Contre les professionnels de la politique

egoiste-revue-francaise-elitiste-retour-L-15r4RUPar Jacques Julliard

Avec la multiplication des instruments d’information et d’expression propre aux techniques modernes – médias, Internet -, la confiscation de la démocratie est désormais ressentie comme intolérable par la masse des citoyens.

« Rejet ! », c’était notre une il y a deux semaines. Rejet de la droite. Rejet de la gauche. Rejet de la politique. Mais pourquoi donc ? Parce que la masse des citoyens, toutes tendances confondues, ne veut plus de l’exercice du pouvoir en bandes organisées.

Ces bandes s’appellent les partis. Leur fonction est la collecte des suffrages au profit d’eux-mêmes et de leurs caciques. Alors que tout les oppose, ils sont au moins d’accord sur un point : la monopolisation du suffrage universel au profit du réseau qu’ils constituent ensemble. Quitte à accepter de revoir à chaque scrutin la clé de répartition des revenus – pardon, des suffrages ! – entre les bandes.

Ce n’est pas pour rien que la plupart des démocraties naissantes ont banni les partis comme des organes de corruption du suffrage populaire. Mieux, sous la Révolution, faire acte de candidature était considéré comme un délit, que certains voulaient même punir de la peine de mort…

Les propos que je viens de tenir pourraient facilement être taxés par un esprit malveillant de poujadisme, de populisme, voire de lepénisme. La situation qu’ils décrivent n’est pourtant que la conséquence directe de la démocratie représentative. La démocratie est en effet le seul système qui, à la faveur de scrutins réguliers, remet périodiquement en jeu le pouvoir lui-même. Il est donc naturel, il est donc inévitable, il est donc indispensable que se constituent à l’intérieur du corps politique des organismes qui se proposent de recueillir et de regrouper les suffrages à leur profit, pour accéder le plus légitimement du monde au pouvoir. Rien à redire à cela.

Sauf que, dans la pratique, ces organismes se constituent en monopoles pour confisquer à leur profit exclusif les volontés du suffrage universel. Les partis deviennent ainsi à la politique ce que les trusts, les ententes, les cartels sont à la vie économique : des organismes d’accaparement, qui font obstacle au libre-échange. Avec la multiplication des instruments d’information et d’expression propres aux techniques modernes – médias, Internet -, cette confiscation de la démocratie est désormais ressentie comme intolérable par la masse des citoyens.

D’où, partout à travers le monde, ces mouvements d’« indignés », ces révoltes populaires à l’écart des partis politiques qui surgissent hier en Espagne, aujourd’hui en Turquie, en Egypte, au Brésil. Qui aurait en effet imaginé ce soulèvement contre le football au pays de Pelé ?

En France, cette révolte a pris – pour le moment – la forme du vote de protestation en faveur du Front national. Eh oui ! c’est un peu dur à avaler et surtout à comprendre chez les démocrates les plus sincères, mais c’est ainsi : le vote pour le Front national n’a plus pour ressort principal l’immigration ou l’insécurité, mais la défiance à l’égard des formes traditionnelles de la démocratie et de son accaparement par la classe politique.

Les plus lucides commencent à le comprendre : ils savent que leur âge d’or est désormais révolu, et qu’il va falloir progressivement se résoudre à déprofessionnaliser la carrière politique. C’est à quoi correspondent les propositions actuellement en discussion au Parlement : limitation du cumul des mandats et du nombre de mandats successifs, réduction des avantages propres aux élus, qui visent presque tous à échapper à l’impôt. Car ceux-là mêmes dont la fonction principale est de voter l’impôt n’ont rien eu de plus pressé que de se mettre à l’abri des mesures qu’ils appliquent aux autres.

Qu’il s’agisse de leurs rémunérations, de leurs retraites et des divers avantages en nature dont ils bénéficient, le « hors impôt » est chez les parlementaires l’équivalent du « sans dot ! » de Harpagon dans l’Avare de Molière. Là où le citoyen ordinaire a recours à la fraude pour échapper à l’impôt, le député peut se permettre de recourir à une loi en sa propre faveur. Loi privée, autrement dit privilège, c’est-à-dire négation même de l’ordre démocratique.

Voilà des années, et même des décennies, que l’abolition du cumul des mandats, cette anomalie française, se heurte à la résistance acharnée de la classe politique prise dans son ensemble. On déploie depuis lors des trésors d’ingéniosité et même d’intelligence pour défendre l’indéfendable, c’est-à-dire le verrouillage du suffrage universel au profit d’un seul individu dans un « fief » donné. En refusant de « partager », cette classe politique est en train de se suicider.

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La mesure la plus efficace contre l’accaparement serait la limitation du nombre des mandats successifs autorisés à un seul individu. La commission des Lois de l’Assemblée nationale s’est prononcée, sans aucune chance d’être suivie, pour un maximum de trois mandats successifs. La mesure ne serait efficace que si un tel maximum était réduit à deux. Faut-il rappeler que toutes les assemblées qui ont fait œuvre utile et fait progresser la démocratie étaient composées d’hommes nouveaux et « inexpérimentés » ? Ce fut le cas de la Constituante de 1789, de l’Assemblée de 1848, et à nouveau de la Constituante de 1945, à la faveur de circonstances exceptionnelles.

L’avantage d’une telle mesure est qu’elle interdirait de faire de la politique un métier, ou une «carrière», comme c’est le cas aujourd’hui. Les sociologues de la politique du début du XXe siècle appelés « machiavéliens », Robert Michels, Gaetano Mosca, ou Vilfredo Pareto, ont montré, à la suite des thèses fondamentales de Max Weber sur la professionnalisation de la politique à l’ère démocratique, que le jeu finit par opposer deux « élites»  rivales, en laissant de côté le peuple lui-même, réduit au rôle d’arbitre dérisoire et impuissant.

Ce qui se passe aujourd’hui ? Le peuple est en train de réclamer sa place en politique, c’est-à-dire dans le lieu même où se décident ses propres destinées. Il ne faut donc pas voir dans la critique actuelle de la profession politique par la population un déclin de la passion démocratique mais, au contraire, une nouvelle exigence de cette passion. Il serait grave pour l’avenir d’en laisser le monopole au Front national.

Après de Gaulle, qui avait justement vu dans le mouvement de 1968 une aspiration à la « participation » des citoyens à la vie politique, Ségolène Royal, lors de sa campagne de 2007, avait fait le même diagnostic. Ce que nous constatons jour après jour, c’est l’appel d’une « démocratie gouvernée » à une « démocratie gouvernante ». Permettez-moi de reprendre ici une formule qui m’est chère : pour que la politique devienne quelque chose pour tous, il faut qu’elle cesse d’être le tout de quelques-uns.

Source : Marianne 16/0713

Voir aussi : Rubrique Politique, Société civile, rubrique Société, Citoyenneté,

Brésil : « Il y a un côté “petit bourgeois” dans la mobilisation

A Rio de Janeiro, le 20 juin, des manifestants se rassemblent après l’annulation de l’augmentation du prix des transports (Marcelo Sayao/EFE/SIPA)

Chercheur au Centre de recherche en sciences sociales de l’international (CERI, Sciences Po-CNRS), membre de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (Opalc), Eduardo Rios est spécialiste du Vénézuela et a étudié le système politique brésilien à Sao Paulo. Grâce à ses contacts sur place, qu’ils soient étudiants, chercheurs, travailleurs sociaux ou bénévoles, il suit de près la récente mobilisation au Brésil.

Loin d’y voir un « réveil brésilien », Rios retourne plutôt dans l’histoire contemporaine de la nation et dans la culture politique des Brésiliens pour donner sens aux événements qui secouent le pays.

Rue89 : Pour commencer, pouvez-vous résumer la chronologie des événements ?

Eduardo Rios : C’est d’abord la gauche syndicaliste qui a commencé à manifester en demandant la gratuité des transports publics. Leur mouvement a pris de l’ampleur lorsqu’il a été réprimé, puis encore plus lorsque les policiers ont réprimé les journalistes du quotidien Folha de Sao Paulo.

Une fois que les médias ont été pris à partie, le message a changé. On ne parlait plus de mobilisation de voyous, mais de mouvement de libre expression injustement réprimé.

La mobilisation s’est alors élargie bien au-delà des attentes des premiers manifestants. Si au début il y avait des demandes précises, ce n’est plus le cas maintenant. Le mouvement est devenu très hétérogène, a intégré des gens de la classe moyenne conservatrice, sortis de la pauvreté depuis plus d’une génération, mais aussi des intellectuels progressistes, des étudiants…

Qui sont les manifestants ?

La police de Sao Paulo a interrogé les participants pour réaliser que 70% d’entre eux manifestaient pour la première fois. La mobilisation n’est pas non plus une affaire de partis politiques : la Folha de Sao Paulo a mené une enquête et 72% des manifestants disaient ne pas s’identifier à un parti politique en particulier. Ce qui les rassemble, c’est l’hymne nationale du Brésil, pas la couleur d’un parti.

Ce que nous savons sur les manifestants, grâce à la Fohla, c’est qu’ils sont jeunes à 63% et ont fait des études supérieures à 78%. C’est un mouvement de demande sociale qui n’a pas de revendications précises, mais qui demande à ce que la progression sociale et économique des Brésiliens se poursuive.

Ce qui est certain, c’est que le spectre est très large. Jeudi [le 20 juin, ndlr], des cocktails molotov ont été lancés sur le ministère des Affaires étrangères, il y a donc aussi une minorité de casseurs, même si elle est marginale.

Il est important de rappeler qu’il n’y avait pas eu de morts dans les manifestations avant jeudi – un participant est décédé ce jour-là, renversé par une voiture qui tentait de dépasser un groupe de protestataires.

Qu’est-ce qui a mené à cette mobilisation ?

Il ne faut pas sous-estimer la culture des mouvements sociaux au Brésil, qui s’est développée historiquement avec le mouvement des sans-terre, les manifestations des ruraux et les marches contre la pauvreté et la corruption dans les rues des grandes villes.

Puis, durant les années Lula (2003-2011), le Brésil a vécu une croissance économique qui a permis, de pair avec une stabilité des prix et des programmes sociaux, à un très grand nombre de personnes de passer de la pauvreté à la classe moyenne. Dans cette ambiance, le Brésil en entier a donné un sens à la prospérité, qui est devenue la route vers l’atteinte d’un avenir meilleur pour tous.

A cela il faut ajouter la spécificité politique du Brésil, qui sort d’une longue dictature dans les années 80. De là a émergé un fort sentiment anti-partis politiques, qui se manifeste dans le fait que la plupart des partis tendent vers le centre et n’ont pas une ligne clairement définie.

Devant leurs inquiétudes face aux décisions économiques des politiques, la classe moyenne s’est sentie légitime de manifester, en lien avec la culture anti-politique partisane du peuple brésilien, pour un assainissement du système.

Y-a-t-il des précédents semblables dans l’histoire du Brésil ?

J’ai entendu l’expression « le Brésil se réveille » : il faut faire attention, car ce n’est pas une image représentative de ce qui se passe. Oui, les manifestations massives sont rares et même inédites, mais leur source n’est pas nouvelle.

Certains analystes remontent jusqu’aux années 60, où des manifestations plutôt conservatrices ont contribué au coup d’Etat de 1964. Mais je crois que le mouvement Diretas Ja (réclamant des élections présidentielles directes), dès 1983, est plus en ligne directe avec les événements actuels.

Déjà il y avait une vaste mobilisation hétérogène regroupée autour de l’idée du suffrage direct, mais dont les revendications s’étendaient largement au-delà d’une seule cause.

Au début des années 90, le mouvement contre le Président Collor de Mello, déchu pour corruption, porte aussi les traces d’une revendication qui englobe plusieurs causes sur fond d’assainissement du système politique.

Pendant les vingt années qui ont suivi la chute de Collor de Mello, il y a eu un long silence, mais le sentiment contre l’errance politique et pour une progression du Brésil est toujours resté vivant. Je préfère donc la métaphore de la boule de neige, car ce que nous voyons aujourd’hui est le cri d’espoir d’un mouvement qui ne date pas d’hier et qui s’est construit depuis des décennies.

La question des inégalités sociales est-elle présente dans le débat ?

Certains ne seront pas contents que je dise ça, mais cette question n’est pas au centre des revendications. Ne me méprenez pas : les inégalités sociales existent bel et bien au Brésil, mais ce n’est pas, à proprement parler, l’objet des revendications des manifestants.

Nous ne sommes pas en présence d’un mouvement des « damnés » de la terre, du prolétariat dépossédé ou des 99% de « Occupy ». C’est une mobilisation de la classe moyenne, qui demande de meilleures conditions de vie et qui désire que plus de Brésiliens sortent de la pauvreté pour le bien de la nation.

Y-a-t-il de la récupération politique ?

Par tout le monde. La Présidente Dilma Roussef a déclaré que les manifestations démontraient « la vivacité de la politique brésilienne », un sénateur a proposé d’abolir les partis politiques car cela le sert stratégiquement, l’opposition veut en faire un mouvement anti-Dilma, etc.

Tout le monde veut tirer la ficelle de son côté, mais à l’image de la mobilisation, personne ne réussit à récupérer le mouvement de manière cohérente et homogène.

Peut-on faire un lien avec les printemps arabes ou la situation en Turquie ?

Il faut faire très attention avec les comparaisons. Les mouvements sont comparables dans leur ampleur et dans leurs étincelles, qui s’est faite en milieu urbain, mais c’est là que s’arrêtent les liens.

Les printemps arabes arrivent dans des moments économiquement difficiles, ce qui n’est pas le cas du Brésil. Les manifestations au Brésil ne sont pas non plus dues à un rejet de l’autoritarisme, à la déception de la jeunesse ou à une volonté de radicalement changer le système politique.

En Turquie, contrairement au Brésil, la croissance économique s’est accompagnée de profonds changements de valeurs qui ont bouleversé le pays. Il y a eu un ras-le-bol, terme que je n’utiliserais pas pour qualifier l’état d’esprit brésilien. La très forte répression policière en Turquie, qui fut bien plus intense qu’au Brésil, n’est aussi en aucun cas comparable entre les deux mobilisations.

Est-ce le Mai 68 des Brésiliens ?

Il y a un peu de ce côté « petit bourgeois » dans la mobilisation, en effet. C’est l’alliance de deux groupes de personnes, qui aujourd’hui se ressemblent socialement, mais qui n’ont pas un parcours similaire. D’un côté il y a ceux qui, sans être très riches, peuvent pourvoir à tous leurs besoins depuis un certain nombre d’années. De l’autre, ceux qui connaissent cette aisance depuis peu de temps.

Mais il ne faudrait pas comparer abusivement, car ce ne sont pas des étudiants qui ont lancé le mouvement et ça ne mènera pas à une grève générale. Si elle l’a été brièvement au début, la mobilisation n’est pas non plus spécifiquement marquée à gauche.

Où cela va-t-il mener ?

Ce mouvement démontre des attentes politiques sérieuses et il aura assurément des répercussions sur le système tel qu’il est aujourd’hui. Les leaders et les partis politiques ne pourront pas ignorer ces attentes envers eux.

Mais autant les revendications sont imprécises et diverses, autant il est impossible de dire qu’elle sera la réponse et la réaction du pouvoir, au niveau local comme national. Pour l’instant, celui qui prétend savoir où tout cela va mener cache probablement des intérêts quelconques.

Recueilli par Nicolas Pelletier

 Source : Rue89  24/06/2013

Voir aussi : Rubrique Amérique Latine, Brésil, Du Parti des travailleurs  au parti de Lula,

Au Vietnam, le blog est une arme d’information massive

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Les débats sont retransmis sur le site 4MCFI. Photo Redouane Anfoussi

Pour la troisième année, Montpellier a reçu les rencontres annuelles 4M qui rassemblent près de cent-cinquante journalistes de trente-neuf pays. L’occasion d’échanger sur un métier en transition.

 

Parmi les invités des rencontres 4M, certains utilisent Internet comme une arme face à des gouvernements dictatoriaux. Journalistes et blogueurs, ils risquent leur liberté, parfois leur vie pour faire émerger l’information.

« Je fais partie d’un blog underground. Toute personne qui y est associée est en danger, plante le responsable du site dissident vietnamien Danlambao. Nous écrivons ce que le gouvernement ne veut pas que les gens sachent, concernant les terres arables, les droits de l’Homme, la liberté d’expression, les liens politiques entre la Chine et le Vietnam… » Réfugié à l’étranger, le blogueur vietnamien ne peut plus rentrer dans son pays. Il continue de l’extérieur, son travail d’information parce que « nous avons besoin de gens qui savent et qui s’expriment pour défendre l’indépendance et la liberté ».

C’est également la révolte qui a guidé les pas d’une autre blogueuse vietnamienne, qui elle, vit toujours dans son pays et tient à rester anonyme pour préserver sa sécurité. Le site boxitvn.blogpost.com est né en 2009 de la lutte contre le projet d’implantation et d’exploitation de la bauxite par une compagnie chinoise sur les hauts plateaux à la frontière du Laos, du Cambodge et du Vietnam, « le toit de l’Indochine » et « qui tient le toit tient l’Indochine », souligne-t-elle.

« Le Vietnam est l’un des rares pays où toute la presse et tous les médias sont contrôlés par le gouvernement. Nous avons sept cents journaux et revues mais tous les rédacteurs doivent être membres du Parti communiste. Les blogs sortent de ce système. Il n’ont aucune autorisation et au moindre prétexte l’autorité peut stopper le blog ou arrêter les blogueurs sous n’importe quel chef d’accusation. Quelques dizaines de blogueurs sont déjà en prison, jugés ou non. »

Chaque jour boxitvn connaît des « attaques de hackers ». Il possède deux adresses pour préserver son contenu. « Le Vietnam a des réserves importantes de bauxite qui peuvent être extraites par des procédés différents. L’ancienne technique comporte beaucoup de risques et dégage des tonnes de boues rouges pour une tonne d’alumine. Les catastrophes écologiques sont énormes. En 2007, nous avons découvert que les secrétaires généraux du Vietnam et de la Chine ont signé une convention qui confiait à une compagnie chinoise ce site d’exploitation de bauxite selon les anciennes méthodes. »

Des intellectuels et des scientifiques, anciens ou toujours membres du Parti ont dénoncé, arguments à l’appui les dangers d’un tel projet. Le blog, né en 2009, est une continuité de ce mouvement. Il est devenu le lieu de contestation des décisions gouvernementales. « Nous nous battons également contre l’augmentation de la corruption et le projet de réforme de la constitution qui conserverait à l’identique l’article 4 affirmant le rôle dirigeant du PC, poursuit la blogueuse. Dans les pays ex-socialistes, la société civile a été éliminée. L’existence de sites relie les gens de Hanoï à Saïgon, elle permet sa reconstruction. »

Hélène Gosselin

Source : La Marseillaise 15/06/2013

Voir aussi : Rubrique Vietnam, rubrique Internet,

 

Deuxième jour d’affrontements à Istanbul

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Un « printemps turc » est-il en train de naître ? Taksim est-elle la « place Tahrir » d’Istanbul, comme certains manifestants le clament ? A coup sûr, la mobilisation qui s’est enclenchée cette semaine aux abords de la grande place centrale d’Istanbul va marquer un tournant politique en Turquie.

Lancée par une poignée de manifestants « marginaux », comme aime les qualifier le premier ministre, Tayyip Erdogan, pour la sauvegarde d’un morceau de jardin public, elle s’est transformée en un vaste mouvement d’union contre la politique du chef du gouvernement, encouragé par une violente répression policière et un usage excessif de la force.

De l’extrême gauche à la droite de l’échiquier politique, le mouvement cristallise tous les griefs accumulés contre celui qui monopolise le pouvoir depuis maintenant dix ans. Les laïques s’émeuvent, chaque jour un peu plus, de l’irruption de la religion dans l’espace public et de son instrumentalisation par M. Erdogan pour gouverner.

C’est ainsi que, en quelques jours, une loi a été votée pour restreindre la consommation d’alcool. Sevan Nisanyan, un intellectuel arménien de Turquie, a été condamné pour « blasphème » à treize mois de prison après avoir critiqué le prophète Mahomet. Et la mairie d’Ankara a appelé les citoyens « à adopter un comportement conforme aux valeurs morales ».

Les partis de gauche et d’extrême gauche, les étudiants, ainsi que les organisations syndicales, sont éreintés par la répression des manifestations et les vagues d’arrestations dont ils ont été la cible depuis des mois au nom de la lutte contre le terrorisme. Les alévis turcs, une branche minoritaire et libérale de l’islam, s’estiment victimes de discriminations de la part du gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP), qui ne reconnaît pas leur particularisme cultuel. La liste est longue.

Tous dénoncent, à l’unisson, la dérive autoritaire du chef du gouvernement turc, son style brutal, les projets urbains mégalomaniaques dont il affuble Istanbul et le système clanique qu’il s’est bâti dans la ville lorsqu’il en était maire, il y a près de vingt ans.

Adossé au départ au processus de négociations d’adhésion à l’Union européenne et à une dynamique réformatrice, le pouvoir de M. Erdogan était encadré. Il a été renforcé par deux élections, qui ont tourné au plébiscite, en 2007 et 2011, avec respectivement 47 % et 50 % des voix à l’AKP.

Cette mainmise électorale a permis à M. Erdogan de se débarrasser de tout contre-pouvoir en interne. L’armée, l’appareil bureaucratique et judiciaire, la presse, qui lui étaient autrefois opposés, sont devenus des instruments au service de l’AKP, le parti majoritaire, et de son chef.

Ainsi, pendant que les émeutes éclataient à Taksim, les chaînes de télévision montraient M. Erdogan tenant une conférence pour le jour de la lutte contre le tabac. Les forces de l’ordre, dont les effectifs ont triplé depuis l’arrivée de M. Erdogan au pouvoir, ont fait preuve d’une violence inouïe contre les manifestants, en toute impunité.

En 2014, c’est la présidence de la République que M. Erdogan souhaite conquérir, après avoir fait réformer la Constitution et fait évoluer la Turquie vers un régime présidentiel. Ce qui fait craindre à beaucoup un nouveau tour de vis.

E-Constitution – un processus inédit de démocratie participative…

islande-11Nous assistons à la naissance d’une E-table Ronde à l’échelle d’un pays, cette merveilleuse idée qu’est la démocratie pourrait renaître de ses cendres grâce aux outils de communication du Web.

e pays des fjords, durement touché par la crise économique de 2008, a entrepris de réécrire sa Constitution, en vigueur depuis 1944.

Cette réécriture fait suite au résultat du referendum de 2010 où le peuple islandais s’est clairement exprimé en donnant une fin de non-recevoir à ceux qui voulait leurs faire porter la faillite financière des banques comme IceSave.
Les autorités ont choisi ainsi de faire participer la population à travers les réseaux sociaux le principe de démocratie collaborative…
Des hommes et des femmes venant de différents horizons et donc de la société civile tels des avocats, des économistes, des journalistes, étudiants sont chargés de superviser l’élaboration de la nouvelle Constitution.
On peut lire dans Télérama « La décision de s’en remettre à la participation active des internautes (appelée aussi « crowdsourcing ») est complètement spontanée », explique Silja Bára Ómarsdóttir, membre de l’Assemblée constituante et professeur de Sciences politiques, qui entretient le dialogue quotidien avec les internautes. « Elle est liée au fait que nous avons un temps imparti très court d’ici la présentation du texte au Parlement fin juillet, et nous voulions être le plus interactif possible. »
Les médias sociaux sont considérés comme un moyen de faire en sorte que cette ouverture révolutionnaire se produisent avec la population de l’Islande qui se trouve être la plus informatisé au monde et où les deux tiers de ses habitants est sur Facebook.

A travers des espaces comme Facebook, Twitter , Flickr, les membres de l’Assemblée constituante interagissent avec les citoyens islandais, ses derniers soumettent leurs idées, amendements tout en pouvant suivre sur youtube et même en streaming les réunions du conseil dans une totale transparence, ce qui est une innovation d’importance pour une bonne marche de la démocratie.Quid de ses cercles décidant pour le peuple, que l’on pense trop immature pour participer à la rédaction des lois et autres règles, ce nouveau concept est certainement l’innovation démocratique du siècle voir plus…
Dans le journal le Guardian on peut lire ce commentaire du professeur d’économie à l’Université d’Islande Thorvaldur Gylfason et membre du Conseil constitutionnel islandais (Stjórnlagaráð). Ce dernier est agréablement surpris de la qualité des intervenants sur les réseaux  » C’est la première fois qu’une Constitution est en cours de rédaction essentiellement sur Internet » (…) « Le public voit la Constitution prendre vie sous leurs yeux (…) C’est très différent de l’ancienne époque où les constituants dans une tour d’ivoire, hors de portée de toute remise en cause, pouvait rédiger sans être confronté aux remarques »
Par ailleurs il y aura ainsi dans le projet constitutionnel une loi pour la séparation des pouvoirs visant à prévenir une répétition de la crise financière.
Le produit final devrait voir le jour au mois de juillet au plus tard, ensuite il sera soumis à un référendum afin que les Islandais puissent approuver où rejeterla nouvelle E-Constitution et si à l’issue du vote, ce dernier est favorable, il sera adopté. Par ailleurs il y a été inclu que le Parlement (Althing) ne pourra en aucun cas modifier l’E-constitution, ses derniers devront avant le vote final donner leurs avis comme tous citoyens via les réseaux sociaux !!

Le film 8th Wonderland avait suscité un vif intérêt non pas pour son côté obscur qui est une peur d’internet et d’une démocratisation inédite, mais en raison de son côté participatif justement car il préfigure de ce que peut être une vraie démocratie quand les peuples collaborent à la rédaction des textes, aux projets et futurs de leurs mondes.
Cet exemple de vrai démocratie devrait nous éveiller et faire comprendre qu’il est possible de collaborer aux affaires du pays d’en être les acteurs et non les spectateurs voir le plus souvent les victimes.
En attendant, les Islandais peuvent accéder à une page générale et visualiser la Constitution actuelle ou consulter le dernier brouillon.
Lorelei
Source : Agora vox 8/06/2011

Putsch : la Constitution Islandaise rédigée par le peuple a été assassinée par le Parlement

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Vendredi dernier, Thorvaldur Gylfason a envoyé à Vivre en Islande la déclaration ci-après. Cette dernière a été gracieusement traduite de l’anglais vers le français par Jessica Devergnies-Wastraete (jessica.devergnies@gmail.com). Thorvaldur Gylfason a été membre élu (puis désigné par le Parlement) de l’Assemblée Constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution pour le pays. Il est Professeur d’Economie de l’Université d’Islande. http://notendur.hi.is/gylfason/inenglish.htm
L’Islande a attiré l’attention lorsque, après sa spectaculaire dégringolade en 2008 quand son système bancaire s’est écroulé – causant d’énormes dégâts sur les créanciers étrangers ainsi que sur les habitants de l’île –, elle a tenté de faire face au problème en assignant en justice les banquiers et autres personnes responsables de la faillite du pays. Mais l’île a aussi fait parler d’elle lorsqu’elle a convié le peuple islandais et ses représentants directement élus à rédiger une nouvelle Constitution post-krash qui visait notamment à réduire la probabilité qu’un tel événement se reproduise.L’auteur de cette initiative – ce qui est tout à son honneur –, c’est le gouvernement post-krash formé en 2009 qui a été mis au pied du mur face à une foule de manifestants venus faire bruyamment résonner leurs poêles et casseroles sur la place du Parlement à Reykjavík. Une Assemblée nationale composée de 950 personnes choisies au hasard dans le registre national a été convoquée. Chaque Islandais âgé de 18 ans ou plus avait la même chance d’être sélectionné et d’obtenir un siège à l’Assemblée. Ensuite, à partir d’une liste de 522 candidats issus de tous les horizons, 25 représentants ont été élus par le peuple pour former une Assemblée constituante dont la mission était de rédiger une nouvelle Constitution rendant compte de la volonté populaire, telle qu’exprimée par l’Assemblée nationale. Croyez-le ou non, la Cour suprême, dont huit des neuf juges de l’époque avaient été nommés par le Parti de l’indépendance qui est à présent considéré comme le principal coupable de la faillite du pays et qui siège dans l’opposition, a annulé l’élection de l’Assemblée constituante pour des motifs peu convaincants, voire illégaux. Du jamais vu ! Le Parlement a alors décide de nommer les 25 candidats qui avaient obtenu le plus de votes pour former un Conseil constitutionnel. Ce Conseil a, pendant quatre mois en 2011 – à l’instar des rédacteurs de la Constitution américaine à Philadelphie en 1787 –, planché sur la rédaction d’un projet de nouvelle Constitution et l’a adopté à l’unanimité. Le projet de loi constitutionnelle stipule, entre autres : (a) la réforme électorale garantissant le « une personne, une voix »; (b) l’appropriation nationale des ressources naturelles; (c) la démocratie directe par le biais de référendums nationaux; (d) la liberté d’information, et (e) la protection de l’environnement, ainsi qu’un nombre de nouvelles dispositions visant à ajouter une couche de freins et contrepoids au système actuel de forme de gouvernement parlementaire semi-présidentiel. Le préambule donne le ton : «Nous, peuple d’Islande, souhaitons créer une société juste offrant les mêmes opportunités à tous.» Le peuple a été invité à contribuer à la rédaction de la Constitution via le site internet du Conseil constitutionnel. Des experts étrangers en constitution, tels le Professeur Jon Elster de l’Université de Columbia et le Professeur Tom Ginsburg de l’Université de Chicago, ont publiquement fait l’éloge du projet de loi et de la façon démocratique dans laquelle il a été rédigé.

Cela dit, il était clair dès le départ que de puissantes forces politiques chercheraient à saper le projet de loi. Tout d’abord, pour de nombreux politiciens, c’est leur prérogative et seulement la leur de réviser la Constitution. Ils voient donc l’Assemblée nationale et le Conseil constitutionnel élus par le peuple et nommés par le Parlement comme des intrus venant piétiner leur territoire. Ensuite, de nombreux responsables politiques s’inquiètent à juste titre de leurs chances de réélection avec la mise en place du système « une personne, une voix ». Aussi, de nombreux politiciens craignent de perdre leur influence à cause du recours plus fréquent aux référendums nationaux, et craignent aussi certaines divulgations avec l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi de liberté d’information. À titre d’exemple, une conversation téléphonique déterminante qui a eu lieu entre le Premier ministre et le gouverneur de la Banque centrale dans les jours précédant le krash de 2008 est encore tenue secrète, même si un comité parlementaire a demandé à entendre son enregistrement. Enfin, dernier point mais non des moindres, de nombreux armateurs n’aiment pas l’idée d’être privés de leur accès privilégié et extrêmement rentable aux zones de pêche de propriété commune. Il existe des documents publics enregistrés après le krash qui attestent que les politiciens et les partis politiques ont été généreusement récompensés par les banques avant le krash. Il ne faut pas être un génie pour comprendre que les armateurs doivent avoir traité de la même manière généreuse les politiciens et partis politiques par le passé, une relation que de nombreux politiciens tiennent clairement à préserver.

En bref, il était clair que dans le cas d’un scrutin secret, le projet de loi constitutionnelle n’aurait jamais eu la chance d’être adopté par le Parlement, même pas après le référendum national sur le projet de loi du 20 Octobre 2012 où 67% des électeurs ont exprimé leur soutien au projet de loi ainsi qu’à ses principales dispositions individuelles, parmi lesquelles l’appropriation nationale des ressources naturelles (83% ont voté Oui), la démocratie directe (73% ont voté Oui), et le « une personne, une voix » (67% ont voté Oui). Mais le Parlement ne procède pas au scrutin secret. En fait, 32 des 63 membres du Parlement ont été entraînés par une campagne de courriels organisée par des citoyens ordinaires pour déclarer qu’ils soutenaient ce projet de loi et qu’ils voulaient l’adopter immédiatement. Cependant, malgré ces déclarations publiques, le projet de loi n’a pas été soumis à un vote au Parlement. Odieuse trahison, et probablement aussi acte illégal commis en toute impunité par le président du Parlement. Au contraire, le Parlement a décidé de ne pas respecter sa propre volonté déclarée publiquement ainsi que la volonté du peuple telle qu’exprimée dans le référendum national : il a mis le projet de loi au frigo, et pour couronner le tout, il a demandé à la hâte les 2/3 du Parlement ainsi que 40% du vote populaire pour adopter toute modification de la Constitution dans le prochain Parlement. Cela veut dire qu’au moins 80% de participation aux urnes serait nécessaire pour qu’une réforme constitutionnelle soit acceptée lors de la prochaine session du Parlement. Les hommes politiques n’ont apparemment pas prêté attention au fait qu’avec de telles règles, la séparation de l’Islande du Danemark n’aurait pas été acceptée lors du référendum de 1918. Dans la pratique, cela signifie que nous sommes de retour à la case départ comme cela était voulu par les ennemis de la nouvelle Constitution. Il y a peu d’espoir que le nouveau Parlement respectera la volonté du peuple si le Parlement sortant a échoué à le faire en dépit de ses promesses. Dans son discours d’adieu, le Premier ministre sortant, Jóhanna Sigurðardóttir, a déclaré que c’était le jour le plus triste de ses 35 années au Parlement.

 Source  Vivre en Islande : 31/03/2013

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