité de Français souhaite qu’entrent au gouvernement des personnalités de la vie civile. Ils voudraient que leurs représentants ne soient pas seulement des professionnels de la politique. Ils s’expriment de plus en plus directement, en participant à des actions de type protestataire, des manifestations de rue, la signature de pétitions ; ils se mobilisent aussi au travers des réseaux sociaux, sur Internet. La participation à des conseils citoyens, à des assemblées délibératives consultatives a le vent en poupe. Cela montre bien qu’il n’y a pas de désinvestissement, mais au contraire des attentes fortes à l’égard de l’action politique.
Entre demande d’expression directe et nécessité d’organiser la représentation politique, nos systèmes démocratiques doivent innover et offrir de nouvelles perspectives à l’action politique comme à l’implication des citoyens. L’aggravation de l’abstention est un symptôme, sinon d’un déficit de démocratie, en tout cas d’un malaise démocratique. De nouveaux équilibres sont à trouver, de nouveaux espaces d’échanges et d’interventions entre gouvernés et gouvernants sont à instaurer. Il y a urgence à trouver comment mieux tisser les liens entre démocratie participative et démocratie représentative pour impulser le retour d’une confiance politique solide, et donc favorable au maintien et à la durabilité du pacte démocratique.
L’amour maternel une publicité trompeuse ? Photo dr
A la Chapelle. Vanessa Liautey s’attaque à l’indicible en adaptant un texte de BD au théâtre autour d’un infanticide.
La compagnie théâtrale La Faction vient de présenter à La ChapelleL’enfant qui pleurait. Un spectacle poignant de et avec Vanessa Liautey, accompagnée du regard de la chorégraphe Hélène Cathala, d’après Grégory Ponchard, l’auteur de la bande dessinée Crash-Text.
Au cœur de ce solo, un texte brut relatant un fait divers. A travers la souffrance d’une mère, le traitement qui est donné au drame de l’infanticide propulse le sujet en fait de société.
Pour interpréter le rôle, Vanessa est allée puiser sa matière sur le terrain. « Je tente de raconter l’histoire tragique d’une femme qui vient de jeter son bébé par la fenêtre. Quand on est actrice, par quels méandres de la pensée devons-nous passer pour l’incarner ?En me référant à l’histoire du Théâtre, c’est le personnage de Médée qui m’est venu à l’esprit. Aujourd’hui, les statistiques démontrent que quand les infanticides sont commis par des hommes, ils sont la plupart du temps liés à une vengeance, c’est différent chez les femmes. Médée a été écrit par un homme. »
La volonté de compréhension féminine, celle de trouver un sens à un drame comme l’infanticide est au cœur de la démarche théâtrale de Vanessa Liautey. Paradoxalement, le spectacle produit un sentiment d’empathie pour cette mère qui commet l’irréparable et bouscule les tabous. Toutes les mères ne devraient-elles pas être aimantes…
Prostrée dans un coin de l’espace délimité comme une petite pièce une femme balbutie, elle tente d’exprimer l’inexprimable sans y parvenir. C’est son corps qui parle. La femme est allongée, sa solitude se confond avec le sol. Elle ne dit rien, peut-être se parle-t-elle à elle-même.
La raison est indomptable, le mur d’images traduit ses rêves, cauchemars et projections mentales. Quand elle l’a jeté il n’a pas pris son envol. Tenter de comprendre face au rien, un défi pour trouver quelques miettes d’humanité et faire ressurgir l’espoir.
JMDH
L’enfant qui pleurait sera joué dans le cadre du Festival Hybrides au Théâtre des 13 Vents les 18 et 19 avril.