Election présidentielle en Afghanistan : quels enjeux ?

Afghanistan-Le-cri-d-alarme-d-Action-contre-la-Faim_article_landscape_pm_v8Qui sont les principaux candidats à l’élection présidentielle afghane ? Le candidat de l’opposition a-t-il une chance d’être élu ? Quels sont les enjeux de cette élection ?

11 candidats se présentent à l’élection présidentielle d’avril prochain. Parmi eux, on peut distinguer quatre candidats qui ont l’espoir de l’emporter. Il s’agit de Dr Abdullah Abdullah, ancien ministre des Affaires étrangères et ancien candidat à l’élection présidentielle en 2009, de Ashraf Ghani, ancien ministre et ancien fonctionnaire de la Banque mondiale, de Zalmai Rassoul, le dernier ministre des Affaires étrangères, et de Abdul Rasul Sayyaf, ancien chef de guerre, accusé par certaines ONG de défense des droits de l’homme de massacre de civils et de crimes de guerre. On peut ajouter également parmi les favoris, Abdul Qayum Karzaï, le frère de président sortant.

Avant de connaitre les noms des autres candidats, Dr Abdullah apparaissait comme favori car il avait réussi à former une grande alliance politique regroupant les principaux anciens chefs de guerre ou chefs de partis opposés à Hamid Karzaï. Il bénéficiait également du discrédit du président sortant, son rival à l’élection présidentielle de 2009. Pourtant, cette alliance n’a pas résisté au jeu de pouvoir dans un pays où les partis politiques n’existent pas réellement et où le changement d’alliance est la règle. Ainsi, on a vu le fameux général Dostom, chef de guerre de la communauté ouzbek, se rallier à la candidature de Ashraf Ghani, l’homme qui considérait son nouvel allié comme un criminel de guerre. C’est aussi le cas du frère de l’ancien commandant Ahmed Shah Massoud, dont le Dr Abdullah était le lieutenant, qui a choisi de soutenir Zalmai Rassoul. Il souhaite être le premier vice-président en cas de victoire. Dr Abdullah a néanmoins comme colistier Mohammad Mohaqiq, l’un des principaux leaders de la communauté hazâra qui vote massivement à chaque élection, contrairement aux zones pachtounes de l’Est et du Sud, zones sous l’influence des Taliban. Il peut également rassembler les jeunes et des organisations de la société civile dans les grandes villes. Ainsi, on ne peut réellement prévoir les résultats de cette élection, étant donné le nombre d’incertitudes.

Cette élection sera un évènement extrêmement important en Afghanistan car, pour la première fois dans l’histoire du pays, on assistera au transfert de pouvoir d’une manière pacifique, grâce à des élections et non pour cause de conflit. Egalement, ce pourrait être la première fois que l’on verrait, si le candidat de l’opposition l’emporte, un non pachtoune gouverner l’Afghanistan depuis sa fondation. Mais plus important encore, si jamais cette élection se déroule d’une manière pacifique, transparente et juste, le prochain président aura une légitimité que son prédecesseur n’avait pas. Le pouvoir se renforcera face aux Talibans qui mettaient toujours en avant la non représentativité et la non légitimité du pouvoir à Kaboul. Le prochain gouvernement afghan sera un interlocuteur plus crédible auprès de la communauté internationale.

Pour quelles raisons une épreuve de force s’est engagée publiquement entre Barack Obama et Hamid Karzaï ?

Depuis qu’il a été décidé que la présence militaire de l’OTAN prendrait fin en 2014, l’Afghanistan a commencé à signer des traités ou des accords de coopération avec de nombreux pays, y compris la France. Celui avec les Etats-Unis prévoyait un accord bilatéral de sécurité avec la présence de 10 000 soldats américains en Afghanistan après 2014, ainsi que le maintien de 9 bases américaines. Cet accord a été approuvé par la plus haute juridiction afghane, la Loya Jirga, et n’attendait que la signature du président afghan pour être effectif. Mais Hamid Karzaï a fait une volte-face inattendue. Depuis six mois, il est entré dans une épreuve de force avec Washington et pose des conditions irréalisables pour sa signature. Après avoir demandé aux Américains de respecter les maisons des Afghans et de mettre fin aux opérations nocturnes, ce que les Américains ont accepté, il leur demande aujourd’hui d’arrêter toutes opérations militaire en Afghanistan car il n’y aurait pas selon lui de terroristes en Afghanistan, mais uniquement au Pakistan, et de négocier immédiatement et ouvertement avec les Taliban, considérés par Hamid Karzaï comme des frères mécontents.

Dans cette épreuve de force entre Barack Obama et Hamid Karzaï, ce dernier est prêt à réécrire entièrement l’histoire de ces 13 ans de guerre en Afghanistan. Dans une interview accordée au Washington Post le 1er mars, Hamid Karzaï a affirmé que cette guerre n’était pas celle des Afghans qui en sont victimes et serait menée dans le seul intérêt des Etats-Unis et de ses alliés. Il est allé encore plus loin en affirmant qu’Al-Qaïda est un mythe et qu’il n’existait pas réellement. Une déclaration qui pourrait inciter Barack Obama à mettre en place l’option zéro, à savoir retirer les soldats américains d’Afghanistan à la fin de cette année, une option qui pourrait être désastreuse pour le maintien de la sécurité en Afghanistan. Comment l’Afghanistan, un pays dont le budget annuel pour 2014 ne dépasse pas les 7 milliards de dollars, pourrait-il faire face seul aux défis économique, social et sécuritaire, lorsqu’on sait que les Etats-Unis y ont dépensé plus de 6 milliards dollars en 2013 ?

Beaucoup d’analystes, notamment afghans, voient les raisons de la tension entre les présidents américain et afghan dans le fait que Karzaï ne peut pas se présenter à un 3e mandat et ne veut pas non plus laisser le pouvoir échapper à son clan et à son influence. Il veut maintenir son influence sur le pays via le prochain président qu’il aurait soutenu. Il essaie ainsi de favoriser deux ou trois candidats pour que l’un d’entre eux arrive au second tour et puisse emporter facilement le scrutin. Il faut noter également, qu’à deux mois d’une élection cruciale, aucune institution internationale n’a annoncé la présence d’observateurs, à l’exception de deux fondations américaines.

Le Pakistan négocie actuellement avec les Taliban pakistanais. Y a-t-il une chance que les négociations aboutissent ? Quel est l’objet principal des discussions ?

On n’en parle pas suffisamment en France, mais le Pakistan souffre énormément des actions des Taliban pakistanais, le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP ou Mouvement des Taliban du Pakistan). C’est un mouvement qui n’existait pas avant la guerre en Afghanistan. Fondé en 2007, le TTP a rassemblé de nombreuses organisations locales traditionnellement très conservatrices. Sous l’influence de la guerre en Afghanistan et en contact avec des éléments d’Al-Qaïda, il est devenu une force extrêmement organisée, puissante et violente dans les zones tribales et mène des actions sanglantes dans d’autres villes pakistanaises. Depuis 2007, le Pakistan a perdu plus de 3000 soldats dans la lutte contre les Taliban. Ce mouvement est une menace pour la sécurité du pays.

Islamabad, après avoir tenté de les vaincre militairement, essaie de négocier avec eux. Le précédent gouvernement, dirigé par le parti laïc Parti du Peuple du Pakistan, a essayé de le faire sans succès. Le gouvernement actuel du Premier ministre Nawaz Sharif et ses alliés anti-américains tentent de relancer ces négociations. Il existe en effet des canaux réels entre le gouvernement pakistanais et les Taliban. Non seulement la Ligue musulmane du premier ministre mais ses alliés, comme le Mouvement du Pakistan pour la Justice d’Imran Khan ou les islamistes du Muttahida Majlis-e-Amal, ont tous mené la campagne électorale de mai 2013 sous des slogans anti-américains, particulièrement contre les attaques des drones américains sur les positions des Taliban. D’autre part, les Taliban se trouvent confrontés à un éventuel changement en Afghanistan où la perspective d’une solution impliquant les Taliban afghans est réelle. Le gouvernement est conscient de leur faiblesse et, malgré des attentats et des attaques, l’armée a établi une feuille de route. Elle a en effet annoncé qu’à chaque fois qu’il y aurait une action des Taliban, celle-ci serait suivie par une action militaire de l’armée pakistanaise. C’est pourquoi ces derniers jours on a assisté à un escalade des opérations des uns et des autres, mais cela n’a pas empêché le TTP d’annoncer, le 2 mars, un trêve d’un mois pour entamer les négociations. Nous ne connaissons pas l’ordre du jour des pourparlers, on sait seulement que les Taliban ont demandé l’arrêt des opérations militaire et l’application de la charia. Le gouvernement semble être prêt non seulement à reconnaître l’autonomie des zones tribales, déjà effective, mais aussi d’aider au développement de ces zones, les plus pauvres du Pakistan. Quant à l’application de la charia, il faut savoir que le Pakistan est déjà une république islamique, mais une application pure et dure à l’image de ce qui se passe dans les zones contrôlées par les Taliban n’est pas envisageable. Tout en étant un Etat islamique, le Pakistan possède une société civile importante et des institutions solides telles que le pouvoir judiciaire ou la presse. En revanche, le Pakistan pourrait bien accepter l’application de la charia dans les zones tribales autonomes.

Karim Pakzad  

Afrique Asie : 10/03/14 Source : IRIS

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Le parti d’Erdogan largement en tête aux élections municipales

Photo AFP

Photo AFP

Ankara — Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan a proclamé dimanche soir sa victoire aux élections municipales et promis à ses adversaires de leur faire «payer le prix» des critiques et des accusations qui le visent depuis des mois.

«Le peuple a aujourd’hui déjoué les plans sournois et les pièges immoraux […] ceux qui ont attaqué la Turquie ont été démentis», a lancé M. Erdogan devant des milliers de partisans réunis devant le siège de son Parti de la justice et du développement (AKP) à Ankara.

Après le dépouillement de près de 80 % des bulletins de vote, l’AKP était nettement en tête du scrutin avec 44,9% des suffrages, bien devant son principal rival, le Parti républicain du peuple (CHP, centre gauche) qui recueillait 28,4% des voix, selon les chaînes de télévision.Sauf grande surprise, la formation de M. Erdogan, au pouvoir depuis 2002, devrait conserver les deux premières métropoles, Istanbul et Ankara.

L’AKP, qui a remporté tous les scrutins depuis son arrivée au pouvoir en 2002, avait obtenu 38,8 % des suffrages lors des précédentes élections locales de 2009, et presque 50 % lors de son triomphe aux législatives de 2011.

Large victoire

Ce vote de confiance constituerait une très large victoire pour le Premier ministre, défié dans la rue, contesté par ses opposants et éclaboussé depuis des mois par un scandale de corruption sans précédent.

Sûr du soutien d’une majorité de Turcs, M. Erdogan a exprimé sa confiance avant même les premiers résultats, en glissant dimanche son bulletin dans l’urne à Istanbul.

« En dépit de toutes les déclarations et de tous les discours prononcés jusque-là pendant la campagne, notre peuple dira la vérité aujourd’hui », a-t-il déclaré. « Ce que dit le peuple est ce qui est, et sa décision doit être respectée ».

L’ampleur de la victoire qui se dessine devrait déterminer la stratégie à venir de M. Erdogan, dont le troisième et dernier mandat de Premier ministre s’achève en 2015.

Selon les analystes, ce score pourrait le décider à briguer en août la présidence de la République, disputée pour la première fois au suffrage universel direct. Un score plus serré l’aurait incliné à prolonger son mandat à la tête du gouvernement lors des législatives de 2015, au prix d’une modification des statuts de l’AKP.

Charisme

Après douze ans de règne, M. Erdogan, 60 ans, reste le personnage le plus charismatique du pays mais est aussi devenu le plus controversé : acclamé par ceux qui voient en lui l’artisan du décollage économique du pays, mais peint par les autres en « dictateur » islamiste.

Encore au faîte de sa puissance il y a un an, le « grand homme », comme l’appellent ses partisans, le « sultan », comme le moquent parfois ses rivaux, a subi une première alerte en juin 2013, lorsque des millions de Turcs ont exigé sa démission dans la rue.
Et depuis plus de trois mois, il est à nouveau sérieusement mis à mal par de graves accusations de corruption qui éclaboussent tout son entourage.

M. Erdogan a contre-attaqué en durcissant son discours pour mobiliser son camp. Et il a déclaré la guerre à ses ex-alliés de la confrérie de l’imam Fethullah Gülen, des « traîtres » soupçonnés d’avoir formé un « État parallèle » et de distiller sur Internet des écoutes téléphoniques pour nuire à son régime.

Malmené par ces révélations, le gouvernement a répondu par des purges et des mesures autoritaires, notamment le blocage de Twitter et de YouTube qui lui a valu une avalanche de critiques, en Turquie comme à l’étranger.

Renforcement de la démocratie

« Notre démocratie doit être renforcée et nettoyée », a répété en votant Kemal Kiliçdaroglu, le président du Parti républicain du peuple (CHP), le principal mouvement d’opposition. « Nous allons construire une démocratie apaisée », a-t-il promis.

Dans ce climat hypertendu par l’enjeu, les 52,7 millions d’électeurs turcs ont très largement voté mais restent très divisés. « Nous sommes ici pour montrer par nos suffrages qu’Erdogan peut résister à toutes les attaques », a assuré une électrice d’Istanbul, Nurcan Caliskan. « Je ne pense pas qu’il ait croqué de l’argent sale. Et même s’il l’a fait, je suis sûre que c’était pour le bien du pays ».

« Erdogan a démontré qu’il était […] prêt à tout pour rester au pouvoir », s’est indigné en écho Arif Dokumaci, un étudiant de 22 ans. « Aujourd’hui nous avons une chance de dire adieu à l’autocratie, mais c’est peut-être la dernière ».

De l’avis des analystes, le scrutin de dimanche ne devrait toutefois pas signer la fin de la crise politique. « La légitimité d’Erdogan restera posée après les élections, quels qu’en soient les résultats », estimait le journaliste réputé Hasan Cemal.

Burak Akinci

Source : Le Devoir AFP 31/03/14

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L’histoire secrète de la crise financière ou comment la Fed domine le monde

Harold James
De nouvelles informations apparaissent, concernant l’attitude des autorités monétaires et financières, face à la crise, en 2008. Elles montrent le rôle clé de la Fed et la marginalisation du FMI. par Harold James, Princeton

 

Le grand roman de Balzac Ies illusions perdues se termine par une tirade sur la différence entre « l’histoire officielle », qui est un « tissu de mensonges », et « l’histoire secrète » – c’est à dire la vraie histoire. Dans le temps, il était possible de cacher les vérités scandaleuses de l’histoire pendant longtemps – voire pour toujours. Plus maintenant.

 

Ceci n’est nulle part aussi apparent que dans les récits de la crise financière mondiale. L’histoire officielle dépeint la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne et les autres grandes banques centrales comme adoptant une action coordonnée pour sauver le système financier mondial de la catastrophe. Cependant, les transcriptions publiées récemment des réunions de 2008 du Federal Open Market Committee, le principal organe de décision de la Fed, révèlent que, dans les faits, la Fed a émergé de la crise en tant que la banque centrale du monde, tout en continuant à servir en premier lieu les intérêts américains.

 

Le rôle premier de la Fed

 

Les réunions les plus importantes se sont déroulées le 16 septembre et le 28 octobre – à la suite de l’effondrement de la banque d’investissement américaine Lehman Brothers – et portaient sur la création d’accords bilatéraux d’échange de devises visant à assurer une liquidité adéquate. La Fed y avait décidé d’accorder des crédits en dollars à des banques étrangères en échange de devises, que la banque étrangère acceptait de racheter après une période spécifiée au même taux de change, plus les intérêts. Cela fournissait aux banques centrales – en particulier celles de l’Europe, qui faisaient face à une pénurie de dollars après la fuite des investisseurs américains – les dollars dont elles avaient besoin pour prêter aux institutions financières domestiques en difficulté.

 

En effet, la BCE a été parmi les premières banques à conclure un accord avec la Fed, suivie par d’autres grandes banques centrales de pays avancés, comme la Banque nationale suisse, la Banque du Japon et la Banque du Canada. Lors de la réunion d’octobre, quatre économies émergentes importantes « sur le plan diplomatique et économique » – Mexique, Brésil, Singapour et Corée du Sud – ont rejoint le mouvement, la Fed décidant d’établir des lignes de swap à hauteur de 30 milliards de dollars avec les banques centrales de ces pays.

 

La Fed voit d’abord les intérêts américains

 

Bien que la Fed ait agi comme une sorte de banque centrale mondiale, ses décisions ont été dictées, d’abord et avant tout, par les intérêts américains. Pour commencer, la Fed a rejeté les demandes de certains pays – dont les noms sont effacés dans les transcriptions publiées – de rejoindre le programme d’échange de devises.

 

Plus important encore, des limites furent placées sur les swaps. L’essence de la fonction de prêteur en dernier ressort d’une banque centrale a toujours été la fourniture de fonds illimités. Parce qu’il n’y a pas de limite sur la quantité de dollars que la Fed peut créer, aucun participant au marché ne peut prendre de position spéculative contre elle. En revanche, le Fonds monétaire international dépend de ressources limitées fournies par les pays membres.

 

Un changement fondamental dans la gouvernance mondiale

 

Le rôle international grandissant que la Fed joue depuis 2008 reflète un changement fondamental dans la gouvernance monétaire mondiale. Le FMI a été créé à une époque où les pays étaient régulièrement victimes des hypothèses désinvoltes des banquiers de New York, tels que l’évaluation de JP Morgan dans les années 1920 selon laquelle les Allemands étaient « fondamentalement un peuple de second ordre ». Le FMI formait une caractéristique essentielle de l’ordre international de l’après-Seconde Guerre mondiale, destinée à servir de mécanisme d’assurance universelle – qui ne pourrait pas être utilisé pour promouvoir les intérêts diplomatiques du moments.

 

Les documents de la Fed montrent la marginalisation du FMI

 

Aujourd’hui, comme le montrent clairement les documents de la Fed, le FMI est devenu marginalisé – notamment en raison de son processus politique inefficace. En effet, dès le début de la crise, le FMI, supposant que la demande pour ses ressources resterait faible en permanence, avait déjà commencé à réduire ses capacités.

 

En 2010, le FMI a mis en scène sa résurrection, se présentant comme central dans la résolution de la crise de l’euro – à commencer par son rôle dans le financement du plan de sauvetage grec. Pourtant, ici aussi, une histoire secrète a été révélée – qui met en évidence à quel point la gouvernance monétaire mondiale est devenue asymétrique.

 

La position du Fonds monétaire compliquée, face à la crise européenne

 

Le fait est que seuls les États-Unis et les pays massivement surreprésentés de l’Union européenne ont soutenu le plan de sauvetage grec. En effet, toutes les grandes économies émergentes s’y sont fermement opposées, le représentant du Brésil déclarant qu’il s’agissait d’un « plan de sauvetage des détenteurs de la dette privée de la Grèce, principalement les institutions financières européennes ». Même le représentant de la Suisse a condamné la mesure.

 

Lorsque les craintes d’un effondrement soudain de la zone euro ont donné lieu à un débat prolongé sur la façon dont les coûts seront supportés par des restructurations et des annulations de dette, la position du FMI deviendra de plus en plus compliquée. Bien que le FMI soit censé avoir priorité sur les autres créanciers, il y aura des demandes pour annuler une partie des prêts qu’il a émis. Les pays émergents plus pauvres s’opposeraient à une telle démarche, arguant que leurs citoyens ne devraient pas avoir à payer la facture de la prodigalité budgétaire de pays beaucoup plus riches.

 

 Une perte d’influence inéluctable, même en cas de changement de directeur général

 

Même ceux qui ont toujours défendu l’implication du FMI se tournent à présent contre le Fonds. Les fonctionnaires de l’UE sont outrés par les efforts apparents du FMI pour obtenir un soutien des pays débiteurs de l’Europe en exhortant l’annulation de toutes les dettes qu’il n’a pas émises lui-même. Et le Congrès des États-Unis a refusé d’approuver l’expansion des ressources du FMI – qui faisait partie d’un accord international négocié au sommet du G-20 de 2010.

 

Bien que le scandale qui a suivi la nomination d’un autre européen en tant que directeur général du FMI en 2011 soit de nature à assurer que le prochain chef du Fonds ne sera pas originaire d’Europe, la diminution rapide de l’importance du rôle du FMI signifie que cela ne changera pas grand-chose. Comme le montre l’histoire secrète de 2008, ce qui importe est de savoir qui a accès à la Fed.

 

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

Harold James est professeur d’histoire à l’Université de Princeton et senior fellow au Center for International Governance Innovation.

© Project Syndicate 1995-2014

Source La Tribune 13/03/2014

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Fin de l’indétermination démocratique

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Opinion libre

Il est plus que temps que Hollande sorte la tête du sac et choisisse entre les Français et les agences de notation. La montée du FN était objectivement un levier stratégique pour se remettre en selle mais c’est aussi un calcul catastrophique de très courte vue.

 Les français n’ont rien à faire d’un changement de 1er ministre c’est un changement de politique gouvernementale qu’ils appellent de leurs voeux.

 La montée du FN en France en cache une autre, celle du fascisme à l’échelle européenne. Demain quand l’extrême droite européenne sera montée en force au parlement de l’UE, ce qui ne fait guère de doute, Bruxelles devra gérer le populisme de droite et choisir entre l’abandon de la politique d’austérité ou l’abandon de la démocratie.

 La France serait bien avisée de prendre dès à présent les devants en renouant avec le courage politique, en reprenant le fil historique d’une vision où le citoyen reste le sujet principal de la souveraineté.

JMDH

27/03/2014 Pensée du jour

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En Egypte, la condamnation à mort « ridicule et injustifiée » de 529 Frères musulmans

Parents et amis de militants pro-Morsi condamnés pour les violences de cet été, réunis devant le tribunal dans le sud de Minya. | AFP/-

Parents et amis de militants pro-Morsi condamnés pour les violences de cet été, réunis devant le tribunal dans le sud de Minya. | AFP/-

Un tribunal égyptien a condamné à mort, lundi 24 mars, en première instance, 529 partisans du président islamiste Mohamed Morsi pour la mort d’un officier de police dans la province d’Al-Minya, en Moyenne-Egypte. Ces faits avaient eu lieu lors des événements sanglants qui ont entouré la dispersion en août 2013 des sit-in des Frères musulmans protestant contre la destitution par l’armée du président issu de la confrérie.

Selon l’agence de presse officielle MENA, les accusés étaient également poursuivis pour tentative de meurtre sur deux autres officiers de police, ainsi que pour l’incendie du poste de police de Matay, la saisie d’armes de police et pour trouble à l’ordre public. Dix-sept autres prévenus ont été acquittés, selon l’avocat Ahmed Al-Charif. Seuls 153 des condamnés sont détenus, les autres sont en fuite.

Mohammed Lotfy, fondateur de la Commission égyptienne pour les droits et libertés (ECRF), revient sur le verdict rendu dans le cadre de ce procès, le plus important depuis le début de la répression des pro-Morsi.

Quelle est votre réaction face à la condamnation à mort de 529 partisans des Frères musulmans prononcée par le tribunal d’Al-Minya ?

Ce verdict constitue un choc. Il traduit une culmination de la politisation du judiciaire en Egypte. On a vu beaucoup de procès motivés politiquement, que ce soit à l’encontre des Frères musulmans ou à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme ou des activistes politiques, dans lesquels il y a un biais apparent de la part du tribunal, qui semble motivé par la situation politique. Toute voix s’opposant au gouvernement actuel est sujette à la répression policière (arrestations, torture) ou à des procès inéquitables ne garantissant pas les procédures élémentaires.

Si les procédures étaient respectées, on ne verrait pas de juge donner la peine de mort à plus de 500 personnes. C’est un verdict ridicule au regard de la loi ou même de la logique. Comment 500 personnes peuvent-elles êtres responsables de la mort d’un seul homme ? Le juge a dû se voir autoriser à rendre un tel verdict, en se considérant partie prenante d’un conflit politique. Le verdict vise à envoyer un message politique

En parallèle, le judiciaire fait tout pour laver l’Etat de toute responsabilité quand il y a des violations graves des droits de l’homme contre des citoyens. Depuis la révolution de 2011, les verdicts rendus ont totalement occulté la responsabilité des forces de sécurité dans la mort de plusieurs milliers de personnes en Egypte. Aucun policier n’a été condamné. A chaque fois, les juges ont considéré qu’il n’était pas possible d’établir quel policier avait tiré sur tel manifestant. Dans les cas où un accusé a été nommément identifié, il n’y a eu aucune peine de mort ou de prison. En ce qui concerne les événements d’août 2013, un seul policier a été condamné à dix ans de prison et trois autres à un an avec sursis pour la mort de 37 prévenus lors de leur transport en fourgonnette de police, le 13 août. Des gaz lacrymogènes ont été lancés dans la fourgonnette alors que les prévenus, menottés, ne représentaient pas une menace.

Y-a-t-il eu des violations de la procédure judiciaire dans le cas du procès d’Al-Minya ?

C’est un procès expéditif qui est injustifié. Il n’y a eu que deux sessions [le procès s’est ouvert samedi 22 mars]. La défense n’a pas eu l’occasion de défendre les accusés comme il se doit et notamment de présenter des témoins. Pour comparaison, le procès contre l’ancien président égyptien Hosni Moubarak, jugé depuis août 2011 pour le meurtre de manifestants lors de la révolution de janvier-février 2011, n’est pas terminé.

Pour fonder son verdict, le juge aurait dû prouver que chacun des prévenus a participé au meurtre de l’officier de police. Or, comment faire la preuve en deux sessions de tribunal que chacun des accusés, du numéro 1 au numéro 529, a participé au meurtre ou tué la victime ? Il est difficile de dire s’il y a eu des pressions directes sur le juge. Il est difficile d’imaginer qu’on ait pu dicter un verdict aussi préjudiciable à la réputation de l’institution judiciaire et du gouvernement.

Quelles sont les recours dont disposent les accusés ?

Il y aura très certainement un appel devant la Cour de cassation, comme le prévoit la procédure criminelle en Egypte. On verra alors si la Cour de cassation juge que l’affaire mérite d’être rejugée pour vice de procédure. On espère que ce sera le cas mais, même dans cette éventualité, les accusés vont rester en prison jusqu’au verdict de la Cour de cassation et la tenue d’un nouveau procès, ce qui risque de prendre plusieurs années.

Avant cela, du fait qu’il prévoit la peine capitale, le verdict doit être soumis au mufti d’Al-Azhar [la plus haute institution religieuse d’Egypte] qui va donner au juge son opinion sur ce verdict. Mais ce n’est pas une opinion contraignante et la décision finale revient au juge. Pour exemple, la semaine dernière, dans une affaire relative à la planification d’une attaque terroriste contre le canal de Suez en 2009, le juge a confirmé la peine capitale contre un des 26 prévenus en dépit de l’avis contraire du mufti et sachant que la planification en soi d’une attaque terroriste n’est pas criminalisée par la loi égyptienne.

Propos recueillis par Hélène Sallon

Source Le Monde : 24/03/2014

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