Au cœur des grandes plaines de l’Ouest, au milieu du XIXe siècle, Mary Bee Cuddy est une ancienne institutrice solitaire qui a appris à cultiver sa terre et à toujours laisser sa porte ouverte. Cette année-là, quatre femmes, brisées par l’hiver impitoyable et les conditions de vie extrêmes sur la Frontière, ont perdu la raison. Aux yeux de la communauté des colons, il n’y a qu’une seule solution : il faut rapatrier les démentes vers l’Est, vers leurs familles et leurs terres d’origine.
Morceau choisi
Un autre jour, il avait découvert une petite fissure dans le brancard de gauche, à l’avant du chariot. S’il venait à se briser, il n’auraient aucune possibilité d’en fabriquer un nouveau. Avec le couteau Bowie qu’il avait récupéré plutôt, Briggs coupa une longue bande dans la peau de bison qu’il avait volée sur le site funéraire de Winnebago et l’attacha aussi solidement qu’il put sur le brancard. Mary Bee aurait peut-être pensé à le faire, elle aussi. Ou peut-être pas. Et à vrai dire, elle n’aurait même pas eu la peau de bison.
– Que se passera-t-il si ça tombe ?
– La roue se cassera
-Seigneur (…)
Un autre jour encore, la protection en acier de la roue arrière gauche s’était déplacée. si elle tombait et que la roue en bois se désintégrait, ils seraient impuissants, échoués au milieu de la plaine. Buster Shaver aurait recalé la protection ou l’aurait chauffée à blanc et l’aurait remise parfaitement en place avant de laisser refroidir, mais Briggs n’avait ni forge, ni outils adéquats. Pendant l’heure qui suivit, il roula très lentement pour épargner la roue, il l’écouta heurter les pierres et fit des détours fréquents pour descendre dans chaque ravin.
Glendon Swarthout (1918-1992) Nouvelle traduction de l’américain par Laura Derajinski aux éditions Gallmeister.
Adaptation
Adapté au cinéma par Tommy Lee Jones, le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2014. Il sera sur les écrans le 21 mai prochain, le temps de lire le livre…
Un torse de femme nu en couverture et voilà un livre refusé
Au moins ne reprochera-t-on pas à Amazon de fauter par excès de zèle : c’est une fois de plus Apple qui se fait prendre au jeu de la pudibonderie. La couverture d’un ouvrage a été jugée choquante par le revendeur américain, et voilà que le livre de Bénédicte Martin, publié aux Editions des Equateurs se retrouve interdit de séjour dans la librairie numérique. La couverture présente en effet un buste de femme nue prolongée par une lame de couteau. Tranchant, et d’autant plus que le livre ne doit sortir que le 20 mars : censure par anticipation, sacré cadeau.
L’éditeur a été alerté par son diffuseur numérique, Interforum, du refus d’Apple, strictement motivé par ladite couverture. «Apple ne censure pas le livre en raison de son contenu, par ailleurs un récit littéraire et poétique sur la féminité, mais le censure juste parce qu’il y a une femme aux seins nus sur la couverture. C’est à la fois absurde et grave. Un exemple affligeant des excès de la pudibonderie américaine », enrage Olivier Frebourg, cité par l’AFP.
Et d’ajouter : « Et vous pouvez diffuser les oeuvres les plus hard sur Apple du moment que vous avez une couverture neutre. »
Bien entendu, il refuse catégoriquement de modifier sa couverture, et accuse Apple de jouer « à Big Brother ». Selon lui, la liberté de création, associée à la couverture qu’a réalisée le maquettiste Stéphane Rozencwajg, est menacée par le comportement de la firme. Et d’interpeller dans la foulée pouvoirs publics et instances de l’édition pour qu’elles réagissent. Il demande en effet « à la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, ainsi qu’au Syndicat national de l’édition, et à la Commission européenne de réagir et de prendre position sur cette question fondamentale de la liberté d’expression ».
Il y a à boire et à manger, dans cette affaire. Les histoires de censure chez Apple, il suffit de taper dans une poubelle pour en faire sortir une centaine. Bien entendu, la censure n’est pas acceptable, il ne reste malheureusement qu’à pousser des cris d’orfraie pour se faire entendre. Et faire prendre conscience du problème.
Dans la série des célèbres censure d’Apple, on peut évoquer :
Les hippies dénudés, dont on avait recouvert les parties choquantes d’une pomme d’amour (véridique)
Etc., ad nauseam.
Sauf qu’après tout, travailler avec un revendeur implique d’accepter ses conditions de commercialisation. Et la firme est connue pour être particulièrement frileuse : plutôt que de risquer le procès d’un client mécontent, la société a toujours pris le parti de sanctionner en amont, et tant pis pour la liberté d’expression, de création et le reste. De ce point de vue, strictement juridique, on fait la somme des dépenses liées à une procédure, et on conclut chez Apple qu’il est préférable de censurer. Comportement de bêtise crasse, certes, et qui n’est pas sans conséquence.
S’autocensurer, ou lutter contre un moulin à vents ?
Que la firme censure sur le territoire américain, c’est stupide, mais qu’ils interviennent en France, avec les approches américaines, cela vire à l’absurde. Sauf que c’est ainsi. Vincent Montagne, président du Syndicat des éditeurs nous le signalait, à l’époque de la censure Lucky Luke : «Notre métier, c’est de servir des lecteurs et de provoquer la rencontre avec des auteurs. Par conséquent, le support est toujours second par rapport à la création éditoriale.Pour que cela fonctionne bien, il faut que l’accès à la création éditoriale vers les tablettes ne passe pas par un guichet unique ni un opérateur unique. »
Le problème, donc, c’est que certains opérateurs commencent à anticiper les réactions d’Apple, et à censurer au préalable les éditeurs qu’ils distribuent, voire, pour le créateur, s’autocensurer. Ce fut le cas avec un comics, en avril 2013, où l’on voyait une fellation administrée par un homme. ComiXology, le distributeur de ce titre, avait préféré censurer par avance, plutôt que de soumettre à Apple, et de se faire censurer…
« En tant que partenaire d’Apple, nous avons l’obligation de respecter ses politiques pour les applications et les livres proposés dans les applications. En s’appuyant sur notre compréhension de ces conditions d’utilisations, nous avons considéré que SAGA #12 ne pourrait pas être disponible dans notre application, aussi avons-nous décidé de ne pas la diffuser ce jour », avait clairement expliqué David Steinberg, PDG de comiXology.
Visiblement la lecture de BD sur les écrans d’iPad séduit le lecteur nomade. Seulement, il y a un bémol : ces impitoyables détecteurs de tétons et autres parties dénudées qui condamnent certains titres adultes à être bannis de l’Apple Store sans que la mesure de censure ne soit toujours justifiée. L’an passée, ils n’étaient pas moins de 59 albums à avoir ainsi été écartés de la boutique en ligne d’Apple.
Évoquant la politique d’Apple en novembre dernier, Eric Stephenson, éditeur chez Image Comics, regrettait également : « Leurs normes sont un peu vagues, vraiment. J’ai l’impression qu’ils n’ont pas beaucoup pensé la façon dont ils traitent les contenus pour adultes, ou pire, qu’il y a un ordre du jour visant à positionner Apple comme une forme d’arbitre moral pour des choses comme la bande dessinée. »
L’exercice de la pire des censures : économique
« Ce qui est scandaleux, c’est qu’ils jugent sur la couverture, de prime abord », précise l’éditeur. « Si encore c’était un ouvrage au contenu érotique, on pourrait le comprendre, mais c’est une oeuvre strictement littéraire. Toute forme de censure est condamnable, mais ici, c’est une censure économique qui s’applique. Apple représente 20 % du chiffre d’affaires numérique, et c’est un acteur majeur sur le marché. Son poids économique implique que l’on ne peut pas s’en passer. Mais on ne peut pas laisser faire non plus ! »
Olivier Frébourg a pleinement conscience de n’être pas le premier frappé par cette traque aux éléments qui dérangent. « Mais enfin, sur Facebook, sur internet généralement, les enfants sont bien plus exposés à des choses violentes, ou ayant un contenu sexuel. Et ils ne viennent certainement pas sur l’iBookstore pour voir des couvertures avec une femme à demi nue. »
Le diffuseur-distributeur, Interforum, ne peut que constater : « Apple a une politique éditoriale, et décide de ce qui peut être commercialisé, et ce qui ne peut pas l’être. » Il ne s’agit pas de résignation, simplement, la firme impose ses décisions. « Soit on accepte, soit on fait sans eux : ils ne laissent pas d’alternative », constate-t-on. Et d’ajouter : « Leur regard sur les oeuvres s’exerce d’ailleurs autant sur les couvertures que les contenus, et parfois, sur les deux. »
Au niveau européen, on se souviendra de l’intervention du député danois, Morten Løkkegaard, alors vice-président de la Commission européenne pour la Culture et l’Éducation. « C’est une société qui est entièrement contrôlée depuis la Californie », et à ce titre, aucun représentant dans les différents pays du globe n’est en mesure de négocier quoi que ce soit. Et c’est bien entendu la liberté d’expression qui est mise à mal.
Annie Estèves devant une oeuvre de Raphaël Segura. photo Rédouane Anfoussi
Maison de la poésie. Le Printemps des poètes s’ouvre aujourd’hui à Montpellier et dans toute la région. Jusqu’au 23 mars, il rejoint le carrefour des arts.
Au plus profond de la splendeur du printemps s’éveille le temps des poètes. La Maison de la poésie de Montpellier Languedoc révèle le banquet qu’elle a dressé pour les réjouissances autour du thème national « la poésie au coeur des arts ». Cette dimension qui associe d’indomptables signes au travail des plasticiens, musiciens, comédiens, photographes… prolonge et ravive des liens tissés de longue date entre la poésie et ses « alliés substanciels ».
« La poésie c’est un état, souligne Annie Estèves, la directrice artistique de la manifestation, ce que le mythe d’Orphée transcrit peut-être le mieux. Celle qui envoûte la bête avec sa lyre, charme les rochers par une parole qui persiste et vous transforme. » Mais que se passe-t-il quand le poème s’échappe du livre pour se mettre en bouche et croiser d’autre formes d’art ? Il part à la rencontre de la vie. « L’oralisation est nécessaire parce que la poésie appelle naturellement un rapport à l’oral, y compris pour les poètes. Mais je la conçois avec un retour à l’écrit, à la lecture. Le poème c’est ce qui reste, ce que l’on a envie de retenir en soi. Je ne crois pas à une poésie uniquement livresque. Cet aller-retour entre l’oral et l’écrit est nourrissant. »
A l’occasion du lancement national de la manifestation, se tient ce soir à 19h, à la Maison de la poésie, le vernissage du peintre montpelliérain Raphaël Segura, compagnon de route de nombreux poètes, dont Béatrice Libert et Jean Joubert, qui seront présents. Bien d’autres artistes s’associeront aux poètes, jusqu’au 23 mars. Le 18 mars, l’éditeur Bruno Doucet présentera la première traduction de la poète Maria Mercè Marçal autour d’un spectacle de la Cie Fitorio Théâtre. Le 21 mars, ce sera la présentation de l’ouvrage Levée des ombres qui rassemble les poèmes de Françoise Ascal et les photos de Philippe Bertin autour d’un travail sur la mémoire de l’Abbaye d’Aniane qui fut une colonie pénitentiaire pour mineurs.
Toutes ces manifestations et d’autres* croisent les disciplines artistiques. « On est à l’initiative de ces rencontres et l’on reste à l’écoute des nouvelles formes. La poésie a vocation à se dresser où l’on ne l’attend pas, confirme Annie Estèves, elle se mêle au spectacle vivant à bien des endroits, mais le poème ne doit pas rester dans l’air. Que nous reste-t-il d’une performance ? Nous avons constaté que nos propositions vivantes donnaient envie d’aller en librairie ». La Maison de la poésie travaille en partenariat avec l’Association Coeur de Livres et Le Musée Paul Valéry qui reçoit la poétesse libanaise Vénus Khoury-Ghata et Franck Venaille.
JMDH
w *programme www.maison-de-la-poésie-languedoc-roussillon.org
On le sait déjà, pour choisir un livre, notre ordi ne sert pas à grand chose. Rien ne remplace une petite visite chez le libraire du coin qui est au fait de la vie littéraire et peut nous conseiller. Ce libraire donne une valeur à nos critères de choix et finalement à nos lectures. C’est un travail important que celui de libraire. Le problème c’est qu’on en prend conscience au fur et à mesure qu’ils disparaissent.
A force d’acheter des livres en fonction du coût et de la facilité, on finira par lire n’importe quoi. A vouloir économiser quelques euros, gagner du temps, rester chez soi sans entrer en relation, on ne sait même plus ce qu’on perd. Et l’on oublie ce que nous offre ce métier prodigieux de libraire : des informations non commerciales sur un auteur, une forme de langue particulière, des pistes de lecture pour entrer dans un bouquin, tous ces facteurs de découverte qui contribuent au plaisir de lire. Il se pourrait même qu’on oublie l’existence des librairies… A ce sujet, on pourrait dire que l’association Cœur de Livres joue un rôle de berger…
Librairie Nemo. Photo R.A
Des passeurs de livres
La manifestation Escapades en Librairie nous réveille la mémoire depuis hier et durant tout le week-end, elle rafraîchit la signalétique sur l’ensemble de la ville pour nous ramener vers les passeurs de livres. L’idée originale s’articule autour d’une programmation faite de concert, performance, théâtre, lecture, art en tout genre qui se tiennent dans toutes les librairies indépendantes de Montpellier. Comme il fallait s’y attendre, tous ont accepté de sortir la tête de leurs cartons pour ouvrir leur portes à la création et s’y impliquer.
Entre autres propositions, on peut se rendre ce matin à la librairie Nemo à 10h30 pour combattre les stéréotypes sur le rôle des filles et des garçons. « A l’instar des cafés philo, on organise un chocolat philo autour des idées reçues du genre : les filles pleurent tout le temps, les garçons n’ont peur de rien ! Idées qui trouvent écho dans la littérature jeunesse, explique une représentante de la librairie, l’auteur et prof de philo Isabelle Wlodarczyk fera circuler la parole. On a aussi proposé l’idée à notre comité de lecture ado qui s’est s’impliqué avec enthousiasme en préparant des petites saynètes d’impro. »
Librairie Ioku photo R.A
Pas très loin, toujours au centre-ville, la librairie Ikoku spécialisée dans le Manga propose demain à 14h des ateliers de calligraphie, confection de maki ou encore d’ikebana. A noter, que le graveur typographe Marc Granier débarque cette après-midi avec ses presses à la librairie l’Ivraie pour un atelier création. L’objectif est de repartir avec son livre. « Les gens peuvent venir avec leurs écrits mais nous mettrons aussi des textes à disposition » explique le gérant.
Bien d’autres propositions alléchantes sont proposées en ville pour nous rappeler que les librairies ne sont pas seulement des espaces où l’on range les livres.
Le poète Frédéric Jacques Temple sera à l’honneur aujourd’hui dans le cadre d’une rencontre à 17h, à la médiathèque Emile-Zola. Frédéric Jacques Temple a reçu en octobre dernier, le prix Apollinaire 2013 pour l’ensemble de son œuvre. L’occasion permettra également de célébrer la parution des Univers de Frédéric Jacques Temple aux Presses universitaires de la Méditerranée (Pulm). La rencontre se déroulera sous la forme d’un entretien entre le poète, Pierre-Marie Héron, Claude Leroy et Gérard Lieber.
De Seul à bord édité à compte d’auteur en 1945 à Périples en 2012, en passant par l’Anthologie personnelle (1989), Poèmes américains (1993), ou Phares, balises & feux brefs (2005), le prix Apollinaire, ce « prix Goncourt de la poésie », couronne une œuvre riche d’une trentaine de recueils, d’une quarantaine de livres d’artistes, de plusieurs essais biographiques et d’une dizaine de romans et récits.
La médiathèque centrale d’Agglomération dispose d’un fonds Temple, suite à la donation par le poète de ses archives personnelles (manuscrits, livres, correspondances, documents, photographies et enregistrements…). Cette donation a suscité il y a deux ans un ensemble de manifestations autour de son œuvre, parmi lesquelles un colloque international organisé par l’université Paul-Valéry Montpellier 3 sous le titre « Les Univers de Frédéric Jacques Temple » : Colloque dont l’ouvrage aux Pulm réunit les actes. La parution de ce volume donne l’occasion de découvrir ou redécouvrir les nombreux visages d’une œuvre et d’une vie placées sous le double signe du voyage et de l’attachement aux racines.
Les lecteurs sont invités à poster des réactions de lecture, sur le blog « Les univers de Frédéric Jacques Temple » : lesuniversdetemple.wordpress.com