Quand le neuvième art incite à la responsabilité politique

BD. Le dernier socialiste le nouvel album de Jim est un travelling réaliste sur le militantisme à bout de souffle.

dernier_socialiste_jim_bd_vent_ouest

Un état bien senti de la dérive

Jim n’a pas décroché le Prix France Info de la bande dessinée d’actualité mais il aurait pu. Il a été attribué cette année à  » L’affaire des affaires  » (Dargaud) de Denis Robert, Yan Lindingre et Laurent Astier qui reviennent sur les rouages de  » L’affaire Clearstream « . Avec 70 albums à son actif et 1,3 millions d’exemplaires vendus, Jim s’est distingué par le regard plein d’humour qu’il porte sur la société. Le dessinateur scénariste qui travaille aussi pour le dessin animé et la télévision, vient de publier Le dernier socialiste (Vent d’Ouest). Album clin d’œil et état des lieux bien senti de la dérive qui règne dans la conscience politique française.

Jean, le personnage principal, ne se retrouve pas dans la paresse politique, l’égoïsme social et le racisme ordinaire qu’il observe autour de lui. Aussi accepte-t-il avec enthousiasme la proposition de reportage pour une web TV que lui propose un vieil ami. Caméra au poing, il part à la rencontre des militants politiques de tout bord. A droite et au centre, les joutes d’idées affluent mais son enquête piétine sérieux lorsqu’il s’agit de trouver des (vrais) militants socialistes, du moins comme il se les imagine.

A travers les 48 planches de dessin que regroupe l’ouvrage, Jim croque allègrement les manies et manières du mondillo des sympathisants politiques. Sans tomber dans la caricature, il en offre un regard drôle et dévastateur. Epique même, si l’on veut bien considérer un instant la recherche du socialiste du XXIe comme une grande quête des temps modernes… Cette BD s’avère riche d’enseignements sur la santé politique du pays, dommage que la palette politique ne soit pas un peu plus étendue et décentralisée. On attend avec impatience que Jim se penche sur les baronnies des provinces françaises !

Jean-Marie Dinh

 Le dernier socialiste, Vent d’Ouest, collection humour 9,4 euros.

 

 

Qu’est-ce que la critique ?

Essai. Rencontre avec Luc Boltanski et  Franck Fischbach dans le cadre de la 19e rencontre de La Fabrique de philosophie jeudi 21 janvier à Montpellier Salle Pétrarque

la-critiqueUne rencontre débat à la frontière entre sociologie et philosophie sociale en présence du sociologue Luc Boltanski et du philosophe Franck Fischbach qui présenteront jeudi 21 janvier leur essai De la critique précis de sociologie de l’émancipation paru fin 2009 chez Gallimard.

Depuis l’invention de la sociologie et de la pensée marxiste au XIXe siècle, la question de l’articulation de la connaissance du monde social et de sa critique a été au cœur des débats concernant l’émancipation humaine, c’est-à-dire la libération des hommes vis-à-vis des conditions sociales de la domination et de l’aliénation. Sociologie critique et philosophie sociale ont développé parallèlement des modèles théoriques visant à dépasser le clivage des faits et des valeurs, de la connaissance de ce que nous sommes et de la mise en évidence de ce que nous devrions ou pourrions être. Un tel dépassement suppose d’éviter le double écueil d’une dénaturation du projet de connaissance par les exigences impérieuses de libération et d’une résorption de la dynamique émancipatrice dans un savoir abstrait et désincarné, coupé de ses racines historiques et sociales. La confrontation entre sociologie et philosophie sociale doit précisément permettre de clarifier les conditions auxquelles devra satisfaire un savoir critique authentique, qui ne veut renoncer ni à sa rigueur théorique, ni à son efficace pratique.

De la critique  précis de sociologie de l’émancipation 19,9 euros chez Gallimard.

Voir aussi : Rubrique débat Psychanalyse un douteux discrédit,


En 2010, les banquiers reprennent leurs mauvaises habitudes

banquierLes banquiers ont repris leurs mauvaises habitudes: celles de décider entre eux ce qui leur semble « juste » pour la finance mondiale. Ainsi ce week-end, banquiers centraux et dirigeants des principales banques privées se sont réunis dans la plus grande discrétion à Bâle. Pour discuter de quoi? Difficile de le savoir exactement, puisque ni la liste des participants, ni l’ordre du jour n’ont été officiellement rendus publics. Les différentes fuites laissent cependant à penser que le gratin de la finance mondiale a passé le week-end dans les locaux de la banque des règlements internationaux (BRI). Jean-Claude Trichet, pour la Banque centrale européenne (BCE) et Ben Bernanke, pour la banque centrale américaine (la FED), étaient bien présents pour discuter avec les dirigeants des principales banques privées mondiales comme Deutsche Bank, Citigroup ou encore HSBC.

L’opacité de cette rencontre interpelle. En tant que parties prenantes, les banques privées doivent être consultées dans le cadre de la réforme de la régulation du système financier. Pourquoi dans ce cas une telle discrétion alors que cette rencontre n’a rien de choquant en soi? Difficile à expliquer. S’il s’agit de rappeler à l’ordre des banques défaillantes dans le contrôle de leurs risques, un rappel individuel confidentiel ou public se justifie. S’il s’agit d’un comportement collectif des banques, discuter de manière confidentielle avec elles ne semble pas d’une grande utilité… Ce ne sont pas les banques privées qui vont défendre des mesures qui viendraient au final diminuer leur rentabilité et par conséquent les salaires de leurs dirigeants ou les dividendes de leurs actionnaires.  Le dialogue entre banquiers privés et régulateurs implique donc une certaine distance. Or, seule la transparence peut garantir aux citoyens et aux décideurs publics le fait que les régulateurs conservent la distance nécessaire vis-à-vis des banques privées. Un enjeu crucial car la faillite de la régulation bancaire actuelle est en partie liée à l’influence trop importante des banques privées dans la définition de leur propre régulation. Les banquiers centraux, en charge de la future règlementation bancaire internationale, doivent donc changer leurs habitudes.

Un enjeu d’autant plus important que les recommandations publiées mi-décembre par le comité de Bâle font actuellement l’objet de consultation et seront très probablement reprises par la Commission européenne. En effet, celle-ci, faute de volonté politique mais aussi de ressources humaines et techniques, s’est contentée jusqu’à présent en matière de régulation bancaire, de reprendre directement les recommandations du comité de Bâle. Quand il s’agira de voter ces futures directives, il est essentiel que le Parlement européen puisse connaître la nature des débats à Bâle afin de juger du niveau de prise en compte du discours du lobby bancaire dans les recommandations émises par les régulateurs mondiaux.

L’audition des nouveaux commissaires européens aura lieu tout au long de cette semaine à Bruxelles. Auditions qui devraient fournir un début de réponse sur la volonté politique du nouveau commissaire en charge du marché intérireur et notamment des services financiers, Michel Barnier, de peser sur les discussions en cours sur la régulation financière. Une affirmation du pouvoir politique nécessaire pour sortir de ces tête-à-tête entre banquiers où les intérêts des banques priment sur les intérêts des citoyens et des entreprises.

Pascal Canfin (blog)

Voir aussi : Rubrique Finance : Kerviel dénonce la Société Générale, La spéculation attaque l’UE par le Sud, Les banquiers reprennent leurs mauvaises habitudes, Le Sénat américain  adopte un paquet de dépense, crise entretien avec Frédéric Lordon,

Rester mesurés face à la menace du terrorisme

scanner-pro-visionSi la menace d’attentats est réelle, certaines réactions n’en restent pas moins controversées. La presse européenne estime que la sécurité absolue n’existe pas, et qu’il ne sert à rien de collecter des données ou de supprimer les droits des citoyens.Extraits des publications suivantes: Der Standard – Autriche, El Mundo – Espagne, New Statesman – Royaume-Uni

Der Standard – Autriche

Qu’apportent des mesures de sécurité renforcées comme les scanners corporels dans les aéroports, se demande Der Standard : « Même si l’on fait preuve de beaucoup de compréhension en faveur des mesures sécuritaires, il est intéressant de considérer les éléments dont ont été amputés nos droits personnels ces dernières années – et le mutisme croissant qui a gagné leurs défenseurs. En 1997, le flicage informatique et les mises sur écoute clandestines étaient encore considérés pratiquement comme des pratiques scandaleuses. Mais après les attentats du 11 septembre s’est progressivement imposée l’idée selon laquelle quelqu’un qui n’a rien à cacher n’a rien à craindre non plus. Qu’apporte cependant le renforcement des mesures de sécurité hormis d’absurdes collectes de données ? Dans le cas du terroriste nigérian intercepté : rien. Ses parents avaient prévenu les autorités, mais celles-ci cherchaient probablement une aiguille dans une botte de foin. » (08.01.2010)

El Mundo – Espagne

La sécurité absolue n’existe pas face au terrorisme, même si l’on supprime tous les droits des citoyens, estime le quotidien conservateur El Mundo : « Si le monde démocratique se transformait en Etat Big-Brother de type orwellien, ce serait une victoire des fondamentalistes musulmans. C’est aux citoyens d’accepter le fait que ni la sécurité absolue ni le risque zéro ne peuvent exister. C’est ce qu’a montré l’expérience très critiquée menée par la police slovaque il y a quelques jours. Celle-ci avait dissimulé secrètement des explosifs dans la valise d’un de ses compatriotes qui avait pris l’avion pour Dublin, sans que ceux-ci ne soient détectés par les nombreux contrôles. Les Etats-Unis comme les Etats de l’UE doivent renforcer leurs mesures en vue de réduire les risques. La seule chose dont on est sûr, c’est qu’elles resteront insuffisantes tant qu’Al-Qaida ne sera pas complètement vaincu. » (08.01.2010)


New Statesman – Royaume-Uni

La peur du terrorisme est irrationnelle et exagérée, estime Mehdi Hasan dans l’hebdomadaire New Statesman. Il serait préférable de garder la tête froide : « Il n’existe aucun scanner, aucune technologie, aucune mesure de sécurité qui nous protège complètement du terrorisme. Le problème du terrorisme ne peut pas non plus être résolu militairement. Ce dont nous avons besoin, c’est de patience, de persévérance et d’un sens de la perspective historique. Lors de mes rencontres avec les ministres et les fonctionnaires [dans le quartier du gouvernement] à Whiteall, je vois souvent des affiches de la Seconde Guerre mondiale derrière les portes, portant la devise : ‘Keep calm and carry on’ [Rester calme et continuer]. Nos dirigeants devraient se montrer suffisamment sages pour suivre ce conseil, peut-être même l’adopter comme résolution de nouvel an. Rester calme. Continuer. » (08.01.2010)

La Bulgarie courbe l’échine devant la mafia

Boris Zankov, un ancien journaliste radiophonique bulgare et auteur d’investigation sur la mafia a été abattu mardi en pleine rue dans le centre de Sofia. Dans son blog, Ivo Indjev s’énerve de l’affirmation du ministèreliberte_press_notepad de l’Intérieur selon laquelle il obtiendrait des résultats dans la lutte contre le crimine organisé et soupçonne même l’Etat de protéger cette dernière : « Dans ce contexte, la déclaration du ministre de l’Intérieur [Zvetan] Zvetanov à la radio nationale bulgare, quelques heures avant la fusillade, selon laquelle la descente de police contre ‘les insolents’ [surnom donné à un groupe de ravisseurs connus] aurait permis de porter un coup au crime organisé, est vraiment embarrassante. Il s’est avéré que ‘les insolents’ sont irrespectueux. Au contraire : ce sont nous, contribuables, électeurs, qui les respectons. … Il n’y a pas de pires criminels que ceux qui bénéficient de la protection de l’Etat. »