La présidente du Front national Marine Le Pen n’a pas réussi à rassembler assez de partis eurosceptiques pour former un groupe au Parlement européen. Après un communiqué diffusé par l’allié néerlandais du FN, Geert Wilders du parti de la liberté (PVV), le frontiste Florian Philippot a confirmé cet échec à Europe 1 : « nous étions plusieurs partis, mais il faut sept pays et cette fois là, ce n’est pas passé ».
Les partis avaient jusqu’à lundi 23 juin minuit pour s’enregistrer en tant que groupe parlementaire pour la première session du nouveau Parlement européen, prévue au 1er juillet, après les élections européennes du 25 mai. Geert Wilders et Marine Le Pen avaient conclu un accord avant les élections en vue de « détruire [l’Europe] de l’intérieur », après un vote marqué par une forte poussée des eurosceptiques dans de nombreux pays.
Pour constituer un groupe, les règles européennes exigent qu’au moins sept des 28 pays membres de l’UE soient représentés : au moins 25 députés (sur un total de 751) issus de sept pays différents sont requis. Si le nombre de députés n’était pas un problème, les partis eurosceptiques ont eu du mal à concilier des points de vue parfois antagonistes.
Geert Wilders du PVV a ainsi expliqué lundi soir que coopérer au sein de ce groupe avec un parti d’extrême droite polonais, le Congrès de la nouvelle droite, taxé d’antisémitisme et de mysogynie était aller « trop loin » à ses yeux.
Il a dit espérer tout de même former plus tard un groupe parlementaire, en continuant à coopérer avec le Front national, le Vlaams Belang belge, le FPÖ autrichien et la Ligue du Nord italienne.
« Le Parti de la liberté veut un groupe parlementaire mais pas à n’importe quel prix. »
Le constat était similiaire pour le bras-droit de Marine Le Pen, Florian Philippot. Il assure :
« On aurait préféré en avoir un, mais on peut toujours le faire dans les cinq ans, il n’y a pas de date butoir. (…) On pèsera pour faire des majorités afin de faire barrage aux transferts de souveraineté par exemple. Et on fera le maximum pour peser. »
En Thaïlande, la junte au pouvoir demande aux Thaïlandais de dénoncer leurs concitoyens qui s’opposent au régime militaire. Il est demandé de photographier tous ceux dont les gestes ou les attitudes, si fugaces soient-ils, peuvent être considérés comme une résistance au régime militaire, puis d’envoyer ces photos à la police. Les auteurs de celles qui sont sélectionnées recevront une récompense.
C’est un appel clair à la délation. Les Thaïlandais sont invités à photographier tous ceux qui pourraient donner l’impression de s’opposer au coup d’Etat, puis d’envoyer ces clichés à la police. Et si ces photos aboutissent à une arrestation, elles seront payées 12 euros pièce.
Salut à la « Hunger Games »
Les Thaïlandais qui veulent s’exprimer contre le régime militaire ont privilégié les attitudes symboliques aux manifestations de foule. Outre le salut rebelle avec trois doigts emprunté à la série américaine Hunger Games, manger un sandwich dans un lieu public en lisant le livre 1984 de George Orwell est aussi un signe de résistance. Un étudiant a été arrêté dimanche pour cela.
Unitéet réforme
Porter un tee-shirt avec un slogan pro-démocratique comme « respecter le droit de vote » peut aussi mener en détention. La junte au pouvoir souhaite éradiquer toute démonstration publique d’une opinion dissidente si ténue soit-elle. Dans sa vision, ces actes isolés de résistance risquent de briser l’unité du pays, une unité qu’elle estime nécessaire pour mener à bien sa grande réforme du système politique.
C’est le secret le mieux gardé de la République : il n’y a plus de gouvernement. Mais y a-t-il encore un président ? L’affaire de la vraie fausse démission d’Arnaud Montebourg n’est pas un nouveau couac suivi d’un démenti de plus. Elle dit la lutte pour le pouvoir qui s’intensifie dans le vide laissé par la gestion erratique de François Hollande.
C’est le secret le mieux gardé de la République. Il n’y a plus de gouvernement. Bien sûr, il y a encore des ministres qui se rendent à l’Élysée chaque mercredi. Il y a toujours un premier ministre qui s’efforce de conserver sa majorité à l’Assemblée. Mais il n’y a plus de gouvernement. Serait-ce, comme l’écrivait François Mitterrand dans Le Coup d’État permanent, que sous la Ve République « seul le président de la République ordonne et décide » ? Rien n’est moins sûr. D’ailleurs, y a-t-il encore un président à l’Élysée ?
La question n’est plus taboue dans les coulisses du pouvoir. Le doute s’insinue jusque chez ses plus fidèles collaborateurs. Pour certains, nous sommes à la veille d’une crise de régime qui pourrait emprunter les chemins de la dissolution. Pour d’autres, le temps d’une recomposition de la gauche a commencé sur les ruines du vieux parti socialiste. Pour d’autres enfin, l’« après hollandisme » a commencé.
« Hollande le Bref » ou l’obsolescence programmée de la fonction présidentielle. Aux partisans d’une VIe République, il offrirait à la fois le déclin du régime présidentiel et une reparlementarisation de la vie politique sans même changer de Constitution. C’est une stratégie que certains au gouvernement pratiquent déjà ouvertement, comme ce fut le cas en mars lorsqu’ils décidèrent de mettre sous tension la fonction présidentielle en imposant au président de la République le choix de Valls comme premier ministre, une prérogative qui est pourtant un marqueur de la Ve République.
L’affaire de la démission annoncée d’Arnaud Montebourg, explicitée cette semaine dansLe Nouvel Observateur et aussitôt démentie par l’intéressé, vient s’ajouter à la longue liste des couacs, coups de gueule et autres escarmouches qui nourrissent depuis deux ans la chronique de la cacophonie gouvernementale. Du renvoi de Nicole Bricq du ministère de l’écologie un mois après sa nomination, au limogeage brutal de Delphine Batho avant l’été 2013 pour crime de lèse budget ; de la démission annoncée puis abandonnée d’Arnaud Montebourg, désavoué publiquement par Matignon à propos de Florange, à la démission forcée de Jérôme Cahuzac, coupable d’avoir menti aux plus hautes autorités de l’État, le casting gouvernemental est soumis à rude épreuve.
Comment l’interpréter ? Jusque-là, on l’imputait au défaut de leadership de Jean-Marc Ayrault. Avec l’arrivée de Manuel Valls à Matignon, la guéguerre a pourtant redoublé d’intensité entre tribus socialistes. Depuis le mois de mars, elle a gagné les bancs de l’Assemblée où les opposants au gouvernement se comptent : ils étaient 11 conjurés au début, lors du discours de politique générale de Manuel Valls ; plus de 40 à s’abstenir sur le plan de 50 milliards d’économies des dépenses publiques, et voilà qu’ils lancent l’« Appel des cent ». Mais si on les interrogeait sous couvert d’anonymat, me dit un député socialiste, les deux tiers du groupe socialiste seraient d’accord avec les frondeurs.
À Solférino, on réclame un chef, capable de livrer bataille. Le parterre s’impatiente. Quand la bataille des idées s’éteint, que les projets de transformation cèdent la place aux calculs des comptables, le vieux bonapartisme renaît de ses cendres. Déjà Valls perce sous Hollande. Il a entamé sa marche sur Rome ; « sa marche sur les Roms », rectifie un député frondeur !
Ainsi va la France « personnalisée », écrivait Mitterrand…« Je connais des Français qui s’en émerveillent, qui ne sont pas choqués de voir leur patrie réduite aux dimensions d’un homme… Ils ont du vague à l’âme dès qu’ils sont privés du frisson que leur procure le meilleur artiste de la télévision, le dernier des monstres sacrés… Ils ont hâte de voir une tête dépasser le rang et d’obéir à la vieille musique du droit divin tirée de la mythologie du moment. » Ces lignes ont été écrites par François Mitterrand il y a un demi-siècle et elles n’ont rien perdu de leur actualité.
C’est que rien n’a changé ! Nous sommes sous le même régime dont les effets de personnalisation ont été aggravés par l’apparition des chaînes d’info en continu. Depuis trente ans, alors que la vie politique médiatique se concentre de plus en plus sur la conquête du pouvoir présidentiel – l’élection au suffrage universel devenant non seulement le moment clé de la vie démocratique, mais l’élément qui surdétermine entre deux élections toutes les stratégies des acteurs –, les attributions du président se dissipent, se dispersent. Les enjeux nationaux se réduisent à l’élection ou la réélection d’un homme. La Nation réduite aux dimensions d’un homme…
Cette personnalisation s’accompagne d’une « virilisation » de la politique. Triomphe des postures martiales et des coups de menton. Cécile Duflot souligne à ce propos un paradoxe intéressant : « Plus l’exercice du pouvoir se révèle difficile dans un monde mouvant et complexe, plus les caractéristiques que l’on attend d’un homme politique se durcissent, se virilisent : mâchoire carrée, menton en avant, discours martial. Cela crée une sorte de dissonance cognitive entre l’idéal type du mec autoritaire et le fait qu’on voit bien qu’il ne tient rien. »
Plus l’État est désarmé, plus il doit afficher son volontarisme. La posture du « volontarisme » néolibéral est la forme que prend la volonté politique lorsque le pouvoir est privé de ses moyens d’agir. Mais sa crédibilité est gagée sur la puissance effective de l’État. Si cette volonté affichée n’est pas suivie d’effets, le volontarisme est démasqué comme une posture. Il faut donc qu’il redouble d’intensité, qu’il s’affiche avec plus de force pour se recrédibiliser, démonstration qui va accentuer encore le sentiment d’impuissance de l’État.
Cette personnalisation s’accompagne d’une « virilisation » de la politique. Triomphe des postures martiales et des coups de menton. Cécile Duflot souligne à ce propos un paradoxe intéressant : « Plus l’exercice du pouvoir se révèle difficile dans un monde mouvant et complexe, plus les caractéristiques que l’on attend d’un homme politique se durcissent, se virilisent : mâchoire carrée, menton en avant, discours martial. Cela crée une sorte de dissonance cognitive entre l’idéal type du mec autoritaire et le fait qu’on voit bien qu’il ne tient rien. »
Plus l’État est désarmé, plus il doit afficher son volontarisme. La posture du « volontarisme » néolibéral est la forme que prend la volonté politique lorsque le pouvoir est privé de ses moyens d’agir. Mais sa crédibilité est gagée sur la puissance effective de l’État. Si cette volonté affichée n’est pas suivie d’effets, le volontarisme est démasqué comme une posture. Il faut donc qu’il redouble d’intensité, qu’il s’affiche avec plus de force pour se recrédibiliser, démonstration qui va accentuer encore le sentiment d’impuissance de l’État.
La « dorsale libérale »
C’est la spirale de la perte de légitimité. Et c’est ce que n’a cessé de faire François Hollande depuis deux ans. « Je suis en ordre de bataille. Je suis le chef de cette bataille. J’avance », affirmait-il, bravache, au début de son mandat, essayant de recycler ses galons de chef de guerre obtenus au Mali dans la bataille pour l’emploi. Il allait renégocier le traité européen, réveiller la croissance, redonner confiance aux investisseurs et, comme Hercule retournant Lichas, inverser la courbe du chômage.
Il décréta la pause fiscale qui ne vint jamais, déclara prématurément la guerre en Syrie, stoppée par le veto de Washington, et se vit obligé de rappeler Leonarda que son ministre de l’intérieur avait expulsée, mais sans ses parents…
L’histoire de Florange est exemplaire, me confie un ex-ministre : « Le président a laissé prospérer deux solutions opposées au lieu de mettre tout le monde autour de la table et de faire converger les points de vue. Il a laissé diverger les deux options et il a tranché quand c’était trop tard. » Quels que soient les sujets : Florange, mariage pour tous, droit de vote des étrangers, transition énergétique, réforme pénale, « il a tranché la où il fallait rassembler et il a tenté de rassembler là où il fallait trancher ».
La chronique du hollandisme n’est qu’une suite de couacs, d’annonces démenties et de décisions non suivies d’effets. « Mépriser les hauts et repriser les bas », disait Chirac. Hollande se contente de la seconde partie du programme. « Reprise » est la devise de son quinquennat. C’est la partition du hollandisme. Hollande n’exerce pas le pouvoir, il l’interprète.
Depuis deux ans, il donne de la fonction présidentielle une interprétation toute en nuances, composant par petites touches l’autoportrait d’un prince paradoxal, soumis aux injonctions contradictoires de l’austérité et de la croissance, du désendettement et du redressement. Un président à souveraineté limitée, conforme à la situation des États européens, contenue par le corset étroit des règlements qu’a tissés l’Union européenne depuis le traité de Maastricht, soumis à la tutelle des marchés et des agences de notation. Un conseiller de Bercy constate amèrement : « On mobilise plus d’efforts diplomatiques pour défendre la BNP aux États-Unis qu’on ne l’a fait pour défendre les marges budgétaires et la réorientation de l’Europe. »
« En juin 2012, me confie un ex-ministre, François Hollande est allé à Bruxelles pour renégocier le traité européen. Nous savons maintenant qu’il ne l’a pas fait. Il a demandé deux années de non-application du traité contre l’abandon de sa politique de croissance. Il a demandé du temps. Ce n’est pas une négociation ça. Il a demandé deux ans pour appliquer un traité alors qu’il avait été élu pour le renégocier. »
Un ex-conseiller de Bercy ne mâche pas ses mots : « Ce qui manque à cette équipe, c’est une architecture intellectuelle solide, capable d’opposer à la logique ordo-libérale allemande une stratégie et une alternative. Tout cela s’explique non pas par la mauvaise foi, mais par la foi justement, la croyance collective dans la performativité des normes juridiques contenues dans les traités. C’est la foi des comptables du Trésor, des juristes, des hauts fonctionnaires, très compétents en matière de normes mais qui ne sont pas économistes… Tout cela a eu pour effet de déporter l’analyse de la conduite des affaires, de l’intelligence des mécanismes de base et des lois économiques vers le juridisme des négociations diplomatiques inter-européennes. Les leçons de l’histoire économique sont oubliées au profit de rituels d’obéissance et de sacrifices. À la connaissance des lois économiques, on préfère les invocations empruntées à la novlangue européenne (restaurer la confiance, rembourser, efforts, sérieux)… qui percole dans les élites. Une grammaire du renoncement… »
Le nouveau gouvernement a ancré toute sa politique dans la négociation inter-européenne en acceptant le cadre et les présupposés (les 3 %, l’euro fort, le Code du travail)… La peur des marchés, qui a pris la forme d’une véritable paranoïa dans les premiers mois du quinquennat, l’a conduit à sous-estimer la capacité de la BCE à agir sur les taux par exemple, et à permettre des politiques de court terme pour relancer la croissance, qui seule permet de réduire la dette.
Tout le champ de la politique a été laissé au néolibéralisme anglo-saxon (dérégulation, intervention de l’État, financiarisation) et à l’ordo-libéralisme allemand rigide (empire de la norme, la faute de l’endettement, la rigueur budgétaire réparatrice…). Les contradictions entre le FMI et la politique européenne menée sous influence allemande s’expliquent par l’opposition de ces deux libéralismes…
« La dorsale libérale de ce gouvernement a adopté tous les thèmes bruxellois, s’emporte un actuel conseiller de Bercy, forteresse de l’économie désormais occupée par Arnaud Montebourg. Pendant que le ministre s’égosillait sur l’euro, sur les comportements de la commission de Bruxelles, eux jouaient aux bons élèves de la classe européenne. Sur les affaires budgétaires, on est les caniches, les toutous de la commission de Bruxelles qui elle-même est contestée par le monde entier, du FMI à l’OCDE et jusqu’au gouvernement américain… Depuis deux ans, nous plaidons au sein de ce gouvernement pour une politique alternative ; deux années d’isolement, de combat intérieur, de désolation et de défaite morale. »
« Florange est la victoire de Mittal qui paye son endettement personnel avec les bijoux de famille industriels de la France, renchérit un autre conseiller du ministère de l’économie. La loi bancaire a réjoui les banquiers et, quand un banquier est content, c’est inquiétant. Kron, le PDG d’Alstom, c’est la trahison des clercs. Il s’est essuyé les pieds sur le pouvoir politique. Il a dit aux Américains : “Vous me sauvez des accusations de corruption et je vous donne Alstom.” »
La forme ultime de l’insouveraineté
Toutes sortes de raisons (erreurs de communication, absence d’un récit cohérent, amateurisme dans la conduite du gouvernement) ont été invoquées par les médias pour expliquer cette « gestion » erratique du pouvoir. En réalité, aucune ne permet de saisir la logique à l’œuvre : une perte de souveraineté qui affecte toutes les instances du pouvoir, et au premier chef la fonction présidentielle. « Le Titanic avait un problème d’iceberg. Pas un problème de communication », twittait récemment Paul Begala, qui fut l’un des architectes de la victoire de Bill Clinton en 1992. C’est la même chose pour François Hollande ; il n’a pas un problème de communication, il a un problème de souveraineté.
« C’est une énigme simple et une équation complexe à deux variables : les institutions + la personnalité, me confie un député. Marx parle, dans Les Luttes de classe en France, du crétinisme parlementaire. Là, on est face au crétinisme présidentiel. Le président n’étaye pas sa pensée. Il refuse le débat interministériel, méprise l’expertise sous forme d’anti-intellectualisme, tout en affichant l’arrogance de la technocratie omnisciente… »
L’homme réputé le plus puissant de la nation est un homme qui doit négocier ses marges de manœuvre avec la commission de Bruxelles ou la chancellerie à Berlin. Le monarque républicain est un homme fragile, malmené par les médias, humilié par les sondages d’opinion, dont la politique ou la moindre déclaration est soumise à la surveillance des marchés et des agences de notation. C’est un souverain sans monnaie ni frontières. Un souverain sans souveraineté.
De la fonction présidentielle ne subsistent que le rituel, le décorum, les huissiers avec leurs chaînes, les hôtels particuliers du Monopoly auquel s’adonne et se distrait l’élite politico-médiatique. Faute de puissance d’agir, reste la mise en scène de la souveraineté perdue ; c’est ce qui donne à l’exercice du pouvoir par François Hollande son côté spectral, crépusculaire, et pas seulement spectaculaire.
Du coup, l’exercice du pouvoir politique est frappé de soupçon ; ce qui donne à la scène politique son aspect de farce insupportable, de comédie des erreurs. Peut-être y a-t-il une forme de lucidité dans le fait d’avoir porté au pouvoir un blagueur. « Gouverner, c’est pleuvoir », a-t-il l’habitude de plaisanter pour relativiser son impuissance. La bonhomie de François Hollande est peut-être un signe des temps. La bulle de blagues dans laquelle il s’enferme le protège du réel qui ne cesse pourtant de frapper à la porte de son palais.
Ces retours du réel constituent une chaîne de démentis. Démenti des chiffres (du chômage, de la croissance). Démenti des événements. Désaveu des électeurs. Un seul désaveu en trois personnes : Mittal, Cahuzac, Le Pen. La crise de la Ve République est une crise de l’action politique, c’est-à-dire une crise des « enchaînements » qui permettent aux gouvernants de réagir par des décisions effectives aux situations qui mettent en péril leur pouvoir (dévaluation, levée de l’impôt, mobilisation, déclaration de guerre, etc.)
C’est peut-être la raison cachée « ironique » du choix de François Hollande par les Français. Nicolas Sarkozy se débattait encore avec une fonction présidentielle affaiblie par le quinquennat, surjouant la familiarité avec les grands de ce monde, traitant son premier ministre de collaborateur, humiliant ses ministres pour tenter de rehausser la fonction. Le candidat normal incarne mieux que quiconque la figure de l’insouverain. François Hollande l’assume sans état d’âme, avec une forme d’abnégation et de bonhomie, en pédagogue, en artisan de l’impuissance. Moi, Président ?, semblait-il s’interroger à l’avance dans sa célèbre anaphore du débat présidentiel de 2012. Son mandat restera comme une école du renoncement.
Car le hold-up initial achève de se retourner contre ses auteurs. Après avoir ravi au gouvernement tous ses pouvoirs, en 1958, le président de la République s’est fait voler son butin au cours d’une série de casses audacieux, avalisés par une série de traités, depuis le traité de Maastricht, en 1992, jusqu’au traité de Lisbonne, en 2007. C’est le moment clé du retournement de la monarchie élective voulue par de Gaulle. En concentrant au sommet de l’État tous les pouvoirs de l’exécutif, la Constitution de la VeRépublique a facilité la tâche des cambrioleurs ; c’était un jeu d’enfant de s’emparer de la souveraineté étatique ! Ces hold-up successifs constituent le véritable coup d’État permanent, un coup d’État contre la souveraineté nationale. Mais, contrairement à celui dénoncé par Mitterrand en 1964, celui-là a été opéré au nez et à la barbe des Français et contre leur volonté explicite exprimée en 2005.
Les ultimes scrupules (ou maladresses) de Jacques Chirac, qui décida d’organiser en 2005 le référendum constitutionnel, n’y ont rien changé. On s’essuya les pieds sur la volonté populaire. Sans doute le processus inauguré à Maastricht était-il trop avancé. Sans doute les classes dirigeantes du pays avaient-elles confondu les bonnes pratiques européennes et les mauvaises habitudes françaises, les choix difficiles et les solutions de facilité, chaque fois qu’il s’est agi de désarmer l’État. On parla de construction européenne quand il eût fallu dire « déconstruction » du cadre de la souveraineté populaire. On fit miroiter les États-Unis d’Europe pendant que l’on démontait la République. On évoqua l’élargissement de l’Europe quand c’était le cadre national qui s’étiolait.
On parla de projet, d’horizon, de dessein quand l’action politique se bornait de plus en plus à faire accepter et appliquer les injonctions venues de Bruxelles. On parla de changement quand il ne s’agissait plus que d’imposer le statu quo des traités européens.
On euphémisa les abandons de souveraineté en les qualifiant de transferts de compétences. François Mitterrand ne se payait pas de mots, lui, quand il déplorait l’attitude du premier ministre sous la Ve République « qui, plutôt que de déplaire à l’hôte de l’Élysée, se dépouille lui-même peu à peu des prérogatives que lui confère la Constitution ». Il parlait de « strip-tease ». Aujourd’hui, ce n’est plus seulement le premier ministre qui se dépouille de ses pouvoirs constitutionnels pour les céder au monarque républicain, c’est le monarque républicain lui-même, depuis Maastricht, qui abandonne un à un ses attributs et ses pouvoirs pour le plus grand plaisir de l’élite néolibérale. Un strip-tease.
La République enlève le haut et le roi est nu. C’est le paradoxe terminal de la VeRépublique. François Hollande est l’enfant d’un paradoxe. Il n’en est pas la cause. Tout au plus une circonstance aggravante. La Ve République finissante lui a laissé ce rôle de composition : une présidence de bas régime. Il est la forme ultime de l’insouveraineté.
Le pouvoir politique en France est d’essence volatile, instable. Ôtez-lui ses gigantesques condensateurs que sont les institutions, et il se disperse, se déverse dans les rues, se répand dans les airs et les esprits. C’est la chimie de la démocratie française, avec ses matériaux inflammables et ses refroidisseurs, avec son lyrisme des rues et sa langue d’État, avec ses brusques révolutions et ses mornes restaurations, avec ses classes dangereuses et ses élites défaitistes, avec ses vagues d’immigration et ses ressacs identitaires, son anarchisme, son irrédentisme et ses reprises en main brutales et parfois sanglantes, Versailles et Valmy.
Les constitutions s’essaient à réguler ces courants contraires. Ce sont des constructions fragiles, des composés chimiques dont la stabilité est faite pour un peuple et une époque donnés. Leur légitimité dépend de leur capacité effective à mobiliser les moyens de l’État à des fins collectives. Cette capacité fonde la croyance en la possibilité d’agir sur le monde et de s’y orienter librement. Les régimes tombent quand ils ne sont plus capables d’assurer cette croyance légitime…
C’est ce qui est en train d’arriver à la Ve République.
Parfois, les courants sous-marins sont plus puissants que les vagues de surface », observe Mme Medha Patkar, énergique militante écologiste de 59 ans. C’est sa façon de relativiser la « vague Modi » annoncée par les médias indiens, alors que la campagne électorale bat son plein pour le renouvellement des cinq cent quarante-trois députés de la Chambre basse du Parlement (Lok Sabha). Favori du scrutin, M. Narendra Modi, candidat du Bharatiya Janata Party (BJP), la formation ultranationaliste hindoue, met en avant son bilan à la tête de l’Etat du Gujarat (lire « Affairisme et racisme au pays de Gandhi »).
De quoi inquiéter le Parti du Congrès (Indian National Congress, INC), en chute libre dans les sondages. Ses dix ans de pouvoir ont été marqués par une baisse de la croissance (4,4 % en 2013, contre près de 10 % il y a cinq ans) et par de gigantesques scandales de corruption : attribution frauduleuse de licences de téléphonie, allocation illégale de permis pour exploiter des mines de charbon… Sans charisme, son candidat au poste suprême, M. Rahul Gandhi, arrière-petit-fils de Jawaharlal Nehru, peine à convaincre.
Au-delà de ces deux mastodontes, existe-t-il d’autres options ? Mme Patkar le croit. Pour ses premiers pas en politique, elle a choisi les couleurs d’un nouveau-né sur la scène nationale : le Parti de l’homme ordinaire (Aam Aadmi Party, AAP). Avec pas moins de quatre cents candidats dans toute l’Inde, l’AAP, populaire et ambitieux, a fait du chemin depuis le printemps de ses origines, en 2011.
A l’époque, alors que les affaires politico-financières mettent en cause des ministres, un grand mouvement anticorruption voit le jour sous l’égide d’un septuagénaire, ancien chauffeur dans l’armée : M. Anna Hazare. Mobilisant la symbolique gandhienne avec son topi — le calot blanc de Mohandas Karamchand Gandhi —, il enchaîne les grèves de la faim médiatiques au cœur de la capitale, New Delhi. Il reçoit un soutien impressionnant, y compris au sein des couches moyennes urbaines, habituellement indolentes.
Lassés de leurs dirigeants affairistes et des pots-de-vin à verser aux fonctionnaires pour la moindre démarche, des flots d’Indiens se rallient au vieil homme. Ses positions réactionnaires sur la peine de mort, qu’il réclame pour certains coupables de corruption, ne les refroidissent guère. La mobilisation mène finalement à l’élaboration conjointe, par des membres du gouvernement et des citoyens, d’un projet de loi anticorruption qui prévoit d’établir une autorité de surveillance, le Lokpal (« médiateur de la République »). Près de trois ans plus tard, la loi, promise par le Parti du Congrès, n’a toujours pas été votée.
En novembre 2012, l’un des lieutenants de M. Hazare, M. Arvind Kejriwal, reprend le flambeau : il fonde l’AAP. Avec sa moustache et ses petites lunettes, cet ingénieur et ancien cadre de l’administration des impôts, âgé de 45 ans, a le profil parfait de « l’homme de la rue ». Il conserve comme attribut le calot blanc gandhien et choisit ingénieusement comme symbole électoral le jhaddu, le balai des valmiki, membres de la caste des dalit (intouchables) chargés de nettoyer les rues. Balayer la corruption et garantir l’accès de tous aux infrastructures publiques : l’essentiel d’un programme qui séduit autant les pauvres que la classe moyenne. Un an plus tard, en décembre 2013, l’AAP fait une entrée fracassante dans l’hémicycle du territoire de Delhi : il remporte vingt-huit sièges sur les soixante-dix que compte le Parlement régional (1).
M. Kejriwal devient ministre en chef du territoire, et renforce encore son image d’homme intègre en refusant d’emménager dans le pavillon réservé à sa nouvelle fonction. Il met en place une politique sociale et instaure notamment la gratuité de l’eau jusqu’à un certain seuil de consommation. Mais, le 14 février dernier, après quarante-neuf jours de pouvoir, il démissionne à grand fracas, en dénonçant le blocage par les autres partis du projet de loi anticorruption. L’AAP a besoin de conserver son prestige pour la campagne des élections générales.
« Nous ne sommes pas comme les autres. Nous entrons en politique dans le seul but de nettoyer le système », répètent ses militants aux profils sociaux très divers. La révélation régulière de scandales impliquant des membres de l’élite politique et industrielle alimente leur critique acerbe des grands partis. L’AAP met au jour le trucage des prix du gaz fomenté par le Parti du Congrès et l’entreprise Reliance. Il pointe aussi du doigt la responsabilité de M. Modi dans la vente de terres du Gujarat à des prix inférieurs à ceux du marché au bénéfice d’un autre fleuron du capitalisme familial indien, l’Adani Group.
Le Parti de l’homme ordinaire promet de se battre contre les trois « C » : corruption, communautarisme (communalism, tensions interreligieuses entre hindous et musulmans) et capitalisme de connivence (crony capitalism). Il ambitionne d’instaurer le swaraj : ce mot issu du vocabulaire de Gandhi renvoie simultanément à l’autonomie politique et à la décentralisation. D’où l’élaboration de programmes politiques à l’échelle de chaque circonscription. Objectif affiché : donner le pouvoir aux gouvernés afin qu’ils prennent en main collectivement la politique à l’échelon local.
A Bombay, la candidature de Mme Patkar illustre cette tentative (2). Début 2014, elle a choisi l’AAP pour relayer la lutte contre la destruction massive de maisons dans les bidonvilles et l’expulsion de leurs habitants pauvres ; un combat mené au sein du mouvement Ghar Bachao Ghar Banao (« Sauvons nos maisons, construisons nos maisons »). En 1985, déjà, elle avait pris la tête du mouvement anti-industriel le plus important de l’Inde indépendante, le Narmada Bachao Andolan, contre les barrages sur le fleuve Narmada. Elle a fondé en 1995 l’Alliance nationale des mouvements du peuple (National Alliance of People’s Movements, NAPM), constituée d’environ deux cent cinquante organisations.
« Elle ne se présente pas d’elle-même, c’est nous qui la présentons. Et si nous le faisons, c’est pour qu’elle serve notre cause ! », prévient, le jour de l’investiture, M. Santosh Thorat. Ce militant actif de Ghar Bachao Ghar Banao est dalit. Il s’est politisé grâce aux mouvements d’émancipation lancés par les héritiers du leader intouchable Bhimrao Ramji Ambedkar (1891-1956). Il y a un an encore, il jurait qu’il n’inscrirait jamais sa lutte politique dans le cadre d’un parti. Et pourtant, il vient de passer une alliance stratégique, improbable et fragile, alors même que l’AAP ne fait pas de l’égalité ou de l’oppression de caste une question centrale.
Ces rapprochements étonnants ne peuvent faire oublier les zones d’ombre de ce nouveau parti. Le 14 mars 2014, dans le quartier populaire de Rafiq Nagar 2, à Bombay, avant que le cortège ne s’élance, un poète du quartier entonne Inki Soorat ko Pehchano Bhai (« Mon frère, regarde donc leurs visages »). Ce chant révolutionnaire brocarde autant le système des castes que la corruption et ridiculise toutes les figures politiques, jusqu’à celle de Gandhi. Plus tard, un membre de l’AAP lance « Bharat Mata Ki Jai » (« Vive la mère patrie »), un slogan nationaliste très prisé de l’extrême droite hindoue. Ces frictions entre le registre de l’émancipation radicale et celui du patriotisme exacerbé reflètent les contradictions idéologiques de l’AAP.
Des tendances xénophobes et nationalistes ont éclaté au grand jour dans la nuit du 15 au 16 janvier 2014, lorsque le ministre de la justice du territoire de Delhi, membre de l’AAP, a ordonné à la police de ratisser un quartier de la capitale peuplé de migrants africains. Dans sa croisade contre la petite criminalité, il déclarait alors : « Les Noirs, qui ne sont pas comme vous et moi, enfreignent les lois. » Le parti l’a couvert. « Pour nombre de sympathisants progressistes, ce fut la première grosse déception et la prise de conscience de l’importance des forces rétrogrades au sein de l’AAP », commente la politologue Stéphanie Tawa Lama-Rewal.
A la même période, alors qu’une touriste danoise vient d’être violée à New Delhi, M. Kejriwal explique les viols par « la prostitution et la drogue ». Il se montre incapable d’analyser les causes structurelles et sociales des violences sexuelles et conjugales (3). De même, il accorde une grande confiance aux assemblées de village, les panchayat, porteuses, selon lui, de démocratie locale. Des instances pourtant autoritaires, masculines et contrôlées par les castes dominantes, soulignent certains intellectuels de gauche (4).
En outre, bien qu’il critique la corruption des industriels, le parti promeut une vision libérale de l’économie. Plusieurs membres de la commission chargée de réfléchir à sa politique industrielle sont des chefs d’entreprise qui militent pour une intervention a minima de l’Etat. Dans la circonscription de Bombay-Sud, Mme Meera Sanyal, ancienne présidente-directrice générale de la branche indienne de la Royal Bank of Scotland et membre du think tank LiberalsIndia, porte fièrement les couleurs de l’AAP. Pas question non plus de critiquer l’influence des Etats-Unis sur les politiques néolibérales de développement mises en place en Inde, comme le déplore l’écrivaine Arundhati Roy (5). Préférant la « bonne gouvernance » à l’anticapitalisme et à l’anti-impérialisme, l’AAP ne défend l’émancipation du travailleur que si elle s’en tient aux formes légales de mobilisation, qui sont très limitées.
Sa force n’a finalement d’égale que la faiblesse des formations marxistes, qui peinent à constituer un « troisième front » ou un « front de gauche » solide. La coalition qu’ils forment aujourd’hui avec des partis régionaux ne porte pas de vision alternative homogène pour contrer le BJP ou le Congrès. Au risque de se couper d’une grande partie de la population, le Parti communiste indien (CPI) ou le Parti communiste indien (marxiste, CPI-M), constitués en majorité de militants des castes supérieures, ne se sont ralliés qu’à reculons à la critique de la société de castes, lui préférant une vision classiste.Enfin, ces partis peinent à saisir le potentiel subversif et émancipateur des luttes actuelles : dans les villes, pour l’accès au logement ou à l’eau ; dans les campagnes, contre l’accaparement des terres par les industriels ou les projets nucléaires.
Rhétorique non violente, absence de vocabulaire marxiste, légalisme : c’est justement ce mélange qui semble avoir conquis une bonne partie de l’élite intellectuelle et militante, des écologistes anti-industriels aux professeurs de gauche en passant par les militants des droits civiques. Ils espèrent pouvoir contrer les tendances conservatrices et rétrogrades au sein du parti. « Le programme est beaucoup plus progressiste qu’on n’aurait pu le penser, estime Tawa Lama-Rewal. Entre autres promesses figure la mise en place d’une couverture santé universelle et d’un système d’éducation pour tous. Alors que, jusqu’ici, il restait vague sur la question des quotas réservés aux castes inférieures et aux femmes, le parti prend position en leur faveur. Il a affirmé qu’il défendrait la décriminalisation de l’homosexualité. »
La place accordée dans le programme à la réappropriation des ressources naturelles témoigne également de l’influence des militants écologistes. On y insiste sur le droit des communautés locales et minoritaires à décider de ce qu’elles font de leur terre et de ses ressources. Le parti propose des solutions décentralisées en termes d’énergies renouvelables, se démarquant ainsi du programme centralisé d’énergies solaire et éolienne développé par le Congrès. Alors que l’Etat indien, au nom de la croissance industrielle et des besoins de la population, compte faire passer sa part d’énergie nucléaire de 3 à 25 % d’ici 2050, M. Kejriwal s’est positionné contre le recours à cette énergie. Quel que soit le nombre de ses élus, l’AAP a déjà réussi à bousculer le paysage politique.
Naïké Desquesnes
Journaliste. Avec la collaboration de Javed Iqbal à Bombay.
(1) Le BJP en a obtenu trente et un ; le Parti du Congrès, huit ; le parti sikh Shiromani Akali Dal, un ; le Janata Dal, un ; un « parti indépendant », un.
Le premier ministre polonais, Donald Tusk, n’a pas exclu, jeudi 19 juin, la tenue d’élections anticipées, à la suite de la publication d’enregistrements des conversations de hauts responsables ayant provoqué des appels à la démission de son cabinet de centre droit.
« Si cette affaire ne peut être débloquée dans les prochaines semaines (…) si la crise de confiance est effectivement si profonde, des élections anticipées seront peut-être l’unique solution », a-t-il déclaré devant la presse.
Le premier ministre a déploré des incidents survenus lors d’une perquisition mercredi soir au journal ayant publié les enregistrements. Il a lancé un appel aux médias pour qu’ils aident la justice à « identifier les criminels à l’origine des écoutes illégales ».
Dans une conversation enregistrée à leur insu pendant l’été 2013 et publiée dimanche par l’hebdomadaire Wprost, le gouverneur de la banque centrale, Marek Belka, proposait au ministre de l’intérieur, Bartlomiej Sienkiewicz, de soutenir en cas de crise la politique budgétaire du gouvernement, en demandant en retour la démission du ministre des finances de l’époque, Jacek Rostowski, qui a depuis quitté son poste. A la suite de ces révélations, interprétées comme un trafic d’influence par l’opposition, le chef du parti conservateur Prawo i Sprawiedliwosc (PiS — « droit et justice » en français), Jaroslaw Kaczynski, a appelé à la démission du gouvernement de M. Tusk.
PERQUISITION DANS UN HEBDOMADAIRE
Le parquet et les services de contre-espionnage polonais ont procédé mercredi soir à une perquisition dans les locaux du journal qui avait publié des enregistrements de conversations de hauts responsables ayant provoqué des appels à la démission du cabinet de centre droit de Donald Tusk. Selon le site Internet de l’hebdomadaire Wprost, les procureurs accompagnés de policiers et d’agents du contre-espionnage (ABW) ont « tenté de saisir par la force » l’ordinateur portable du rédacteur en chef, Slawomir Latkowski, après le refus du journal de leur transmettre les enregistrements originaux, à l’origine du scandale.
Face à la résistance de M. Latkowski, soutenu par des journalistes présents, les procureurs et les agents de l’ABW ont « renoncé vers 23 heures à leur opération, mais des policiers sont restés sur place ». Le parquet a confirmé dans la nuit l’abandon de l’opération, « à la suite de l’escalade du conflit » et le journal a annoncé une plainte devant la justice.
Des médias et des hommes politiques ont suggéré que l’enregistrement secret pourrait avoir été effectué par les services spéciaux russes, afin de déstabiliser la Pologne sur fond de crise russo-ukrainienne. Le parquet a pour sa part annoncé mercredi la mise en examen pour « écoutes illégales » d’un responsable du restaurant dans lequel la conversation avait eu lieu.
Le président de la République, Bronislaw Komorowski, a jugé que si l’affaire ne pouvait être réglée par le gouvernement avec des moyens normaux, le pays devrait avoir recours à des élections. « Quand on est confronté à une situation difficile, il est alors nécessaire que se mobilise l’autorité destinée à agir. S’il n’est pas possible de procéder ainsi, il devient nécessaire de recourir au mécanisme des élections démocratiques », a déclaré M. Komorowski lors d’une visite dans la ville de Lowicz.
Dans un communiqué publié dimanche par la banque centrale, Marek Belka avait exprimé « de profonds regrets quant aux mots employés dans cette conversation privée, et présenté des excuses à tous ceux qui ont été affectés et offensés ».