Médias hongrois sous contrôle

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Le gouvernement conservateur de droite hongrois a adopté dans la nuit de lundi à mardi une loi restrictive sur les médias. Une nouvelle instance contrôlera à partir de janvier aussi bien la radio-télévision publique que les médias privés. Cette atteinte à la liberté de la presse est le pire début possible pour la présidence hongroise de l’UE, estiment les commentateurs.

Die Welt – Allemagne

Vers un Etat autoritaire

La nouvelle autorité hongroise de surveillance des médias (NMHH) disposera de pouvoirs étendus pour contrôler les médias publics et prendre des sanctions contre les journaux et les portails en ligne. Pour le quotidien conservateur Die Welt, il s’agit d’une monstruosité : « De la censure à la confiscation de documents en passant par le démantèlement matériel des médias gênants, cet attirail législatif représente l’idéal d’un régime autoritaire. C’est une autorité de contrôle de l’opinion et de louange du pouvoir. Elle est composée de partisans et de protégés du Premier ministre Viktor Orbán. … Si l’interlude Haider en Autriche n’était encore que de l’opérette, ce qui se passe aujourd’hui en Hongrie est une tragédie. Dans le cas de l’Autriche, l’Union européenne avait été choquée et avait sanctionné la république alpine en la marginalisant. Rien n’est fait dans le cas de la Hongrie, bien que le cheminement vers un Etat autoritaire se dessine et ne se soit pas fait en un jour. La liberté que la Hongrie a acquise pour elle et pour les autres il y a deux décennies tend à disparaître. » (22.12.2010)

La Stampa – Italie

Mauvais départ pour la présidence de l’UE

L’Hongrie ne pouvait choisir plus mauvais départ pour sa présidence de l’UE en janvier, estime le quotidien libéral La Stampa, suite à l’adoption de la loi restrictive sur les médias : « En temps normal, cela n’aurait été qu’une loi déplaisante. Neuf jours avant le début de sa première présidence de l’UE, il s’agit dans le meilleur des cas d’une carte de visite préoccupante pour la Hongrie. … Le ministre des Affaires étrangères János Martonyi a annoncé fièrement à Bruxelles que la Hongrie avait pour ambition d’entrer dans l’arène européenne ‘dans le rôle du torero et non du taureau’, pour contribuer à l’établissement d’une ‘Europe humaine’. Cette intention s’accorde difficilement avec une loi qui est déjà qualifiée de bâillon. … Ce qui est alarmant, c’est le critère de ‘violation de l’intérêt public’ car il est flou et général. Le simple fait d’écrire qu’il s’agit d’une loi bâillon pourrait nuire au bien de la Hongrie. » (22.12.2010)

Hírszerz? – Hongrie

La fin de la liberté de la presse

Avec la nouvelle loi hongroise sur les médias, qui entrera en vigueur au 1er janvier 2011, une période difficile débute pour la liberté de la presse dans le pays, estime le portail d’information Hírszerz? : « La loi sur les médias sera naturellement appliquée, ce qui veut dire que l’autocensure sera de nouveau déterminante pour des pans entiers de l’opinion publique hongroise. Il est aussi pratiquement certain que de nombreux rédacteurs et éditeurs tenteront de s’adapter à cet ‘environnement législatif modifié’ et procéderont à de subtils ajustements à son contenu. Ce qui nous attend à partir du mois de janvier est tout sauf amusant. Personne ne doit s’imaginer que la campagne de la majorité gouvernementale contre la libre opinion publique sera de courte durée. … Nous devons nous préparer à ce que le gouvernement et l’autorité médiatique qui lui est soumise tentent systématiquement de saigner les propriétaires des médias critiques du gouvernement, ou de les contraindre à un contenu d’une bienveillante neutralité. » (22.12.2010)

Côte d’Ivoire : la France pyromane ne doit pas jouer au pompier

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L’association Survie rappelle que la France porte une grande responsabilité dans la crise qui secoue la Côte d’Ivoire depuis 8 ans. Malgré ce que prétendent l’ONU et les puissances occidentales, les conditions n’étaient pas réunies pour éviter une large fraude, particulièrement au Nord du pays. La seule issue semble désormais l’apaisement entre les deux camps et non l’affirmation de la victoire de l’un sur l’autre. La France doit procéder au retrait de son opération militaire au profit de troupes internationales sous commandement onusien.

Pour la première fois de leur histoire, les citoyens ivoiriens ont voté dans une élection présidentielle véritablement pluraliste et ouverte. Malgré des conditions extrêmement défavorables, la participation fut massive. Mais depuis trois semaines, la Côte d’Ivoire est séquestrée par « deux présidents ». Tandis que l’un, Laurent Gbagbo, se crispe sur son pouvoir, la « communauté internationale » est en passe d’imposer l’autre, Alassane Ouattara, aux Ivoiriens.

Pour cerner l’immense responsabilité de la diplomatie française dans l’impasse que vit actuellement la Côte d’Ivoire, il est nécessaire de poser quelques jalons historiques.

À l’automne 2002, l’Élysée refuse l’application des accords de défense à une Côte d’Ivoire en proie à une rébellion armée approvisionnée par un pays voisin. Au contraire, un cessez-le-feu est imposé, entérinant la partition du pays.

En janvier 2003, lors des accords de Marcoussis, la diplomatie française impose l’entrée des rebelles dans le gouvernement ivoirien. À Abidjan, des manifestants refusent que les portefeuilles de la Défense et de l’Intérieur soient confiés aux rebelles, comme le prévoyait l’exécutif français.

En novembre 2004, un engrenage tourne au drame. Au cours d’une offensive aérienne de l’armée ivoirienne sur les zones rebelles, neuf soldats français de l’opération Licorne et un civil américain trouvent la mort. Craignant un putsch orchestré par l’armée française après qu’elle a détruit l’aviation militaire ivoirienne, des manifestants envahissent certains quartiers d’Abidjan. L’armée française tire sur des manifestants, faisant plus de soixante morts.

Les accords de Pretoria d’avril 2005 calquent la structure de la Commission Électorale Indépendante (CEI) sur le plan de table des négociations de Marcoussis, aboutissant à une surreprésentation des rebelles, assurant aux partis d’opposition une large majorité[1]. Dans la foulée, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) est créé à Paris, réconciliant deux anciens ennemis[2], Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, autour d’un accord électoral destiné à assurer la victoire de l’un des deux sur Laurent Gbagbo. L’Union Européenne impulse, à travers les Nations Unies, un Programme d’Appui aux Processus Électoraux dont la CEI est le principal bénéficiaire. Le descriptif de ce programme[3] laissait déjà augurer un passage en force :

« Pour les prochaines échéances électorales, il est à prévoir que le problème de confiance se posera avec une acuité encore plus grande et exigera le recours à des pouvoirs décisionnels exceptionnels pour contrecarrer l’incapacité d’atteindre des consensus politiques en temps utile. »

Début 2007, depuis Ouagadougou, Michel de Bonnecorse, chef de la cellule africaine de l’Élysée sous Jacques Chirac, annonce que la fin de la rébellion n’est pas un préalable aux élections[4]. Quelques semaines plus tard, Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, leader de la rébellion, et Blaise Compaoré, président du Burkina, signent les accords de Ouagadougou : Guillaume Soro devient premier ministre. Fin 2007, un accord complémentaire a pour unique objet de confier à la société française Sagem Sécurité le volet technique de l’élaboration des listes électorales[5].

Ce 2 décembre 2010, le Conseil Constitutionnel ivoirien, essentiellement favorable à Laurent Gbagbo, constate l’expiration du délai imparti à la CEI pour annoncer les résultats provisoires. En effet, la CEI a échoué à trouver un consensus sur l’ampleur d’irrégularités dans le scrutin. Le président de la CEI Youssouf Bakayoko se rend alors au Golf Hôtel, où se trouvent déjà Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara, Guillaume Soro, le représentant du secrétaire général de l’ONU et les ambassadeurs français et américain. Ces derniers lui promettent protection jusqu’à l’aéroport, en échange de la proclamation de résultats. Bakayoko annonce la victoire de Alassane Ouattara devant les caméras occidentales. Le lendemain, le Conseil Constitutionnel annonce l’invalidation du scrutin dans sept départements de la zone contrôlée par les rebelles et la victoire de Laurent Gbagbo.

Prétendre organiser une élection satisfaisante sans mettre fin à la partition du pays[6] était absurde. On s’étonne qu’aucune autorité internationale ne l’ait exigé sérieusement. Malgré les énormes moyens mis en œuvre, le scrutin n’a pas offert les garanties brandies par l’ONU.

Croire que l’élection présidentielle sortirait la Côte d’Ivoire de la crise était un leurre. Aucun des candidats du second tour ne sera capable à lui seul de guérir la société ivoirienne de ses plaies. Ni Alassane Ouattara, l’économiste libéral qui a fait carrière dans les grandes institutions financières internationales, l’adepte des privatisations, des coupes dans les budgets sociaux et autres plans d’ajustement structurel, l’ami très apprécié de l’Élysée. Ni Laurent Gbagbo, le socialiste devenu rapidement allié des grands groupes français, le nationaliste souvent – et sans doute volontairement – ambigu.

Il est urgent que les initiatives d’apaisement soient privilégiées[7]. Si la « communauté internationale » a une once de bon sens, c’est dans cette voie qu’elle doit pousser les acteurs de cette crise et non dans le refus de voir la réalité et dans l’illusion qu’on peut imposer une solution de force à un pays divisé. Le risque est de plonger la Côte d’Ivoire dans la violence.

Nous demandons que tout soit fait, à commencer par le retrait de l’opération Licorne au profit d’un renforcement de l’ONUCI, pour la réconciliation des Ivoiriens et non pour assurer la victoire d’un camp sur l’autre, ce qui serait lourd de menaces pour l’avenir de la Côte d’Ivoire.

Voir aussi : Rubrique Afrique, Côte d’Ivoire, rubrique Politique internationale La Françafrique se porte bien,

Etats-Unis: oui aux cadeaux fiscaux pour les riches, non à la taxe bancaire

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Les Européens devraient se retrouver seuls au monde à imposer une taxe spéciale à leurs banques, le projet du président Barack Obama aux Etats-Unis ayant été enterré faute de plaire au Congrès et d’être défendu par l’exécutif.

Le 14 janvier, M. Obama lançait en grande pompe depuis la Maison Blanche un appel à une « taxe sur la responsabilité de la crise financière », se disant « déterminé a récupérer chaque centime dû au peuple américain ». Selon lui, elle devait rapporter 117 milliards de dollars sur douze ans. La proposition était précisée par le Trésor en février, dans le volet fiscalité du projet de budget 2010-2011, qui préconisait une taxe d' »environ 0,15% » sur les actifs (hors dépôts et fonds propres) des plus grandes banques du pays, soit une cinquantaine d’établissements. Elle devait même entrer en vigueur, si le Congrès le permettait, dès le 1er juillet, rétroactivement si nécessaire.

Les mois ont passé et les parlementaires ont relativement peu débattu du projet. La Chambre des représentants n’a pas du tout planché dessus. Quant au Sénat, sa commission des Finances y a consacré trois auditions fin avril et début mai. Son président démocrate Max Baucus y était favorable, mais le chef de file des républicains dans cette commission, Chuck Grassley, y était farouchement opposé, convaincu qu’elle se répercuterait sur les clients des banques, qui allaient la payer « sous forme de hausse des taux des emprunts et d’autres tarifs ».

Avec la percée des républicains aux élections législatives de novembre, la taxe est définitivement morte. Elle n’est pas apparue lors des débats fiscaux des dernières semaines, accaparés par la reconduction, y compris pour les Américains les plus riches, des cadeaux accordés aux ménages par le président George W. Bush en 2001 et 2003.

Les lobbyistes de Goldman Sachs et autres Bank of America n’ont pas eu à dépenser une énergie considérable pour tuer l’idée. M. Obama lui-même n’en a jamais reparlé, et son gouvernement a montré peu d’empressement à faire adopter le projet. « C’est plus une question de changement de circonstances que de lobbies », explique à l’AFP Douglas Elliott, un ancien banquier d’affaires devenu chercheur à la Brookings Institution, qui avait témoigné en faveur de la taxe devant le Sénat.

« Maintenant que le sauvetage des banques par l’Etat semble ne devoir à peu près rien coûter aux contribuables, la justification d’origine de la taxe s’est complètement volatilisée », relève-t-il. C’est tout le sens de l’argumentaire du Trésor, qui souligne régulièrement le retour sur investissement du plan d’aide au secteur financier de 700 milliards de dollars lancé en octobre 2008. « En termes de coût financier direct, ce plan se classera parmi les programmes de réponses à la crise les plus efficaces jamais mis en oeuvre », assurait encore jeudi le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner.

En temps de vaches maigres pour les Etats et de vaches grasses pour Wall Street, la démonstration ne convainc pas l’un des grands défenseurs de la taxe, le directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn. »Ce genre de taxe n’est pas en vigueur et j’ai bien peur que nous n’ayons pas beaucoup de succès à faire en sorte qu’il le soit », déplorait-il jeudi. Cinq mois auparavant, lors d’un sommet du G20 à Toronto (Canada) qui avait enterré l’idée d’une taxe coordonnée, le même Dominique Strauss-Kahn se consolait en remarquant qu’elle serait tout de même adoptée aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne ou en France. « Où est le plus grand centre financier au monde? Quel est le pays où vous avez le plus gros secteur financier? Les Etats-Unis. Ils auront une taxe », se réjouissait-il.

AFP 18/12/10

Voir aussi : Rubrique Finance , rubrique Actualité France L’impunité économique s’accroît,

Avis de haine sur Moscou et les grandes villes

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Moscou, la journée du 15 décembre, qui s’annonçait comme celle des affrontements inter-ethniques, des manifestations et contre-manifestations s’est déroulée sans trop de dégâts. Parfois, on en arrive à se réjouir de choses qui ont au fond un goût très amer. L’impressionnant déploiement de forces de sécurité, avec des cordons de plusieurs centaines d’agents des forces anti-émeutes devant la gare de Kiev, sur la place de Smolensk, les forces du ministère de l’Intérieur qui bloquaient les accès à la Place Rouge, tout cela a sans doute permis d’éviter batailles rangées et échauffourées. Les administrations concernées avaient toutes les informations nécessaires sur les lieux où la tension était à son comble, mais le sentiment que Moscou et la Russie dans son ensemble ont réussi à échapper à la catastrophe n’est pas au rendez-vous, et il ne peut pas l’être. Car rien n’est terminé

La peur des émeutes et des agressions dans les cours d’immeubles, sous les porches, dans le métro et aux arrêts de bus ou de tram est devenue, ces derniers jours, une composante de la vie quotidienne dans la capitale, et vraisemblablement aussi dans les autres villes du pays. Mais on ne voit pas comment inverser la tendance. Il ne s’agit pas d’une guerre. Il ne s’agit pas d’un procès politique opposant des personnes ou des partis en fonction de règles du jeu. D’ailleurs, ce n’est pas un jeu. C’est un état, dans lequel la société s’est installé profondément et pour longtemps semble-t-il. Certains pourraient vouloir en retirer des bénéfices, et nombreux sont ceux, des deux côtés des barricades d’ailleurs, à pointer le lien entre les événements actuels et le démarrage d’un nouveau cycle électoral. Il est cependant difficile d’escompter qu’une fois les bénéfices engrangés, les choses rentreront dans l’ordre.

Ni Sergueï Sobianine, le maire de Moscou, ni le président Medvedev n’ont trouvé le moindre mot à adresser à la population. Peut-être estiment-ils , malgré le sentiment général d’extrême gravité des événements, que les émeutiers vont juste se défouler un bon coup et disparaître ? A moins qu’ils n’aient rien à nous dire ? Le problème est qu’il n’existe pas de recette pour amener les parties en présence à engager un dialogue. Il n’y a pas de tiers susceptible de se poser en arbitre accepté par tout le monde. Drôle d’histoire : une instruction a bien été ouverte, le Parquet, les tribunaux fonctionnent, les lois servant à protéger l’ordre public sont écrites noir sur blanc, mais personne n’y croit. Et l’ordre fond à vue d’œil. D’aucuns suggère d’instaurer le régime de la “tolérance zéro” à l’égard des “personnes de nationalité caucasienne” : il s’agirait de toujours les condamner à la peine maximale prévue par la loi. Juridiquement, ces suggestions ségrégationnistes sont inapplicables. Et quant bien même on les décrèterait  officieusement, cela ne pourrait justement pas restaurer la confiance en la Justice chez ceux qui sont déjà convaincus que le système actuel ne veut pas et ne peut pas assurer la justice.

Dans ces conditions, alors que la tension est extrême, que doivent dire nos dirigeants pour que la population se mette à accorder sa confiance à la loi et au droit ? On nous ressert toujours les mêmes complots extrémistes ou les manœuvres politiques d’aventuristes de droite comme de gauche. Cette fois, il faut des slogans révolutionnaires, qui s’appuient sur un plan d’action tout aussi révolutionnaire. La purge complète des services spéciaux et du maintien de l’ordre, l’élection des chefs de la police, le transfért de certaines prérogatives de répression aux collectivités locales… Mais le président Medvedev nous a déjà répété qu’il n’y aurait pas de révolution.  Cela signifie que l’état dans lequel notre société est désormais enlisée jusqu’au cou, n’est pas près de changer. Le niveau de haine des divers segments de population les uns envers les autres, et la méfiance vis à vis de l’Etat en tant qu’arbitre, vont façonner l’atmosphère générale jusqu’à ce que l’élite ait pris sa décision concernant 2012 [la prochaine présidentielle – qui de Poutine ou de Medvedev pour le mandat ?] et même au-délà. Nous allons devoir nous habituer à vivre dans cette ambiance, y compris la nuit dans les ruelles sombres. A moins d’un tour de magie, susceptible de faire disparaître la haine et l’intolérance. Or, ce tour-là pourrait n’avoir rien d’inédit. On l’a vu au cours de l’Histoire, c’est dans ce genre d’atmosphère que les habiles manipulateurs politiques exploitent la peur de la menace fasciste (et de la criminalité ethnique) pour serrer les vis qui n’auraient pas encore été bloquées à fond.

Chine : visite délicate de Wen Jiabao en Inde

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Le Premier ministre Wen Jiabao a quitté Pékin mercredi pour une visite en Inde , grande puissance régionale inquiète des ambitions chinoises, qu’il prolongera au Pakistan, allié de longue date de la Chine a annoncé l’Agence Chine Nouvelle.

M. Wen Jiabao doit d’abord passer deux jours en Inde, autre puissance montante en Asie, où les discussions porteront notamment sur les différends frontaliers qui entachent depuis des années les relations entre les deux pays les plus peuplés du continent.

A New Delhi, M. Wen, qui a déclaré en octobre qu’il y avait « assez d’espace dans le monde » pour la Chine et l’Inde, devrait insister sur la nécessité de développer le commerce entre ces deux économies émergentes à forte croissance, lors de ses entretiens avec son homologue Manmohan Singh. Mais l’ambassadeur de Chine en Inde, Zhang Yan, a reconnu lundi que la relation restait « fragile » et nécessitait une « attention particulière » tandis que les experts s’attendent à voir l’Inde soulever un certain nombre d’inquiétudes.

Les deux pays s’affontent sur des conflits territoriaux dans l’Himalaya qui leur a valu une guerre en 1962, humiliante pour l’Inde, et à New Delhi, le chef de la diplomatie Nirupama Rao a déclaré que les liens se consolideraient si « la Chine se montre plus sensible sur des questions clés qui concernent la souveraineté et l’intégrité territoriales » de l’Inde. L’Inde s’inquiète également des barrières commerciales qui contribuent, selon elle, au déficit de quelque 25 milliards de dollars par an dans ses échanges avec la Chine, mais qui est, selon Pékin, seulement dû à « des facteurs structurels« . L’Inde aimerait aussi voir la Chine soutenir sa candidature de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, comme l’ont fait les Etats-Unis.

En visite ensuite pendant trois jours au Pakistan, Wen devrait y signer une série d’accords attestant de la volonté de Pékin et Islamabad de cimenter des liens déjà étroits entre ces deux pays unis par des relations politiques et militaires suivies. La Chine devrait annoncer une coopération sur 36 projets de développement au Pakistan et signer à cette occasion des accords dans l’énergie et les infrastructures notamment, a déclaré à l’AFP le porte-parole de la diplomatie pakistanaise Abdul Basit. M. Wen doit s’entretenir avec son homologue Yousuf Raza Gilani et le président Asif Ali Zardari et faire un discours au parlement, un honneur rarement accordé aux visiteurs étrangers.

Le Pakistan serait en disussion pour la construction d’une nouvelle centrale nucléaire avec la Chine, qui a construit un réacteur de 300 mégawatts dans le Penjab et un autre qui doit être mis en service début 2011, provoquant l’inquiétude de Washington en matière de sécurité dans ce pays nucléaire en proie au terrorisme. Alors que les Etats-Unis semblent perdre patience avec le Pakistan pour son manque de résultats dans la lutte contre le terrorisme islamique, M. Wen devrait rassurer cet allié clé en lui expliquant qu’il peut toujours compter sur le soutien de la Chine.

AFP

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