Alliot-Marie fait taire les chercheurs français en Egypte

dessin-creseveur-egypte1

Le Quai d’Orsay continue de se prendre les pieds dans les révoltes du monde arabe. Alors que Michèle Alliot-Marie s’embourbe chaque jour davantage dans ses affaires tunisiennes, voilà que le Quai cafouille désormais en terre égyptienne. Le ministère vient de demander à des chercheurs français basés en Egypte de ne plus intervenir dans les médias hexagonaux. Dans le jargon diplomatique, il leur est demandé d’«exercer, en qualité de fonctionnaire, leur devoir de réserve». Du jamais vu, a priori, pour des experts pourtant précieux pour comprendre la crise en cours… Le risque serait-il trop grand qu’ils fassent entendre une analyse divergente de la diplomatie française, ou juste une analyse, à l’heure où la France brille surtout par ses silences? 

L’un des chercheurs français les plus actifs en Egypte vient de faire les frais de cette mesure étonnante. Marc Lavergne, directeur du Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales (Cedej), s’apprêtait à intervenir sur France-24, lundi soir, lorsqu’il reçoit un appel téléphonique de l’ambassade de France au Caire, lui demandant expressément de garder silence dès à présent. Le géographe décide toutefois de ne pas lâcher la chaîne au dernier moment et de répondre aux questions.

Le lendemain, c’est l’ambassadeur en personne qui l’appelle, et lui fait comprendre qu’il a franchi la ligne jaune. Marc Lavergne lui répond qu’il a annulé, dans la journée de mardi, une émission de France Culture et renoncé à un direct sur RTL. «Ce chercheur est rémunéré par l’Etat et nous sommes effectivement, en Egypte, dans une situation compliquée», confirme Yannick Tagand, conseiller à l’ambassade de France au Caire.

Le porte-parole du Quai d’Orsay justifie la position française: «Un agent de l’Etat français n’a pas à faire de déclaration publique à l’étranger sur la vie intérieure d’un pays, qu’on soit chercheur, professeur ou encore volontaire international. On a un travail très précis à faire. On doit rester dans le périmètre de sa mission, période de crise ou pas», explique Bernard Valero.

Pourtant, un ancien ambassadeur dans la région joint par Mediapart assure n’avoir jamais connu pareille situation, vis-à-vis de chercheurs français, tout au long de sa carrière. 

Un autre diplomate, lui aussi spécialiste de la zone, ne voit que la sécurité comme motif possible d’une telle consigne: «Dans ces situations extrêmes, nous sommes amenés à prendre des décisions qui ne sont pas parfaites. Et notre exigence de sécurité, dans ce cas précis, prime sur l’exigence de savoir», reconnaît-il, rappelant que les journalistes étrangers et les membres d’ONG sont pris pour cible en Egypte depuis mardi.

«L’immaturité de notre démocratie»

Pour Bernard Valero toutefois, cette mesure «n’a rien à voir avec des questions de sécurité. C’est une règle générale».

La situation du Cedej est particulière puisqu’il s’agit d’un institut français à l’étranger, à ce titre placé sous une double tutelle: celle du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), mais aussi celle du ministère des affaires étrangères. Marc Lavergne reconnaît que la «situation serait plus claire si nous relevions directement du ministère de la recherche et du CNRS». Et de poursuivre: «Notre statut étonne et même choque, comme un exemple anachronique de la centralisation française et de l’immaturité de notre démocratie. Et la tentation existe parfois de nous réduire au rôle de services d’appui scientifique et technique de la coopération française, surtout en ces temps de contrainte budgétaire.»

Mais la méthode semble sans précédent dans l’Histoire récente. «Les envoyés spéciaux français dépêchés au Caire peuvent donc interroger tous les Français présents au Caire, sauf les chercheurs, qui sont pourtant censés compter parmi les plus compétents pour analyser la situation…», regrette Sylvain Kahn, producteur à France Culture, qui avait invité Marc Lavergne, ainsi qu’un autre chercheur présent au Caire, pour intervenir dans son émission, avant de devoir faire marche arrière, et se contenter de deux invités en plateau, à Paris.

Au cœur de l’affaire, les usages et abus du droit de réserve. «Il est évidemment indispensable comme garde-fou de l’administration», reconnaît Marc Lavergne. «Mais c’est un concept qui, à peu près chaque fois qu’il est employé, un peu comme le secret-défense, prête à discussion. En l’occurrence, on peut se demander à quoi il s’applique: à une certaine réserve qui s’impose s’agissant du fonctionnement d’une administration, des dossiers qui y sont traités, et de la préservation d’intérêts supérieurs de la nation, ou bien à des éléments d’analyse destinés à une meilleure compréhension par le public d’événements traités par les médias, sur un sujet complexe et étranger? Eléments d’analyse dont la production et la diffusion sont au cœur de la mission de nos instituts…»

Depuis la fin janvier, Marc Lavergne, l’un des rares experts français sur place, a été très sollicité par les journaux parisiens. Il a parlé, entre autres titres, aux Inrockuptibles, à Challenges, à Sud-Ouest, ou encore à France Culture et RFI. A chaque fois, il se livre à une critique assez ferme de l’Egypte sous Moubarak, dénonçant la confiscation des richesses d’un pays à bout de souffle, par une petite élite. «Que les chercheurs puissent parfois être des poils à gratter, cela me paraît dans l’ordre des choses. Et cela me paraît même pouvoir être un indicateur de leur pertinence. Il ne s’agit pas de dévoiler des secrets, que de toutes façons nous ignorons, ni de mettre en péril l’image de la France. Mais notre regard, notre rapport à la société du pays d’accueil, sont nécessairement, espérons-le, différents de ceux d’une mission culturelle ou diplomatique», poursuit encore Marc Lavergne.

Sauf que son analyse semble, effectivement, à des années-lumière des propos lisses de la ministre des affaires étrangères, lors de son dernier déplacement en Egypte, le 22 janvier. Quelques jours après l’attentat d’Alexandrie, qui coûta la vie à 21 personnes, elle vantait «l’Etat égyptien, avec ses caractéristiques de démocratie et de tolérance».

 Ludovic Lamant, Michaël Hajdenberg (Médiapart)

Egypte : Washington à la recherche du statu quo

Le tapis brûle

«Nous ne prônons aucune solution en particulier», a avoué Hillary Clinton hier sur CNN, résumant la position américaine. Pour Obama, qui avait fait de Moubarak son «ami» et «partenaire» pour la paix au Moyen-Orient, les soubresauts égyptiens sont une épreuve de vérité embarrassante. Les jours de Moubarak à la présidence sont certainement comptés, analyse-t-on en interne à Washington. Clinton a même parlé de «transition» vers un régime plus démocratique que les Etats-Unis appellent de leurs vœux.

Mais la Maison Blanche a aussi très peur de ce qui pourrait advenir en Egypte, et dans les pays voisins, si Hosni Moubarak est renversé par la rue. Pour cela, Barack Obama refuse encore de lâcher cet allié de trente ans. Après lui avoir téléphoné vendredi soir, le président américain a fait mine de croire que Moubarak pourrait encore «donner sens» à des réformes politiques, sociales et économiques pour «répondre aux aspirations du peuple égyptien». Obama s’est aussi abstenu d’appeler à des élections libres en Egypte.

Rempart. L’Egypte est un allié clé pour les Etats-Unis, garant de la paix avec Israël, gardien du canal de Suez et rempart face à l’islamisme iranien. Washington subventionne cette «amitié» à hauteur de près de 2 milliards de dollars par an depuis 1979, une aide devenue essentiellement militaire ces dernières années. «Ce que veut Obama en Egypte, c’est le statu quo, résume un diplomate à Washington. Si l’Egypte tombe aujourd’hui, c’est l’Arabie Saoudite, la Jordanie, le Yémen qui peuvent tomber demain. Et en Egypte même, si des élections libres sont organisées, seuls les Frères musulmans sont en mesure de l’emporter aujourd’hui. Tout cela explique que Washington y réfléchisse à deux fois avant de lâcher Moubarak».

L’épouvantail de nouveau agité ces jours-ci est celui de l’Iran, où le lâchage du Shah par les Etats-Unis en 1979 avait ouvert la porte au régime islamique. Cette analyse n’est pas forcément juste, mais elle inspire encore largement les dirigeants américains, observe John P. Entelis, directeur des études sur le Moyen-Orient à l’université Fordham de New York. «En Egypte, on ne devrait pas avoir si peur de voir les Frères musulmans s’emparer du pouvoir, explique cet universitaire. L’armée peut jouer un rôle de transition comme elle l’a fait par le passé en Turquie. Et il y a aussi en Egypte des hommes politiques valables, comme Mohamed el-Baradei ou Ayman Nour. Mais il est vrai que du point de vue de l’administration américaine, une transition interne, autour d’Omar Souleiman, peut être considérée comme une très bonne option.» L’administration Obama évite de le dire trop ouvertement pour ne pas saper ses chances, mais Omar Souleiman, le nouveau vice-président égyptien nommé vendredi soir par Moubarak, est en effet un homme bien connu et apprécié à Washington.

Pour Obama, ce soulèvement égyptien tombe d’autant plus mal qu’il avait particulièrement misé sur le régime de Moubarak. C’est au Caire que le président américain avait prononcé son grand discours proposant un «nouveau départ» au monde musulman, en juin 2009. Ce faisant, Obama avait délibérément mis la sourdine sur les violations des droits de l’homme en Egypte. L’analyse faite alors par son équipe était que les grandes leçons de démocratie proférées par l’administration Bush n’avaient pas mené à grand-chose dans la région, si ce n’est à la guerre d’Irak et la victoire du Hamas aux élections de 2006 en Palestine.

Ambition. Soucieux aussi de relancer le processus de paix au Proche-Orient, une de ses grandes ambitions, pour laquelle il avait besoin du soutien de Moubarak, Obama avait donc remisé à la sphère privée la question des droits de l’homme. Il pourrait le payer cher aujourd’hui. Les plus féroces commentateurs, comme Jackson Diehl, éditorialiste du Washington Post, l’accusent déjà d’avoir provoqué cette révolution en empêchant l’émergence d’une «opposition démocratique modérée» en Egypte.

Cette grande prudence d’Obama face au soulèvement égyptien contraste aussi avec sa hardiesse, il y a quelques jours, au sujet de la Tunisie : cette semaine encore, le président américain a salué la victoire du «peuple tunisien» sur le «dictateur» Ben Ali. «En Tunisie, on peut se permettre de prendre une position morale. En Egypte pas, les intérêts géostratégiques sont trop importants», résume John P. Entelis.

Dans l’ensemble, la retenue d’Obama fait pourtant plutôt consensus aux Etats-Unis. L’équilibre que l’administration Obama tente de préserver, entre soutien aux droits du peuple égyptien et soutien au gouvernement, est «raisonnable», souligne Haim Malka, chercheur au Center for Strategic and International Studies : «Les autres options, notamment appeler Moubarak à démissionner, risqueraient de provoquer une plus grande instabilité encore.»

Lorraine Millot (Washington Libération)

Israël nerveux à l’idée de perdre son allié

Si les Frères musulmans accèdent au pouvoir, l’Etat hébreu craint une remise en cause du traité de paix.

«Moubarak, ce n’est pas Ben Ali», ont répété comme un mantra les responsables israéliens aux premiers jours des manifestations en Egypte. Même les services de renseignements israéliens assuraient qu’elles ne constituaient pas de «danger pour la stabilité du régime». Depuis vendredi, tous ont dû se rendre à l’évidence : un renversement pur et simple du raïs égyptien, un des seuls chefs d’Etat de la région à maintenir des liens avec Israël, n’est pas exclu. Avec potentiellement de lourdes conséquences diplomatiques, stratégiques et militaires.

Le Premier ministre, Benyamin Nétanyahou, s’est fait l’écho, hier, de l’inquiétude qui s’est emparée d’Israël : «La paix avec l’Egypte dure depuis plus de trois décennies et notre objectif est que cela continue. Nos efforts portent sur la préservation de la stabilité et la sécurité dans la région.»

Nervosité. L’Egypte est le premier pays arabe à avoir signé un accord de paix avec Israël, en 1979, suivi de la Jordanie en 1994. Signe de la nervosité du gouvernement israélien, Nétanyahou, qui s’exprimait pour la première fois sur la crise égyptienne, a réitéré sa demande aux membres de son cabinet de ne pas faire de déclarations publiques sur le sujet. La chute de Moubarak serait probablement suivie d’une période de transition au terme de laquelle des élections auraient de grandes chances de porter les Frères musulmans au pouvoir, estiment la plupart des commentateurs israéliens. Les islamistes, hostiles à toute normalisation des relations avec l’Etat hébreu, pourraient alors remettre en cause le traité de paix entre les deux nations. «Alors que de nombreux pays considèrent avec satisfaction la chute d’un régime qui prive ses citoyens de leurs droits élémentaires, le point de vue israélien est complètement différent. Si le régime du Caire chute, cela aura une influence négative considérable sur la situation d’Israël. A long terme, cela risque de menacer la paix avec l’Egypte et la Jordanie, les deux atouts stratégiques les plus importants d’Israël après le soutien américain», résume Amos Harel, le spécialiste militaire du quotidien Haaretz.

Exagéré. Même si la paix signée avec l’Egypte a toujours été froide, limitée essentiellement aux aspects sécuritaires, elle a permis à Israël de désengager ses troupes du front sud. Sur le plan diplomatique, la perte de son partenaire égyptien, après la fin de son alliance avec la Turquie, laisserait Israël presque totalement isolé dans la région. A l’exception de ses relations avec la Jordanie, considérablement refroidies ces derniers temps en raison de l’intransigeance de Nétanyahou sur le dossier palestinien.

Certains analystes estiment cependant que le scénario catastrophe d’une dénonciation de l’accord de paix est exagéré. Il s’inscrit dans la «tendance des Israéliens à dramatiser les menaces», observe Uri Bar Joseph, professeur de relations internationales à l’université d’Haïfa. «Je ne crois pas à une révolution islamiste en Egypte en raison de sa grande dépendance vis-à-vis de l’Occident, explique ce spécialiste du renseignement. Même si les Frères accèdent au pouvoir, ils ne prendront pas le risque d’une dénonciation pure et simple de l’accord de paix avec Israël. Dans le pire des cas, l’ambassadeur israélien sera rappelé. Mais l’armée égyptienne ne leur laissera pas le champ libre dans le domaine de la collaboration sécuritaire avec Israël.»

Delphine Matthieussent (Jérusalem Libération)

L’onde de choc fait trembler les pays arabes

Du Yémen à la Mauritanie, des marches de contestation et des immolations par le feu ont lieu pour protester contre les difficultés économiques et les dictatures.

Risque immédiat de contamination, voire de contagion. C’est la lecture par les dictatures arabes des événements de Tunisie quand elles ont vu que ceux-ci avaient entraîné la chute du président Ben Ali. D’où des mesures prises rapidement dans plusieurs capitales arabes pour tenter de l’empêcher de se répandre. «On a prédit que la révolution du jasmin répandrait son parfum sur son voisinage. C’est chose faite et il semble que ses effluves aient atteint l’Egypte», écrivait hier l’éditorialiste du journal tunisien le Quotidien. Mais il n’y a pas que l’Egypte à être percutée par l’onde de choc tunisienne. Et la révolte égyptienne risque à son tour d’être un exemple, d’autant que ce pays est regardé par les populations des pays voisins comme la mère des nations arabes.

Jordanie. La contestation a débuté dès le 14 janvier, lorsque des milliers de personnes ont manifesté contre la politique économique. Plusieurs autres défilés ont eu lieu à Amman, malgré l’annonce de nouvelles mesures sociales. Le 28, plusieurs milliers de Jordaniens sont descendus dans la rue à l’appel des Frères musulmans, réclamant un changement de gouvernement et des réformes. Depuis plusieurs jours, le roi Abdallah II multiplie les initiatives pour tenter d’apaiser la grogne populaire.

Yémen. Les manifestations antirégime se multiplient depuis la mi-janvier. Le 27, elles ont pris de l’ampleur avec le défilé de milliers de personnes à Sanaa pour réclamer le départ du président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 1978. Samedi, il y a eu des heurts entre opposants et partisans du régime. Le gouvernement a annoncé une augmentation des salaires. Au moins trois tentatives d’immolation par le feu et un décès ont eu lieu en quelques jours.

Algérie. Début janvier, cinq jours d’émeutes contre la vie chère ont fait cinq morts et plus de 800 blessés. Le mouvement de protestation a pris fin après l’annonce d’une baisse des prix des produits de base. Une marche «pour la démocratie» a été empêchée le 22 par la police, une autre pour demander le «départ du système» est prévue le 12 février à l’appel de la toute nouvelle Coordination nationale pour le changement et la démocratie. Deux décès par immolation et sept tentatives ont eu lieu depuis le 14 janvier.

Soudan. Les tensions politiques et les difficultés économiques ont provoqué des manifestations ces dernières semaines, et au moins un homme s’est immolé par le feu. Début janvier, des heurts avaient déjà opposé la police à des étudiants protestant contre la hausse des prix. Ils ont repris à Khartoum.

Mauritanie. Dès le 13 janvier, une marche et un meeting ont réuni plusieurs milliers de personnes à Nouakchott, à l’appel de l’opposition, et des lycéens ont manifesté contre la hausse des prix. Un homme d’affaire s’est immolé le 17. Face à la montée en flèche des prix, les autorités ont annoncé le 20 janvier une baisse de 30% sur les produits de première nécessité.

Maroc. Trois personnes ont tenté de s’immoler par le feu le 21 janvier, une autre le 25. Les autorités ont lancé des appels d’offres pour l’achat d’importantes quantités de céréales, afin d’éviter des pénuries.

Oman. Quelque 200 personnes ont manifesté le 17 janvier à Mascate pour protester contre la cherté de la vie et la corruption.

Syrie. Visiblement, la révolution du Nil n’a pas atteint l’Euphrate. Le régime de Damas, l’un des plus policiers du monde arabe, demeure néanmoins sur le qui-vive. Il a augmenté les subventions sur le fuel, resserré le contrôle sur Internet et un tribunal spécial a condamné à sept ans de prison un opposant pour avoir contesté le pouvoir absolu du parti Baas. Pourtant, la crise agricole est terrible. La mauvaise gestion de l’eau a transformé l’est du pays en désert et, selon un rapport des Nations unies, 800 000 personnes sont gravement affectées par cette pénurie. Mais les nombreuses minorités, le clientélisme, l’omniprésence des services secrets, l’érosion de la classe moyenne et le pauvre niveau d’éducation rendent difficile l’émergence d’une contestation.


Egypte: deux manifestants et un policier tués lors des manifestations

Photo AFP Mohammed Abed.

Deux manifestants ont été tués lors de heurts avec la police mardi à Suez (nord de l’Egypte), et un policier est mort des suites de blessures au Caire, selon des sources médicales et sécuritaires. Les deux manifestants de Suez sont décédés après heurts marqués par des jets de pierres contre la police, qui a répliqué avec de tirs de gaz lacrymogènes, selon des sources médicales et de sécurité.

Le policier au Caire a succombé après avoir été battu par des manifestants lors d’un rassemblement dans le centre ville, selon la sécurité égyptienne. Des milliers de personnes ont défilé mardi à travers toute l’Egypte  pour demander le départ du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis trois décennies, prenant exemple sur les manifestations tunisiennes qui ont provoqué le départ précipité du président Zine El Abidine Ben Ali.

«Moubarak dégage», ont scandé sans précaution de langage des milliers d’Egyptiens venus exprimer leur ras-le-bol d’un régime devenu pour eux synonyme de pauvreté et de répression. Parmi la foule sur la grande place Tahrir, au centre du Caire, Ibrahim, un juriste de 21 ans, ne mâche pas ses mots: «nous avons un régime corrompu qui veut poursuivre l’oppression sans fin».

Ahmed, un avocat de 28 ans, a lui aussi suivi avec passion la fuite sous la pression populaire du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, après 23 ans de pouvoir, contre presque 30 pour Hosni Moubarak. «Nous devons aujourd’hui nous tenir debout comme des hommes, enfin», affirme-t-il. Mohamed, un technicien informatique, renchérit; «moi aussi, je suis venu parce qu’il faut renverser ce régime», assure-t-il.

«Moubarak dégage, tu es injuste, tu nous affames, tu nous tortures dans tes commissariats, tu es un agent des Américains», lançait une mère de famille venue manifester dans le quartier de Mohandessine, dans l’ouest du Caire, un drapeau égyptien à la main. D’autres manifestants prenaient d’assaut les caméras des télévisions étrangères avec le même mot à la bouche ou sur des pancartes: «dégage». Ailleurs, ce sont les slogans tunisiens qui ont fait mouche, comme «Pain, Liberté, Dignité».

Le départ de Ben Ali alimente aussi les «nokta», les blagues politiques dont les Egyptiens sont friands, du genre: Ben Ali appelle Moubarak depuis l’avion à bord duquel il part en exil pour Djeddah, en Arabie saoudite: «Allo Hosni, regarde ce qu’ils m’ont fait. Tu peux m’héberger cette nuit»? Moubarak répond: «Bien sûr que non. Tu es cinglé? Regarde dans quel pétrin tu nous a tous mis. Vas en Arabie Saoudite, et dis-leur que je pourrais bien faire un pèlerinage anticipé cette année».

Environ 15.000 personnes ont manifesté dans plusieurs quartiers du Caire, notamment aux abords des bâtiments officiels du centre-ville, selon les services de sécurité. La police a utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour tenter de disperser les manifestants. Selon des spécialistes, ces manifestations anti-gouvernementales sont les plus importantes depuis les émeutes de 1977 provoquées par une hausse du prix du pain.

AFP 25/01/11

Voir aussi : Rubrique Egypte, politique, Moubarak joue avec le feuLegislatives: les frères musulmans annoncent leur défaite , Rencontre, Khaled Al Khamissi , rubrique Livre Sarkozy au Proche Orient, Politique internationale Vers un printemps démocratique arabe,

Plusieurs milliers de personnes célèbrent à Paris la chute de Ben Ali

LE CONTEXTE — Après un mois de manifestations, et au moins 80 morts, le dictateur Ben Ali a quitté vendredi la Tunisie après 23 ans de pouvoir. Il a trouvé refuge en Arabie Saoudite.

17h45. Le porte-parole du gouvernement François Baroin a assuré qu’il n’avait «jamais été question d’une présence» de Ben Ali «sur le sol français», précisant qu’une telle demande n’avait «pas été formulée» et qu’elle «n’aurait pas été acceptée». Quant aux proches de l’ex-président présents sur le sol français — ils ont été vus dans un hôtel du parc Eurodisney — , ils n’ont «pas vocation à rester» et ils «vont le quitter».

17h30. «Le peuple est dans la rue. Il a donné son sang pour libérer la Tunisie». Reportage dans les rues de Toulouse, où 500 personnes exprimaient leur joie ce samedi après-midi. A lire sur LibéToulouse.

16h10. Ils étaient environ 800 à Lyon à manifester pour célébrer la chute de Ben Ali. Et plusieurs milliers (8000 selon l’AFP) dans les rues de Paris. Beaucoup de Tunisiens, mais aussi des Algériens, des Français, dont beaucoup de militants syndicaux et politiques. L’hymne tunisien est entonné sans cesse, les tunisiens sont en liesse, malgré les inquiétudes qui s’expriment quant aux violences qui se produisent toujours dans le pays.

(A Paris, samedi après-midi/ Elodie Auffray)

«La police de Ben Ali pille actuellement le pays. ce n’est pas le peuple, clame une manifestante sur sa pancarte». «Il faut nous aider, ajoute Kamel, 50 ans. La mafia de Ben Ali est en train de tout brûler et de tout casser. Le peuple tunisien n’est pas tombé dans les pièges qui lui sont tendus. Cette révolution est magnifique, historique et on tient à ce que ça reste comme ça».

15h30. «Tous les Tunisiens sans exception et sans exclusive» seront associés au processus politique, a affirmé le président tunisien par intérim, Foued Mebazaa, dans une brève allocution après sa prestation de serment. Il a également annoncé que le Premier ministre sortant Mohammed Ghannouchi était toujours chargé de former un nouveau gouvernement, ajoutant que «l’intérêt supérieur du pays nécessite un gouvernement d’union nationale».

14h30. Communiqué du gouvernement égyptien: «L’Egypte affirme son respect des choix du peuple tunisien et est confiante que la sagesse des frères tunisiens les incitera à la retenue et empêchera le pays de plonger dans le chaos».

14h10. Conclusion de la réunion interministérielle à l’Elysée ce midi: Paris appelle «à l’apaisement et à la fin des violences» en Tunisie, et demande «des élections libres dans les meilleurs délais», lit-on dans un communiqué de Nicolas Sarkozy. Et aussi: la France apporte un «soutien déterminé» à «la volonté de démocratie» des Tunisiens.

«Tunisiens restez debout le monde est avec vous»

13h45. Rassemblement place de la République à Paris. Plus de mille personnes sont déjà réunies pour participer à la «manifestation de soutien aux luttes des peuples tunisiens et algériens». Concert de klaxons, hymne national chanté à tue-tête, drapeaux tunisiens sur les épaules… L’ambiance est plutôt festive. «Avec mon âme, avec mon sang, je te protège Tunisie», chantent aussi les manifestants qui ont envahi la chaussée, bloquant la circulation, les services d’ordre se mettent peu à peu en place.

Beaucoup de manifestants exigent le départ du Premier ministre Mohammed Ghannouchi qu’ils considèrent comme complice de Ben Ali. Sur les pancartes, on lit aussi: «c’est fini Ben Ali», «Ben Ali assassin, Sarkozy complice», «Tunisiens restez debout le monde est avec vous» Et encore: «Yes we can» au recto, «Yes we did» au verso.  Notre reporter, Elodie Auffray, rapporte aussi ses propos d’une mère expliquant à sa fille: «On est là parce que les Tunisiens ont réussi à se libérer de leur dictateur. Mais, pour l’Algérie aussi ça va venir»

(Place de la République, samedi. / Elodie Auffray)

13h20. «Que va-ton faire à présent en Algérie, alors que Ben Ali est chassé du pouvoir par la rue?». La presse algérienne estime que la révolte des Tunisiens devrait constituer un exemple pour les autres pays arabes. Petite revue de presse ici.

Une prison incendiée, 42 morts

13 heures. Un grave incendie a ravagé une prison de Monastir, dans le centre-est de la Tunisie. Il y aurait au moins 42 morts selon un médecin.

12h32. Les opposants et exilés tunisiens sont libres de rentrer au pays, affirme le Premier ministre tunisien sortant, Mohammed Ghannouchi. «Ils peuvent rentrer quand ils veulent. C’est leur pays», a-t-il déclaré à Al-Jazira.

12h30. En France, Bruno Gollnisch, le vice-président du FN, y va de son petit commentaire. A peine arrivé au congrès du FN qui s’est ouvert à Tours, il juge «minable» que la France n’ait pas accordé l’asile à Ben Ali «avec lequel elle avait eu des relations extrêmement chaleureuses et suivies, au motif que l’on craindrait les réactions des Tunisiens en France». «Je trouve ça assez débectant, assez minable, quel qu’ait été le régime de M. Ben Ali».

Midi. Des proches de Ben Ali à Disneyland… Ils auraient trouvé refuge dans un hôtel de Seine-et-Marne, dans l’un des quartiers VIP du Disneyland Hotel à Marne-la-Vallée, lit-on dans le Parisien. Ils seraient arrivés depuis quelques jours avant que Ben Ali ne quitte le pouvoir hier soir.

Retour sur le mois de contestation en Tunisie. En images et vidéos. C’est par ici…

11h30. Le président du Parlement, Foued Mebazaa, a été proclamé samedi président par intérim par le Conseil constitutionnel écartant ainsi la possibilité d’un retour à la tête de l’Etat de Ben Ali qui a fui en Arabie saoudite.

(Photo de Foued Mebazaa, datant de 2004 / Reuters)

11h15. Tous les aéroports tunisiens sont rouverts au trafic aérien (officiel).

10h30. Sarkozy convoque une réunion interministérielle à l’Elysée samedi à midi «sur l’évolution de la situation en Tunisie et sur celle des ressortissants français» dans ce pays. Sont convoqués le Premier ministre François Fillon et les ministres Alain Juppé (Défense), Michèle Alliot-Marie (Affaires étrangères), Brice Hortefeux (Intérieur) et François Baroin (Budget, porte-parole du gouvernement).

La fuite de Ben Ali passionne la presse française. Revue de presse à lire ici.

9 heures. Les Tunisiens le surnommaient «Benavie». Finalement, il a duré vingt-trois ans. A lire dans Libé d’aujourd’hui, le portrait de Ben Ali.

8h45. L’hypermarché Géant, à la sortie nord de Tunis, a été pillé, a constaté un photographe de l’AFP.

Ce samedi 15 janvier. (AFP)

8 heures. La police a commencé à isoler le cœur de Tunis en fermant les accès à l’avenue centrale Bourguiba. Des barrières métalliques ont été dressées au travers des rues débouchant sur l’avenue Bourguiba, interdisant le passage des rares voitures et piétons.

Ce dispositif de sécurité semble avoir été décidé en application de l’état d’urgence décrété vendredi avec interdiction de tout rassemblement, au lendemain d’une nuit de destruction et de pillages dans plusieurs banlieues de Tunis.

Dans les rues de Tunis, vendredi. (Zohra Bensemra/Reuters)

7 heures. Le centre de Tunis est désert après une nuit de destruction et pillages dans plusieurs quartiers périphériques. La confusion règne sur l’heure de levée du couvre-feu en raison d’informations contradictoires, certains parlant de 6 heures, d’autres de 7 heures.

Des destructions et des pillages ont menés par des bandes de personnes encagoulées, selon les témoignages d’habitants apeurés relayés par les télévisions locales durant la nuit.

2 heures. Communiqué officiel de l’Arabie saoudite: «Le gouvernement saoudien a accueilli le président Zine El Abidine Ben Ali et sa famille dans le royaume». Le détail, ici.

Hier soir: La compagnie Air France a annulé jusqu’à nouvel ordre tous ses vols à destination de Tunis.

Libération

Voir aussi : Rubrique Tunisie, Fillon prolixe sur la coopération muet sur les droits de l’homme,

Tunisie Algérie : la jeunesse se mutine

La Tunisie en flammes

L’émeute et le suicide sont devenus les modes d’expression privilégiés du malaise maghrébin. Depuis trois semaines, la Tunisie est en proie à une agitation multiforme, qui a débuté par le geste de colère et de désespoir d’un jeune diplômé chômeur, qui s’est immolé par le feu à Sidi Bouzid, et affecte désormais tout le pays et plusieurs secteurs de la société : avocats, lycéens, qui ont violemment manifesté vendredi à Tala (ouest) et à Regueb (centre), où cinq manifestants auraient été blessés. En Algérie, c’est une brutale hausse des prix de plusieurs denrées de base qui a jeté la jeunesse dans la rue depuis le début de la semaine. Après une pause dans la matinée, les troubles ont redémarré vendredi après-midi à Alger, Oran (ouest) et Annaba (est), forçant le pouvoir à une réunion d’urgence samedi pour étudier les moyens de juguler l’inflation.

1983 en Tunisie, 1988 en Algérie : les émeutes du pain avaient déstabilisé les pouvoirs en place, entraînant, en Tunisie, un «coup d’Etat médical» de Ben Ali contre Bourguiba quatre ans plus tard, et en Algérie, une démocratisation mal maîtrisée, qui a mené les islamistes du FIS aux portes du pouvoir et le pays à la guerre civile. Ces deux nations, dont la taille, l’histoire et les économies ne sont pas comparables, partagent pourtant deux points communs de taille : des systèmes politiques autoritaires et sclérosés et une jeunesse pléthorique et sans espoir. C’est aussi le cas du Maroc et de l’Egypte et de telles explosions sociales y sont tout à fait possibles, voire probables. Paralysées, l’Europe et la France, sont restées quasiment muettes depuis le début de cette crise. Seuls les Etats-Unis ont convoqué, vendredi, l’ambassadeur tunisien pour lui faire part de leur «préoccupation» et lui demander que soit respectée la «liberté de rassemblement».

Les raisons de la colère

En Tunisie, c’est le geste de Mohamed Bouazizi qui a mis le feu aux poudres. Ce diplômé chômeur de 26 ans, dont la famille est étranglée par les emprunts, s’est immolé par le feu, le 17 décembre, devant la préfecture de Sidi Bouzid après la confiscation de la marchandise qu’il vendait à la sauvette. Grièvement brûlé, il est mort mardi. Chômage, absence d’emploi et de perspective d’avenir, mépris des autorités qui ont refusé de le recevoir : le cas Bouazizi a ému les habitants de Sidi Bouzid et fait des émules. La violence de la répression policière a alimenté la colère de la jeunesse : une semaine plus tard, la police tuait deux manifestants à Menzel Bouzaiane (dans le centre du pays). Des avocats qui entendaient manifester leur solidarité ont été violemment battus le 28 décembre. D’où la grève générale de la profession observée jeudi. Depuis une semaine, ce sont surtout les lycéens qui entretiennent la flamme de la contestation.

En Algérie, une hausse brutale des prix des denrées de première nécessité (23% pour les produits sucrés, 13% pour les oléagineux, 58% en un an pour la sardine) a entraîné des troubles à Oran, puis en Kabylie et à Alger. Le rituel de l’émeute sociale n’est pas nouveau en Algérie, mais ce qui l’est, c’est la simultanéité et l’ampleur des troubles.

Qui se soulève ?

En Algérie, comme dans le reste du Maghreb, ils sont ceux qu’on appelle «les diplômés chômeurs». En Tunisie, le taux de chômage des jeunes diplômés, officiellement de 23,4%, frôlerait en réalité les 35%. En Algérie, le même indicateur toucherait plus de 20% des jeunes diplômés, très loin des 10% officiels. Au Maroc, où le mouvement des diplômés chômeurs est institutionnalisé depuis plus d’une décennie, six d’entre eux ont d’ailleurs tenté de s’immoler devant le ministère du Travail, à Rabat, dans les jours qui ont suivi l’affaire de Sidi Bouzid. L’effet de miroir et de contagion est désormais facilité par Al-Jezira, la chaîne arabe d’information qui a supplanté les chaînes françaises.

Entre les lycéens tunisiens, qui sont devenus le moteur de la mobilisation, et la jeunesse pauvre d’Alger s’attaquant à une bijouterie dans le quartier chic d’el-Biar, ce sont, en fait, tous les jeunes qui sont en ébullition. Pas étonnant dans des pays où les moins de 20 ans représentent près de 50% de la population, alors qu’ils sont dirigés (à l’exception du Maroc) par des hommes nés entre les deux guerres.

Spécificité tunisienne, la révolte a touché d’autres couches comme les avocats, au nom de la défense des libertés publiques. C’est dans ce pays que la liberté d’expression a été la plus caricaturalement réprimée, ajoutant au sentiment d’étouffement de toute la société.

Des régimes autoritaires et corrompus

Le produit intérieur brut algérien a triplé au cours des dix dernières années. Résultat : dès 2005, l’Algérie rattrapait la Tunisie en terme de PIB par habitant, dépassant même largement le voisin marocain. Mais la bonne fortune de cette performance ne tient qu’en un mot : hydrocarbures. Avec à la clé un énorme bémol sur ce qui pouvait ressembler à un rattrapage économique. Car quand un pays à du pétrole et du gaz à revendre, il ne cherche pas forcément à développer son tissu industriel. «Et c’est exactement ce qui s’est passé en Algérie, note un universitaire local sous couvert d’anonymat. Certes les émeutes peuvent s’expliquer par la hausse des prix des matières alimentaires de bases, mais le malaise de notre société a des racines bien plus profondes.» En effet, le pouvoir algérien a mené de 1992 à 1999 une «sale guerre» pour éradiquer l’islamisme dans laquelle ont péri 100 000 à 200 000 personnes. Mais la fin des Années de plomb ne s’est pas accompagnée d’une ouverture politique : au contraire, les élections sont truquées comme jamais ; la rue est gérée à la trique, et les islamistes – tant qu’ils désertent le champ politique – sont libres de dicter leurs vues à la société. Pendant ce temps, le pouvoir et la richesse nationale restent confisqués par la petite clique politico-militaire qui dirige le pays, comme l’a révélé le scandale de la Sonatrach, qui a éclaté il y a un an et a conduit à la démission du ministre du Pétrole, un proche de Bouteflika.

En Tunisie, les frasques et l’avidité de la belle-famille de Ben Ali font les délices des télégrammes américains – qui parlent d’un Etat «quasi-mafieux» – révélés par WikiLeaks. Elles amusent moins les Tunisiens, qui touchent du doigt les limites du «miracle» qu’on leur chante tous les jours dans les médias officiels. La presse indépendante n’existe plus, et les partis d’opposition ont été réduits à des clubs privés qui passent leur temps à tenter de se réunir. Désormais, le seul espace de liberté est Internet : c’est sur Facebook que se passe la mobilisation lycéenne, et c’est sur la Toile qu’une «cyberguérilla» – emmenée par un groupe nommé les Anonymes – attaque les sites gouvernementaux. D’où les arrestations de blogueurs (dont celles de Slim Amamou et El Aziz Amami) qui se multiplient depuis jeudi.

Même le Maroc, le pays où les libertés sont les plus importantes au Maghreb et celui où les partis ont un vague rapport avec la réalité, est en pleine régression démocratique. La vie politique est gérée depuis le palais, qui contrôle aussi l’essentiel du secteur privé.

Des pouvoirs sans projet

En Algérie, l’après-pétrole se fait toujours attendre. Craignant que les investisseurs étrangers ne fassent main base sur le tissu économique local, Alger a promulgué du jour au lendemain l’année dernière une nouvelle loi interdisant à tout étranger de posséder plus 49% d’une entreprise locale. «Du jour au lendemain nous avons assisté à un effondrement des investissements étrangers, comme si tout le monde craignait subitement un retour à une économie totalement administrée», explique un universitaire algérois.

La Tunisie, elle, souffre d’un excès de main-d’œuvre qualifiée, qui ne demande qu’une chose : un travail en relation avec sa formation, souvent au rabais. La Tunisie à certes réussi à développer des secteurs comme le tourisme ou encore le textile et la confection. Mais cette stratégie initiée pendant les années 70 est dans l’impasse. Elle révèle surtout à quel point le pays n’a pas su monter en gamme, pour rompre sa trop forte dépendance aux commandes européennes.

Christophe Ayad Vittorio de Filippis (Libération)