Théâtre La Vignette. Petit Eyolf : la vie après la disparition

J CHATEL. Renaud Bessaih

Théâtre La Vignette. Petit Eyolf d’Ibsen mis en scène par Jonathan Châtel.

Voilà, il n’y a rien qui puisse nous faire rire où nous divertir avec ce Petit Eyolf. Comme souvent chez Ibsen, il est question de l’individualité en quête d’idéal dans un environnement à bout de souffle.

Ici, il s’agit d’un couple que l’auteur norvégien dépouille de tous les petits arrangements facilitant la vie commune. Alfred philosophe, laisse en chantier l’ouvrage de sa vie sur la responsabilité pour s’occuper de son fils handicapé au désespoir de sa femme Rita jalouse et possessive. Mais Eyolf se noie les yeux grands ouverts dans les eaux froides du Fjord.

Dans ce drame familial, il y a aussi Asta, la demi-soeur d’Alfred avec qui il entretient une relation quasi incestueuse. L’approche de Jonathan Châtel fait disparaître Eyolf mais insuffle de la jeunesse et du doute dans les zones troubles du nihilisme qui s’instaure. Le jeune metteur en scène travaille sur le naturel, les impulsions, la relation entre les êtres et la perception qu’a chacun de sa propre réalité. Que pèse l’hypocrisie sociale face à cette lutte individuelle ?

Châtel a retraduit le texte pour s’imprégner de la langue du drame. Il creuse le travail avec les acteurs pour saisir l’émotion en situation. Ibsen n’exclut pas totalement la fuite, Asta cède à cet appel en toute conscience. Mais pour le couple déchiré, c’est l’honnêteté qui doit s’imposer devant la mort. Ce qui compte, ce sont les restes,  ce  en quoi on croit encore, ce qui rend la vie digne d’être vécue.

JMDH

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Les Suisses décidés à encadrer l’immigration

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Lors d’un référendum, les Suisses ont voté à 50,3% pour la limitation de «l’immigration massive d’étrangers et de requérants d’asile» dans leur pays. Un résultat aux conséquences économiques difficiles à prévoir.

La droite populiste helvétique a, de nouveau, réussi son coup. Dimanche, la majorité des cantons ont voté en faveur de la «fin de l’immigration de masse». Pour que ce référendum suisse passe, il fallait obtenir une double majorité : celle des cantons et celle des votants (50,3 %). Ainsi, après avoir interdit la construction de nouveaux minarets et obtenu l’expulsion de criminels d’origine étrangère, l’Union démocrate du centre (UDC) est parvenue à imposer un changement dans la régulation de l’immigration.

Cette votation va contraindre la Suisse à rétablir un système de contingent et de quotas alors que la libre circulation des Européens est en vigueur depuis douze ans?– et à revoir les accords bilatéraux avec l’Union européenne qui y sont liés (transports, accès aux marchés publics). Elle a trois ans pour le faire. Le scrutin accentue aussi les clivages entre une Suisse romande (opposée à cette réforme) et une Suisse alémanique associée au Tessin qui y est favorable.

Dans un commentaire acerbe, le quotidien «Le Temps» explique que ce vote remet «en cause l’un des piliers les plus importants de notre prospérité». Environ 80.000 personnes nouvelles viennent travailler en Suisse chaque année, dans ce pays de 8?millions d’habitants, sans oublier les travailleurs transfrontaliers. Si la Suisse est prospère avec une croissance à 2% et un chômage à 3,5%, elle connaît néanmoins des problèmes de logements et d’infrastructures.

Conséquences économiques difficiles à prévoir

Les milieux économiques et le gouvernement étaient très opposés à ce référendum qui peut nuire à ses grands groupes chimiques, pharmaceutiques ou de biotechnologies qui trouvent dans le reste de l’Europe la main-d’œuvre extrêmement qualifiée dont ils ont besoin. Reste que les conséquences économiques sont très difficiles à prévoir puisque le texte soumis au vote ne donnait aucun chiffres en termes de quotas.

La défaite n’en reste pas moins lourde pour le gouvernement. Elle remet en cause le fonctionnement institutionnel suisse qui s’avère périlleux pour l’économie du pays. Elle pose aussi la question de l’alliance avec un parti anti-libéral comme l’UDC. Enfin, elle est lourde de conséquences pour les relations avec l’Union européenne qui «redevient une ennemie», observe le rédacteur en chef du «Temps».

Elle promet aussi un cauchemar bureaucratique. Première victime collatérale : l’extension des accords de l’Union européenne avec la Croatie, paraphés par les Suisses l’été dernier, deviendront difficiles à appliquer.

Virginie Robert

Source Les Echos.fr 09/02/14

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Regards sur le cinéma algérien « L’objectif est de trouver les films et les montrer »

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Les jours d’avant de Karim Moussaoui

Cinéma. La manifestation Regards sur le cinéma algérien. débute ce soir à Montpellier avant de partir en région.

L’association Regards sur le cinéma algérien s’apprête à reprendre la route pour sillonner le territoire régional et irriguer les salles de cinéma pour faire vivre et découvrir la production cinématographique algérienne. Le coup d’envoi de ce passionnant périple à lieu ce soir à la Maison des relations internationales à 18h. L’inauguration sera suivie de la projection du dernier film de Karim Moussaoui Les jours d’avant au Diagonal à Montpellier à 20h. Le réalisateur algérien qui ouvrira le débat après la projection, aborde la question de la jeunesse à l’aube de la décennie noire des années 90, période terroriste qualifiée par Benjamin Stora de « guerre invisible ». Toujours à Montpellier, on pourra découvrir La Traversée, lundi 10 février en présence de la jeune réalisatrice Elisabeth Leuvrey qui vit entre Alger et Marseille et aborde le rapport entre ces deux villes en transcendant la douleur de l’exil.

Regards sur le cinéma algérien sera également accueilli à l’Utopia et au cinéma municipale Nestor Burma, mais la manifestation qui se refuse à devenir un festival, dépasse largement les frontières de la capitale régionale pour faire découvrir l’actualité des films algériens au gré des partenariats tissés dans la région.

« Nous voulons passer dans les salles de cinéma sans dénier les propositions des médiathèques, indique l’historien du cinéma Jacques Choukroun, cette année nous avons décidé de tenir une ligne de promotion du cinéma algérien toute l’année. » Le 60e anniversaire de l’insurrection algérienne qui sera célébré en novembre trouvera un prolongement avec la sortie de Lalla Fadhma n’Soumer de Belkacem Hadjadj sur l’héroïne berbère ayant animé le combat contre l’envahisseur. « Notre objectif est de trouver les films et de les montrer, pas de tomber dans des manifestations folkloriques amicales », affirme Jacques Choukroun.

Reste que les cinq à six films algériens produits chaque année ont conduit la manifestation à élargir son activité à l’organisation de rencontres autour de la musique, la littérature et l’histoire algérienne. Une occasion d’enrichir nos connaissances sur nos voisins méditerranéens  pour les allier au plaisir cinématographique.

JMDH

Source L’Hérault du Jour 06/02/2014

Voir aussi :  Rubrique Cinéma, rencontre avec Ali Mouzaoui, Polémique autour du film de Bouchareb , Les Hors-la-loi, de Tewfilk Farès, rubrique Algérie,

L’UE passe l’éponge sur les écarts de Google

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Accusé d’entrave à la concurrence, le géant échappe à l’amende en promettant des réformes

La Commission européenne a choisi de ne pas sanctionner Google. Accusé d’entrave à la concurrence en privilégiant ses propres services, le moteur de recherche leader en Europe était passible d’une amende pouvant s’élever jusqu’à 6 milliards de dollars (4,4 milliards d’euros), soit 10% de son chiffre d’affaires. Ce sera finalement zéro euro. Bruxelles a préféré croire aux engagements du géant d’Internet de modifier son comportement. Cette clémence de la Commission survient alors que la France, selon des informations non démenties par Bercy, lui a infligé un redressement fiscal de 1 milliard d’euros.

«Incertitudes». Cela fait plus de trois ans que Bruxelles instruit le dossier Google. Elle a été saisie par ses concurrents, dont les moteurs de recherche spécialisés – comme Booking, Expedia ou Kelkoo – pâtissent de la mise en avant par Google de ses propres services. Mais plutôt que de sévir, le commissaire européen à la Concurrence, Joaquín Almunia, a préféré négocier : «Je pense que les dernières propositions de Google sont capables de faire bouger les pratiques», a-t-il justifié mercredi, ajoutant que la voie des sanctions «aurait pris plusieurs années et avec beaucoup d’incertitudes» sur l’issue du bras de fer juridique qui aurait suivi.

Pour étayer sa position, le commissaire a produit des exemples de ce que donneront les engagements de Google. Ainsi, une recherche «café de Paris» fera remonter les «alternatives» au moteur Google, comme les adresses mises en avant par Pagesjaunes ou ViaMichelin. Autre promesse : ne plus utiliser les contenus des sites concurrents pour alimenter ses propres moteurs, s’ils en font la demande express, et sans qu’ils en soient pénalisés. Google sera surveillé, a promis encore Joaquín Almunia. Les plaignants, par la voix de leurs associations, se sont dits «déçus» mercredi, évoquant un «énorme échec».

«Conglomérats». La décision de l’exécutif européen apparaît comme un revers pour la France, en première ligne sur la nécessité de réguler Google et consorts afin de préserver la liberté d’innover. «Ces grandes plateformes [Google, Facebook, Apple…] sont les conglomérats du XXIe siècle. […] Elles ont un droit de vie ou de mort sur des centaines de milliers d’acteurs», avait dénoncé à l’automne Fleur Pellerin, la ministre à l’Economie numérique, qui avait saisi le Conseil national du numérique afin de fédérer les acteurs français autour de cette procédure.

Catherine Maussion

Source : Libération 05/02/14

Voir aussi : Rubrique Internet, rubrique UE,

Aurélien Bory « Azimut » . Une autre voie s’exprime en suspension


azimut-4-copyright-agnes-mellonAurélien Bory et le groupe acrobatique de Tanger présentent ce soir au Corum « Azimut ». Une pièce singulièrement expressive.

Fils du théâtre et de la danse, Aurélien Bory poursuit son travail à la croisée de nombreuses disciplines (théâtre, cirque, danse, arts visuels, musique…). Il sera ce soir au Corum en compagnie du Groupe acrobatique de Tanger  avec sa pièce Azimut créée à Aix en décembre dernier et programmée dans le cadre de la saison Montpellier Danse.

La pièce célèbre les retrouvailles entre Aurélien Bory et la troupe marocaine. Dix ans après Taoub et trois ans après le printemps arabe, cette rencontre revêt une dimension singulièrement expressive. Azimut est une pièce accessible, avec un découpage en tableaux et une scénographie soignée résultant d’options esthétiques qui jouent sur les contrastes. La tension dramatique est maintenue et les effets de surprises produits sur le public fonctionnent. Le chorégraphe mobilise les corps – espace proche, espace de déplacement – avec un certain goût du mystère. Le choix des directions et des orientations dans l’espace scénique tire partie des qualités acrobatiques en présence.

Dans ce spectacle, Aurélien Bory réaffirme son intérêt pour l’écriture hybride. Les techniques comme celle de la pyramide humaine alliées à la dimension spirituelle – le sens de la fusion dans la mystique du soufisme – qui font la force de la troupe marocaine, ne sont pas utilisées en tant que telles. Elles apparaissent comme des signes du langage que développe Aurélien Bory. La technique prend du sens, elle est le chemin conduisant à une disponibilité motrice. La dimension de la gravité entre dans un processus physique et psychique. Il en est de même pour les champs attractifs de pesanteur qui s’exercent sur les corps physiques et s’observent également dans le poids des dominations véhiculées par certains messages.

« Ce n’était pas écrit d’avance que les descendants de la famille Hammich, qui forme des acrobates depuis sept générations au cœur de la médina de Tanger, rencontrent un jour l’art contemporain et portent un regard différent sur leur pratique. Je suis heureux qu’Azimut aille dans le sens de leur non-assignation à un rôle déterminé d’acrobate, ou de Marocain », souligne Aurélien Bory.

Si Azimut présente toutes les qualités d’un spectacle plaisant au regard, la recherche s’aventure sur le chemin de l’expérience narrative interculturelle. La dimension poétique délivre des messages non transparents qui motivent l’imaginaire en suggérant des thèmes comme la condition des femmes, ou la jeunesse. La structuration interne et externe du temps, semble se rapporter aux changements politiques et religieux. Cette mise en suspension ouvre la voie à l’abstraction. Et dans le champ de l’indétermination qui se répand, le spectateur occidental se trouve renvoyé à ses propres questionnements. A découvrir.

JMDH

Ce soir à 20h, Opéra Berlioz au Corum, Montpellier. Renseignements au 0 800 600 740

Source : La Marseillaise 04/02/2014

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