Tony Gatlif : « Pourquoi n’ont-ils rien dit ? » Photo David Maugendre
Cinéma. Tony Gatlif évoque son dernier film Liberté. Un retour sur le sort des Tsiganes sous l’occupation.
Liberté, le dernier film de Tony Gatlif sortira dans les salles le 24 février. L’avant-première a eu lieu à Montpellier au cinéma Diagonal, jeudi dernier en présence du réalisateur. Le film aborde le sort des Tsiganes en France pendant l’occupation. « Il fallait faire ce film, explique le réalisateur, il est utile, pas seulement pour les Gitans. Il résonne avec l’époque que nous traversons. Il y a des mots qui sont lâchés actuellement que l’on n’aurait pas osé prononcer dans les années 50. En mêmetemps c’était un film dangereux pour un auteur comme moi qui adore partir en vrille. La dimension historique m’a contraint à tenir le cap. » L’extermination des Tziganes est un fait souvent oublié. Le nom des victimes tsiganes ne fut même pas mentionné durant le Procès de Nuremberg. On trouve d’ailleurs très peu de films documentaires ou livres sur le sujet. « J’ai toujours eu envie de faire ce film mais cela me faisait peur, confie Tony Gatlif, les Roms que je rencontrais me disaient souvent : Fais-nous un film sur la déportation des Roms ».
A l’arrivée, Tony Gatlif livre une œuvre de fiction profonde sur la culture tsigane tout en dévoilant un contexte historique méconnu. L’action se situe dans la zone occupée en 1943. Dix ans après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, la folie génocidaire fait rage. On entreprend la traque du tzigane dans toute l’Europe occupée.
Début 2007, alors que le cinéaste participe à un colloque international à Strasbourg, de jeunes élus roms de la communauté européenne demandent au réalisateur de se saisir du sujet. « Ce qui m’a convaincu, c’est le besoin de cette nouvelle génération qui souffre d’un manque de reconnaissance et de l’ignorance des autres vis-à-vis de leur propre histoire. La génération précédente a été profondément humiliée, mais elle s’est gardée d’assurer la transmission. Ce n’est pas nouveau, les Gitans ont toujoursété les martyrs d’une politique qui ne les concernait pas. On ne les a jamais traités en temps que citoyens. Les Gitans ont une identité très forte. Ce n’est pas leur problème d’être français ou pas. Ce qu’ils veulent c’est avoir les mêmes droits. Durant la guerre, ils ont été éliminés de façon froide et cynique. En Europe, le massacre se chiffre à 250 000 morts. »
La politique française de l’époque est assez manichéenne. La ségrégation existait déjà avant guerre : « La France n’a pas déporté beaucoup de Gitans vers l’Allemagne. Elle voulait surtout mettre fin au nomadisme. Dès 1912, l’administration impose le carnet anthropométrique. Un document de fichage systématique qui doit être tamponné dès que les Gitans arrivent dans une commune. Puis, on les a mis dans les camps construits pour les réfugiés espagnols. Sous le gouvernement de Vichy, l’administration planifie l’enfermement des Tsiganes sur tout le territoire sans que l’Allemagne ne l’aie demandé, précise Tony Gatlif. Les Gitans sont restés dans les camps jusqu’en 1946. Un an après la fin de la guerre, on les a fait sortir des camps comme du bétail, sans aucun dédommagement. Si la guerre s’étaitpoursuivie, ils y seraient morts. »
Cette réalité énoncée est perceptible dans le film, mais elle est traitée avec beaucoup de sobriété. « On ne fait pas un film comme celui-là pour demander des comptes. Qui sommes-nous pour juger ? Mais il faut faire connaître ce qui s’est passé. Et demander : pourquoi n’avez-vous rien dit ? » Gatlif porte un regard sans pathos ni violence, donnant à son film une vision optimiste des hommes. Liberté met en avant l’âme libre des gitans et la place des Justes. « L’histoire n’existe que parce qu’il y a des Justes. Ils risquaient leur vie. Ils ont fait preuve d’un courage énorme. Il doivent nous donner l’exemple aujourd’hui. »
« On se demande donc bien en quoi sont de gauche plutôt que de droite le clientélisme communautariste pratiqué de longue date par Georges Frêche, sa vision méprisante de ses propres électeurs qualifiés de «cons» malléables à merci, sa promotion incessante d’un passé antiquaire où le bilan positif de la colonisation a toujours été en bonne place, son alignement sur la vulgate anti-musulmane du choc des civilisations autour de la question proche-orientale avec sa position aveuglément pro-israélienne, sa fascination revendiquée sans aucune nuance pour l’actuel autocratisme dictatorial chinois – etc., etc. … tant la liste n’est pas exhaustive. »
La politique est un langage. Et les mots y sont bavards, au-delà de ce qu’ils nomment. Ils disent l’idée que l’on s’en fait, la façon dont on la pratique, les idéaux qui l’inspirent. En ce sens, le verbe musclé de Georges Frêche ne se résume pas à des dérapages. Il dit sa vérité, celle que l’on retrouve dans cette confidence, rapportée par L’Express: «Avec Sarkozy, on se ressemble comme deux gouttes d’eau.» Tirée du portrait qu’a consacré, cette semaine, l’hebdomadaire au président sortant de la région Languedoc-Roussillon, cette phrase a été très peu relevée, encore moins commentée. Politiquement, elle me semble pourtant plus essentielle que cet énième dérapage, dans le même article, sur la «tronche pas catholique» de Laurent Fabius qui a, enfin, sorti le Parti socialiste de sa complaisante torpeur à l’endroit de Georges Frêche.
Le sarkozysme en effet – et nous n’avons cessé, à Mediapart, de le démontrer par les faits, jusqu’à notre livre récent – ne se résume pas à une classique politique de droite. Par sa façon de faire et par sa manière de dire, il témoigne d’une nécrose démocratique qui prolonge et approfondit, exacerbe et hystérise, les travers, faiblesses et insuffisances de notre culture politique nationale, ramenée au pouvoir d’un seul, à son caractère et à ses foucades, à ses humeurs et à ses obsessions, à son absolutisme et à son clientélisme.
Nous en révélant les dangers et les risques, les imprévoyances et les inconséquences, il nous oblige à relever le défi d’exigences démocratiques trop longtemps contenues sous les précédents pouvoirs, de gauche comme de droite. C’est pourquoi, et mieux vaut tard que jamais, le Parti socialiste comprend soudain que le cas Frêche n’est pas une originalité locale, mais un handicap national. On ne peut prétendre affronter demain Nicolas Sarkozy et tolérer aujourd’hui Georges Frêche. On ne peut affirmer incarner nationalement une alternative, c’est-à-dire une authentique différence sur le fond comme dans la forme, et accepter localement un pouvoir sans partage, aussi démagogue qu’autocrate. Bref, il faut prendre Georges Frêche au mot, et en tirer les conséquences : puisque frêchisme et sarkozysme se ressemblent « comme deux gouttes d’eau », la gauche doit clairement rompre avec le premier si elle veut vraiment battre le second.
Ses supporters objecteront que Georges Frêche a été de tous les combats de la gauche depuis ses premiers engagements politiques et que sa politique d’élu local est profondément sociale. S’agissant du premier argument, on répondra qu’il ne suffit pas d’avoir été pour être. Dans les temps de transition, d’incertitude et d’instabilité qui sont les nôtres, les contours de la gauche ne relèvent pas d’un héritage passé mais d’une actualité présente. Après tout, nous avons vu, en 2007, un homme (Eric Besson) et une femme (Fadela Amara) passer sans transition du parti socialiste à l’UMP de l’identité nationale et du paquet fiscal.
Au-delà d’une pratique gestionnaire du pouvoir totalement confiscatoire, non délibérative et très égocentrique, on se demande donc bien en quoi sont de gauche plutôt que de droite le clientélisme communautariste pratiqué de longue date par Georges Frêche, sa vision méprisante de ses propres électeurs qualifiés de «cons» malléables à merci, sa promotion incessante d’un passé antiquaire où le bilan positif de la colonisation a toujours été en bonne place, son alignement sur la vulgate anti-musulmane du choc des civilisations autour de la question proche-orientale avec sa position aveuglément pro-israélienne, sa fascination revendiquée sans aucune nuance pour l’actuel autocratisme dictatorial chinois – etc., etc. … tant la liste n’est pas exhaustive.
Chez Georges Frêche, le pouvoir est la seule constante: s’y maintenir, coûte que coûte. Et, de fait, cela dure depuis bientôt 37 ans, Frêche ayant été élu à Montpellier député pour la première fois en 1973, puis maire de la ville en 1977. Que son étiquette, ses alliances, ses relais soient apparemment de gauche ne définit aucunement son identité politique qui, en vérité, se résume à sa seule personne. S’il en fallait une seule preuve, elle est assénée au centuple par les ruptures, menaces et disgrâces de toutes celles et de tous ceux, dont l’actuelle maire de Montpellier, Hélène Mandroux, qui ont osé se dissocier, se démarquer ou s’éloigner alors même qu’ils appartiennent à la même famille politique.
En frêchisme, comme en sarkozysme, on est avec ou on est contre, sans entre deux. Pas de place à la nuance, à la diversité, à la contradiction. Avec moi ou contre moi, tel est le seul vrai programme politique. Quant à l’aspect social de sa politique, il n’est pas certain que la réalité lui en donne quitus, et c’est bien pourquoi la fuite en avant démagogique, par l’outrance et la provocation, la force du verbe et l’intimidation des adversaires, lui tient déjà lieu de refrain de campagne.
Avec 12,8% de chômeurs, le Languedoc tient socialement la lanterne rouge de l’Hexagone, bon dernier dans la plupart des indicateurs sociaux et gratifié du PIB par habitant le plus faible de France. Mais, surtout, on ne saurait trop inviter les socialistes locaux et leurs soutiens nationaux à relire leurs classiques, voire, dans le cas de Vincent Peillon, philosophe de métier, leurs propres ouvrages (sur Jean Jaurès ou sur Ferdinand Buisson), pour se rappeler qu’on ne peut dissocier la question sociale de la question démocratique.
C’est ici qu’il faut en revenir au langage. Longtemps monopole médiatique de Jean-Marie Le Pen, le registre transgressif de Georges Frêche, où le dérapage verbal est immédiatement suivi d’une posture de victimisation dénonçant les élites (forcément parisiennes) et le politiquement correct (évidemment bourgeois), est l’habituelle ruse de tous les manipulateurs d’opinion et de foule les moins soucieux de l’émancipation des masses. En l’espèce, la vulgarité et la grossièreté n’ont rien d’authentiquement populaire, mais traduisent au contraire le mépris et le dédain du peuple d’un intellectuel, agrégé et universitaire, professeur de droit romain, qui a choisi ce registre pour s’imposer et dominer.
A gauche, ce rôle de composition n’est pas nouveau : il fut souvent celui choisi par ceux, lettrés ou bureaucrates, qui détournèrent à leur profit les causes ouvrière et paysanne. Nul hasard, par exemple, si ceux qui s’opposèrent au stalinisme, à son imposture communiste et à ses crimes totalitaires, firent de la correction de la langue comme du comportement une question politique centrale. On trouve ainsi chez Léon Trotsky, dans Questions du mode de vie, ouvrage de publié en 1923, donc aux premières années de la révolution soviétique, un réquisitoire contre la bureaucratie placé sur le terrain de la politesse et du langage. «Les égards et la politesse comme conditions nécessaires à des relations harmonieuses» est le titre d’un chapitre, suivi d’un autre, ainsi intitulé: «Il faut lutter pour un langage châtié.» L’homme qui devait ordonner son assassinat en 1940 n’avait pas encore imposé sa dictature, mais la caste qui allait le promouvoir prenait ses marques, avec une grossièreté brutale comme signe distinctif.
«La grossièreté du langage est un héritage de l’esclavage, de l’humiliation, du mépris de la dignité humaine, celle d’autrui, et la sienne propre», écrit Trotsky qui ajoute que, «dans la bouche d’un maître», c’est «l’expression d’une supériorité de classe, d’un bon droit esclavagiste, inébranlable». Et de conclure: «La lutte contre la grossièreté fait partie de la lutte pour la pureté, la clarté, la beauté du langage.» Et si la référence au fondateur de l’armée rouge trouble certains lecteurs oublieux de ce que fut l’opposition au stalinisme, j’y ajoute volontiers cet autre opposant déterminé, mais sur le versant socialiste libertaire, George Orwell, dont la common decency, cette décence commune propre aux opprimés, se voulait l’exact contraire de la grossièreté politique imposée au mouvement ouvrier par le communisme stalinien. Pour reprendre la définition qu’en a donné Jean-Claude Michéa, spécialiste d’Orwell habitant justement Montpellier, le frêchisme est à l’opposé de ce « sentiment intuitif des choses qui ne doivent pas se faire, non seulement si l’on veut rester digne de sa propre humanité, mais surtout si l’on cherche à maintenir les conditions d’un existence quotidienne véritablement commune».
A cette aune, les provocations de Georges Frêche sont bavardes tant, loin de cet idéal partagé, elles opposent et divisent, compartimentent et segmentent. Des noirs aux harkis, en passant par les femmes musulmanes voilées ou l’implicite antisémite de ce Fabius à la «tronche pas catholique», ses cibles ne sont jamais anodines, convoquant toutes un imaginaire de l’étrange étranger, de l’immigré envahissant. Bref de l’autre pas comme nous, jamais comme nous, dont la différence est, au bout du compte, de trop.
Il y a certes bien longtemps que le Parti socialiste aurait dû s’en émouvoir. Et ses alliés nationaux, opposés localement à Georges Frêche, sont légitimes à le lui rappeler. Mais on ne saurait aujourd’hui faire reproche de ce coûteux retard maintenant qu’il devient une évidente ponctualité politique. «Le socialisme est une morale», écrivait en 1894 un jeune député dont les viticulteurs du Languedoc honorent la mémoire. Il se nommait Jean Jaurès, et il serait peut-être temps que les socialistes s’efforcent enfin de lui donner raison.
La sortie du livre L’Appel des appels (Mille et une nuits) s’inscrit dans la suite de l’engagement citoyen suscité par le collectif national qui s’est regroupé en janvier 2009 pour résister à la destruction systématique de tout lien social au sein de leurs professions. Le psychanalyste Roland Gori, qui en est l’initiateur principal, a dirigé cet essai qui regroupe de nombreuses contributions. Ses travaux pour contester les dérives des « dispositifs de servitude » dominés par « le nouvel ordre économique » étaient connus dans le champs de la psychanalyse et plus largement des sciences sociales. « Il a ouvert un questionnement à partir d’une articulation entre la crise politique, de civilisation et la réalité psychique contemporaine », synthétise Rajaa Stitou, maître de conférences en psychopathologie clinique à l’Université de Montpellier III, qui animera la rencontre débat* salle Pétrarque.
Au-delà du monde universitaire, le texte fédérateur de L’Appel des appels s’adresse à l’ensemble des citoyens aux prises avec l’idéologie de la norme et de la performance. Il a rencontré un écho inédit avec près de 80 000 signatures recueillies en 2009. La Charte à pour vocation de mettre en commun des expériences professionnelles multiples non corporatistes pour résister à l’utilitarisme économique qui dépossède les hommes et les femmes de leur savoir tout en compromettant leur métier et leurs missions.
Un diagnostic commun
La sortie du livre est complémentaire à la mobilisation de terrain qui s’est organisée en région. Les contributeurs de l’essai – psychanalystes, enseignants, médecins, juristes, chercheurs, journalistes, artistes – dressent un état des lieux et une analyse dans chacun de leur domaine. Ils se retrouvent autour d’un diagnostic commun sur le paysage social ravagé. En cela, la lutte des consciences dépasse les chapelles professionnelles dont elles peuvent être issues. Elles pointent les profondes transformations sociales que le gouvernement met en œuvre. Et ne manquent pas d’en souligner les conséquences : l’installation de la précarité dans le régime de travail comme une condition normale, la religion du chiffre et le mépris des individus, la soumission de la jeunesse que l’on place pendant des années en situation de dépendance et de dressage à la flexibilisation.
Bien plus qu’un simple questionnement sur notre civilisation formatée par les valeurs du capitalisme financier, le mouvement de l’Appel des appels veut se donner le temps d’une réflexion politique. Objectif ambitieux dans l’espace tragique de la crise actuelle, mais nécessaire pour retrouver la possibilité de penser dans l’indépendance.
Jean-Marie Dinh
* Roland Gori est l’invité de la librairie Sauramps lundi 8 février 19h30 à la salle Pétrarque pour une conférence-débat autour du livre « L’Appel des appels. Pour une insurrection des consciences » Ed Mille et une nuits (sous la direction de Roland Gori, Barbara Cassin et Christian Laval).
Le second étage du Musée Fabre s’ouvre, dès la sortie de l’ascenseur, sur le monde parallèle de la figuration abstraite. Un couloir blanc peuplé de tableaux de Bissière, Vieira da Silva, De Staël, Poliakoff… Autant de toiles ouvrant des portes dans le mur et dans l’histoire. Actuellement, la collection s’enrichit d’une exposition autour de l’œuvre du peintre Philippe Hosiasson. Né à Odessa en Ukraine, il arrive à Paris à 26 ans et se trouve rattaché, comme beaucoup d’artistes d’origine juive de sa génération, au groupe un peu fourre-tout de l’Ecole de Paris. Naturalisé français, Hosiasson est mobilisé sur le front belge en 1939. Il reviendra de la guerre grièvement blessé. Le peintre, qui répond à la devise indépendance et discipline, participe au salon parisien des surindépendants en 1947. L’exposition du Musée Fabre s’articule autour des années 50, période où ses toiles informelles sont repérées et soutenues par les marchands new-yorkais qui fondent un lien de parenté entre son travail et l’Ecole de New York. Un courant né dans les années 30, porté par une génération d’artistes profondément marqués par les bouleversements sociaux et politiques engendrés par la dépression et la seconde guerre mondiale.
Les visages à la gouache qui ouvrent l’exposition sont particulièrement significatifs de cette violence sans regard. L’expression libre de l’artiste traduit la crise du sujet autant qu’elle la dépasse en trouvant de nouvelles formes. Dans la série d’huiles sans titre qui suit, la douleur remonte à la surface des tableaux comme pour entrer en contact avec les possibles. Le climat de la troisième série semble renouer avec une matière proprement terrestre qui ensevelit le corps pour ne préserver que l’obscurité du sensible.
Jean-Marie Dinh
Philippe Hosiasson » Les années 50 » jusqu’au 7 mars 2010
De passage à Montpellier, le réalisateur espagnol Marc Recha revient sur son film C’est ici que je vis qui sort en salle.
« La banlieue oubliée de Barcelone et le jeune Arnau un peu en dehors du monde, sont les deux principaux personnages de votre film…
C’est une fable sur la perte de l’innocence incarnée par Arnau, un jeune quasi autiste qui vit dans un monde parallèle et qui habite avec sa sœur dans un quartier défiguré de la banlieue de Barcelone. Tout a changé là-bas depuis 2004, quand nous avons commencé l’écriture du scénario. En terme d’urbanisation, de population et même de réglementation. Les courses de chiens que l’on voit dans le film ont été interdites. Dans cet environnement, Arnau entretien une relation forte avec la nature mais aussi naïve, au point de mettre un renard aux milieux de ses oiseaux.
Vous tracez une fresque sociale réaliste et sensible d’un monde où les pauvres tentent de s’en sortir mais qui reste sous perfusion ?
On le voit avec les courses de chiens, des lieux qui attiraient des centaines de personnes. Les gens venaient y perdent la tête en misant les quelques euros qu’ils avaient en poche. On a eu de la chance de pouvoir tourner sans avoir recours à des figurants. Cela répondait à une volonté : celle de restituer l’authenticité qui règne dans le film. De même avec les concours de chant d’oiseaux. En Catalogne, ces concours rassemblent des gens issus de toutes les classes. En nous y rendant, nous avons constaté qu’il y avait beaucoup de jeunes un peu comme Arnau au côté de personnes de tous les âges. C’est très particulier.
Dans votre film, vous n’usez pas beaucoup de la parole mais on y trouve beaucoup de sens…
La musique renforce la structure narrative de chaque personnage. Arnau ne s’exprime pas à travers la parole mais par les mouvements. Pour se déplacer, il n’emprunte pas les voies habituelles, il traverse la rivière, enjambe les barrières… Nous avons étudié ses déplacements psychomoteurs pour le filmer dans cet environnement d’un Barcelone en train de disparaître. Nous avons mélangé les travelling avec le zoom. Je voulais faire un film simple, un peu comme les westerns militants des années 70. »