Les manifestants antigouvernementaux thaïlandais ont accepté mardi le plan de sortie de crise du Premier ministre qui prévoit des élections en novembre, mais maintiennent la pression en poursuivant leur mouvement jusqu’à ce que soit précisé le calendrier électoral.
En deux annonces effectuées à quelques minutes d’intervalle, les « chemises rouges » ont confirmé souhaiter une issue non violente à une crise qui a déjà fait 27 morts et près de 1.000 blessés, et n’accorder aucune confiance à l’homme dont ils réclament la tête, Abhisit Vejjajiva. Le chef du gouvernement, au pouvoir depuis fin 2008 à la suite d’un renversement d’alliances parlementaires et à des décisions de justice favorables, a proposé des élections dans le cadre d’une «feuille de route» vers la réconciliation nationale. Les « rouges », qui le jugent complètement illégitime, ont accepté son projet en principe. Mais ils maintiennent les barricades en bambous aiguisés, pneus et barbelés tranchants derrière lesquels ils se sont retranchés depuis un mois dans le centre-ville de Bangkok.
Barrages maintenus
«Nous continuerons notre rassemblement jusqu’à ce qu’Abhisit dise clairement quand il dissolvera la chambre basse. Nous verrons alors ce que nous déciderons de faire», a déclaré Jatuporn Prompan, l’un des principaux cadres du mouvement. «La réconciliation doit être achevée, non sous l’intimidation et l’usage de la force, mais à travers une véritable liberté». Un autre cadre « rouge » a de son côté expliqué qu’il appartenait à la Commission électorale et non au Premier ministre de choisir les dates de la dissolution. Quelques heures avant cette annonce, Thaksin Shinawatra, l’ex-Premier ministre en exil, chassé du pouvoir en 2006 par un putsch et dont se réclament de nombreuses « chemises rouges », avait invité ses partisans à la «réconciliation».
«Demain est un jour de bon augure, le jour du couronnement. Je crois que nous devrions commencer à faire de bonnes choses», avait-il ajouté en référence à l’anniversaire mercredi du couronnement du roi Bhumibol Adulyadej, 82 ans, figure immensément révérée en Thaïlande. Mais l’hypothèse que les barricades soient démontées mercredi semblait s’évanouir. Abhisit a prévenu que son offre n’était pas discutable. «Ils ne doivent plus négocier, mais accepter ou refuser» a-t-il insisté.
Fossé entre les élites et les classes défavorisées
Mais Jatuporn a laissé entendre l’inverse. «Après l’annonce de la date de la dissolution, les « chemises rouges » enverront des représentants pour discuter de la feuille de route en cinq points avec le gouvernement». La crise est révélatrice du fossé qui s’est agrandi depuis des décennies entre élites traditionnelles de la capitale et masses rurales et urbaines défavorisées du pays. Les « rouges » dénoncent la confiscation des privilèges par les élites gravitant autour du palais royal – militaires, magistrats, hommes d’affaires et hauts fonctionnaires. Ils exigent la fin de ce qu’ils dénoncent comme un système judiciaire à deux vitesses, ainsi qu’une meilleure répartition des richesses et de l’accès au pouvoir.
Ils demandent aussi le retour à l’ordre constitutionnel qui prévalait avant le coup d’Etat militaire contre Thaksin. Une source proche du gouvernement a par ailleurs affirmé mardi qu’une amnistie serait discutée pour permettre aux manifestants de rentrer chez eux en cas d’accord définitif. Mardi, les responsables « rouges » ont toutefois assuré qu’ils n’essaieraient pas d’obtenir d’amnistie sur les accusations de «terrorisme» et d’attaques contre la monarchie, préférant se défendre ouvertement devant la justice.
Aux Etats-Unis, depuis un an, les esprits s’échauffent à l’idée que la Chine, mécontente de la politique étrangère du président Barack Obama, décide, en guise de représailles, de ne plus acheter de bons du Trésor américains. A en croire les sombres prophéties de nombreux analystes, pareille mesure déclencherait une apocalypse financière qui mettrait l’économie américaine à genoux (1).
La menace chinoise constitue un argument commode pour inciter la Maison Blanche à plus d’orthodoxie en matière fiscale et monétaire. Elle permet d’inciter l’administration Obama à renoncer à ses tentatives d’obtenir que Pékin réévalue le yuan par rapport au dollar. Elle s’avère utile également pour réclamer des coupes dans les programmes d’aide aux plus démunis, au premier rang desquels le projet de réforme des retraites. Dès lors que la Chine ne « recycle » pas une partie de ses gigantesques excédents commerciaux pour éponger la dette des Etats-Unis, le bon sens ne va-t-il pas commander de colmater le déficit budgétaire par tous les moyens disponibles ?
Le spectre d’une rétorsion chinoise tient aujourd’hui une place centrale dans le débat politique américain, au même titre que le péril d’un cataclysme nucléaire au temps de la guerre froide. Dans les deux cas, on agite un chiffon rouge pour imposer les positions politiques les plus conservatrices.
Il y a pourtant une différence de taille entre ces deux épisodes. Si la crainte d’un conflit nucléaire a été largement exagérée (les belligérants se montraient en fait assez prudents dans leurs menaces de recourir à la force de frappe), elle n’en présentait pas moins un certain degré de vraisemblance. Or il en va tout autrement de l’épouvantail d’une vengeance chinoise, intégralement inventé ou presque pour les besoins de la cause. En réalité, si les bons du Trésor américains ne trouvaient plus preneur à Pékin, les Etats-Unis n’en souffriraient pas. On peut même parier qu’une telle mesure serait bénéfique à leur économie. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler quelques principes économiques de base.
La Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed) et la Banque centrale chinoise constituent les acteurs-clés de l’économie américaine. Elles jouent toutes deux à peu près le même rôle : injecter une partie de leurs immenses réserves de liquidités dans les circuits économiques en achetant des actifs à long ou à court terme. La Fed intervient habituellement sur les marchés à court terme. Depuis la crise des subprime, elle a toutefois changé son fusil d’épaule en ouvrant les vannes du crédit et en investissant sur les marchés à long terme. Cette réorientation s’est traduite par une acquisition massive de bons du Trésor et de titres hypothécaires.
Cris d’orfraie relayés par les médias
La Banque centrale chinoise, de son côté, a elle aussi injecté d’énormes flux de liquidités dans le système en raflant à tour de bras des actifs à long comme à court termes. Au moment où la crise faisait exploser le déficit budgétaire américain, elle s’est montrée particulièrement friande de bons du Trésor négociables à dix ans émis par les Etats-Unis (2).
Supposons maintenant que la Banque centrale chinoise cesse brusquement d’investir dans la dette américaine, que ce soit pour sanctionner l’administration Obama ou pour toute autre raison. Selon les cris d’orfraie relayés par les médias, cela entraînerait inévitablement une montée en flèche des taux d’intérêt aux Etats-Unis, ce qui ruinerait tout espoir de reprise économique. Or ce scénario d’horreur néglige un détail pourtant très simple : il ne tient qu’à la Fed de se substituer à son homologue chinois en achetant les titres en souffrance.
A cela, les spécialistes invités à débattre objectent volontiers qu’une intervention renforcée de la Fed provoquerait une inflation galopante, le retour à la « planche à billets ». Une telle hantise est dénuée de fondement. La santé de l’économie américaine dépend du volume des liquidités disponibles, non de leur origine. Peu importe que ce soit la Fed ou la Banque centrale chinoise qui tienne le robinet, dès lors que celui-ci demeure ouvert. Quand la Chine achète des bons du Trésor, elle maintient les taux d’intérêt américains à un niveau modique, sans pour autant provoquer d’inflation. Il n’y a donc aucune raison de redouter une spirale inflationniste au cas où la Fed pallierait la défection de son homologue chinois.
Les prophètes de la menace chinoise assurent que Pékin continuera d’acheter des actifs en dollars à court terme pour conserver à sa monnaie un cours raisonnable. On est tenté de leur répondre : et alors ? Au cas où leur prévision se réaliserait, on assisterait simplement à une inversion des tâches : la Banque centrale chinoise détiendrait plus de dépôts à court terme et moins d’obligations à long terme, tandis que la Réserve fédérale évoluerait dans le sens inverse.
Mais rien ne dit que la Chine agira de la sorte. Elle pourrait tout aussi bien réduire ses acquisitions d’actifs en dollars. Jusqu’à présent, les achats de bons du Trésor lui permettaient de conserver à un niveau artificiellement bas le cours du yuan. Si Pékin cessait d’acheter des bons du Trésor et des actifs en dollars grâce aux montagnes de devises accumulées par son excédent commercial, cela aurait pour conséquence de faire grimper le cours du yuan face au dollar.
En somme, la menace chinoise ne signifie rien d’autre qu’une possible réévaluation du yuan. Or c’est précisément ce que les Etats-Unis réclament depuis de longues années. Sous la présidence de M. Obama comme sous celle de son prédécesseur George W. Bush, l’administration américaine n’a jamais cessé d’exhorter Pékin à une réévaluation de sa monnaie. Interpellé à ce propos, le premier ministre chinois Wen Jiabao réagissait encore avec vivacité le 13 mars dernier : « Je peux comprendre le désir de certains pays d’accroître leurs exportations, mais ce que je ne comprends pas, c’est de faire pression sur les autres pour qu’ils apprécient leur monnaie. De mon point de vue, c’est du protectionnisme (3). » En quoi serait-ce donc une « menace » si Pékin exauçait enfin les désirs de Washington ?
Un yuan plus cher aurait certes un effet inflationniste aux Etats-Unis, mais c’est un inconvénient mineur anticipé de longue date. La politique du yuan faible constitue un moyen pour la Chine de subventionner ses exportations sur le marché américain — voire sur le marché mondial, puisque cette stratégie monétaire concerne toutes les devises, pas seulement le dollar. Que Pékin délaisse les bons du Trésor et autorise sa monnaie à se revaloriser, et c’en serait fini de son système de subventions à l’exportation.
Dans cette hypothèse, les produits chinois vendus aux Etats-Unis deviendraient plus chers, de même que les marchandises exportées par les pays qui ont lié leur devise au yuan. Assurément, ce renchérissement causerait de l’inflation, mais dans des proportions qui ne dévasteraient nullement l’économie du pays. Des produits chinois plus onéreux permettraient même aux Etats-Unis de rééquilibrer une balance commerciale dont le déficit s’avère de moins en moins supportable.
Les importations en provenance de Chine et des pays ayant aligné leur monnaie sur le yuan représentent moins de 4 % du produit intérieur brut (PIB) américain. Une augmentation de ces produits de 30 % se traduirait par un taux d’inflation de 1,2 %. Ce n’est pas insignifiant, mais assez éloigné tout de même d’une hyperinflation à la zimbabwéenne (4) qu’évoquent certains commentateurs en frissonnant… A titre de comparaison, l’envolée des cours du pétrole, passés en 2008 de 70 à 150 dollars le baril en moins d’un an, a coûté 2 % du PIB aux Etats-Unis. Pourtant, même quand le prix du carburant a crevé le plafond, nul ou presque n’a songé à s’inquiéter d’un risque d’hyperinflation.
Un salutaire rééquilibrage
Des produits chinois plus chers rendraient l’industrie américaine plus compétitive dans de nombreux secteurs, favoriseraient des relocalisations d’emplois et aboutiraient à une baisse sensible des importations — si ce n’est en volume, du moins en parts de marché. On assisterait alors à un salutaire rééquilibrage de la balance commerciale, la croissance générée par la hausse des exportations américaines compensant largement les effets négatifs d’une augmentation des taux d’intérêt.
Il n’y a donc guère de raisons de s’affoler à l’idée que la Chine boycotte les bons du Trésor américains, bien au contraire. De telles représailles pourraient même avantager leur victime désignée, les Etats-Unis…
Dean Baker. (Le Monde Diplomatique)
(1) Avec 889 milliards de dollars en janvier 2010, la Chine est la première créancière de la dette fédérale des Etats-Unis. Le Japon vient ensuite (765 milliards de dollars). (2) Lire Martine Bulard, « Finance, puissances… le monde bascule », Le Monde diplomatique, novembre 2008. (3) Conférence de presse, à la clôture de la session annuelle du Parlement. (4) Estimée à 231 millions % en 2008 !
Le mouvement anti-gouvernemental des « Chemises rouges » organisera une nouvelle manifestation mardi pour faire pression sur le gouvernement, a annoncé hier un de leurs principaux leaders. Le rassemblement est programmé aujourd’hui puisque le gouvernement tente toujours de disperser le meeting des « Chemises rouges, » a déclaré le chef du mouvement Natthawut Saikua, selon l’Agence de presse thaïlandaise.
Sans fournir plus de détails, Natthawut a indiqué que les » Chemises rouges » ne seront pas seulement sur le principal site des manifestations mardi. Les « Chemises rouges » ne craignent pas que le gouvernement ne reprenne le lieu des manifestations du carrefour Rathchaprasong, a lancé Natthawut.
Les « Chemises rouges » occupent le quariter des affaires de Bangkok depuis le 12 mars pour réclamer la dissolution du Parlement et l’organisation des élections anticipées.
L’association franco-japonaise Assiana organise la troisième édition de Japan Matsuri. Un festival dédié à la culture japonaise. Le rendez-vous a débuté en 2007 à Montpellier dans la Maison pour tous Marcel Pagnol. Concentré sur deux jours il s’est développé en 2008 et poursuit sa poussée de croissance cette année après un report dans le temps lié à la risible crise du virus HAN1. Un concert d’ouverture assuré par l’ensemble de musique traditionnel Sakura à eu lieu samedi au Peyrou dans le cadre de Bazard en ville. Le feu d’artifice étant à venir les vendredi 30 avril, samedi et dimanche 1er et 2 mai salle des Rencontres de l’Hôtel de ville.
« A mon retour du Japon, j’ai vu ce qui se passait à Paris autour de la culture nipone, explique Abada, le président d’Assiana qui a vécu sept ans au pays du soleil levant. Il y avait un vide à Montpellier, de là, est né Japan Matsuri. Et puis les Japonais m’ont bien accueilli, je voulais leur rendre la pareille dans ma ville natale. Le but de Japan Matsuri est de promouvoir la culture japonaise ici. Mais l’objet de notre association est aussi de faire connaître Montpellier au Japon. On ne connaît pas notre ville là-bas. Je suis obligé de la situer à mes interlocuteurs entre Marseille et l’Espagne. » La communauté japonaise en France est estimée autour de 27 000 personnes majoritairement en Iles de France, suit la région PACA. Le Languedoc-Roussillon compte environs 400 ressortissants japonais dont 15O étudiants à Montpellier. Le nombre de passionnés du Japon est en revanche beaucoup plus important notamment chez les jeunes très friands de culture urbaine. Une autre catégorie de public, plus âgés, marque un intérêt soutenu pour la culture traditionnelle. « Notre association s’efforce de rendre cette culture accessible à tout le monde. On peu prendre par exemple des cours de japonais pour 4 euros de l’heure. Et des cours de cuisine à des tarifs très bas. »
Il y en a pour tous les goûts dans la programmation de Japan Matsuri. Avec des ateliers traditionnels pour s’initier à la cérémonie du thé, à porter le Kimono, ou à l’art du Furoshiki (art classique de l’emballage à partir du tissu)… Une sélection de film japonais, prettés par le Consulat du Japon. Les plus jeunes pourront s’affronter sur les stands via viédogame, mais aussi participer à des concours de danse, interpréter les génériques de leur manga favoris sur écran géant, ou admirer les défilés de mode de jeunes créateurs en vogue comme de Kimonos. La musique fera lien entre tous les publics. Sont attendus les groupes Heiwa Daiko (époustouflants tambours de paix), Fumie Hihara (instrumentiste interprétant des morceaux traditionnels et modernes), Hitt monté par l’ancien bassiste du groupe populaire Otokage (rock pop). De 10 h à 22h Le week end s’annonce chaud à la Mairie.
Comment découvrir la culture traditionnelle japonaise et côtoyer la modernité ? Rencontre avec Yoko et Kyo.
Arrivée à Montpellier en 2006, Yoko poursuit son cycle d’études sur le patrimoine. Ce qui lui permet de comparer les deux systèmes. « Le patrimoine architectural français est en pierre, au Japon il est en bois. Cela implique des techniques de conservation vraiment différentes. Je pense que cette différence est aussi transposable à l’état d’esprit qui distingue les Français des Japonais.
Yoko fera une démonstration de la Cérémonie du Thé*, une des pratiques qu’elle propose dans le cadre de l’association Assiana, avec les cours de cuisine. « Récemment, à l’issue d’une démonstration dans la Maison pour tous du quartier Mosson, des animateurs sont venus me voir pour me dire qu’il n’avait jamais vu les enfants si bien se tenir. Ça m’a fait plaisir parce que cela signifie que l’esprit est un peu passé, » indique-t-elle modestement.
Yoko n’est apparemment pas une fan des jeux vidéos. Ses parents ont tenu à ce qu’elle acquière une culture traditionnelle. « Ils étaient inquiets de mon avenir et tenaient à ce que je reçoive une bonne éducation, que je connaisse les bonnes manières, que je sache recevoir. » Elle a suivi des cours auprès d’un Maître de cérémonie pendant plusieurs années. « Au début c’était très difficile, le Maître était très vieux. Il exigeait que l’on prenne un soin extrême dans toutes les choses que nous faisions. C’était en décalage complet avec ce que je vivais en dehors. Et puis j’ai appris à concilier les deux. Je sais m’amuser avec mes amis et suis restée une passionnée de traditions. Pour moi c’était l’occasion de porter le Kimono, d’apprendre à cuisiner avec les aliments de saison et surtout d’accéder à la notion de respect…
Kyo est en France depuis onze ans. Elle conclue un cycle d’études interculturelles à Paul Valéry. C’est le professeur de Japonais de l’association. « Mon cours est intergénérationnel. J’ai de jeunes élèves passionnés de mangas et de films d’animation qui souhaitent approfondir en apprenant la langue, des étudiants qui veulent voyager et des personnes plus âgées. Je m’efforce d’adapter mes cours en fonction de tout le monde. »
Quand on demande à Yoko et Kyo si les stéréotypes sur les Japonais ont la vie dure, elles répondent par un sourire avant de lâcher : « le car de japonais avec ses caméras et ses appareils photos nous colle toujours à la peau alors qu’il est aujourd’hui largement partagé par les touristes du monde entier. » Ou encore « Les geishas ne sont pas des prostitués. Ce sont des artistes qui savent danser, chanter, jouer du Shamisen… » Une semaine à suivre pour en savoir plus sur le Japon d’hier et d’aujourd’hui.
Le président déchu du Kirghizistan, Kourmanbek Bakiev, réfugié en Biélorussie, a affirmé mercredi 21 avril être toujours le chef d’Etat de ce pays stratégique d’Asie centrale. Le gouvernement kirghize intérimaire réclame pour sa part l’extradition de ce « criminel » et de ce « sadique ».
Arrivé sous bonne escorte au siège de la Communauté des Etats indépendants (ex-URSS moins les Etats baltes et la Géorgie), à Minsk, sa terre d’exil, Kourmanbek Bakiev a lu un communiqué dans lequel il s’est posé en dirigeant de son pays. « Moi, Kourmanbek Bakiev, je suis le président élu du Kirghizistan et reconnu par la communauté internationale. Je ne reconnais pas ma démission. J’ai été élu président (…) et aucun pouvoir ne peut m’arrêter. Seule la mort peut m’arrêter. »
« DES BANDITS TENTENT DE S’EMPARER DU POUVOIR »
Kourmanbek Bakiev a été renversé au début du mois par un soulèvement populaire sanglant à Bichkek, la capitale du Kirghizistan, à l’issue duquel l’opposition s’est emparée du pouvoir. Il s’était envolé le 15 avril du Kirghizistan pour le Kazakhstan voisin, remettant sa démission après des négociations coordonnées par la Russie et les Etats-Unis, les deux puissances qui disposent de bases militaires sur le sol kirghiz. Puis il a rejoint la Biélorussie, lundi 19 avril.
M. Bakiev n’a pas mâché ses mots à l’égard du gouvernement intérimaire, formé à la suite des affrontements sanglants du 7 avril entre manifestants de l’opposition et policiers, qui ont fait quatre-vingt-cinq morts. « Tout le monde doit savoir que les bandits qui tentent de s’emparer du pouvoir sont les exécutants d’une force extérieure et n’ont aucune légitimité », a-t-il lancé, sans pour autant préciser ses accusations sur l’identité de la puissance étrangère.
LE POIDS DE LA RUSSIE
Certains analystes estiment que la Russie soutenait en sous-main l’opposition à M. Bakiev, ce dernier étant revenu sur une promesse de fermer la base aérienne américaine, près de Bichkek, qui est essentielle au déploiement des troupes en Afghanistan. Moscou s’est d’ailleurs empressé d’établir des relations avec le gouvernement provisoire, débloquant une aide financière de 50 millions de dollars, sous forme de crédit et de don à cette ancienne république soviétique au bord de la ruine.
Les autorités kirghizes, qui accusent M. Bakiev de corruption, de népotisme, et d’avoir approuvé l’usage des armes contre les manifestants de l’opposition, ont pour leur part prévenu qu’elles allaient demander l’extradition du président déchu. « Tous ceux qui ont souffert pensent qu’il ne peut y avoir de refuge nulle part au monde pour ce sadique. Ce criminel doit être extradé vers notre pays », a ainsi lancé mardi la chef du gouvernement provisoire, Rosa Otounbaïeva, s’adressant à des journalistes.
Le Monde fr et AFP 21/04/10
Manifestation contre la corruption du régime du président Kourmanbek Bakiev
Quelque 3 000 partisans de l’opposition du Kirghizistan ont manifesté mercredi 17 mars à Bichkek pour protester contre la corruption du régime du président Kourmanbek Bakiev et les pressions dont sont victimes les médias indépendants et opposants, a constaté sur place une journaliste de l’AFP.
Les manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Bakiev, cesse de voler ton peuple » ou encore « Liberté pour Ismaïl Issakov« , un ex-ministre de la défense passé à l’opposition et condamné en janvier à huit ans de prison. Les protestataires ont aussi crié des slogans de soutien à la radio en langue kirghize de Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL), qui est privée d’antenne depuis plusieurs jours. « Il faut créer des organes parallèles à ceux du pouvoir et avoir pour but de prendre le pouvoir », a déclaré devant les manifestants Omourbek Tekebaïev, un des dirigeants de l’opposition.
Kourmanbek Bakiev est arrivé au pouvoir en mars 2005 à l’issue d’une révolution émaillée de violences, promettant de démocratiser le Kirghizistan. Mais depuis, la plupart de ses compagnons de route ont rejoint l’opposition, accusant le président de corruption et de dérive autoritaire. Les militants des droits de l’homme sont de plus en plus critiques du régime, notamment en raison de la multiplication des attaques contre les journalistes et des poursuites judiciaires contre les opposants.
AFP 17/03/10
Le coup d’Etat au Kirghizistan montre la tragédie de l’Asie centrale
Après de violents affrontements, l’opposition a renversé le gouvernement au Kirghizistan. C’est le signe général de la mauvaise gestion et de la répression dans les pays d’Asie centrale que sont le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, le Tadjikistan et le Kazakhstan, estime le quotidien The Times : « Les cinq pays, qui formaient autrefois le bas ventre musulman prospère et relativement stable de l’Union soviétique, affichent depuis leur indépendance un bilan misérable : régimes autoritaires, stagnation économique, violations des droits de l’homme et instabilité. … L’Asie centrale est une région immense, stratégiquement importante et potentiellement très riche. Les cinq nations disposent d’énormes ressources, très demandées en Chine, leur voisin oriental, et dans le sous-continent. Aucune d’entre elles n’a pourtant compris qu’un minimum de bonne gestion, de cohésion sociale et de tolérance politique sont nécessaires afin d’attirer les investissements étrangers. Le Kirghizistan est seulement l’exemple le plus récent de cette tragédie post-soviétique. »