Ukraine : Dix petites leçons de démocratie

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Le président ianoukovitch

Depuis qu’il a été élu en mars 2010, le président Viktor Ianoukovitch s’emploie à rogner méthodiquement les libertés. Harcèlement judiciaire des opposants, musellement de la presse, assujettissement du législatif, peu à peu, le pays suit les traces de la Biélorussie. Nous vivons dans une nouvelle réalité, mais il nous a fallu les dernières élections régionales pour nous en rendre pleinement compte. L’Ukraine de l’après-révolution orange n’a plus grand-chose à voir avec la “démocratie souveraine” tant vantée par son président. Lequel semble avoir suivi un manuel en dix leçons pour mieux asseoir son autorité.

Première leçon : peu avant les élections, se servir des lois pour modifier le système électoral afin qu’il soit optimal pour le parti au pouvoir. De plus, penser à changer le mode de création des commissions électorales de façon à ce que le décompte soit “correct”.

Deuxième leçon : ne pas à hésiter à rejeter toute forme d’opposition, surtout la plus radicale, la plus éduquée et la plus rétive à tout compromis dans un vaste sac orné de l’étiquette : “ils sont tous pareils”. Recommander ensuite à l’électorat : “votez contre tous, c’est la meilleure expression d’une attitude citoyenne”.

Troisième leçon : avant l’échéance, veiller à ce que toutes les chaînes de télévision importantes ne se préoccupent que des candidats du pouvoir qui, comme par hasard, sont les seuls à organiser des rencontres et des conférences de presse.

Quatrième leçon : le jour du vote, s’assurer que le personnel des commissions électorales travaille lentement, au point de créer d’énormes queues devant les isoloirs. Un grand nombre d’électeurs, surtout les jeunes, préférera partir, pour ne pas perdre une demi-journée, d’autant plus que, autre hasard, ce jour-là, beaucoup de concerts gratuits, distributions de produits de démonstration et autres divertissements seront prévus.

Cinquième leçon : penser à permettre à des observateurs étrangers (tout aura été fait pour qu’il y en ait le moins possible) de visiter (guidés) des bureaux de vote où tout se déroulera bien sûr sans anicroche. Rappelons que pendant la Famine de 1933, le pouvoir soviétique avait organisé le voyage d’“idiots utiles” de l’Occident, comme disait Lénine, venus visiter les kolkhozes ukrainiens.

Sixième leçon : dans les circonscriptions où, malgré tout, les résultats obtenus ne correspondraient pas aux chiffres désirés, soumettre les bulletins à d’étonnantes aventures : ils disparaissent, on les retrouve, mais les tampons sont effacés, des votes sont annulés. Faire de même avec les chiffres, ne pas hésiter à les “corriger”.

Septième leçon : veiller à ce que toutes les tentatives de contestation des résultats devant les tribunaux échouent (on n’a pas réformé ces derniers pour rien).

Huitième leçon : même si, par magie, l’opposition obtenait la majorité dans les conseils régionaux ou au Parlement, s’assurer que, de toute façon, la présidence de ces derniers soit entre des mains souhaitables, puis veiller à ce que les députés et les membres des conseils votent comme il convient.

Neuvième leçon : peu après les élections et les diverses prestations de serment, garantir que les maires et les députés de l’opposition proclament bien haut qu’ils sont là pour servir tous les citoyens et pas seulement un parti, sachant que le camp du pouvoir, lui, ne ferait jamais rien de tel.

Dixième leçon : quel que soit le résultat des élections, rien ne doit changer. Toutes les commandes sont en bonnes mains, et on peut annoncer à l’Ouest une nouvelle victoire de la démocratie. Quant à ceux qui oseraient résister, le moment sera venu d’avoir recours à la force.

Pour que ces dix leçons fonctionnent, il faut bien sûr respecter certains rites : la concurrence entre les candidats, la pluralité des partis (à la Chinoise), des débats, des programmes, l’existence de publications d’opposition, des meetings de protestation (d’un millier de personnes), et ainsi de suite. L’Occident émettra évidemment quelques recommandations : c’est vrai, vous avez des défauts, pas de véritable liberté d’expression, mais vous avez un pouvoir fort, la stabilité, la croissance. Vos réformes, bon, elles sont mauvaises, mais vous avez renoué des liens d’amitié avec la Russie, le tout sans cette vulgarité que se permet Loukachenko. Bon, allez, ça ira.

En fait, la construction de la démocratie à l’Ukrainienne selon les préceptes ci-dessus n’a pour pas seulement pour objectif de plaire à l’Ouest afin d’obtenir ses faveurs, ce qui n’est qu’un but tactique. Le but stratégique, grandiose, est tout autre. Il s’agit de s’assurer un contrôle perpétuel des mécanismes du pouvoir, autrement dit, la direction monopolistique du pays à l’aide de ces mécanismes, aux mains d’un clan et des quelques “membres de la famille” qui en constituent le cœur.

Pour y parvenir, il est nécessaire de réduire la population ukrainienne à l’état de zombie, de la traiter de telle manière que la majorité absolue des citoyens cesse d’être citoyenne et qu’elle soit tout à fait d’accord avec sa dépendance vis-à-vis du pouvoir. Il faut donc qu’il devienne impossible d’avoir recours aux mécanismes institutionnels pour changer le pouvoir et en chasser les personnages les plus odieux qui le détiennent.

Dans ce contexte, on peut bien tolérer quelques centaines “d’éternels opposants” qui ne présentent aucun danger pour le système. Et si d’aventure, quelqu’un à l’étranger exprimait de vagues prétentions quant à la situation en Ukraine, on pourra toujours citer la phrase du docteur Joseph Goebbels (sans le nommer expressément, cela va de soi) : “Le Führer du Reich Adolf Hitler jouit du soutien absolu de tout le peuple allemand, de quelle autre démocratie ont besoin les démagogues occidentaux ?”

Serhiy Hrabovskiy (Oukraïnska Pravda)

Voir aussi : : Rubrique Biélorussie Le régime de Loukachenko contesté,  rubrique Roumanie Mircea Cartarescu sur la chute de la dictature, rubrique Hongrie Les médias sous contrôle, rubrique Russie Avis de haine sur Moscou et les grandes villes,

Le régime Moubarak joue avec le feu intégriste

chretiens-egyptiens1Les silences et les non-dits sont parfois plus forts que le vacarme des mots. Au-delà de sa condamnation de l’attentat d’Alexandrie, dans une allocution télévisée aussi inhabituelle que grave, le président Hosni Moubarak n’a pas jugé bon de décréter un deuil national à la mémoire des 21 victimes. Ce «détail», qui n’a pas échappé à la communauté copte (lire ci-contre), est vécu comme une preuve supplémentaire que l’Etat la traite comme un corps étranger au sein de la société. Autre motif de colère des chrétiens : le raïs, dans son allocution, s’est refusé à reconnaître toute spécificité chrétienne à l’attentat, qui aurait visé, selon lui, «le pays tout entier et non une communauté en particulier».

Un tel déni de réalité n’est pas une surprise pour tous ceux qui s’intéressent à l’Egypte, ce géant malade du monde arabe. Mais la plupart des touristes, qui découvrent souvent l’existence d’une communauté chrétienne une fois sur place, se voient servir le discours lénifiant sur l’Egypte éternelle et son indéfectible «unité nationale», défendue par un régime «modéré» adepte d’un islam «tolérant». Le plus étonnant, c’est que même les chancelleries occidentales continuent de faire semblant de croire à cette fiction, probablement au nom de la préservation des accords de paix avec Israël signés à la fin des années 70 par Anouar al-Sadate. Ce qui lui coûta la vie en octobre 1981, déjà dans un contexte de fortes tensions communautaires…

Entrave. Mais c’est ce même Sadate qui a initié une politique d’islamisation de la société afin d’en finir avec les restes de la gauche nassérienne. C’est lui qui, se faisant appeler «le président de la science et de la foi», a élargi les Frères musulmans alors en prison. Lui qui a cru bien faire en allégeant la taxe foncière des immeubles dans lesquels un local était réservé à une salle de prière. D’où l’explosion des zawiya, dirigées par des imams autoproclamés. Cette multiplication des lieux de culte musulmans se double d’une politique d’entrave draconienne à la construction d’églises. La communauté copte étant travaillée par le même mouvement de réveil religieux que les musulmans, elle vit ces limitations comme une injustice.

Après l’assassinat de Sadate – par un commando islamiste -, Moubarak a continué sur la même voie, alimentant le feu qu’il cherchait à éteindre. Pour montrer qu’il était inattaquable sur le chapitre de la bigoterie, il décréta l’interruption des programmes télévisés cinq fois par jour pour la prière. Il laissa Egyptair bannir l’alcool de ses menus, etc. Autant de petits symboles qui, mis bout à bout, ont contribué à polariser la société sur la question religieuse.

Prêches. Un nouveau coup d’accélérateur fut donné après 2006, suite à la percée électorale des Frères musulmans, la hantise du régime. Pour faire pièce à leur islamisme politique, les autorités ont encouragé le salafisme, variante ultrarigoriste de l’islam sunnite qui a l’avantage de prôner le quiétisme politique, c’est-à-dire le retrait des affaires du monde. Un calcul à courte vue car, dans sa version la plus extrême, le salafisme débouche sur le jihadisme, qui encourage la lutte armée contre les régimes impies et tous ceux considérés comme des infidèles (chrétiens, chiites, etc).

Dès lors, rien ne sert à l’Etat de tenter de contrôler les prêches dans les mosquées, alors même que l’islam d’Etat est gangrené par l’intégrisme le plus rétrograde. L’université d’Al-Azhar, dont le grand imam est nommé par décret présidentiel, n’a eu de cesse, ces dernières décennies, de vouloir s’arroger un pouvoir de censure sur la production culturelle et éducative de l’Etat.

Cette crispation touche l’ensemble de la société. Une grande partie de la presse, les journaux officiels en tête, fait ses choux gras depuis six mois sur le sort supposé de chrétiennes converties à l’islam et retenues de force dans des monastères. La communauté copte n’est pas en reste : chauffée à blanc par des chaînes satellitaires proches de la droite chrétienne américaine, elle bruisse de récits invérifiables de chrétiennes kidnappées et converties de force à l’islam.

En ciblant les coptes, les terroristes ont frappé le point le plus sensible de la société égyptienne. Ils savent qu’en cas d’affrontements interconfessionnels, les autorités sont incapables de stopper l’incendie. La police laisse faire quand elle ne prend pas cause pour la foule musulmane, comme ce fut le cas lors du pogrom antichrétien de Zawiya al-Hamra, dans la banlieue du Caire, lors de l’été 1981. Trois décennies plus tard, l’Egypte est plus que jamais un pays divisé, en crise et en proie à une interminable fin de règne…

Christophe Ayad (Libération)

Voir aussi : Rubrique Egypte, Législatives : Les Frères musulmans annoncent leur défaite, Israël construit un nouveau mur, rubrique Religion, Laïcité et République … , rubrique Rencontre, Khaled Al Khamissi , rubrique Livre Sarkozy au Proche Orient,

Dilma Rousseff investie présidente du Brésil

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Dilma Rousseff a prêté serment samedi en tant que première présidente du Brésil devant le Congrès. Mme Rousseff, qui succède au président sortant Luiz Inacio Lula da Silva, a été investie par le président du Sénat José Sarney lors d’une cérémonie solennelle pour devenir la première femme à diriger le Brésil. Mme Rousseff a promis de maintenir, de défendre et de renforcer la constitution fédérale, de respecter les lois, de promouvoir le bien-être au peuple  brésilien et de maintenir l’union, l’intégrité et l’indépendance du Brésil.

Plusieurs dirigeants étrangers, dont le président vénézuélien Hugo Chavez, le président colombien Juan Manuel Santos, le président uruguayen José Mujica, le président palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre portugais José Socrates ont assisté à l’investiture de Mme Rousseff.

Plus tard dans la journée, Mme Rousseff a reçu l’écharpe présidentielle des mains de Lula devant le palais de Planalto, lors d’une cérémonie qui a été suivi par des milliers de Brésiliens qui se sont réunis sur la place des Trois pouvoirs à côté du palais. Avec un taux d’approbation record de 87 %, Lula a quitté le pouvoir après deux mandats consécutifs de quatre ans, le maximum autorisé par la loi brésilienne.

Selon un sondage publié cette semaine, 64% des Brésiliens estiment que le Brésil s’est considérablement développé sous la direction de Lula.

Xinhua

Voir aussi : Rubrique Brésil : Lula : changer la géographie du monde, Rencontre Bernardo Carvalho,

Dilma Rousseff devient la première femme présidente du Brésil

1233738-dilma-rousseff-devient-la-premiere-femme-presidente-du-bresilCette économiste et ex-guérillera a prêté serment sur la Constitution brésilienne devant les députés et les sénateurs ainsi qu’un parterre de chefs d’Etat étrangers. Elle devient le 40ème président brésilien.

Dilma Rousseff a été investie, samedi 1er janvier, présidente du Brésil et devient la première femme à diriger le géant sud-américain, succédant au président sortant Luiz Inacio Lula da Silva.

Cette économiste et ex-guérillera de 63 ans ayant connu les geôles de la dictature, a prêté serment sur la Constitution brésilienne devant les députés et les sénateurs ainsi qu’un parterre de chefs d’Etat et de gouvernement étrangers réunis au Congrès. Dilma Rousseff a été longuement ovationnée par les parlementaires.

Une dizaine de présidents latino-américains devaient assister à la cérémonie. La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, le numéro deux du gouvernement français, le ministre de la Défense Alain Juppé, le prince des Asturies, Philippe de Bourbon, et le président de l’Autorité palestinienne, Mamhoud Abbas, ont fait aussi le déplacement.

Dilma Rousseff qui hérite d’un pays en plein boom économique avec une croissance de 7,6% cette année et un taux de chômage au minimum historique (5,7%), prêtera serment au Parlement sur la Constitution brésilienne. Auparavant, elle défilera dans la Rolls-Royce présidentielle, une décapotable de 1952, sur l’Esplandade des Ministères, au coeur de Brasilia. Dans un discours qui devrait durer 45 minutes, Dilma, comme l’appellent les Brésiliens, définira les priorités de son gouvernement.

Après sa victoire au second tour de la présidentielle d’octobre, elle avait proclamé « son engagement fondamental : éradiquer la pauvreté« . « Je ne pourrai pas me reposer tant que des Brésiliens souffriront de la faim », avait-elle dit.

Une Coupe du monde et des JO

Lula passera l’écharpe présidentielle vers 17h, heure locale (20h heure française) à celle qu’il avait choisie pour lui succéder comme candidate du Parti des Travailleurs (PT-gauche). Dilma Rousseff s’adressera ensuite pour la première fois aux Brésiliens à la télévision.

La nouvelle présidente hérite d’un pays où d’énormes investissements sont prévus au cours des prochaines années en vue d’accueillir la Coupe du monde de football de 2014 et les Jeux Olympiques de 2016 mais qui reste l’un des plus inégalitaires du monde.

Au cours des deux mandats de quatre ans de Lula, 29 millions de personnes sont sorties de la misère et plus de la moitié des 191 millions de Brésiliens font aujourd’hui partie de la classe moyenne. Mais les défis sont encore nombreux : le pays est à la traîne en matière de santé et d’éducation et doit lutter contre la corruption et réformer la fiscalité, les retraites et le système politique.

 AFP 01/01/2011

 

1233098-portrait-bresil-la-dame-de-fer-succede-au-president-lulaDilma Rousseff, qui succède samedi 1er janvier au populaire Luiz Inacio Lula da Silva, est une ex-guérillera de 63 ans surnommée la « dame de fer » pour son tempérament bien trempé et sa grande capacité de travail.

Dilma – comme l’appelle les Brésiliens – a été élue fin octobre face au social-démocrate José Serra, grâce au soutien de Lula qui a usé de tout son charisme et de son poids politique pour faire élire cette économiste quasi-inconnue des Brésiliens, aux premiers pas publics hésitants. C’est déjà Lula qui l’avait imposée en 2009 comme candidate de son parti des Travailleurs (PT, gauche), alors qu’elle avait le double handicap de n’avoir jamais disputé une élection et de ne pas être une membre historique du PT.

Mais le président sortant affirme que ses talents politiques et de gestionnaire l’ont convaincu qu’il s’agissait de la « meilleure » candidate.  « Elle est arrivée avec son petit ordinateur. On a commencé à discuter et j’ai senti quelque chose de différent en elle », dira Lula en 2003 après l’avoir nommée au gouvernement au poste stratégique de ministre de l’Energie.

Militante dans les mouvements de lutte armée

Connue pour son caractère tranchant, Rousseff a la réputation de houspiller publiquement les ministres. « Je suis dans un gouvernement, un pays, où aucun homme n’assume ses positions. Je suis la seule femme méchante au Brésil entourée par des hommes gentils », a plaisanté Rousseff lors d’une rencontre avec la presse.

En 2005, le scandale sur le financement parallèle de la campagne du PT a décapité la direction du parti en contraignant les poids lourds du gouvernement à démissionner. Dilma Rousseff a alors été propulsée au poste clé de ministre de la Maison civile, une sorte de chef du gouvernement. Depuis 2007, Lula présente Dilma comme la « mère du PAC », le programme d’accélération de la croissance qui finance d’énormes investissements dans les favelas et les infrastructures du pays.

Née le 14 décembre 1947 à Belo Horizonte, capitale du Minas Gerais (sud-est) d’un père bulgare et d’une mère brésilienne, Dilma a activement milité dans les mouvements de lutte armée, en pleine dictature.

Image adoucie

Dans des dossiers secrets récemment révélés, les militaires la présentaient comme la « Jeanne d’Arc de la subversion ». Arrêtée à Sao Paulo en janvier 1970, elle a été condamnée à six ans de prison mais a été finalement libérée fin 1972 sans avoir cédé à la torture.

Début 1980, elle participe à la refondation du Parti démocratique travailliste (PDT, gauche populiste) de Leonel Brizola avant de rejoindre le PT en 1986.
Pour affronter les électeurs, Dilma s’est soumise à plusieurs opérations de chirurgie esthétique. Elle en est sortie rajeunie, plus mince, et sans ses grosses lunettes.

L’année dernière, elle a admis publiquement subir un traitement contre un cancer, ce qui a adouci son image. Les médecins la considèrent aujourd’hui guérie.

La « dame de fer », qui maintient une grande discrétion sur sa vie privée, est divorcée après avoir été mariée deux fois. Elle est mère d’une fille, Paula, et grand-mère depuis début septembre.

(Nouvelobs.com)

Biélorussie : Le régime de Loukachenko contesté

Le régime de Loukachenko contesté

En Biélorussie, le président Alexandre Loukachenko a réuni 79,7 pour cent des suffrages aux élections présidentielles, d’après des sources étatiques. Des dizaines de milliers de manifestants à Minsk qui l’accusaient de fraude électorale ont été violemment dispersés par la police. Pour la presse, l’Ouest doit intervenir plus durement contre la dictature, même si l’on suit une politique incohérente à l’égard de Moscou.

Rzeczpospolita – Pologne

L’Occident doit s’opposer à Loukachenko

L’Ouest doit enfin intervenir contre la dictature biélorusse et soutenir les aspirations de liberté des citoyens, demande le quotidien conservateur Rzeczpospolita : « Comment réagir aux résultats officiels ? Doit-on revenir aux sanctions contre le gouvernement biélorusse ou interdire à ses dignitaires de se rendre à l’Ouest ? Ou empêcher Loukachenko de se rendre dans les Alpes [où il va faire du ski] et chez Berlusconi. Comment réagir à la répression du candidat de l’opposition Vladimir Neklaïev ? C’est simple, en opposant une forte critique et l’indignation. Il faut toutefois éviter de prendre des mesures radicales sous l’emprise des émotions. … L’Ouest doit se demander sérieusement s’il ne doit pas tourner le dos à Loukachenko. Mais il ne doit en aucun cas tourner le dos aux Biélorusses. Le pays n’est pas encore perdu pour le monde occidental. » (20.12.2010)

Sme – Slovaquie

Minsk ressemble à Moscou

Il est évident que la Biélorussie est une dictature, estime le quotidien libéral Sme, mais elle n’est pas la seule en Europe : « Dans des pays où les informations sont exclusivement unilatérales et où les peurs sont viscérales, il n’est pas nécessaire de falsifier complètement les résultats. … A l’Ouest, on aime à dire que le régime de Loukachenko est la dernière dictature en Europe, alors que cela est faux et même injuste. … Les analystes ne risquent pas grand-chose en pronostiquant la victoire de Vladimir Poutine aux prochaines élections en Russie. Les différences entre Poutine et Loukachenko sont plutôt formelles. Lorsque l’Europe parle de la dernière dictature européenne, elle le fait pour ne pas devoir admettre qu’elle coopère allègrement avec des régimes de la trempe de Loukachenko. » (20.12.2010)

La Repubblica – Italie

Une fraude électorale évidente

La victoire électorale du président sortant Alexandre Loukachenko en Biélorussie repose manifestement sur une fraude électorale, constate le quotidien de centre-gauche La Repubblica : « Le dernier dictateur européen reste au pouvoir grâce aux matraques et aux lacrymogènes de ses forces de l’ordre. La police occupe les rues de Minsk de façon militaire afin d’étouffer la contestation désespérée de l’opposition. … Les protestations déjà annoncées au préalable condamnent le résultat d’un scrutin que les observateurs internationaux auront du mal à qualifier de légitime et de régulier. Dans la semaine précédant l’élection a été introduite l’initiative étrange du ‘vote anticipé’ ; celle-ci a contraint les citoyens, avant l’ouverture officielle des bureaux de vote le jour J, à remettre leurs voix dans des urnes spéciales dont le contrôle a échappé aux observateurs. L’appareil étatique a œuvré sans relâche pour réunir des centaines de milliers de bulletins de vote, en contraignant les autorités municipales et provinciales à opérer ce vote anticipé. » (20.12.2010)

Source : euro/topics

Commentaire : En novembre 1995, lors d’une interview accordée à un quotidien allemand Handelsblatt, Loukachenko rend ainsi hommage à Adolf Hitler :

alexandre-loukachenko« L’histoire de l’Allemagne est d’une manière ou d’une autre une copie de l’histoire de la Biélorussie sur certains points. Au moment où l’Allemagne s’est relevée grâce à de solides ouvriers. Tout ce qui est lié à Adolf Hitler n’est pas mauvais. Rappelez-vous sa politique en Allemagne. L’autorité allemande s’était accrue pendant des siècles. Sous Hitler, ce processus a atteint son point culminant. C’est parfaitement en conformité avec notre vision d’une république présidentielle et du rôle de son président. Je veux souligner qu’un homme ne peut pas être tout noir ou tout blanc. Il y a des côtés positifs aussi. L’Allemagne est sortie des ruines par le passé avec l’aide d’une force présidentielle forte. L’Allemagne s’éleva grâce à cette force, grâce au fait que toute la nation était unie autour de son chef. Aujourd’hui, nous passons par une période semblable, quand nous devons nous unir autour d’une personne ou un groupe de personnes afin de survivre, tenir le coup, et rester droit dans nos bottes… »


Voir aussi : Rubrique Roumanie Mircea Cartarescu sur la chute de la dictature, rubrique Hongrie Les médias sous contrôle, rubrique Russie Avis de haine sur Moscou et les grandes villes,