On sait que Sarkozy n’est pas fan de madame de Lafayette, à qui il préfère sans doute la finesse d’esprit de Roselyne Bachelot, on se demande maintenant si Eric Raoult a lu Voltaire ?
En d’autres temps, s’eut été risible de voir l’ex-ministre de l’intégration réclamer l’application d’un droit de réserve à la lauréate du Goncourt Marie NDiaye . Mais dans le climat nauséabond où les thèses frontistes ressurgissent jusqu’au sein de l’Education nationale, on peut s’alarmer que le député UMP n’ait trouvé d’autre moyen de soutien à Eric Besson que l’organisation de la médiocrité nationale. Raoult n’en est pas à son coup d’essai. Ce bon élève de la République monarchique soutenait il y a peu l’administration tunisienne dans sa décision d’expulser une journaliste pour l’empêcher d’exercer son métier.
Le scepticisme maladif du ministre de la culture en dit peut-être plus long sur le dessein d’une telle politique. Que penser d’une culture qui administre le suicide de l’expression artistique en ne mesurant pas la force d’une œuvre mais le règne exclusif de l’image de la France ? Réservons le mot de la fin à l’hérésie irrévérencieuse de l’artiste qui crache dans la soupe de la patrie nourricière. « Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible ». L’auteur, qui ne retire rien de ses propos, se serait bien passée de cette résonance.
Marie NDiaye maintient ses propos sur « la France de Sarkozy » mais, selon son éditeur, elle considère la polémique close après l’intervention de Frédéric Mitterrand, qui a toutefois refusé jeudi d’arbitrer le différend l’opposant au député UMP Eric Raoult sur un éventuel « devoir de réserve » des écrivains. « Je ne vois pas ce qui depuis le mois d’août a changé pour que je veuille revenir sur ces propos. Je persiste et signe », a déclaré sur France Inter la romancière, Prix Goncourt 2009 pour « Trois femmes puissantes ».
Dans un entretien publié cet été par le magazine Les Inrockuptibles, elle avait notamment qualifié de « monstrueuse » la France de Nicolas Sarkozy : « Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux », déclarait-elle. Avant même le début de la polémique, Marie NDiaye avait toutefois accordé un entretien lundi à Europe 1 dans lequel elle estimait ses propos « très excessifs ». Jeudi, Eric Raoult a lui même nuancé son propos en suggérant à Marie NDiaye non plus de respecter un « devoir de réserve », mais un « principe de modération ».
L’élu de Seine-Saint-Denis avait interpellé mardi le ministre de la Culture sur les propos, selon lui « insultants », de la romancière, soulevant un tollé dans les milieux littéraires. Pressés à la fois par Marie NDiaye et Eric Raoult de réagir, Frédéric Mitterrand a finalement estimé que l’un et l’autre avaient le droit de dire ce qu’ils pensent. « Je n’ai pas à arbitrer entre une personne privée qui dit ce qu’elle veut dire et un parlementaire qui dit ce qu’il a sur le coeur (…) Ca me regarde en tant que citoyen, ça ne me concerne pas en tant que ministre », a-t-il déclaré.
« Après l’intervention du ministre, Marie NDiaye estime la polémique close », indiquait-on jeudi chez son éditeur, Gallimard. L’affaire a continué en revanche d’agiter les milieux politiques. Martine Aubry, Première secrétaire du Parti socialiste, a condamné la « volonté de censurer la parole libre d’une écrivaine » et a demandé à Eric Raoult de « présenter ses excuses » à Marie NDiaye. Et Ségolène Royal (PS) a estimé que « dans une démocratie il doit être possible de critiquer le pouvoir en place ».
Le PCF a demandé pour sa part au ministre de la Culture de condamner les propos du député UMP et dénoncé un gouvernement qui « cherche maintenant à museler les artistes et à censurer leur liberté d’expression ». Et l’eurodéputé Europe Ecologie, Daniel Cohn-Bendit, a fustigé « la République des fayots », estimant qu' »il ne doit y avoir aucun devoir de réserve pour un intellectuel, comme pour toute autre personne ».
A l’UMP, le porte-parole adjoint, Dominique Paillé, s’est déclaré opposé à la « censure », tout en appelant Marie NDiaye à « la mesure » : « Je rappelle à Mme NDiaye que tout ce qui est excessif est insignifiant. Et ce qu’elle a écrit ne correspond pas à la France de Nicolas Sarkozy. C’est à cent lieues de la réalité », a-t-il ajouté, estimant que l’écrivain avait « entamé sa propre crédibilité ». « Si Marie NDiaye doit demander au ministre de la Culture ce qu’elle peut dire sans manquer de respect à Nicolas Sarkozy, quelle sera la prochaine provocation destinée à réveiller le ralliement de l’extrême droite à la majorité présidentielle », s’est enfin interrogée la Ligue des Droits de l’Homme.
Cofondateur du Cinemed, Pierre Pitiot vient de publier : Méditerranée, le génie du cinéma.
Si votre livre tisse un lien intime avec le Cinemed, il apparaît surtout comme un essai sur la culture méditerranéenne et l’art cinématographique ?
Je suis un méditerranéen, mon grand-père était pêcheur à Palavas. J’ai vécu dès ma plus tendre enfance avec les pieds sur les rivages de cette mer, ou bien enfoncé dans la fange des étang. Le livre est construit comme un entonnoir. A l’endroit le plus large, je parle de l’idéologie méditerranéenne. Elle est assez difficile à définir. Fernand Braudel a dit lui-même : il est impossible de parler de la Méditerranée dans sa totalité. J’ai essayé. Si je me suis cassé la gueule, j’enverrai un bouquet de fleur post-mortem à Braudel qui est mon maître spirituel. Après avoir tenté de décrire la totalité méditerranéenne, je suis passé à son cinéma et puis j’ai fini, mais très rapidement, sur le festival.
Comment s’est imposé l’espace géographique du Cinemed ?
Nous avons commencé par un festival italien. C’était un plaisir de penser qu’à côté du cinéma italien il y avait d’autres richesses qui touchaient tous les ports y compris ceux de la mer Noire qui est un prolongement naturel de la méditerranée. Au bout de deux trois ans, nous avons ajouté d’autres pays. Ce n’était pas simple mais cela a pris. Et aujourd’hui on honore de la même manière les 23 ou 25 pays de la méditerranée et de la mer Noire.
Un parti pris qui implique intrinsèquement, dite-vous, l’esprit d’ouverture…
Absolument mais je ne veux pas être méditerranéen comme l’on est autrichien. Il n’y a pas de limite. Pour moi, sont méditerranéens, ceux qui ont envie de l’être.
Vous donnez à comprendre la force de cette culture berceau des religions monothéistes et des conflits qui accompagnent leurs histoires sans évoquer la violence ?
Je crois que la violence fait partie des sentiments humains. La Méditerranée n’a été la source que d’une religion. Dans les évangiles la mer dont on parle c’est le Jourdain et le lac de Tibériade. La religion islamique comme la religion juive viennent du désert. Quand vous êtes dans le désert et que vous regardez en l’air la nuit, vous voyez le plafond des étoiles qui vous tire vers le mysticisme. Reste le christianisme qui n’est qu’un dévoiement du judaïsme. La civilisation méditerranéenne comme toutes les civilisations traverse de multiples phases de violence. Une des raisons importante de cette violence est liée au manque d’espace. Les Méditerranéen vivent sur un espace terrestre très réduit. Il font beaucoup d’esbroufes pour se donner des illusions. Et ça débouche parfois sur de la brutalité ou sur des pantalonnades. Le théâtre grec est un théâtre de violence.
Votre essai plonge dans l’histoire de l’art et les études helléniques …
Quand les grecs se sont rendus compte qu’ils avaient été spoliés du point de vue spatial, ils se sont vengés en plaçant leurs dieux qui vivaient dans les cités au sommet de l’Olympe. On leur a construit des sanctuaires et organisé des jeux. De là est sorti le théâtre, la notion de dérision et celle de représentation. Les philosophes présocratiques disaient qu’une image est belle quand elle est ressemblante. Ils exaltaient la mimésis. Cela a duré jusqu’à l’arrivée de la photo.
A travers l’Odyssée et le voyage en boucle, se pose la question de l’utilité et de l’inutilité du mouvement ?
Cavafy, qui est le grand poète grec du XXe, dit : il faut que tu fasses un retour chez toi, mais ne hâte pas ton retour. Parce que tu reviendras plein de connaissances et d’usages. Je ne suis pas un adepte des stupéfiants mais the trip est une expression qui vient de loin…
Le cinéma en tant qu’expression contemporaine de l’identité intègre volontiers la Turquie …
La Méditerranée n’est pas corsetée par des limites. Elle est comme un cœur. Elle envoie et puis des fois l’impulsion se tarie et s’arrête. Il vaut mieux ne pas parler de la méditerranée en terme de frontières.
Recueilli par Jean-Marie Dinh
Méditerranée le génie du cinéma, Indigène éditions, 22 euros.
Valery Levy Soussan, la directrice de collection des livres Audiolib du groupe Hachette, explique la croissance de l’audience du livre audio et évoque l’avenir du livre audio dont les ventes en France ont progressé de 50% cette année : Entretien.
Où se situe la France par rapport à ses voisins dans le secteur du livre audio ?
« L’offre française se caractérise par un certain retard que l’on retrouve en Espagne et en Italie. En France, les ventes représentent environ 1% du marché du livre. J’arrive du salon de Francfort. Là-bas on est à 5%, ce qui est loin d’être négligeable car les Allemands lisent plus que nous. Le marché explose, les jeunes mettent des œuvres sur leur Mp 3, les gens écoutent en se rendant sur le lieu de travail. Même phénomène dans les pays d’Europe du Nord où le livre audio est très développé. Aux Etats-Unis, il atteint 10% des ventes. Même si cela n’est pas vraiment comparable parce que les pratiques sont liées aux modes de vie. Les Américains en écoutent lors des longues distances en voiture. Les textes sont abrégés alors qu’en France on considèrerait cela comme un sous-produit.
Quel est l’impact des nouvelles technologies ?
L’expérience du livre audio a démarré en France avec les K7 qui n’étaient pas le support idéal. Aujourd’hui la percée du numérique modifie la donne et les habitudes d’écoute. Les livres audio ne s’adressent plus seulement aux personnes âgées ou aux personnes ayant des difficultés d’accès au livre comme les mal voyants. Aujourd’hui le public est beaucoup plus large. L’arrivée du Mp3 et des téléphones mobiles a aussi modifié les habitudes. Il est devenu courant d’écouter des sons en se déplaçant.
Quels sont les objectifs de votre collection ?
Retrouver le plaisir du texte partagé, l’émotion de la voix et permettre un accès plus facile aux livres audio. Nous avons créé Audiolib l’année dernière pour dynamiser le marché. Et enrichir l’offre française qui est assez limitée dans ce domaine.
Sur quoi reposent vos choix éditoriaux ?
Notre programme éditorial colle à l’actualité. Nous éditons des romans contemporains en littérature étrangère comme en littérature française. Quelques classiques aussi, les enseignants trouvent avec le livre audio de nouvelles perspectives pédagogiques. Nous avons une collection développement personnel qui propose des ouvrages en phase avec un support oral que l’on écoute à moments perdus. Et puis la collection suspens avec des thriller comme la série Millenium Stieg Larsson ou la saga Fascination de Stephenie Meyer qui vient de paraître.
Sur quels critères choisissez-vous les comédiens ?
Nous travaillons avec des studios d’enregistrement qui réalisent des castings sur les textes. Il faut que les comédiens pratiquent la lecture, qu’ils aient une sensibilité littéraire et qu’ils soient disponibles parce que cela prend du temps d’enregistrer un livre. Et puis il y a des textes de circonstance où le lecteur dispose d’une proximité particulière avec le texte. C’est le cas d’Arthur H avec L’écume des jours de Boris Vian.
Comment réagit le monde des lettres ?
Il n’est pas en résistance face à l’audio. Au siècle dernier on lisait beaucoup à haute voix et de nos jours les écrivains font souvent des lectures publiques. Au niveau des éditeurs nous travaillons avec tout le monde. Le livre audio est perçu comme complémentaire. On constate que pour l’écoute le choix des lecteurs est différent.
Voici quelques indicateurs rendant compte de la pauvreté en France.
En 2007, un peu plus de huit millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté (revenu mensuel inférieur à 60% du revenu médian, à savoir 910 euros en 2007, selon l’Insee), contre un peu plus de 7,8 millions en 2006, c’est à dire 13,4% de la population, contre 13,1% en 2006.
Le gouvernement invoque aussi, pour apprécier si l’engagement de Nicolas Sarkozy de réduire la pauvreté d’un tiers d’ici à 2012 sera tenu, un autre indicateur. En prenant comme référence le seuil de pauvreté à son niveau de 2006 (880 euros par mois), il obtient un « taux de pauvreté ancré dans le temps » de 12,5% en 2007, contre 13,1% en 2006.
Avec 17,9% de moins de 18 ans vivant sous le seuil de pauvreté en 2007 (dernières statistiques de l’Insee), les enfants et adolescents sont plus touchés par la pauvreté que le reste de la population (13,4%).
Environ 30% des Français disent avoir déjà connu « réellement » une situation de pauvreté, selon le baromètre annuel Ipsos pour le Secours populaire, publié en septembre.
Dans un rapport publié en février, la Fondation Abbé Pierre évaluait à 3.498.800 le nombre de personnes connaissant « une problématique forte de mal-logement ». La Fondation donne toujours le chiffre de 100.000 sans domicile fixe (SDF) basé sur une étude de l’Insee de 2001, précisant qu’il s’agit d’une « fourchette basse ». La Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars) évoquait en 2007 le chiffre de 200.000.
Selon une étude des ministères sociaux publiée en février, le nombre de personnes percevant des minima sociaux a chuté de 4,6% en 2007, à 3,3 millions, surtout grâce à un recul de 8,3% du nombre de bénéficiaires du RMI (remplacé en juillet par le RSA) entraîné par les progrès constatés cette année-là sur le marché du travail.