La Palestine devient membre à part entière de l’Unesco

Les Palestiniens ont enregistré lundi 31 octobre à Paris une victoire diplomatique aussi symbolique que significative sur la voie de la reconnaissance de leur Etat, en obtenant le statut de membre à part entière de l’Unesco, l’une des principales agences de l’ONU.

« La Conférence générale (qui réunit l’ensemble des Etats membres, ndlr) décide de l’admission de la Palestine comme membre de l’Unesco », dit la résolution adoptée par 107 voix pour, 52 abstentions et 14 voix contre, parmi les pays présents lundi au siège de l’Unesco à Paris.

« L’entrée de la Palestine porte le nombre d’Etats membres de l’Unesco à 195 », a déclaré l’organisation dans un communiqué. La quasi-totalité des pays arabes, africains et latino-américains se sont prononcés pour l’adhésion des Palestiniens, de même que la France qui avait pourtant émis de sérieuses réserves ces derniers jours sur la démarche palestinienne. « L’Unesco, ce n’est ni le lieu ni le moment. Tout doit se passer à New York », jugeait encore vendredi le ministère français des Affaires étrangères.

« Prématuré »

Car beaucoup d’Occidentaux estimaient que la candidature à l’Unesco ne pouvait précéder l’aboutissement de la démarche entreprise par les Palestiniens auprès de l’ONU à New York.

Le président palestinien Mahmoud Abbas avait solennellement demandé le 23 septembre à l’ONU de reconnaître l’Etat palestinien. Cette demande doit être examinée le 11 novembre par le Conseil de sécurité, où elle pourrait être frappée d’un veto américain.

« Nous pensons que c’est contreproductif. C’est une mesure prématurée », a répété lundi devant la Conférence générale de l’Unesco la sous-secrétaire américaine à l’Education, Martha Kanter.

Les Etats-Unis, l’Allemagne et le Canada ont voté contre, tandis que parmi les Européens, l’Italie et le Royaume Uni se sont abstenus.

« Ce vote permettra d’effacer une infime partie de l’injustice faite au peuple palestinien », a déclaré devant la Conférence générale le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne, Riyad al-Malki.

Embarras américain

Il a assuré que la demande palestinienne était déconnectée de ses démarches à l’ONU à New York et précisé que les Palestiniens avaient besoin de l’aide de l’Unesco pour protéger leur patrimoine historique et culturel.

Cette admission palestinienne embarrasse particulièrement les Américains, qu’elle place dans une position délicate vis-à-vis de l’Unesco. La pleine adhésion des Palestiniens, qui bénéficiaient jusqu’à présent du statut d’observateur, devrait provoquer l’arrêt immédiat de leur contribution financière à l’organisation, soit 70 millions de dollars et 22% de son budget.

Après l’avoir boycotté pendant 20 ans (1984-2003) pour protester contre sa mauvaise gestion et son idéologie tiers-mondiste, les Etats-Unis participent désormais activement aux programmes de l’agence, y voyant un moyen de diffuser certaines valeurs occidentales sans se mettre en première ligne.

Les diplomates de l’Unesco insistent notamment sur l’importance à leurs yeux des programmes en faveur des femmes et des filles dans certains pays.

Les Américains sont tenus par deux lois du début des années 1990 qui interdisent le financement d’une agence spécialisée des Nations unies qui accepterait les Palestiniens en tant qu’Etat membre à part entière, en l’absence d’accord de paix avec Israël.

Dotations retirées

« La décision d’aujourd’hui va compliquer notre capacité à soutenir les programmes de l’Unesco », a confirmé l’ambassadeur américain auprès de l’Unesco, David Killion.

Pour l’Unesco, les conséquences financières seront considérables. Israël devrait suivre les Américains et retirer lui aussi sa dotation. Selon l’ambassadeur israélien Nimrod Barkan, le budget de l’Unesco serait ainsi amputé d’un quart de son montant.

« Cela deviendra impossible pour l’Unesco de remplir sa mission », a-t-il estimé Nimrod Barkan.

La directrice générale de l’Unesco Irina Bokova admettait vendredi que l’organisation devrait probablement réduire la voilure.

« Il faudra couper des programmes, réajuster l’équilibre de notre budget. Mais ce n’est pas seulement un problème financier, c’est un problème qui concerne l’universalité de notre organisation », affirmait-elle.

AFP

Reconnaître la stratégie palestinienne

L’Unesco a récompensé par sa décision les efforts des Palestiniens modérés pour trouver une solution diplomatique au Proche-Orient, ce à quoi ni les Etats-Unis ni Israël ne devraient s’opposer, estime le quotidien libéral La Stampa : « Si les Palestiniens prennent les armes, on crie aussitôt que la violence empêche la paix. S’ils tentent de recourir au levier diplomatique, on y voit une initiative unilatérale qui empêche la paix. Nous aimerions donc bien savoir – notamment des Etats-Unis, d’Israël et même de l’Italie qui s’est abstenue lors du vote à l’Unesco – ce que les Palestiniens devraient faire. Il est douteux de prétendre que la reconnaissance par l’Unesco équivaut à une menace. La nouvelle stratégie tout à fait habile des Palestiniens s’inscrit au cœur des institutions internationales et des nouveaux équilibres mondiaux. Les Etats-Unis et Israël feraient bien de reconnaître l’intelligence de cette stratégie et de réagir avec la même intelligence. »

La Stampa (Italie)

La réaction trop vive de Washington

En réaction à l’adhésion de la Palestine à l’Unesco, les Etats-Unis ont suspendu le versement de leur contribution financière. Washington prend ainsi le risque de s’isoler, estime le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung : « L’adhésion de la ‘Palestine’ à l’Unesco est pour les Palestiniens un résultat honorable qui pourrait les rapprocher un peu plus d’une entrée aux Nations unies. Israël et les Etats-Unis devraient se demander si cette adhésion de la ‘Palestine’ a un poids si important qu’ils doivent se retirer de l’organisation. Washington l’a déjà fait une fois et s’était ainsi isolé tout seul.

Frankfurter Allgemeine Zeitung (Allemagne)

Livre

Palestine Israël un Etat, deux Etats ?

Quatrième de couverture

Israël et la Palestine doivent-ils former un, ou deux Etats ? Soulevé dès le début du XXe siècle, ce vieux débat revient au premier plan de l’actualité. Et pour cause : plus de six décennies après le plan de partage de la Palestine (1947), plus de quatre après l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza (1967), et près de vingt ans après les accords d’Oslo (1993), Israël continue de coloniser la Palestine mandataire. Autrement dit, ni la lutte armée ni le combat politico-diplomatique n’ont réussi à réaliser l’autodétermination du peuple palestinien.

Face à l’intransigeance du gouvernement israélien et à la pusillanimité de la “communauté internationale”, comment réussir demain ce qui a échoué hier ? Cette question, née de l’échec même du prétendu “processus de paix”, de nombreux Palestiniens se la posent, et avec eux beaucoup de leurs amis à travers le monde. Et quand bien même l’Organisation des Nations unies, en cet automne 2011, accueillerait enfin l’Etat de la Palestine en son sein, la question de l’avenir institutionnel des deux peuples se trouvera au centre des futures négociations.

Clarifier les enjeux de ce débat, voilà le but de cet ouvrage collectif qui en approfondit toutes les dimensions : juridiques, démographiques, économiques, politiques et diplomatiques. Pour peser atouts et faiblesses des différentes solutions, neuf spécialistes, choisis à la fois pour leur compétence reconnue et la diversité de leurs sensibilités, font le point : Gadi Algazi, Isabelle Avran, Monique Chemillier-Gendreau, Youssef Courbage, Leila Farsakh, Farouk Mardam Bey, Julien Salingue, Dominique Vidal et Raef Zreik.

Historien et journaliste, Dominique Vidal a écrit de nombreux ouvrages sur le conflit israélo-palestinien et son histoire, notamment Comment Israël expulsa les Palestiniens 1947-1949 (Editions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2008) et – avec Alain Gresh et Emmanuelle Pauly – Les 100 clés du Proche-Orient (Fayard, Paris, 2011). Il a aussi dirigé avec Bertrand Badie Nouveaux acteurs, nouvelle donne. L’Etat du monde 2012 (La Découverte, Paris, 2011).

Collectif sous la direction de Dominique Vidal
Coédition Sindbad / Institut des Etudes palestiniennes
Prix : 23,00 € En librairie le 2 novembre

Voir aussi : Rubrique Palestine, rubrique Essais,

Quand le vent se lève. Petites leçons de météorologie politique

« Une petite rébellion de temps en temps, ? c’est comme un orage qui purifie l’atmosphère. » Thomas Jefferson.

On a beaucoup parlé du printemps arabe. Les médias du monde entier se sont penchés sur les bouleversements politiques en Tunisie, en Égypte, en Libye, au Yémen et au Bahreïn. La rue arabe veut changer l’air politique et s’offre un printemps. On a pu laisser entendre que ces mutations – imperceptibles avant décembre – étaient portées par le numérique, qu’elles résultaient des réseaux sociaux et qu’elles transformeraient l’espace public. Les diagnostics sur notre temps sont rapides, plus rapides que le temps qui change, et l’établissement de la démocratie exigera sans doute plus que des messages textes. Partant du printemps arabe, nous réfléchirons ici sur le climat politique global qui est actuellement le nôtre.

La météorologie politique

L’association des saisons à la politique relève de la météorologie politique. Ce savoir est métaphorique avant d’être scientifique. Cette discipline estime qu’il importe de prendre périodiquement les températures du monde car la politique dépend du temps qu’il fait. Elle lie la chaleur à la révolte et la froideur au statu quo. Pour elle, les révolutions apparaissent lorsque le temps se réchauffe rapidement et que la distance du pouvoir fond. Quand on parle par exemple du printemps arabe, on parle d’un vent chaud, d’un air de changement. La force de l’expression tient au fait que les mouvements politiques sont imperceptibles l’hiver – les gens sont à l’intérieur – et qu’il surviennent au printemps du calendrier, lorsque le soleil réchauffe les fleurs qui sortent de terre. On l’oublie souvent, mais la météorologie politique doit se montrer sensible au travail des médias (généraux, nationaux ou sociaux), et exige une analyse de nouveaux espaces public, médiatique et numérique.

L’espace médiatique dans les sociétés sensibles

Si le printemps arabe a occupé beaucoup d’espace médiatique, c’est en raison de sa nature révolutionnaire, de sa capacité d’entraînement, mais aussi parce que l’on assistait en direct, à la télévision, aux révoltes. Or, derrière les images, une charge émotionnelle cherchait à se libérer. L’espace émotionnel renvoie la politique à sa dimension psychopolitique : l’énergie de la colère, après s’être concentrée, se dispersait partout dans le monde1. Si la politique ne parvient plus désormais à temporiser, encadrer et à protéger, personne ne peut arrêter la mondialisation sentimentale. À l’ère numérique, toutes les formes de distance disparaissent et les événements du monde semblent se dérouler dans notre cours, ce qui excite la société des sensations. La proximité du direct et l’interaction des réseaux font sentir l’événement comme si l’on y participait : en janvier, nous étions tous Arabes… C’était une haute saison pour la mondialisation des émotions. Leçon : il y a bien quelque chose de commun dans la réponse médiatique aux manifestations, aux désastres et aux catastrophes ; un pouvoir qui façonne les communautés, une indignation sentimentale aussi puissante qu’éphémère.

Cette « communauté d’émotions »2 est circonstancielle et artificielle car l’éloignement et la proximité sont des grandeurs troublées dans la globalisation. L’émotion n’est plus vécue dans le temps et ne coïncide plus avec la distance géographique. Au Québec par exemple, en février et en mars, tous parlaient du printemps arabe, alors que nous étions aux prises avec les plus importantes tempêtes de neige hivernales, sans rien dire des froides politiques du gouvernement libéral qui, austères et insensibles, détournaient la leçon de liberté donnée par les manifestants. Le printemps des uns peut correspondre à l’hiver des autres…

Si les événements se fabriquent et que la charge émotionnelle cherche à s’exprimer dans les canaux disponibles, la catastrophe affecte le monde en réchauffant un espace médiatique en quête équilibre. Pour les médias, la catastrophe arrive comme un scandale, une affaire à élucider, un gain en capital à dilapider. Dans ces nouveaux espaces, les émotions circulent à haute vitesse, dans le désordre, sans l’effet modérateur de la distance et du temps. Depuis le tremblement de terre et le tsunami, depuis la découverte des failles dans la sécurité des centrales nucléaires de Fukushima, le printemps arabe (et la répression de Kadhafi) tend à s’effacer derrière la catastrophe. Résultat : l’été arrivera plus tôt que prévu dans les grands médias du monde parce que les risques de dispersion de la radioactivité, par la force des vents, monopoliseront l’actualité et masqueront le temps des autres.

Catastrophe, chaleur et vent de panique dans la vague médiatique

Le printemps cède le pas au temps de la catastrophe. La montée de l’élément liquide sur les côtes a enfanté le vent de panique. Dans une mondialisation à grande mobilité, à l’heure des changements climatiques et des médias globaux, les nouvelles naissent, circulent en boucle et forment des vagues. Elles partent d’un site et déferlent sur la planète. Ce n’est donc pas un hasard si on se sent noyé dans l’information. La catastrophe japonaise est une nouvelle occasion d’alimenter la panique, car la vie est plus fluide, plus risquée et incontrôlable que jamais3. L’époque tend à la panique car nous assistons à des changements critiques dus à la hausse soudaine des températures. Si elle peut accompagner toutes les catastrophes, la panique concerne la peur de l’envahissement. La panique actuelle s’explique par le souvenir de Tchernobyl et le risque d’une contamination nucléaire mondiale, c’est-à-dire le spectre des nuages radioactifs qui voyagent sans passeport et risquent de nous entourer. Si les catastrophes naturelle et technique sont l’expression d’une suite de malheurs, celle-ci crée son propre climat de panique et par là son intérêt4. La panique implique la contagion par l’air, le travail aérien des médias, l’arrivée du pire dans un changement subtil d’ambiance. Tout est dans l’atmosphère : en raison de la contagion, la panique s’érige en climat général. Peut-on dire cela des récents événements au Japon ? Que s’est-il passé depuis ?

L’empereur s’est adressé à la nation ! Pressé d’agir, le gouvernement japonais continue de tenir un discours rassurant, tandis que les médias du monde insistent sur les dangers et les risques. Alors qu’un vent de panique souffle de l’étranger, d’après une dépêche de l’agence France-Presse du jeudi 17 mars, les pays invitent leurs ressortissants à quitter le pays, bien que la population sur place reste étonnamment calme et disciplinée, dans l’attente de nouvelles instructions du gouvernement. Les vents, précise-t-on, devraient rester favorables ce jeudi et repousser vers le Pacifique les rejets radioactifs. Tous les vents, surtout le vent de panique, voyagent bien dans la haute mondialisation. On en prendra pour preuve la déclaration du commissaire européen à l’Énergie, Günther Oettinger, voulant qu’à Sendai, on risque le pire, voire l’« apocalypse » ! Que conclure si, en 48 heures seulement, l’Allemagne a fermé sept centrales, la France dit vérifier les siennes et que le Québec s’interroge sur Gentilly-2 dont la durée de vie utile s’achève ? On émettait, ce jeudi, des craintes relatives à une fuite d’eau déminéralisée contenant un élément radioactif à la centrale de Pickering, en Ontario. Que penser du comportement des résidents de la Colombie-Britannique et de la Californie qui, à l’instar des Européens, se ruent dans les pharmacies pour se procurer des pastilles d’iode afin de se protéger contre un cancer de la thyroïde ? Ce vent de panique sonnera-t-il le glas du nucléaire ? Qui sait ? Ce qui est sûr, c’est que la géopolitique dépend de la nature.

Les températures du monde en équilibre

L’espace médiatique se réchauffe par la diffusion des températures émises en des lieux et des temps différents. Celles-ci cherchent un point d’équilibre : elles oscillent désormais entre la catastrophe du Japon et les nouvelles manchettes. Au moment où le monde arabe connaît l’orage, les yeux du monde se détournent de son printemps et cherchent, un instant, des survivants au Japon. Le vent souffle, la Terre tourne, la vie continue. Les températures du monde tendent à s’équilibrer. Voilà la première leçon de toute météorologie politique.

Ces temps de révolution et de catastrophe, vus du Québec, pays de neige et de glace, portent à réflexion. Loin au nord des Amériques, nous semblons à bonne distance des révoltes et des séismes. Nous nous croyons à l’abri, mais nous ne le sommes pas5. Nous avons participé aux efforts visant à limiter la pandémie du H1N1, nous participons à la panique médiatique. La catastrophe nous interpelle, elle nous rappelle nos devoirs envers des hommes épris de liberté et de sécurité. Les abris n’existent plus et l’on ne peut plus refuser de voir les autres aspirant à la liberté. Globalisée, la catastrophe japonaise ne doit pourtant pas masquer les efforts des hommes en quête de liberté, où qu’ils soient sur le globe. Ces hommes cherchent à profiter du vent pendant qu’il souffle car « il n’est pas de vent favorable, disait Sénèque, pour celui qui ne sait où il va. » Le changement dépend du vent. C’est la seconde leçon.

Ce soir, des hommes marchent à Montréal. Ils rentrent du travail. De l’autre côté du globe, à Sendai, des hommes marchent pour retrouver leurs parents et leurs enfants. Face aux caméras du monde qui les observent, ils portent des masques. Ils redoutent un certain vent. Et des hommes marchent encore dans la rue arabe…

Dominic Desroches Revue Sens Public

 

Voir aussi : Rubrique Médias, rubrique Chroniques,

Notes

1 À notre connaissance, la meilleure étude de la colère d’un point de vue psychopolitique est celle de Peter Sloterdijk intitulée Colère et temps (Maren Sell, 2008).

2 Sur l’espace émotionnel, lire D. Innerarity, El nuevo espacio público (Espasa, 2006) alors que pour la communauté d’émotions, on lira P. Virilio, L’administration de la peur (Textuel, 2010).

3 Voir U. Beck La société du risque (Champs, 2008). Quant au monde moderne liquide, il s’agit de la thèse développée dans les ouvrages du sociologue Z. Bauman.

4 Attentif à la psychologie des foules, Sloterdijk avait remarqué que, lors de l’accident nucléaire fort médiatisé de Three Mile Island en 1979, « il y avait dans l’air une option en faveur de la catastrophe, on éprouvait une sympathie rusée avec les explosions dans le réacteur ». Voir La mobilisation infinie, Christian Bourgeois, 2000, p. 92.

5 Noël, A., « Montréal n’est pas à l’abri d’un important séisme », La Presse, Montréal, 17 mars 2011.

Roberto Saviano sur la victoire de la mafia et ses déchets toxiques

Par Roberto Saviano

Un tribunal italien a rendu un non-lieu samedi, après 13 ans d’enquête, dans un procès mené contre 95 accusés dans l’affaire des déchets toxiques Cassiopea, estimant que les faits étaient prescrits. Des millions de tonnes de déchets toxiques provenant du nord du pays avaient été illégalement enterrés au Sud. Ce scandale écologique avait été à l’origine du roman sur la mafia Gomorrha, de l’écrivain Roberto Saviano. La justice a échoué, s’indigne Saviano dans le quotidien de centre-gauche La Repubblica : « Rien ne semble être plus difficile que de prouver l’implication du Nord dans les affaires de la mafia. Toute une série d’entreprises nord-italiennes sont coresponsables de la pollution des sols d’une grande partie du Sud. … Les statistiques du ministère de la Santé montrent que le taux de mortalité par cancer a augmenté de 20 pour cent dans les territoires concernés. Un registre de ces maladies n’a toutefois pas été élaboré, précisément parce que les enquêtes auraient établi un rapport direct entre l’augmentation rapide des cas de cancer et les décharges polluées. … La prescription des faits sur laquelle se termine le procès Cassiopea, sans aucune condamnation, montre les carences énormes d’une justice où triomphe l’injustice. »

La Repubblica – Italie (19.09.2011)

Procès Mills: Silvio Berlusconi présent mais muet

Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a assisté lundi à une audience du procès Mills à Milan où il est accusé de corruption de témoin, sans évoquer des révélations embarrassantes sur ses frasques sexuelles et ses liens avec un entrepreneur de Bari.

Silvio Berlusconi est arrivé en voiture vers 9H00 et reparti peu après 11H00 du tribunal de Milan sans s’exprimer sur ses nouveaux ennuis, a constaté un journaliste de l’AFP.

A son entrée dans la salle, il a seulement lancé: « moi je vais bien, c’est vous qui avez des sales têtes », aux journalistes qui lui demandaient comment il allait.

Quelques personnes regroupées derrière des barrières ont crié « courage, courage » dans sa direction tandis que d’autres scandaient: « démissionne, démissionne ».

Le Cavaliere est empêtré dans de nouvelles informations embarrassantes diffusées par les médias depuis jeudi sur ses relations avec un entrepreneur de Bari, Giampaolo Tarantini, accusé de lui avoir fourni des prostituées pour des fêtes organisées dans ses résidences en 2008 et 2009.

Deux enquêtes sont menées sur ces fêtes à Bari et Naples. Silvio Berlusconi ne fait pas l’objet de poursuites mais il est le protagoniste de ce scandale et les juges soupçonnent Tarantini d’avoir joué les entremetteurs pour s’attirer ses faveurs et obtenir des contacts et contrats avec des firmes publiques.

Dans l’affaire Mills, le président du Conseil est accusé d’avoir versé 600.000 dollars à son ancien avocat britannique David Mills pour mentir lors de procès à l’encontre du Cavaliere dans les années 90.

La précédente audience dans ce procès avait eu lieu le 18 juillet. Lundi, les juges de Milan ont entendu en vidéoconférence le témoignage à partir de la Suisse de Maria De Fusco, qui gérait un fonds à travers lequel auraient transité l’argent remis à Mills.

A une question du parquet, Mme De Fusco a nié catégoriquement avoir vu des mouvements sur ce fonds pouvant avoir été effectués par Silvio Berlusconi ou l’une des sociétés de son empire médiatique Fininvest.

A Milan, M. Berlusconi est également poursuivi dans l’affaire Mediaset de surfacturation de droits de retransmission télévisée, procès qui reprend le 26 septembre.

Mais l’attention des médias est surtout concentrée sur le procès Rubygate, une affaire dans laquelle il est accusé de prostitution de mineure (un délit en Italie) et d’abus de fonctions, qui reprendra le 3 octobre.

Le Cavaliere est jugé pour avoir rémunéré les prestations sexuelles d’une mineure marocaine, surnommée Ruby, entre janvier et mai 2010, et d’avoir abusé de son pouvoir en appelant la police de Milan pour la faire libérer après son interpellation pour vol présumé.

AFP

Voir aussi : Rubrique Italie, rubrique Affaires, Cinéma, Draquila, L’Italie qui tremble,

Montpellier : Métamorphose aoûtienne

Au cœur de la ville, on a tourné la page Juillet qui s’est éteint avec tous ses festivals et le sentiment d’excitation qui accompagne l’éclosion de l’été. Août à Montpellier c’est mortel disent certains. La majeure partie des habitants du centre désertent pour laisser place aux vacanciers du Nord. Tandis que la cité se peuple de Sphinx méconnus, les étudiants partent se refaire une santé familiale. Les activités culturelles se font plutôt rares, même si la relance des arts plastiques et visuels développée depuis quelques années offre de belles propositions *.

Désorienté il reste à se perdre

Les vendredis sur l’Esplanade, il y a les fameuses Estivales où prolifère une foule alcoolisée qui fait fonctionner les tiroirs-caisses et dore à peu de prix le blason de l’élu centriste en charge du commerce.

Pour circuler, mieux vaut louer un vélo ou s’entasser dans le petit train que de s’aventurer dans la ville en voiture. En temps normal, le plan de circulation décroche déjà la palme pour perdre tout  sens de l’orientation, y compris psychique, mais en été, on atteint des sommets. On vous aura prévenu. A Montpellier, si vous souhaitez vous rendre au Nord le plus sûr est de partir vers le Sud.

Les acteurs politiques et économiques de tous bords ne tarissent pas d’éloges sur les qualités visionnaires de l’ancien maire Georges Frêche qui a sorti la ville de sa torpeur méridionale. Le processus de changement permanent qu’il a mis en œuvre dans la cité se poursuit aujourd’hui comme une fuite en avant dans l’urbanisme pour faire face à la crise. Peut-être que le vrai défi politique serait d’en trouver la fin…

Pour l’heure, on continue hardiment à creuser des trous et à les reboucher, à poser des rails. Cet été les travaux des futures lignes du tram sont à l’origine d’une interruption partielle des lignes 1 et 2 ce qui promet d’allonger les bouchons sans empêcher une nouvelle augmentation des tarifs.

La lumière de l’insolite

En Août, le mieux est donc de rester sur place. A l’abri de l’invasion sonore des marteaux piqueurs, et autres scies circulaires, l’observateur trouvera dans l’espace urbain l’activité la plus équivoque des vivants libérés de toutes contraintes quotidiennes. Dans son prélassement, l’homme en vacances nous éclaire sur de nouvelles facettes de son identité. Un faux pas, une syllabe achoppée révèle souvent une excentricité insoupçonnée.

Sur la Comédie, le moment est choisi pour porter le regard sur la lumière de l’insolite. Sur le monde de l’éphémère, sur ceux qui font la sieste à l’ombre de l’Opéra.

Le café commandé à une terrasse ensoleillée semble produire des effets aphrodisiaques, clarté soudaine sous une jupe qu’on relève, d’une jambe qui se découvre. Sur l’asphalte brûlant, les jets d’eaux de l’Esplanade incitent à la déraison. Il suffit pour se combler de fraîcheur, d’enjamber la petite bordure et de se laisser glisser dans le bassin.

Jean-Marie Dinh

* Deux expositions gratuites à ne pas manquer actuellement Brassaï au Pavillon  Populaire, et Gérard Garouste au Carré St Anne, et la grande  expo d’été Odilon Redon au Musée Fabre. Rens : Office du Tourisme

Voir aussi : Rubrique Montpellier, rubrique Politique locale, Chroniques, Pas de bouchon sur la voie du milieu, On se retouvera sur la paille,

Festival Voix vives : Le grand brassage poétique

 

Pour sa seconde édition sétoise, le festival Voix Vives tisse les passerelles entre le port languedocien et l’ensemble du pourtour méditerranéen. Cette liaison éphémère empruntée par les poètes de 33 pays provoque une confrontation avec les musiciens, acteurs et poètes français conviés à ce rendez-vous où l’art se décline en transversale. Le festival reçoit cette année Carole Bouquet, Marie Rouanet, Fanny Ardant, Marie-Christine Barrault, Arthur H, Juliette, Michel Bismut, Sapho, Combas…

Neuf jours durant, Voix Vives réinstalle l’échange entre la population sètoise et le vaste monde bleu qui la berce. L’espace qui s’ouvre revient aux origines. De tous temps, les terres du Mont St Clair ont servi de refuge aux navigateurs et d’inspiration aux artistes. Le festival  investit le quartier haut des pêcheurs et la proximité des côtes maritimes via une flotte de voiliers et de barques à rames où cohabiteront  poètes et passagers d’imaginaire. Il va sans dire que ce bouillonnement de sens et de lumière ravit les visiteurs de passage.

Les bouleversements à l’œuvre dans le monde arabe donnent à l’édition un attrait particulier. « Que signifie être poète aujourd’hui au cœur d’une géographie en mouvement ? », questionne Maïthé Vallès Bled. Une autre interrogation, plus pratique, occupe l’esprit de la directrice du festival : elle concerne l’obtention des visas de ses invités. On attend l’arrivée de 99 poètes étrangers, parmi lesquels la Palestinienne  Salma Khadra Jayyusi, le Syrien  Nourri Al Jarrah, l’Irakien  Salah Falk, l’Egyptien  Fathi Abdallah. L’Espagnol Antonio Gamoneda, la Portugaise Maria Joào Cantinho ou le Grec Georges Veltos feront résonner l’âme des poètes de l’Europe du sud sous le signe de la rigueur.

En 2011, il sera assurément moins question de la sempiternelle crise de la poésie que de la situation des poètes en temps de crise.

Jean-Marie Dinh

Voix vives Rens : 04 99 04 72 51

Voir aussi : Rubrique Poésie , rubrique Festival, Voix de la Méditerranée le contenu d’une union , Les mille feux d’une conviction poétique, rubrique Rencontre, Sapho, Amin Maalouf, Salah Stétié,