Le désert chilien d’Atacama porte ouverte sur le passé

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Avant-première cinéma : Nostalgie de la Lumière un film de Patricio Guzman . Le réalisateur chilien présente un documentaire métaphysique sur la mémoire du Chili sur les écrans le 27 octobre.

patricio-guzmanLe réalisateur chilien Patricio Guzman était cette semaine l’invité du cinéma Diagonal pour la présentation de son film Nostalgie de la lumière en sélection officielle cette année à Cannes. Né en 1941 à Santiago du Chili, Patricio Guzman a fait ses études à l’Ecole officielle d’art cinématographique de Madrid. Il dédie sa carrière au documentaire et doit sa notoriété à ses films sur l’histoire du Chili ; notamment La bataille du Chili, une trilogie de cinq heures sur le gouvernement de Salvador Allende et sa chute. Nostalgie de la lumière nous entraîne dans un monde poétique et métaphysique à partir d’un espace hors temps. Au Nord du Chili entre la fosse océanique et la Cordillère des Andes, le désert d’Atacama héberge un gigantesque observatoire. A trois mille mètres d’altitude, les astronomes du monde entier y scrutent les galaxies les plus éloignées en quête d’une probable vie extraterrestre, et au pied des observatoires un groupe de femmes remuent les pierres, à la recherche de leurs parents disparus…

Le réalisateur qui a été arrêté et enfermé pendant deux semaines dans le stade national peu après le coup d’Etat de Pinochet, juxtapose progressivement ces deux univers. « J’ai voulu revenir sur la tragédie nationale du Chili et en sortir à travers une fable métaphysique, indique Patricio Guzman. Le désert d’Atacama est un lieu où la transparence du ciel permet de regarder jusqu’aux confins de l’univers. Et c’est aussi un lieu où la sécheresse du sol conserve intacts les restes humains : ceux des momies, des explorateurs et des mineurs mais aussi, les ossements des prisonniers politiques. Le calcium qui constitue notre squelette est le même que celui que l’on trouve dans les étoiles. »

Dans le film, une femme qui consacre sa vie à retrouver le corps de son fils dans l’immensité du désert affirme le lien commun entre le présent invisible des galaxies lointaines et la mémoire invisible de dix-huit ans de dictature. « Je voudrais que les télescopes géants se mettent à scruter la terre plutôt que le ciel », confie-t-elle à la caméra.

Patricio Guzman estime que l’amnésie est une particularité chilienne. « On a toujours adopté une attitude irresponsable face à la mémoire, cela vaut pour les victimes de Pinochet dont 60% des cas ne sont toujours pas résolus comme pour le XIXe, où l’exploitation des mineurs qui s’approchait beaucoup de l’esclavage comme la disparition des Indiens sont des faits que l’on a jeté dans les poubelles de l’Histoire. » L’idée créatrice de Nostalgie de la lumière touche au passé universel qui donne sens à l’instant présent. « Avec ce film, je suis entré dans le territoire de la mémoire. C’est une rencontre avec la vie dont on ne sort jamais. »

Jean-Marie Dinh

Voir aussi : Rubrique Amérique Latine, Lien externe Human Rights Comment poursuivre les criminels des Droits de l’Homme, Histoire du Chili

Susan George : De l’évaporation à la régulation

susan George

Dans son dernier essai « Leurs Crises nos solutions », Susan George la présidente d’honneur d’Attac, se prononce pour la socialisation des banques.

« Tout pour nous et rien pour les autres ». La vile maxime d’Adam Smith paraît avoir été de tous les âges, celle des maîtres de l’espèce humaine, relève Susan George avant d’entreprendre par le menu l’analyse éclairée du fonctionnement de ce qu’elle nomme « La classe de Davos ». Cette proche de Joseph Stiglitz, prix Nobel d’Économie, ancien directeur du FMI, sait de quoi elle parle. Sous sa plume, la méga-crise liée à la financiarisation (économie virtuelle) et à l’effet levier (le crédit facile) que subit aujourd’hui le monde n’est pas difficile à comprendre, qu’il s’agisse de l’effondrement de l’économie et des finances mondiales, de la pauvreté et des inégalités croissantes, du combat pour accéder à l’eau et à la nourriture ou du réchauffement climatique.

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Susan George démontre que ces crises procèdent toutes des mêmes politiques néolibérales mises en œuvre dans le monde. Après s’être attachée à la doctrine, la présidente d’honneur d’Attac (elle figure parmi les membres fondateurs en 1998) dresse le constat des nouvelles libertés dont jouissent les investisseurs. Libertés que les papes de la finance ont testées dans le monde avant de s’en prendre à l’occident à partir de 2007. Selon l’Organisation internationale du travail, entre 1990 et 2002, plus de 90 pays ont subi des « tourmentes financières graves » caractérisées par une chute de la valeur de leur devise d’au moins 35% sur deux mois.

Susan George pointe l’émancipation du système bancaire et explique comment avec la complicité du Président de la Fédéral reserve, Alan Greenspan, et la passivité de Bill Clinton, sont nées en 1998 les sociétés de services financiers qui rassemblent sous un même toit banques de dépôt, banques d’affaire, opérations de Bourse et assurances avec une liberté de manœuvre et de risque maximal. On sait où cela nous a conduits.

Pas de fatalité

Sans écarter la menace d’un conflit sérieux, lié notamment à la crise écologique, l’auteur s’efforce de le prévenir. Elle nous donne à voir qu’aucune guerre n’est une fatalité. Au chapitre des propositions, elle propose de renverser l’ordre des facteurs, pour donner la priorité à la planète et d’abord à la protection des ressources rares. De s’engager vers une meilleure redistribution des richesses, vers les besoins de la société, et de prendre pour cela les moyens économiques qui s’y adaptent et notamment la socialisation des banques.

Un réveil citoyen s’impose affirme Susan George : « La dévalorisation de la souveraineté populaire n’est qu’un aspect de l’offensive menée contre la démocratie (…) Pour combattre la crise, une tâche considérable nous attend : restaurer la démocratie, tant représentative que participative, afin de reprendre le contrôle politique sur nos affaires. » La thèse est simple et clairement exposée.

Jean-Marie Dinh

Leurs crises nos solutions, éditions Albin Michel, 20 euros.

Voir aussi : Rubrique Finance Le grand Krach automatique, Barnier rassure les fonds spéculatifs, Les banquiers reprennent leurs mauvaises habitudes, Un an après la city zen, Livre Kerviel dénonce sa banque

Entre 1,23 et 3,5 millions de manifestants : mobilisation « exceptionnelle »

Blocage pacifique des lycéens à Montpellier. Photo JMDH

Les manifestations organisées mardi 12 octobre en France contre la réforme des retraites, pour la quatrième fois depuis la rentrée, ont rassemblé « près de 3,5 millions de personnes, soit une hausse de 20% par rapport aux journées précédentes », a annoncé la CFDT dans un communiqué. Le nombre des manifestants a atteint un niveau « exceptionnel » de 3,5 millions Selon le ministère de l’Intérieur, quelque 1.230.000 personnes ont participé à 250 manifestations en France. Le ministère avait comptabilisé 997.000 manifestants dans le pays le 23 septembre.

  • Chiffres en hausse à Paris
  • A Paris, 89.000 personnes ont manifesté contre la réforme des retraites, selon le chiffre définitif donné par la préfecture de police, un chiffre en forte hausse par rapport aux 65.000 manifestants comptés le 23 septembre. Au départ du cortège à 14h30, la préfecture de police comptait 65.000 personnes, un chiffre en hausse par rapport aux 40.000 manifestants estimés le 23 septembre au départ de la marche. De leur côté, les syndicats annonçaient 330.000 manifestants à Paris, soit 30.000 manifestants de plus environ que le 23 septembre, selon le comptage de l’intersyndicale cité par la CFDT, l’Unsa Ile-de-France et la FSU. Des milliers de lycéens et étudiants participaient bruyamment au défilé parisien, sous les bannières de l’UNL, l’Unef, la Fidl et des Jeunesses communistes, dans un cortège occupant une bonne partie de la rue de Rennes, une présence largement accrue par rapport aux dernières manifestations.

    Des lycéens dans le cortège à Lorient

    Environ 12.500 personnes, selon la police, 30.000 selon les syndicats, ont manifesté à Lille, plus que lors de la journée d’action du 23 septembre (12.000 et 27.000).

    La manifestation à Montpellier a rassemblé entre 12.000 (préfecture) et 70.000 personnes (syndicats), contre une fourchette de 18.000 à 60.000 le 23 septembre, la CGT se félicitant que « la mobilisation ne cesse d’enfler ».

    A Strasbourg, le cortège a réuni 8.000 personnes selon la police, 25.000 selon les syndicats, deux chiffres en hausse par rapport à la journée d’action du 23 septembre (7.700 et 22.000).

    La mobilisation contre la réforme des retraites augmente aussi à Lorient. Selon Le Télégramme, quelque 20.000 manifestants ont défilé dans les rues de la ville. A noter, dans le cortège, la présence de lycéens en ordre dispersé et la mise en place dans la matinée de barrages aux entrées de la ville.

    La manifestation à Nantes a réuni plus de participants que le 23 septembre avec entre 39.000 (préfecture) et 95.000 manifestants (syndicats), dont près d’un millier de jeunes selon la police.

    140.000 manifestants à Toulouse selon les syndicats qui appellent à une journée d’action jeudi

    Selon les syndicats, Toulouse compte 140.000 manifestants, un record, puisqu’ils étaient 125.000 à défiler le 2 octobre. Six organisations syndicales (CGT, CFDT, FO, FSU, Solidaires et UNSA) ont appelé à une journée d’action départementale, jeudi à Toulouse, et maintiennent leur appel à la mobilisation pour samedi, a-t-on appris auprès de ces syndicats.

    Entre 14.000 (selon le préfecture) et 72.000 personnes (selon les syndicats) se sont mobilisées à Grenoble, des chiffres en hausse selon les syndicats par rapport au 23 septembre (entre 19.200 et 70.000 selon les mêmes sources).

    Entre 22.000 personnes, selon la préfecture, et 60.000, selon l’intersyndicale, ont défilé dans les rues de Rennes, chiffres les plus élevés depuis 2006.

    Dans l’Ouest, des rassemblements sont organisées dans de nombreuses villes. Selon Ouest-France, 16.000 personnes défilent au Mans. 6.000 personnes sont mobilisées à Laval, et 4.000 à Guingamp.

    A Saint-Brieuc, les lycéens sont en nombre dans un cortège comptant 12.000 personnes selon la police, 40.000 pour les syndicats. Quimper compte pour sa part 12.500 opposants, selon Le Télégramme.

    A Caen, une mobilisation record était attendue.

    Au Havre, la CGT annonce une participation exceptionnelle de 55.000 personnes.

    A Rouen, la CGT évoque 75 000 manifestants.

    A Auch, « du jamais vu depuis 1995 »

    A Dieppe, selon les syndicats, il y aurait 10.000 manifestants.

    La Voix du Nord indique qu’à Boulogne, le centre-ville voit passer plus de 8.000 manifestants.

    Dans le Sud-Ouest, devant la mairie de Bordeaux, plusieurs centaines de lycéens, 500 selon la police, se sont rassemblés pour protester, selon la presse locale.

    A Auch, entre 4000 et 8000 manifestants défilent, « du jamais vu depuis 1995 », estime le quotidien Sud-Ouest. Du gaz lacrymogène a été lancé sur les manifestants. Des échauffourées ont eu lieu ce midi lors de la manifestation.

    A Agen, les estimations vont de 4 200 manifestants selon la police à 9 700 pour les syndicats.

    Des milliers de manifestants attendus à Lyon

    Entre 18.500 (selon le préfecture) et 45.000 personnes (selon les syndicats) se sont mobilisées à Lyon contre la réforme des retraites, des chiffres en hausse par rapport au 23 septembre (entre 18.000 et 36.000 selon les mêmes sources). Ce chiffre est aussi en hausse par rapport au défilé du samedi 2 octobre, en raison notamment de la participation de lycéens et d’étudiants, au nombre de 1.500 selon la police, 4.000 selon l’UNEF (Union nationale des étudiants de France). Plus bruyants que leurs aînés, les lycéens et les étudiants ont manifesté en scandant « Sarko t’es foutu, la jeunesse est dans la rue ».

    A Pau, entre 15 400 (police) et 22 000 (syndicats) personnes manifestent. Sud-Ouest rapporte qu’un cabinet d’huissiers a été mandaté par le préfet des Pyrénées-Atlantiques pour établir le nombre des manifestants. Résultat : 15.400 manifestants selon la police, 22.000 selon les syndicats… 9.300 selon les huissiers !

    A Brive-la-Gaillarde, La Montagne évoque 12.000 à 15.000 manifestants ce matin, dont 300 lycéens.

    Des centaines de lycéens sont mobilisés à Colmar, Molsheim, et Strasbourg, rapportent les Dernières nouvelles d’Alsace.

    Selon les syndicats, ce sont près de 230 000 personnes qui ont défilé ce matin sur le Vieux-port, à Marseille, 24 500 selon la préfecture de police. Un écart fustigé par le syndicat de police Unité SGP police (majoritaire chez les gardiens de la paix) qui, dans un communiqué, estime que la direction départementale de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône « s’épuise à dévaloriser le nombre des manifestants alors même que la mobilisation s’amplifie. » indique La Marseillaise

    Voir aussi : Rubrique Mouvement sociaux, L’Europe doit écouter la rue Lien externe Les 10 plus grandes manifestations en France depuis 15 ans

    Les Européens protestent contre les mesures d’austérité

    manif-europe

    Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté mercredi dans plusieurs pays de l’UE contre les mesures d’austérité de leurs gouvernements. La peur du démantèlement du système social et du chômage renforcera l’influence des syndicats européens, estiment les commentateurs.

    Le Quotidien – Luxembourg

    Une solidarité sans frontières

    Face aux protestations dans toute l’Europe des dizaines de milliers de travailleurs contre les mesures d’austérité de leurs gouvernements, le journal Le Quotidien parle d’une Europe des syndicats : « Parallèlement à la construction de l’Union européenne, celle de la Commission européenne de Barroso et du traité de Lisbonne, on voit donc également émerger depuis quelques années une autre Europe, celle de la lutte syndicale et de la défense des intérêts des salariés. … Les syndicats ont d’ailleurs déjà pris une longueur d’avance sur les Etats-nations qui composent aujourd’hui l’UE. La Confédération des syndicats européens compte ainsi déjà parmi ses membres les grands syndicats turcs et suisse. Cette solidarité syndicale transfrontalière constitue un phénomène nouveau avec lequel les politiques devront donc désormais composer à l’avenir. Et si le ‘diviser pour mieux régner’ a un sens, les syndicats européens ont certainement trouvé là une nouvelle force de frappe face à cette Europe libérale qui se construit sous leurs yeux. » (29.09.2010)

    Delo – Slovénie

    La peur du chômage

    Les propositions de la Commission européenne concernant la réforme du pacte de stabilité européen sont préoccupantes pour les populations européennes, estime le quotidien Delo suite à la manifestation de mercredi à Bruxelles : « Le rassemblement dans la capitale de l’eurocratie s’explique par la crainte des syndicats que les mesures d’austérité entraînent également une diminution de l’emploi dans l’UE. … La Confédération européenne des syndicats (CES) considère toutefois que la panique est exagérée. Plutôt que de se serrer encore la ceinture, celle-ci propose aux gouvernements des pays membres d’orienter les dépenses publiques vers l’investissement, l’emploi des jeunes, des stratégies industrielles et l’économie verte. Les dernières mesures prises sont loin d’être un signal positif pour la foule réunie à Bruxelles, laquelle a attiré l’attention sur les inconvénients de cette politique pour l’emploi et sur ses graves conséquences sociales. » (30.09.2010)

    Rzeczpospolita – Pologne

    Les demandes insensées des syndicats

    Les mouvements de protestation des syndicats dans plusieurs pays de l’UE sont insensés, écrit Marek Magierowski dans le quotidien conservateur Rzeczpospolita : « La volonté du peuple, c’est de travailler le moins possible pour gagner le plus possible, et ce de préférence dans la fonction publique. Il faudrait en outre que le même Etat finance les commodités quotidiennes : du rendez-vous chez le dentiste à l’école des enfants. Il n’y a pas d’argent ? Quoi ? Pas d’argent ? Prenons-le aux banquiers, aux Conseils d’administration et autres ! Déficit budgétaire ? … Ce genre de choses existe-t-il ? Les héros du travail ont adressé des messages clairs aux dirigeants européens. Il est encore temps de ne pas se serrer davantage la ceinture, … a déclaré hier le secrétaire général des syndicats européens John Monks … à Bruxelles. J’ai l’impression que l’un de ses ancêtres devait jouer dans l’orchestre du Titanic. » (30.09.2010)

    ABC – Espagne

    La mauvaise conscience de Zapatero

    La grève générale qui a eu lieu en Espagne hier, mercredi, pourrait amener le Premier ministre socialiste José Luis Rodríguez Zapatero a retirer une partie de ces réformes en raison de sa mauvaise conscience, redoute le quotidien conservateur ABC : « Dans des conditions normales, le gouvernement poursuivrait ses réformes sans se soucier de la pression sociale et les syndicats devraient s’asseoir à la table des négociations en faisant profil bas. Toutefois, il existe une réelle possibilité que Zapatero leur accorde de nouvelles concessions qu’ils n’ont pas obtenues, parce qu’il est effrayé à l’idée de s’éloigner de sa base. … Sa célèbre carte de membre du syndicat UGT … lui sert de miroir moral, dans lequel il se regarde sans se reconnaître. » (30.09.2010)

    Du brassage social et politique

    Revue. Les temps nouveaux s’intéresse au mouvement social et à la lutte politique dans la perspective de construire une alternative.

    les-temps-nouveauxL’idée de croiser les réflexions de responsables syndicaux et associatifs, intellectuels engagés et acteurs du mouvement social, qui enragent de l’atonie du débat sur les alternatives nécessaires, résonne bien avec le sentiment d’urgence qui se repend dans les têtes et dans les rues. Après trois décennies de politique libérale, la libération des forces du marché a développé à l’échelle de la planète des politiques destructrices de progrès social et de liberté, accompagnées d’une normalisation de la pensée et de la culture, constatent les protagonistes. Claude Debons, du Parti de gauche, pose dans l’éditorial l’ambition affichée d’élaborer une réponse associative, syndicale et politique à la hauteur des enjeux, et de construire dans un même temps des rapports de forces nécessaires à leur mise en œuvre.

    Ce premier numéro de la revue publié par les éditions Au bord de l’eau, rassemble un bel éventail de pensées critiques. Chacun dans leur domaine, les contributeurs se retrouvent pour dénoncer les règles actuelles du pouvoir financier. De la montée en puissance de la stigmatisation, à l’enjeu social de la réforme des retraites, une cohérence se tisse.

    La première partie fait le point sur l’actualité des mouvements, avec un regard sociologique mettant en perspective la grève des travailleurs sans papiers, qui trace les contours d’un droit de grève pour les salariés les plus précaires. Le dossier central aborde l’acuité de la crise en sondant en profondeur les contradictions du capitalisme financier, sans oublier de révéler sa face cachée.

    La dégradation salariale et la montée de la souffrance au travail qui vont immanquablement s’intensifier invite ardemment à trouver une nouvelle issue. Après avoir dressé un état des lieux du chantier, l’économiste Michel Husson, membre de la fondation Copernic envisage des réponses progressistes en situant l’enjeu crucial : « quelle est sur l’échelle du radicalisme, la position du curseur qui permet le mieux de mobiliser ?

    Une revue à découvrir où l’on ne renonce pas à l’exigence du sens, et où l’on se garde de confondre La gauche radicale de rupture avec le social-libéralisme d’accompagnement.

    Jean-Marie Dinh

    Les Temps Nouveaux, automne 2010, éd Le Bord de l’Eau, 14 euros.