Une sévère cure d’austérité pour les Britanniques

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Pour éviter la faillite publique, le gouvernement britannique a annoncé mercredi des mesures d’austérité drastiques. Les prestations sociales seront réduites et près d’un demi-million de postes seront supprimés dans le service public.  Les commentateurs jugent cette politique dure, injuste et extrêmement dangereuse pour l’économie.

The Guardian – Royaume-Uni

Les coupes mettent la relance en péril

Avec le programme d’austérité, le chancelier de l’Echiquier George Osborne mise tout sur une seule carte, écrit le quotidien de centre-gauche The Guardian, qui estime toutefois que ce jeu pourrait mal se terminer avec l’économie : « Osborne a besoin que suffisamment de gens avalent la petite histoire de la coalition, selon laquelle le Labour aurait ruiné l’économie et créé un déficit auquel la seule réponse serait une cure d’austérité, prescrite de façon relativement équitable. D’après les sondages, c’est l’opinion qui domine aujourd’hui. Mais sur la durée, l’opinion publique se basera sur la perspective d’une véritable relance économique ces quatre prochaines années, afin qu’Osborne ou son successeur soit en mesure de déclarer en octobre 2014 que le remède a été efficace, et qu’une période favorable – et une réélection en 2015 – se profilent. … Ce programme d’austérité est l’œuvre d’un parieur. Un Chancelier ne peut pas retrancher 81 milliards de livres de l’économie, à l’image d’Osborne, sans porter atteinte au pays. Ce sera un pays différent dorénavant. » (21.10.2010)

Aamulehti – Finlande

Du sang, de la sueur et des larmes

En procédant aux plus lourdes coupes budgétaires depuis la Seconde Guerre mondiale, le Premier ministre britannique David Cameron s’inscrit dans la lignée de Winston Churchill, écrit le quotidien Aamulehti. Mais le risque d’échec est grand : « Alors que la Grande-Bretagne luttait pour son existence au début de la Seconde Guerre mondiale, le Premier ministre de l’époque, le conservateur Winston Churchill, ne mâchait pas ses mots dans son premier discours en tant que dirigeant du gouvernement de guerre, à un moment extrêmement difficile. ‘Je n’ai rien d’autre à vous offrir que du sang, du labeur, de la sueur et des larmes’, déclarait-il dans son célèbre discours à la nation. En d’autres termes, il fallait accepter de nombreux sacrifices pour pouvoir espérer un avenir meilleur. … Les détails du programme d’austérité seront fortement contestés, dans la rue comme au Parlement. Mais ce qui importe, c’est l’influence qu’il aura sur l’avenir britannique. Même si l’opération est un succès, le patient y survivra-t-il ou laissera-t-il sa peau sur le billard ? C’est un pari dangereux, pour lequel le gouvernement Cameron a décidé de prendre tous les risques. » (21.10.2010)

Politiken – Danemark

Ne pas oublier le secteur financier

Après l’annonce du gouvernement britannique d’un programme d’austérité qui prévoit notamment des coupes dans les dépenses sociales, le quotidien progressiste Politiken espère des mesures tout aussi strictes pour le secteur financier : « La coalition libérale-conservatrice veut soumettre l’Etat-providence britannique à une cure d’austérité dramatique ; elle veut davantage épargner que stimuler. La reine aussi doit épargner, mais ce sont surtout le système social, l’Etat-providence, ainsi que les services publics, qui sont touchés. Avec pour résultat les plus grandes coupes budgétaires jamais imposées au secteur public depuis la Seconde Guerre mondiale. Si les Britanniques doivent avaler cette couleuvre, il faudra que le secteur financier, indubitablement à l’origine de la crise, soit plus fortement réfréné et contraint à assumer ses responsabilités. » (21.10.2010)

De Volkskrant – Pays-Bas

Cameron doit offrir des perspectives

Avec ses lourdes mesures d’austérité, le Premier ministre britannique David Cameron suit un cap bien plus rigoureux que ce à quoi s’attendait beaucoup de monde, estime le quotidien de centre-gauche De Volkskrant. Mais contrairement à l’ex-Premier ministre Margaret « Thatcher, qui voulait surtout briser le pouvoir des syndicats, Cameron tente de prêter à sa thérapie de choc une dimension idéaliste. A ses yeux, cette thérapie n’est pas seulement une amère nécessité économique, mais aussi une mesure qui va dans le sens de son projet de ‘Big Society’, où il est naturel que certaines tâches n’incombent plus à l’Etat mais aux citoyens, ceux-ci disposant ainsi d’un plus grand pouvoir de contrôle. Ce n’est pas une idée inintéressante, mais ce n’est pas non plus la panacée. Pour créer une base sociale suffisante acceptable pour ces lourdes atteintes, le Premier ministre devra offrir des perspectives nouvelles et plus claires. » (21.10.2010)

Selon Merkel, le modèle multiculturel en Allemagne a « totalement échoué »

Le débat sur l’immigration enflamme la droite allemande

patrice_nouveau_single1 » L’Allemagne manque de main d’oeuvre qualifiée et ne peut pas se passer d’immigrants, mais ceux-ci doivent s’intégrer et adopter la culture et les valeurs allemandes, a insisté Angela Merkel dans un discours devant les Jeunesses de sa formation conservatrice. Le credo « Multikulti » (multiculturel) – « Nous vivons maintenant côte à côte et nous nous en réjouissons » – a échoué, selon elle. « Cette approche a échoué, totalement échoué », a martelé la chancelière. La classe politique a condamné les thèses de Thilo Sarrazin, mais selon les sondages une majorité des Allemands les approuvent. Une étude publiée cette semaine montre même que plus de 50 % d’entre eux tolèrent mal les musulmans. Plus de 35 % estiment que l’Allemagne est « submergée » par les étrangers et 10 % que l’Allemagne devrait être dirigée « d’une main ferme » par un « führer ».

Dans son discours, Mme Merkel semblait ainsi ménager l’aile libérale de sa formation et l’aile conservatrice, incarnée par le chef de la CSU, Horst Seehofer. Ce dernier avait déjà lancé vendredi devant le même public: « Nous nous engageons pour la culture de référence allemande et contre le multiculturel. Le Multikulti est mort ».

« Démesuré, hypocrite et hystérique

Tout en affirmant que l’Allemagne restait un pays ouvert au monde, Angela Merkel a estimé: « Nous n’avons pas besoin d’une immigration qui pèse sur notre système social ». Cependant, le pays ne pourra faire l’économie de spécialistes étrangers même s’il forme des chômeurs allemands, a estimé la chancelière.

La coalition d’Angela Merkel est particulièrement divisée sur le thème de l’immigration, rappelle d’ailleurs la presse allemande dimanche. Les ministre du travail, de l’éducation et de l’économie ont ainsi tous pris le contre-pied des déclarations de Horst Seehofer, rapporte le Süddeutsche Zeitung. Ils estiment tous que les besoins en main d’œuvre de l’Allemagne plaident pour une ouverture — maîtrisée — à l’immigration.

« La chrétienté n’est pas une religion d’Etat, mais une affaire de conscience personnelle des citoyens » affirme également le secrétaire général du FDP, le parti libéral allié d’Angela Merkel, dans un entretien au Frankfurter Allgemeine Zeitung. Christian Lindner regrette ainsi que dans le débat actuel « les vertus religieuses apparaissent plus importantes que celles républicaines ».

La chancelière allemande Angela Merkel a affirmé samedi que le modèle d’une Allemagne multiculturelle, où cohabiteraient harmonieusement différentes cultures, avait « totalement échoué ». Le débat sur l’immigration divise l’Allemagne depuis la publication d’un pamphlet d’un haut fonctionnaire, Thilo Sarrazin, qui sous le titre « L’Allemagne se défait », affirme que son pays « s’abrutit » sous le poids des immigrés musulmans.

Horst Seehofer avait fait scandale une semaine plus tôt en déclarant que son pays n’avait « plus besoin d’immigrants de pays aux cultures différentes, comme les Turcs et les Arabes », car s’intégrer « est au final plus difficile » pour eux. Le chef du Conseil central des juifs d’Allemagne, Stephan Kramer, a estimé samedi que le discours tenu par M. Seehofer était « carrément irresponsable » et le débat sur l’intégration des immigrés « démesuré, hypocrite et hystérique ».

Selon le président de la chambre de commerce et d’industrie allemande, Hans Heinrich Driftmann, il manque à l’économie allemande environ 400 000 ingénieurs et personnels diplômés. « Cela nous coûte environ 1 % de croissance », a-t-il estimé dimanche dans le journal Welt am Sonntag.

Le Monde et AFP

Voir aussi : Rubrique Allemagne, lien externe, Grioo.com rubrique Finance Arroseurs arrosés, rubrique UE L’UE n’a aucune vision européenne, rubrique  France politique discours de Latran, rubrique Histoire La nuit de cristal,

La garde à vue française non conforme au droit européen

Le 7 octobre, le parquet général avait recommandé à la chambre criminelle de la haute juridiction de déclarer ces dispositions non conformes. Photo AFP.

La Cour de cassation a ouvert mardi 19 octobre une nouvelle brèche dans le régime de la garde à vue en France, procédure policière coercitive qui concerne chaque année plus de 900 000 personnes. La plus haute juridiction du pays a estimé qu’on ne pouvait maintenir en l’état, comme c’est envisagé, des régimes dérogatoires avec accès limité à un avocat pour les affaires de terrorisme, de trafic de drogue et de crime organisé.

Cette décision suit les recommandations formulées par le parquet général lors d’une audience qui s’est tenue le 7 octobre, et pendant laquelle le ministère public s’était également prononcé pour que l’avocat puisse assister aux interrogatoires de son client dans les gardes à vue de droit commun, ainsi qu’à « l’ensemble des actes d’enquête auxquels participe activement le gardé à vue, notamment la confrontation et la reconstitution des faits ».

Cet arrêt va probablement contraindre le gouvernement à revoir le projet de réforme présenté la semaine dernière, qui prévoit le maintien de ces régimes dérogatoires, tout en modifiant le régime de la garde à vue pour les autres affaires. Comme le Conseil constitutionnel le 30 juillet dernier, et la Cour européenne des droits de l’homme dans plusieurs arrêts, la Cour de cassation a confirmé que la France devait permettre l’accès des avocats à leurs clients pendant la garde à vue et obliger les policiers à notifier aux suspects leur droit au silence.

Application différée

La plus haute juridiction française fixe cependant au 1er juillet 2011 la date d’application des nouvelles stipulations, ce qui évite de mettre en péril d’ici là la régularité des procédures et donne le temps au gouvernement de mettre son projet à jour.

La garde à vue, dont la durée peut aller jusqu’à 48 heures en droit commun, peut être de quatre jours en matière de terrorisme, de trafic de drogue, et de criminalité organisée, avec accès possible à l’avocat seulement à la 72e heure. Mais la Cour de cassation estime que « la restriction du droit pour une personne gardée à vue d’être assistée dès le début de la mesure par un avocat (…) doit répondre à l’exigence d’une raison impérieuse, laquelle ne peut découler de la seule nature de l’infraction ».

La Cour ne ferme donc pas totalement la porte à d’éventuelles dérogations au droit d’accès à un avocat, un point critiqué par les avocats, qui dénoncent également le régime d’audition dite « libre », sans avocat, qu’il créé pour remplacer les interrogatoires coercitifs. Cette disposition est considérée comme une façon détournée de préserver l’ancien régime de garde à vue.

Plus de 790 000 mesures de garde à vue ont été décidées en 2009, dont plus de 170 000 pour les seuls délits routiers.

Le Monde

Voir aussi : Rubrique Justice Syndicat de la Magistrature 40 ans d’histoire, le fichier Base élève, les risques du projet de réforme de procédure pénale , le juge favorable à la position policière, Rubrique Union européenne Le Parlement européen demande la suspension des expulsions de Roms Liens externes Droit européen,

L’OTAN discute d’une nouvelle stratégie

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Les membres de l’OTAN se sont entendus jeudi, lors d’une réunion à Bruxelles, sur un projet de nouvelle stratégie militaire. Celui-ci jette aussi les bases d’un futur bouclier antimissile européen. Cette nouvelle stratégie est nécessaire mais elle génère de nouveaux conflits au sein de l’alliance de défense, estiment les commentateurs.

Der Standard – Autriche

La nouvelle stratégie de l’OTAN se base sur un large programme de coupes budgétaires et génère ainsi des divergences entre l’Europe et les Etats-Unis, estime le quotidien libéral Der Standard : « Onze ans après l’adoption de la stratégie de sécurité, l’OTAN s’attèle à revoir fondamentalement ces concepts. … Une fois encore, elle le fait moins à partir d’une position de force que sous la contrainte. … Les gouvernements sont soumis au poids considérable de la rigueur. Londres et Berlin vont à eux seuls réaliser des coupes de plusieurs milliards dans le domaine militaire. Un approvisionnement commun, des troupes partagées devraient faciliter ce processus. Les Etats-Unis mettent en garde contre des coupes trop importantes et font pression pour la mise en œuvre commune d’un bouclier antimissile pour toute l’Europe, afin de prévenir de possibles attaques de l’Iran. Les Américains demandent également aux Européens d’être plus ambitieux dans la lutte contre le terrorisme. De nombreux Européens ont du mal sur ce point. On dissimulera les différences par de jolis compromis. Les Etats-Unis continueront si nécessaire à agir seuls dans ce domaine. » (15.10.2010)

Frankfurter Rundschau – Allemagne

L’OTAN fait bien de ne pas surestimer l’importance de sa nouvelle stratégie, écrit le quotidien de centre-gauche Frankfurter Rundschau : « De tels documents peuvent difficilement servir de ligne d’instruction pour une période prolongée. Le monde change trop vite pour cela. Actuellement, les relations avec la Russie sont par exemple relativement détendues, mais les choses n’en resteront pas là. Le document oublie complètement le défi majeur de notre époque, à savoir la Chine. Et bien que les membres de l’OTAN s’apprécient mutuellement, on ne doit pas oublier que ça fait longtemps qu’ils ont atteint leurs limites en Afghanistan. S’ils devaient ne pas sortir indemnes de cette guerre, de nouveaux doutes intrinsèques se répandront dans l’Alliance. Aucun concept stratégique ne pourra remédier à cela. » (15.10.2010)

Jyllands-Posten – Danemark

Le Danemark doit soutenir les projets de l’OTAN pour la mise en place d’une défense antimissile européenne et convaincre pour cela une France encore hésitante, estime le quotidien libéral de droite Jyllands-Posten : « Il est certain qu’une telle évolution est dans l’intérêt de tous les pays européens, et il est logique que le Danemark la soutienne. Le problème, c’est que la France doit comprendre qu’elle a aussi un intérêt et une responsabilité dans une défense antimissile européenne commune. Avancer que le budget français est un budget de rigueur, comme celui de tous les autres pays après la crise financière, constitue une mauvaise excuse pour retarder une évolution absolument nécessaire et réduire les dépenses de défense. Suite aux menaces terroristes et au nombre croissant de puissances nucléaires, il n’y a pas moyen de passer outre les décisions et les coûts qui permettront à l’OTAN de rester un garant de la sécurité. » (15.10.2010)

Afghanistan : 171 personnes tuées dans les violences en une semaine

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Les violences en Afghanistan ont coûté la vie à 171 personnes, dont 106 insurgés talibans, 42 civils et 23 membres de la police nationale, au cours de la semaine passée, a fait savoir dimanche le porte-parole du ministère de l’Intérieur Zamarai Bashari. « Quelque 121 attaques terroristes (…) ont été enregistrées dans le pays la semaine écoulée, ce qui représente une augmentation de 6% par rapport la semaine précédente », a déclaré Bashari au cours d’une conférence de presse.

La plupart des incidents se sont produits à les régions du sud comme Helmand, Ghazni et Wardak, et la province de l’est Paktika où les militants talibans sont actifs, a-t-il précisé, affirmant que 119 bombes ont été découvetes et désamorcées par la police. A propos de la lutte contre la drogue, il a déclaré que des dizaines d’opérations de recherche avaient été menées par la police et 2.450 kg de stupéfiants saisis.

127 incidents criminels ont été enregistrés par la police à travers le pays depuis une semaine, soit une hausse de 8% en comparaison avec la semaine précédente. Par ailleurs, 14 sociétés de sécurité privées ont été dissoutes en raison du décret présidentiel qui interdit les entreprises privées, a indiqué le porte-parole.

 Xinhua

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