Alimentation Jean Ziegler : « Les spéculateurs devraient être jugés pour crime contre l’humanité »

Les ressources de la planète peuvent nourrir 12 milliards d’humains, mais la spéculation et la mainmise des multinationales sur les matières premières créent une pénurie. Conséquence : chaque être humain qui meurt de faim est assassiné, affirme Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Il dénonce cette « destruction massive » par les marchés financiers. Des mécanismes construits par l’homme, et que l’homme peut renverser. Entretien réalisé par Élodie Bécu pour Bastamag.

Basta ! : Craignez-vous que la crise financière amplifie celle de la faim dans le monde ?

Jean Ziegler : Tous les cinq secondes, un enfant de moins de 10 ans meurt de faim. Près d’un milliard d’humains sur les 7 milliards que compte la planète souffrent de sous-alimentation. La pyramide des martyrs augmente. À cette faim structurelle, s’ajoute un phénomène conjoncturel : les brusques famines provoquées par une catastrophe climatique – comme en Afrique orientale, où 12 millions de personnes sont au bord de la destruction – ou par la guerre comme au Darfour. En raison de la crise financière, les ressources du Programme alimentaire mondial (PAM), chargé de l’aide d’urgence, ont diminué de moitié, passant de 6 milliards de dollars à 2,8 milliards. Les pays industrialisés ne paient plus leurs cotisations car il faut sauver la Grèce, l’Italie et les banques françaises. Une coupe budgétaire qui a un impact direct sur les plus démunis. Dans la corne de l’Afrique, le PAM est contraint de refuser l’entrée de ses centres de nutrition thérapeutique à des centaines de familles affamées qui retournent dans la savane vers une mort presque certaine.

Et les financiers continuent de spéculer sur les marchés alimentaires. Les prix des trois aliments de base, maïs, blé et riz – qui couvrent 75 % de la consommation mondiale – ont littéralement explosé. La hausse des prix étrangle les 1,7 milliard d’humains extrêmement pauvres vivant dans les bidonvilles de la planète, qui doivent assurer le minimum vital avec moins de 1,25 dollar par jour. Les spéculateurs boursiers qui ont ruiné les économies occidentales par appât du gain et avidité folle devraient être traduits devant un tribunal de Nuremberg pour crime contre l’humanité.

Les ressources de la planète suffisent à nourrir l’humanité. La malnutrition est-elle seulement une question de répartition ?

Le rapport annuel de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) estime que l’agriculture mondiale pourrait aujourd’hui nourrir normalement 12 milliards d’humains [1], presque le double de l’humanité. Au seuil de ce nouveau millénaire, il n’y a plus aucune fatalité, aucun manque objectif. La planète croule sous la richesse. Un enfant qui meurt de faim est assassiné. Il n’est pas la victime d’une « loi de la nature » !

Au-delà de la spéculation, quelles sont les autres causes de la faim dans le monde ?

Tous les mécanismes qui tuent sont faits de main d’homme. La fabrication d’agrocarburants brûle des millions de tonnes de maïs aux États-Unis. L’océan vert de la canne à sucre au Brésil mange des millions d’hectares de terres arables. Pour remplir un réservoir de 50 litres de bioéthanol, vous devez brûler 352 kg de maïs. Au Mexique ou au Mali, où c’est l’aliment de base, un enfant vit une année avec cette quantité de maïs. Il faut agir face au réchauffement climatique, mais la solution ne passe pas par les agrocarburants ! Il faut faire des économies d’énergies, utiliser l’éolien, le solaire, encourager les transports publics.

Autre élément : le dumping agricole biaise les marchés alimentaires dans les pays africains. L’Union européenne subventionne l’exportation de sa production agricole. En Afrique, vous pouvez acheter sur n’importe quel étal des fruits, des légumes, du poulet venant d’Europe à quasiment la moitié du prix du produit africain équivalent. Et quelques kilomètres plus loin, le paysan et sa famille travaillent dix heures par jour sous un soleil brûlant sans avoir la moindre chance de réunir le minimum vital.

Et la dette extérieure des pays les plus pauvres les pénalise. Aucun gouvernement ne peut dégager le minimum de capital à investir dans l’agriculture, alors que ces États ont un besoin crucial d’améliorer leur productivité. En Afrique, il y a peu d’animaux de traction, pas d’engrais, pas de semences sélectionnées, pas assez d’irrigation.

Enfin, le marché agricole mondial est dominé par une dizaine de sociétés transcontinentales extrêmement puissantes, qui décident chaque jour de qui va vivre et mourir. La stratégie de libéralisation et de privatisation du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a ouvert la porte des pays du Sud aux multinationales. La multinationale Cargill a contrôlé l’an dernier 26,8 % de tout le blé commercialisé dans le monde, Louis Dreyfus gère 31 % de tout le commerce du riz. Ils contrôlent les prix. La situation est la même pour les intrants : Monsanto et Syngenta dominent le marché mondial – donc la productivité des paysans.

Que faire face à cette situation ?

Ces mécanismes, faits de main d’homme, peuvent être changés par les hommes. Mon livre, Destruction massive, Géopolitique de la faim, malgré son titre alarmant, est un message d’espoir. La France est une grande et puissante démocratie, comme la plupart des États dominateurs d’Europe et d’Occident. Il n’y a pas d’impuissance en démocratie. Nous avons toutes les armes constitutionnelles en main – mobilisation populaire, vote, grève générale – pour forcer le ministre de l’Agriculture à voter pour l’abolition du dumping agricole à Bruxelles. Le ministre des Finances peut se prononcer au FMI pour le désendettement total et immédiat des pays les plus pauvres de la planète.

La crise de la dette européenne rend cette position plus difficile à envisager…

Elle complique la situation. Mais la taxe Tobin, quand elle a été proposée par Attac il y a quinze ans, était qualifiée d’irréaliste. Aujourd’hui, elle est discutée par le G20 ! Les organisations internationales sont obligées de constater la misère explosive créée par la hausse des prix des matières premières. Un chemin se dessine. Nous avons un impératif catégorique moral – au-delà des partis, des idéologies, des institutions, des syndicats : l’éveil des consciences. Nous ne pouvons pas vivre dans un monde où des enfants meurent de faim alors que la planète croule sous les richesses. Nous ne voulons plus du banditisme bancaire. Nous voulons que l’État à nouveau exprime la volonté du citoyen, et ne soit pas un simple auxiliaire des entreprises multinationales. Ces revendications créent des mouvements dans la société civile.

La crise ne risque-t-elle pas de provoquer une montée du populisme en Europe, plutôt qu’un nécessaire sursaut des consciences ?

La lutte est incertaine. Le chômage et la peur du lendemain sont les terreaux du fascisme. Mais il y a une formidable espérance à la « périphérie », comme le montrent les insurrections paysannes pour la récupération des terres que les multinationales se sont appropriées au nord du Brésil et du Sénégal, au Honduras ou en Indonésie. Si nous arrivions à faire la jonction, à créer un front de solidarité entre ceux qui luttent à l’intérieur du cerveau de ces monstres froids et ceux qui souffrent à la périphérie, alors l’ordre cannibale du monde serait abattu. J’ai d’autant plus d’espoir que l’écart entre Sud et Nord se réduit, parce que la jungle avance. La violence nue du capital était jusqu’ici amortie au Nord, par les lois, une certaine décence, la négociation entre syndicats et représentants patronaux. Aujourd’hui, elle frappe ici les populations humbles. Il faut montrer la voie de l’insurrection et de la révolte.

 

recueillis par Élodie Bécu (Bastamag)

À lire : Jean Ziegler, Destruction massive : Géopolitique de la faim, 2011, Éditions du Seuil, 352 pages, 20 euros.

Notes [1] Selon les critères de l’Organisation mondiale de la santé : 2 200 calories par individu et par jour.

Jean  Ziegler à Montpellier. Il sera l’invité de la librairie Sauramps mardi 17 Janvier 2012

à 17h30 : Conférence exceptionnelle de Jean Ziegler sur le thème : « Géopolitique de la faim dans le monde » – suivie d’une séance de dédicaces. Dans le cadre du cycle de conférences Les CultureSciences. > Montpellier SupAgro – Campus de La Gaillarde – Amphithéâtre Philippe Lamour – 2 place Pierre Viala – Montpellier (Entrée libre)

 

Veritas Ipsa et les errances de la république coloniale

Le 23 décembre, Le Parisien écrit « Le Premier ministre turc accuse la France de génocide en Algérie ». Mais les faits reprochés à la Turquie à propos de l’Arménie en deviendraient-ils moins réels ? Et pour quelle raison les instances internationales qualifiées ne font-elles pas la transparence sur l’ensemble de ces questions que des lois nationales ne paraissent pas aptes à régler « par la bande », dès lors que l’ONU existe et qu’en théorie ses compétences ont été admises ?

Paris Match constate à son tour « France-Turquie: Le divorce », et Le Point se demande « À quelle sauce les entreprises françaises vont être mangées en Turquie ». Camer répercute « France – Turquie : Erdogan accuse la France de « génocide » en Algérie », et Le Monde : « La Turquie accuse la France d’avoir commis un « génocide » en Algérie ». Se référant à l’appréciation d’un ancien diplomate, France 24 souligne « « Ankara prépare une deuxième vague de représailles contre Paris » ». Le Nouvel Observateur rapporte à son tour « La loi sur les génocides n’est « pas opportune », estime Alain Juppé ».

Mais en tout état de cause, peut-on imputer à un pays entier des faits dont quelques groupes dominants (économiques, politiques…) se sont trouvés à l’origine ? S’agissant de la politique coloniale française, il paraît indispensable de rappeler qu’elle rencontra en France une opposition très conséquente. Non seulement de la part du mouvement ouvrier et de groupes républicains progressistes, mais aussi de la part de courants catholiques fidèles à l’esprit de la bulle déjà ancienne Veritas Ipsa (1537) du Pape Alexandre Farnèse (Paul III) dont nous avons rappelé le contenu dans notre article « Crise, élections et « valeurs de gauche » (I) ».

Ce texte de Paul III avait été suivi d’une deuxième bulle du même Pape au contenu similaire, intitulée Sublimis Deus. Laissant de côté toute considération à caractère religieux, il paraît indispensable de rappeler clairement et de commenter encore ce document par rapport au colonialisme « moderne » qui lui fut très postérieur.

Quel a été vraiment, dans ce contexte colonial, le rôle de l’école prétendument laïque instituée par Jules Ferry ? Une école instrumentalisée à l’époque pour diffuser très largement une idéologie favorable au colonialisme, au racisme et au chauvinisme imposés à la population au cours de cette période historique. Et quelle est la facture historique de la première guerre mondiale, qui fut très largement le résultat de la montée de ce type d’idéologie au sein des principales puissances européennes ?

Indépendance des Chercheurs

[la suite, sur le lien  http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2011/12/23/veritas-ipsa-et-les-errances-de-la-republique-coloniale.html ]

Crise, élections et « valeurs de gauche » (I)

Le 20 décembre, Les Echos publie un éditorial sur la crise intitulé « La grande fatigue ». Jean-Marc Vittori y évoque des « dirigeants européens » qui se trouveraient « au bout du rouleau ». Ces dirigeants font-ils autre chose que d’appliquer la politique des multinationales et des milieux financiers ?

La population faisant de moins en moins confiance aux partis politiques influents, les « petits candidats » se plaignent des blocages qui peuvent leur être opposés via l’exigence de 500 signatures d’élus. Mais Christophe Barbier (L’Express) estime « Présidentielle: il faut 1000 signatures ». Les « bonnes idées » dont parle Barbier seraient-elles « dévalorisées » par les résultats modestes des « petits candidats » ? Ou craindrait-on des résultats inattendus, dans un contexte de détresse croissante de la population ?

Le 20 décembre également, Radio Chine Internationale souligne « Le chef de la BCE appelle à l’ accélération du lancement du MES par crainte d’une dégradation de la note de la France », et Le Maghreb, « Crise de la dette : La zone euro sous pression se prépare à une nouvelle semaine délicate ». Challenges écrit « FMI : l’UE appelle le monde à la rescousse ». En réalité, l’image de la situation économique de l’Europe occidentale ne cesse de se dégrader dans le monde entier, alors que la coupole de l’Union Européenne défend systématiquement les intérêts des banques au détriment de la grande majorité de la population. Qui en fera les frais, si ce n’est les « petits citoyens » à qui, tout compte fait, on essaye de vendre la propagande électorale des mêmes partis politiques dont la stratégie des trois dernières décennies (délocalisations, privatisations…) a conduit à la crise actuelle ?

Et que signifient vraiment les prétendues « valeurs » au nom desquelles on cherche à attirer l’électorat ? « Valeurs de droite », « valeurs de gauche », « valeurs de centre »… Léon Gambetta et Jules Ferry, étaient-ils « de gauche » lorsqu’ils ont défendu une expansion coloniale qui, tout compte fait, s’est soldée par deux guerres mondiales et par la décadence des puissances européennes ?

Paradoxalement, alors que le colonialisme des « républicains » Gambetta et Ferry véhiculait une idéologie incroyablement raciste, un Pape du Concile de Trente (Paul III) avait diffusé trois siècles et demi plus tôt la première bulle antiraciste en défense des populations indiennes d’Amérique.

Indépendance des Chercheurs

[la suite, sur le lien http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2011/12/20/crise-elections-et-valeurs-de-gauche-i.html ]

Voir aussi : Rubrique Chronniques, rubrique Société civile, Pour une république sans supplément d’âme,

Bradley Manning : un révélateur de l’hypocrisie américaine

Bradley Manning à son arrivée sur la base militaire de Fort Meade pour une audition devant une cour militaire, le 18 décembre.

 

A l’issue d’une année particulièrement riche en agitation médiatique, la liste des cent personnes les plus influentes de 2011 établie par [l’hebdomadaire américain] Time peut paraître un peu bizarre. Pour ne pas dire complètement délirante. Pour des raisons qui m’échappent, les lecteurs du magazine ont fait de Rain, chanteur et acteur sud-coréen, leur numéro un. [La chanteuse] Susan Boyle est troisième, à seulement 43 places devant Barack Obama.

Toutes les listes de ce genre ne sont que de l’esbrouffe divertissante, et celle-là plus encore que les autres. Malgré tout, une charmante juxtaposition la sauve en partie. Le numéro huit est attribué à Bradley Manning, l’homme par qui le scandale est arrivé dans l’armée américaine, aujourd’hui devant ses juges dans le Maryland pour savoir s’il doit passer ou non en cour martiale. Quant à Christopher Hitchens [un journaliste de renom, décédé le 16 décembre], il hérite d’une neuvième place posthume.

Il est certain que « Hitch » s’en serait mieux tiré s’il avait eu la finesse de mourir une semaine plus tôt. Mais de son balcon céleste, peut-être apprécie-t-il la symétrie, et l’asymétrie de son positionnement, juste derrière l’homme dont les fuites militaires et diplomatiques ont été la plus grande gloire de WikiLeaks. Si Hitchens était un fervent partisan de l’aventurisme impérialiste américain alors que Manning en est peut-être le détracteur le plus efficace, beaucoup de choses les rapprochaient. Tous deux fils de pères inaccessibles, ils ont nourri une formidable antipathie pour toute incarnation de l’autorité, jusqu’au Créateur lui-même. Longtemps avant que Hitchens ne rédige Dieu n’est pas Grand [traduit par Ana Nessun, Belfond, 2009], Manning, un athée brillant et convaincu, refusait déjà de faire ses devoirs en instruction religieuse.

Tous deux ont souvent été décrits comme des anticonformistes, capables du meilleur dans leur haine de l’injustice. Et l’un et l’autre avaient une connaissance intime de la torture. Si Hitchens avait choisi de se soumettre au « waterboarding » [pour en faire un article pour Vanity Fair], Manning a pour sa part été involontairement exposé à des formes de torture moins flagrantes mais pas moins répugnantes. Avant qu’il n’en soit libéré sous la pression de l’opinion publique, il avait été enfermé dans une prison brutale, sur la base des Marines de Quantico, en Virginie, condamné à l’isolement 23 heures par jour, privé de sommeil, obligé de se tenir debout et nu pendant les inspections, et sans ses lunettes, autrement dit, littéralement aveugle. Il aurait suffi de lui rajouter un collier pour chien, et il aurait aussi bien pu être une victime de sa collègue Lindie England à Abou Ghraib.

Il n’est pas nécessaire d’avoir été professeur de droit constitutionnel, comme l’était le numéro 46 de la liste du Time [Obama] avant qu’il ne se retrouve dans le Bureau Ovale grâce à sa promesse de mettre un terme aux mauvais traitements infligés aux détenus de la guerre en Irak, pour comprendre que les délicatesses de ce genre tombent sous le coup du passage sur les « peines cruelles et inhabituelles » dans le huitième amendement de la Constitution. Le reconnaître n’est pas le plus difficile.

Le plus difficile, c’est de décider si, en dévoilant certains des aspects les moins reluisants des entreprises militaires américaines, Manning a été un héros, un traître, ou un super-hacker paumé, solitaire et errant, souffrant d’un complexe d’Œdipe et d’une tendance à un narcissisme version « sauveur du monde » à la Julian Assange. Manning avait manifestement des problèmes psychiatriques, comme le savaient ses supérieurs avant qu’il ne commette ce que la cour martiale considèrera inévitablement comme des crimes, ce qui lui vaudra de rester encore longtemps à l’ombre (ce n’est pas parce que personne à la Maison-Blanche, au Pentagone ou au Département d’Etat n’est en mesure de citer ne serait-ce qu’un soupçon de véritable tort porté aux intérêts américains par ces fuites qu’ils vont se priver des joies d’une sentence dissuasive).

Avant que ce soldat du renseignement ne fasse des copies des documents, il avait adressé un courriel à son supérieur immédiat en Irak pour lui signaler que ses problèmes d’identité sexuelle, et la détresse émotionnelle qui en résultait, avaient une influence négative sur sa capacité à analyser les attaques menées par des militants chiites. Il avait même joint à son message une photo de lui habillé en femme. Que, dans ces conditions, Manning ait eu accès à des documents secrets paraît incroyable – cela pourrait même ressembler à un piège.

De toute façon, on ne reviendra jamais assez sur l’incompétence crasse de l’armée américaine qui, après des décennies de guerres catastrophiquement contre-productives, n’est plus à démontrer. Le geste le plus ostensiblement héroïque de Manning, outre les révélations sur la corruption qui ont contribué à balayer le régime tunisien, a été de dévoiler la banalisation de la brutalité à laquelle il a été depuis lui-même soumis, sous une forme moins violente. Si le monde n’avait pas le droit de voir les vidéos de pilotes d’hélicoptères américains en train de mitrailler des civils à Bagdad en gloussant comme des adolescents devant leur console de jeu, qu’a-t-il donc le droit de savoir ? Comme dans tout empire, l’hypocrisie américaine, qui consiste à perpétrer des crimes abominables au nom de la liberté, est trop profondément ancrée dans les mentalités pour que l’on y renonce.

Quel chagrin, pour quiconque éprouve encore une vague admiration pour lui, de constater qu’Obama – qui, osera-t-on penser, a sans doute plus d’influence sur ce genre d’affaires que Susan Boyle – s’est contenté de ne pas lever le petit doigt tandis qu’un jeune homme fragile et chétif se retrouvait couvert de chaînes les rares fois où on le sortait de sa cellule, où il était enfermé sans ses lunettes pour avoir fait la lumière sur une guerre dont l’esprit méphitique continuera de planer longtemps après sa fin officielle, et ce tant que Bradley Manning restera un prisonnier politique.

Matthew Norman (The  Independent)

Voir aussi : Rubrique Internet, rubrique Etats-Unis,

Immigration en France éléments d’études 2011

Immigration, vieillissement démographique et financement de la protection sociale,

par Xavier Chojnicki et Lionel Ragot

(CEPII, mai 2011)

Globalement les principaux effets sur les finances de la protection sociale sont positifs et le sont d’autant plus, à court moyen-terme, que la politique migratoire est sélective (en faveur des plus qualifiés). A long-terme ces effets bénéfiques peuvent disparaître pour une politique très sélective. Cependant, les gains pour les finances publiques provenant de flux migratoires nets plus conséquents sont relativement modérés en comparaison des évolutions démographiques qu’ils impliquent.

L’immigration peut être une aubaine pour les pays industrialisés

par Isabelle Moreau (La Tribune, 1 déc 11)

Dans leur ouvrage « les Trente glorieuses sont devant nous », Valérie Rabault et Karine Berger estiment que l’économie française a besoin de 10 millions d’étrangers d’ici à 2040. « Compte-tenu de la structure de la population et des projections de l’Insee, la part des plus de 65 ans passera de 17 % à 28 % en 2040 si la France ne modifie pas sa politique d’immigration », prévient Valérie Rabault. Partant de là, ajoute-t-elle, « les dépenses de santé vont augmenter et la population active diminuer. Pour corriger cette évolution, il faut que la France redevienne attractive. Il ne faut ni une immigration subie, ni une immigration choisie. Pour que les ingénieurs indiens viennent en France et non aux États-Unis, il faut être attractifs, innovants et dynamiques. A cette condition, la France pourra se positionner dans la compétitivité mondiale. »

Immigration, vieillissement démographique et financement de la protection sociale.

CEPII. Mai 2011.

Document de travail du CEPII n°2011 (13 Mai 2011) : « Immigration, vieillissement démographique et financement de la protection sociale: une évaluation par l’équilibre général calculable appliqué à la France ».

par Xavier Chojnicki et Lionel Ragot.

L’immigration est souvent avancée comme l’un des instruments d’adaptation des économies confrontées au phénomène du vieillissement démographique. Dans cet article, nous évaluons, à l’aide d’un modèle d’équilibre général calculable dynamique, la contribution d’une politique migratoire à la réduction du fardeau fiscal lié au vieillissement démographique en France. Quatre variantes, par rapport à un scénario central qui reprend les projections officielles pour la France (INSEE, COR….), sont réalisées, avec pour objectif de quantifier au mieux les effets de l’immigration sur les finances de la protection sociale. La première consiste à évaluer les effets économiques de l’immigration en France telle qu’elle est projetée dans ces prévisions officielles. Les trois autres sont construites sur l’hypothèse d’un flux annuel d’immigrés plus élevé (correspondant aux flux qui ont caractérisés la deuxième grande vague d’immigration en France au XXème siècle). Elles se différencient par le niveau de qualification des nouveaux entrants. Nous montrons que la structure par qualification et par âge des immigrés est une caractéristique essentielle qui détermine en grande partie les principaux effets sur les finances de la protection sociale. Globalement ceux-ci sont positifs et le sont d’autant plus, à court moyen-terme, que la politique migratoire est sélective (en faveur des plus qualifiés). A long-terme ces effets bénéfiques peuvent disparaître pour une politique très sélective. Cependant, les gains pour les finances publiques provenant de flux migratoires nets plus conséquents sont relativement modérés en comparaison des évolutions démographiques qu’ils impliquent.

Source TERRA : http://ses.ens-lyon.fr/1306825935340/0/fiche___actualite/&RH=40

L’immigration peut être une aubaine pour les pays industrialisés

Société – 01/12/2011 |

Alors que la France veut diminuer le nombre d’étrangers en situation régulière, d’autres pays européens optent pour la démarche inverse.

« Ne faisons pas des immigrés des adversaires », a lancé mardi l’ex-Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, en direction de l’UMP et de ses militants réunis lors d’une convention nationale sur le projet du parti majoritaire pour 2012. À quelques mois de la présidentielle et dans un contexte de crise et de flambée du chômage, le thème de l’immigration fait son grand retour sur la scène politique. Très incisif sur le sujet, le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, rappelle en boucle que la France accueille chaque année 200.000 étrangers en situation régulière et que c’est « trop ». D’où son objectif de diminuer en un an de 10 % cette immigration. Balayant les critiques qui l’accusent de braconner sur les terres du FN, il entend agir sur le regroupement familial, le recrutement des étrangers, dont les étudiants en fin de cycle, et même le droit d’asile qui serait « détourné » par des migrants économiques.

Déjà, en août, le gouvernement avait réduit la liste des métiers ouverts aux travailleurs non européens pour freiner l’immigration légale de travail. Car Claude Guéant est persuadé que l’on peut « résoudre les problème de l’emploi chez nous, au prix de la formation professionnelle ou de la réorientation professionnelle, plutôt que de faire venir des personnes d’ailleurs ». Reste que l’équation n’est pas si simple.

En France, comme ailleurs, « les travailleurs immigrés occupent des emplois dont ne veulent pas les populations locales et sont souvent surqualifiés par rapport aux postes occupés. Dans les pays affichant des forts taux de chômage, ils occupent des métiers comme le bâtiment ou les services à la personne », explique Raymond Torrès, directeur de l’Institut international d’études sociales de l’Organisation internationale du travail (OIT).

Ces questions d’immigration traversent l’ensemble des pays qui, tous, doivent jongler avec leurs impératifs démographiques et leurs besoins de main d’œuvre étrangère. La semaine dernière, le syndicat helvétique Travail.Suisse a appelé à une plus grande « flexibilité dans la politique d’administration de main d’œuvre étrangère en Suisse », estimant qu’il manquera d’ici 2030 quelque 400.000 travailleurs dans la Confédération. Outre-Rhin, la ministre des Affaires sociales veut, elle, faciliter l’entrée de travailleurs, non ressortissants de l’UE, sur son territoire. Ces positions sont à rebours de celles de la France. Pourtant, certains économistes estiment que l’immigration est une planche de salut pour la France.

Dans leur ouvrage « les Trente glorieuses sont devant nous », Valérie Rabault et Karine Berger estiment que l’économie française a besoin de 10 millions d’étrangers d’ici à 2040. « Compte-tenu de la structure de la population et des projections de l’Insee, la part des plus de 65 ans passera de 17 % à 28 % en 2040 si la France ne modifie pas sa politique d’immigration », prévient Valérie Rabault. Partant de là, ajoute-t-elle, « les dépenses de santé vont augmenter et la population active diminuer. Pour corriger cette évolution, il faut que la France redevienne attractive. Il ne faut ni une immigration subie, ni une immigration choisie. Pour que les ingénieurs indiens viennent en France et non aux États-Unis, il faut être attractifs, innovants et dynamiques. A cette condition, la France pourra se positionner dans la compétitivité mondiale. »

Isabelle Moreau (La Tribune)

 

Egypte: troisième jour de violence sur la place Tahrir

A la Une d'un quotidien créé après le départ de M. Moubarak

Dix personnes ont été tuées et près de 500 blessées en trois jours au Caire dans des heurts qui se sont poursuivis dimanche entre forces de l’ordre et manifestants anti-armée, les deux camps échangeant des accusations de brutalité et de vandalisme.

L’armée a déféré devant le procureur 164 personnes arrêtées pour implication présumée dans les heurts entamés vendredi matin autour du siège du gouvernement, et pour incendie de bâtiments, en vue de leur éventuelle inculpation, a-t-on appris de source militaire.

Ces violences sont les plus graves depuis des affrontements similaires qui avaient fait au moins 42 morts, principalement au Caire, quelques jours avant le début le 28 novembre des premières législatives depuis la chute du président Hosni Moubarak en février.

Les affrontements, essentiellement à coups de pierres, se concentraient autour d’un barrage de barbelés et de tôle installé par les forces de l’ordre sur une rue adjacente à une grande avenue conduisant de la place Tahrir, haut lieu de la contestation, au siège du gouvernement.

L’avenue était barrée depuis samedi par un mur en béton afin d’empêcher les manifestants d’approcher de ce secteur qui comprend aussi de nombreux ministères et bâtiments parlementaires.

Autour de la place Tahrir, les protestataires brandissaient la Une d’un quotidien créé après le départ de M. Moubarak qui montrait la photo d’une manifestante voilée, dont les soldats découvraient le soutien-gorge et le ventre en la frappant et en la traînant sur la chaussée.

Cette photo, ainsi que d’autres montrant des militaires adressant des gestes obscènes aux manifestants, ou dégainant des armes de poing, circulaient largement sur les réseaux sociaux.
L’Institut d’Egypte parti en fumée

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige l’Egypte depuis le départ de M. Moubarak, a pour sa part publié sur Facebook et Youtube des images du saccage d’un bâtiment gouvernemental vendredi, avec ce commentaire: «N’est-ce pas notre droit de protéger la propriété du peuple?».

Dimanche, des manifestants pénétraient dans le bâtiment encore fumant de l’Institut d’Egypte pour en extraire des manuscrits anciens, dont une grande partie a brûlé, après un incendie la veille dont les deux camps se rejetaient la responsabilité.

Le ministre de la Culture Chaker Abdel Hamid a qualifié de «catastrophe pour la science» le sinistre qui a ravagé l’établissement, fondé en 1798 au cours de l’expédition en Egypte de Napoléon Bonaparte afin de faire progresser la recherche.

«Le bâtiment contenait des manuscrits très importants et des livres rares dont il est difficile de trouver l’équivalent dans le monde», a-t-il déclaré samedi soir, faisant état d’efforts associant «des jeunes de la révolution, du Conseil supérieur de la Culture et des restaurateurs pour sauver ce qui peut l’être».

Le premier ministre parle de «contre-révolution»

Le Premier ministre Kamal el-Ganzouri a mis en garde samedi contre un risque de «contre-révolution», assurant que «ni l’armée ni la police n’avaient ouvert le feu» sur les manifestants.

«Ceux qui sont à Tahrir ne sont pas les jeunes de la révolution», a affirmé M. Ganzouri.

«Ce n’est pas une révolution, mais une contre-révolution», a-t-il ajouté en imputant les violences à des «éléments infiltrés».

Les affrontements avaient débuté vendredi entre les forces de l’ordre et des manifestants qui campaient depuis fin novembre devant le siège du gouvernement pour protester contre la nomination par l’armée de M. Ganzouri, ancien chef de gouvernement sous M. Moubarak.

Les manifestants réclament également la fin du pouvoir militaire, visant en particulier le chef de l’armée et chef de l’Etat de fait, le maréchal Hussein Tantaoui.

Ces violences ont occulté la tenue sans incident majeur de la deuxième phase des élections législatives, qui devrait conforter la nette domination des formations islamistes, au détriment des partis libéraux et des mouvements issus de la révolte anti-Moubarak.

La première phase du scrutin, dans un premier tiers du pays, a donné 65% des voix aux partis islamistes, dont 36% pour les Frères musulmans et 24% pour les fondamentalistes salafistes.

AFP

Voir aussi : Rubrique Egypte, Premier tour des Législatives 2011, Moubarak a joué avec le feu intégriste, Moubarak quitte le pouvoir, rubrique Histoire, Histoire de l’Egypte chronologie, rubrique Religion, Laïcité et République … , rubrique Rencontre, Khaled Al Khamissi ,