Le modèle chinois de contrôle social est en crise

 

Pékin, Correspondant – Le Parti communiste chinois (PCC) s’est longtemps vanté de l’efficacité de son mode de gouvernance, mettant en avant que la stabilité qu’il a apportée, dans un pays aussi grand et peuplé, était essentielle au décollage économique de ces trente dernières années. Aujourd’hui, ce consensus se fissure

L’outillage sophistiqué de « maintien de la stabilité » mis en place par l’Etat-parti non seulement peine à calmer les esprits – les manifestations populaires, souvent violentes, ciblent la police et les administrations, tandis que des pétitionnaires individuels se suicident ou organisent des attentats vengeurs –, mais il s’avère contre-productif, dans une société de plus en plus informée, mature et ouverte aux débats.

Les signes d’usure du modèle de gouvernance s’accumulent. Dans les régions de minorités ethniques, répression culturelle et religieuse se font au nom d’un arsenal idéologique mis au placard partout ailleurs en Chine. Dans les villes, la corruption exaspère les petites gens. Toute une bourgeoisie émergente accepte mal de ne pas avoir de prise sur les affaires qui la concernent.

Quant aux migrants des campagnes, grands perdants du miracle économique chinois, ils se réveillent, au point que la province du Guangdong, le cœur de la machine à exporter, a connu deux émeutes ces dernières semaines, un an après les grèves chez Honda et les suicides d’ouvriers de Foxconn.

Prisons noires

Si les migrants « ne sont pas absorbés dans la société urbaine et ne jouissent pas des droits qui leur sont dus, les conflits ne vont cesser de s’accumuler… Les politiques doivent faire face à la réalité pressante que la nouvelle génération de travailleurs migrants veut rester dans les villes », lit-on dans un rapport publié, mardi 14 juin, par le Centre de recherche pour le développement du Conseil d’Etat, un think tank du gouvernement chinois.

Les rouages de la « machinerie de préservation de la stabilité » ont même fait l’objet, sous ce titre, d’une grande enquête dans l’hebdomadaire libéral Caijing, le 6 juin. Une première. Divers médias avaient, ces dernières années, levé un coin du voile sur les aberrations de la politique sécuritaire, comme les « prisons noires » pour les récidivistes de la pétition. Ou encore, dans une version plus douce, les « commentateurs du Net » qui s’immiscent dans les conversations en ligne pour appeler à l’apaisement.

Les tabous se brisent. Tout un pan de la société chinoise, mais aussi du parti, milite pour une approche différente du « maintien de la stabilité » et l’abandon d’une mentalité répressive : « Dans les autres pays, ce genre d’incidents est considéré comme l’expression ordinaire des intérêts [des gens], ils participent de leurs libertés. On ne les appelle pas “incidents de masse” et il n’existe pas de concept de ‘maintien de la stabilité' », expliquait, début 2011 dans une interview au magazine Guoji Xianqu Daobao, de l’agence Xinhua, le politologue Wang Yukai, du centre de recherche China Society for Administration Reform. Il préconise de cesser de « diaboliser les incidents de masse » et de s’ouvrir à « l’idée d’un maintien normal de l’ordre social ».

Le maintien de la stabilité

La « machinerie de préservation de la stabilité » décrite par Caijing est contrôlée au sommet par le Comité politico-légal du parti, dont les extensions locales décident des verdicts dans les tribunaux, selon la ligne politique du parti. Le système est renforcé en 1991 : le maintien de la stabilité devient une « tâche de la plus haute importance ». Un « groupe de travail de la haute direction » – sa composition reste secrète – se voit octroyer « l’autorité suprême » sur les questions de stabilité. « L’office 610 » – spécialisé dans la lutte anti-Falun Gong – est créé en 1999.

Au fil des années, le système se dote d’outils plus modernes, d’évaluation des risques et de fourniture de services sociaux, notamment aux migrants. Un réseau de commissions et de bureaux de « maintien de la stabilité » se constitue à tous les échelons administratifs.

Rien qu’au niveau du canton, le plus bas en Chine, des milliers de personnes sont impliquées dans cette mission et reçoivent des budgets. Un système d’incitations financières récompense, par exemple, l’absence « d’incidents de masse » au cours de l’année. L’interception de pétitionnaires qui se rendent à Pékin a conduit, dénonce le magazine, à la création d’un véritable « marché du maintien de la stabilité », dont profitent les officiers de liaison des provinces à la capitale, mais aussi toutes sortes de « rentiers du système, d’intermédiaires ou de gangsters ».

Peur des métiers de la justice

L’externalisation de la tâche de rapatriement des plaignants vers leur lieu de résidence à des sociétés privées en est un autre exemple : l’agence Anyuanding, dont pétitionnaires et avocats ont dénoncé les pratiques violentes et illégales en 2010, fut ainsi sous contrat de 19 gouvernements provinciaux.

En primant sur tout le reste, le « maintien de la stabilité » a fait reculer la construction de l’Etat de droit, pourtant programmée dans le cadre de l’ouverture économique : « Avant les années 2003 et 2004, le président de la Cour suprême avait lancé des réformes pour consolider le statut des juges. Tout allait dans le sens d’une plus grande indépendance de la justice et d’une professionnalisation », explique au Monde He Weifang, professeur de droit à l’université de Pékin.

Mais, poursuit-il, « la plus haute direction du parti a voulu réaffirmer son contrôle sur la justice. Un recul pour les libéraux. En fait, les autorités ont eu peur des métiers de la justice ».

Brice Pedroletti (Le Monde)

Post-Maoïsme: le rendez-vous de 2012

En 2012, la Chine aura un nouveau chef d’Etat. La même année, des élections pourraient provoquer des changements de gouvernement en Corée du Sud, en Espagne, en France ou aux Etats-Unis. Mais en Chine, c’est au cours du XVIIIe congrès du Parti communiste chinois, que Hu Jintao, son actuel secrétaire général et président de la République populaire de Chine, devrait s’effacer au profit de Xi Jinping. Dans la foulée, le premier ministre Wen Jiabao laissera sa place à Li Keqiang. Quelles lignes de force traversent la Chine que la « cinquième génération » de leaders communistes s’apprête à diriger

Chose connue, le pays est aujourd’hui beaucoup plus riche qu’en 2003, lorsque Hu en devint président et que le PIB par habitant n’eût atteint que 1 274 dollars. En 2011, il devrait dépasser les 4 000 dollars, reflétant ainsi la forte croissance économique chinoise, à peine ralentie par la crise mondiale de 2008-2009. Estimé à 7 600 dollars en 2010, le PIB par habitant calculé à parité de pouvoir d’achat reste modeste : la Chine se hisse à la 126e place mondiale.

Cette somme n’est pourtant pas sans signification : aujourd’hui, le « Chinois moyen » dispose d’une capacité de consommation supérieure à celle du citoyen des marges de l’Union européenne (l’Ukrainien ou l’Algérien, par exemple). De plus, cette moyenne cache d’importantes disparités internes : si l’habitant du Guizhou (province la plus pauvre) n’est guère mieux loti que le Vietnamien, le revenu du Cantonais atteint la moyenne mondiale tandis qu’à Shanghai (municipalité la plus aisée) la richesse par habitant talonne celle de l’Estonie, membre de la zone euro. Quant à la région administrative spéciale de Hong-Kong, son PIB par habitant à parité de pouvoir d’achat dépasse celui de la France de 38 %.

La direction politique qu’a tenté de faire prendre Hu Jintao à son pays est résumée par le slogan de la « société harmonieuse », véritable parapluie idéologique abritant tous ses grands projets (lutte contre les inégalités sociales et la corruption, rééquilibrage de la croissance des zones côtières vers les terres de l’intérieur et construction d’une « économie verte »).

Difficile de dire si la société chinoise est davantage « harmonieuse » aujourd’hui qu’à l’époque de son prédécesseur. Les nombreux scandales de corruptions mis à jour n’ont-ils pas davantage répondu à des intérêts politiques qu’à une volonté de moralisation (on pense à l’homme fort de Shanghai, Chen Liangyu, potentiel concurrent politique de Hu, condamné à 18 ans de prison en 2008) ?

Les avancées indéniables dans le domaine des énergies renouvelables (la Chine est aujourd’hui leader industriel mondial en éoliennes et en panneaux solaires) n’entrent-elles pas en contradiction avec la continuation de la politique néo-stalinienne de grands travaux aux impacts négatifs sur l’environnement (entrée en fonction du barrage des Trois-Gorges en 2009, multiplication des projets de barrages au Sichuan et au Tibet, projet de détournement à partir de 2014 d’une partie des eaux du Yangtsé vers le fleuve Jaune) ?

La lutte contre les conditions de travail indignes a enregistré quelques succès, mais les 15 000 morts par an du fait d’accidents du travail ne troublent-ils pas l’harmonie de la société chinoise davantage que quelques blogueurs ? De fait, aucune avancée sensible sur le terrain des libertés publiques n’est à mettre au crédit de Hu (arrestations arbitraires, bridage d’Internet et harcèlement policier d’opposants ont été renforcés).

Hu s’est également illustré dans la répression des minorités. Récemment, le mécontentement de populations minoritaires a généré des manifestations réprimées par l’Etat : au Tibet en 2008, au Xinjiang en 2009 et en Mongolie intérieure en 2011. L’Etat chinois cherche à intégrer ses marches par l’afflux de colons Han, rendant les populations locales minoritaires sur leurs propres terres (seuls 17 % des habitants de Mongolie intérieure sont Mongols) . Pour l’Etat chinois, ces régions sont cruciales : additionnés, le Tibet historique, le Turkestan oriental et les zones mongoles représentent près de la moitié de la superficie de l’Etat chinois actuel. De plus, le Tibet constitue une formidable réserve hydraulique, le Xinjiang produit du gaz naturel et la Mongolie intérieure est riche en charbon, trois ressources dont la Chine industrialisée est toujours plus friande.

A cela s’ajoutent les avantages en termes de profondeur stratégique que ces territoires apportent à la Chine, notamment face à l’Inde et à la Russie, dans une perspective de compétition régionale accrue. Il est donc improbable que Pékin fasse prochainement la moindre concession politique aux autonomistes tibétains ou ouighours.

La « cinquième génération de dirigeants » qui s’apprête à accéder au pouvoir se structure autour de deux principaux courants. Le premier est celui des « petits princes », tels le futur président Xi Jinping, fils de figures historiques du Parti, dont les pères furent compagnons de Mao. Portés sur les fonds baptismaux par la « clique de Shanghai » de l’ancien président Jiang et parfois accusés d’être de vulgaires captateurs d’héritage, certains « petits princes » tentent de se donner une légitimité politique en ranimant une ligne politique néo maoïste, comme Bo Xilai (maire de Chongqing), qui a réimposé les chants révolutionnaires dans les média locaux, écoles et administrations.

L’autre grande « faction » est celle dite de la Ligue des jeunesses communistes. Elle se compose de personnalités au profil plus technocratique, cadres de cette organisation dans les années 1980. Hu Jintao et son protégé, le futur premier ministre Li Keqiang, en font partie. Ce groupe développerait des idées plus réformistes que le premier, ce qui est à nuancer au regard du bilan répressif de Hu Jintao. Quelle que soit leur affiliation, les dirigeants communistes de Chine (qui fêtent cette année les 90 ans du Parti à grand renfort de propagande) ont comme objectif commun de conserver le pouvoir en maintenant sous le boisseau les « contradictions sociales saillantes » (en clair : les mouvements de protestation) dénoncées lors du Politburo du 30 mai.

Les réactions unanimement indignées des responsables gouvernementaux (y compris les « réformateurs ») lors de la remise du prix Nobel de la paix au dissident emprisonné Liu Xiaobo indiquent bien la faible volonté des élites de mettre en œuvre de véritables réformes politiques.

Le 3 avril, l’artiste contemporain et critique du pouvoir Ai Weiwei était arrêté à l’aéroport de Pékin, en dehors de toute procédure judiciaire. Il est toujours détenu aujourd’hui, dans un lieu maintenu secret. Le 21 juin 2009, il publiait sur Twitter l’opinion suivante : « Dans ce pays, la tyrannie prive les gens ordinaires non seulement de leur droit à la vie mais également du droit d’exprimer leurs opinions, du droit de questionner, du droit de se renseigner et du droit de savoir. Rien n’arrêtera les autorités dans leur destruction de ceux qui luttent pour acquérir ces droits. »

Paradoxe : en 2012, Taïwan – que Pékin persiste à considérer comme une « province renégate » – se choisira un président au cours d’élections libres et transparentes. Preuve vivante que, lorsqu’ils en ont l’opportunité, les Chinois sont aussi aptes que n’importe quel peuple à jouer le jeu démocratique.

Les « contradictions sociales » hypocritement redoutées par le Politburo pourraient se résoudre si le Parti consentait à ouvrir le champ démocratique. Une chose est certaine : son congrès de 2012 ne fera aucune avancée en ce sens.

Yidir Plantade (Le Monde interactif)

 

Voir aussi : Rubrique Chines, Le cours du Yuan en hausse, Rubrique Montpellier, Le jumelage Montpellier et Chengdu,

Nouvelle donne pour les mouvements sociaux en Europe

La menace de la « contre-révolution silencieuse » de la nouvelle gouvernance économique et du Pacte pour l’euro, et les plans d’austérité à répétition représentent un défi majeur pour les mouvements sociaux en Europe. Si l’émergence des mobilisations spontanées en Espagne et en Grèce questionne les échecs et impuissances des organisations traditionnelles, elles pourraient contribuer à presser à la radicalisation des luttes syndicales et sociales. Le tout sous fond d’un enterrement sans gloire de la « troisième voie » et du blairisme, dont la crise de la social-démocratie en Europe est une des résultantes…

Dans un article précédent, nous proposions deux enjeux à prendre en compte autour de la question de l’adoption de la nouvelle gouvernance économique et du Pacte pour l’euro.

Le premier concernait le positionnement des partis sociaux-démocrates et verts vis-à-vis de ce nouveau renforcement de l’intégration européenne – au prix d’une généralisation de mesures d’austérité injustes et inefficaces. Jusqu’à présent, le « plus d’Europe » avait toujours justifié toutes les compromissions pour le centre-gauche ; et ce au motif d’une incantatoire « Europe sociale » dont on attendait sans doute qu’elle descende miraculeusement des bureaux des fonctionnaires de la Commission européenne. La radicalité de cette nouvelle « révolution silencieuse » va-t-elle contribuer à faire « bouger les lignes » selon le vocabulaire préféré des apparatchiks ? Nous le verrons plus loin.

Le second enjeu concernait le mouvement social européen, et l’émergence d’une véritable mobilisation populaire dans les pays européens. Sur ce point, difficile de s’avouer déçu : le 15 mai débutaient en Espagne les mobilisations des indignados, et qui ont essaimées entre autres en Grèce et au Portugal. Revendiquant une vraie démocratie contre les plans d’austérité dictés par des instances non élues, Union européenne, FMI, les manifestants fustigeaient la corruption et le suivisme du « PPSOE », mélange des initiales des deux principaux partis espagnols.

Par leur ampleur et leur nature sont tout à fait particulières, ces mobilisations sont riches en questionnements pour les organisations « traditionnelles » du mouvement social. Les syndicats ont particulièrement brillé par leur incapacité à proposer un débouché pour la contestation sociale. Pourtant les impostures de la « sortie de crise » à la sauce UE/FMI (qui se résumerait à peu près par : « les peuples doivent payer, pas les banquiers ») ont porté à ses limites l’« indignation » populaire.

Faiblesses des mouvements sociaux en Europe

En France, la frilosité des syndicats s’est traduite en 2009, puis en 2010, à des moments où l’opinion était pourtant particulièrement favorable comme ce fut le cas lors des mobilisations contre la réforme des retraites, par l’invention d’une nouvelle « norme » : la « journée d’action », avec à la clé de sympathiques promenades dans les rues des villes françaises. Qui contrastaient notamment avec les actions menées en Guadeloupe par le LKP, sur la base d’un syndicalisme de terrain… et de lutte [1].

En Grèce et en Espagne, les syndicats et organisations politiques traditionnelles sont tout simplement absentes des mobilisations récentes. Non que leurs militants n’y participent pas à titre individuel. Mais le discrédit est tel à leur égard – en raison de leur incapacité à s’opposer aux politiques d’austérité, leur corruption ou encore leur proximité vis-à-vis des partis politiques – que la plupart des mouvements spontanés s’accordent pour ne pas s’adresser à eux.

En ce qui concerne le mouvement altermondialiste, il semble pour lui que le bilan soit double : d’une part, à l’échelle européenne, le forum social européen, dont le processus a débuté en 2002 à Florence, n’a pas vraiment dépassé le statut de forum d’échange informel entre organisations, ni permis de jeter les bases d’un véritable mouvement social européen. D’années en années, les grandes manifestations du mouvement altermondialiste semblent perdre leur assise populaire. D’autre part, les manifestants, en Espagne et en Grèce, se sont largement emparés de ses slogans et revendications. Ainsi le 15 mai, le mot d’ordre de la mobilisation en Espagne était-il « nous ne sommes pas des marchandises aux mains des banquiers et des politiciens ».

Une nouvelle donne ?

Il semble que les récents développements autour de la nouvelle gouvernance économique, et la généralisation programmée des mesures d’austérité en Europe, soient cependant suffisamment critiques pour contribuer à changer cette donne. Les gouvernements européens, à travers le « Pacte pour l’euro », initialement « Pacte de compétitivité », ont en effet offert aux mouvements sociaux en Europe un symbole fort. « Ce n’est pas une crise, c’est une escroquerie » pouvait-on lire sur les pancartes à Madrid.

Le Pacte pour l’euro symbolise de manière idéale cette escroquerie à la fois sur le plan démocratique et social, qui impose pour seule et unique solution à la crise aux peuples européens la mise en œuvre de plans d’ajustement violents. Des plans tout droit sortis de la vieille boîte à outil du FMI, lequel s’efforce depuis les années 80 – au nom du droit des créanciers à toucher leurs plus-values – à couler des pays entiers et sacrifier leurs populations.

Qu’il s’agisse des mouvements spontanés, altermondialistes ou syndicaux, le Pacte pour l’euro fait l’unanimité contre lui. Ainsi le mouvement des « indignés » espagnols a-t-il choisi de placer la journée de mobilisation nationale du 19 juin sous le signe de la contestation de ce pacte [2]. Les organisations du forum social européen se sont quant à elles accordées le 31 mai, à l’occasion d’une conférence dédiée à la question de la crise en Europe, à travailler de manière prioritaire sur la question.

Enfin, last but not least, les plans des gouvernements européens et de la commission ont-ils même réussi à réveiller la Confédération Européenne des Syndicats (qui n’est pas précisément le tenant d’en syndicalisme de lutte). Son secrétaire général John Monks, qui fut un temps proche de Tony Blair, n’a pas hésité pour qualifier les conditionnalités imposées dans le cadre de la future gouvernance économique de « quasi-coloniales », et pour indiquer que le futur mécanisme de sanction ressemblait aux dispositions du Traité de Versailles [3]. Lors de son dernier congrès le 19 mai à Athènes, la CES s’est accordée pour se mobiliser contre la gouvernance économique du Pacte pour l’euro, en proposant la journée du 21 juin, en amont du Conseil européen du 24 juin, comme « journée d’action nationale ».

Il serait bien sûr tout à fait hasardeux d’imaginer qu’un tel faisceau d’initiatives soit synonyme d’une réelle convergence à venir pour les mouvements sociaux européens et nationaux autour de la question de l’austérité et de la gouvernance économique. Il est néanmoins clair que les choses semblent évoluer rapidement. Et ce même… au sein des formations politiques européennes de gauche d’ordinaire peu enclines à la critique de l’eurolibéralisme.

Enterrement sans gloire pour la « troisième-voie »

Il était peut-être temps de s’en rendre compte ; « La social-démocratie est en crise. Nous sommes dans une situation catastrophique [4] » reconnait à bon compte Martin Schulz, président du Parti Socialiste européen. Pour lui, les socialistes européens se trouvent dans une situation doublement problématique. D’une, l’héritage de la « troisième voie » promue par Tony Blair, rend les socialistes en partie responsables de la situation actuelle en Europe. De l’autre, les gouvernements qui appliquent les plans d’austérité en Grèce, au Portugal, en Espagne, sont des gouvernements socialistes.

Il indique qu’une reconstruction de la crédibilité des sociaux-démocrates pourrait passer par une rupture forte avec cet héritage, et la mise en avant de nouvelles perspectives communes pour la gauche en Europe. Le rejet du « paquet gouvernance », actuellement discuté au parlement européen, et la mise en avant d’un ensemble d’alternatives pour « sortir de la crise » pourrait y contribuer. Les Verts et le Parti Socialiste européen ont récemment publié un appel, « changeons l’Europe », qui va dans le sens d’une rupture – que l’on pourrait certes bien difficilement qualifier de radicale. A noter que parmi les alternatives proposées, la restructuration, ou même l’audit des dettes souveraines fait figure de grande absente…

Réelle ou non, la volonté affichée de mettre en place d’une fiscalité qui fasse payer les salaires élevés et le capital, ou encore de s’attaquer aux excédents budgétaires autant qu’aux déficits, pourrait par ailleurs rester longtemps sans conséquences, au vu des équilibres politiques actuels au Conseil et au Parlement. Un vœu pieux qui porte néanmoins le germe d’une critique d’un des piliers essentiels de la domination des grands groupes sur l’agenda politique européen : le culte de la sacro-sainte « compétitivité »…

Eric Scavennec (Backchich)

[1] « Une flammèche obstinée a embrasé la Guadeloupe », Monde Diplomatique Novembre 2009 : http://www.monde-diplomatique.fr/20…

[2] http://www.democraciarealya.es/

[3] Lire la lettre de John Monks au Commissaire Olli Rehn : http://www.etuc.org/IMG/pdf/110111_…

[4] Entretiens réalisé à Strasbourg, le 7 juin 2011

Voir aussi : Rubrique Mouvements sociaux,

Des centaines de boat people meurent en Méditerranée

Le Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés) va déposer plainte contre l’OTAN, l’Union européenne et les pays de la coalition en opération en Libye

Face aux centaines de naufrages mortels en Méditerranée, peut-on se contenter de dénoncer le silence assourdissant dans lequel des vies disparaissent à nos portes ? Doit-on se résoudre à l’impuissance devant des politiques migratoires auxquelles on ne pourrait rien changer ? Ces noyé·e·s ne sont pas les victimes de catastrophes naturelles, mais de décisions politiques mises en œuvre par des exécutants dont les responsabilités doivent être pointées. Devant ces atteintes au droit le plus fondamental – le droit à la vie – il faut que des procédures soient engagées et que justice soit rendue. Il faut mettre fin à cette hécatombe.

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a dénombré à la fin de mai quelque 1 500 victimes de noyade parmi les boat people qui, depuis février dernier, s’efforcent de gagner l’Europe à partir des côtes du Maghreb et du Machrek.

Ces drames ne font que s’ajouter à tous ceux qui se déroulent, dans l’indifférence, depuis plus de vingt ans ; Fortress Europe enregistre 17 317 décès documentés depuis 1988. Mais combien d’autres victimes invisibles de la politique européenne de lutte contre l’immigration qu’elle appelle illégale ?

De ces naufrages, des épaves transformées en cercueils flottants d’hommes, de femmes et d’enfants morts d’épuisement, de faim et de soif après de longues dérives en mer, l’opinion a pris l’habitude. Elle a pu croire à leur caractère inéluctable. Elle a pu ignorer que les équipements anti-migratoires de l’agence européenne Frontex étaient forcément les témoins de nombre de ces drames, en Méditerranée comme ailleurs…

Mais la donne a changé depuis qu’une coalition internationale et les forces de l’OTAN interviennent en Libye. Aujourd’hui, awacs, drones, avions, hélicoptères, radars et bâtiments de guerre surveillent tout ce qui bouge en Méditerranée. Ils ne peuvent pas ne pas voir les bateaux des exilés originaires d’Afrique subsaharienne qui cherchent à fuir la Libye. Ils ne peuvent pas ne pas voir lorsque, de Tunisie, du Maroc ou d’Algérie, des jeunes sans espoir s’entassent dans une embarcation fragile pour gagner l’Italie ou l’Espagne.

En n’intervenant pas, ils se rendent coupables de non-assistance à personne en danger. Ceci ne peut rester impuni.

Les États puissants de la planète se sont mobilisés militairement pour, disent-ils, empêcher le massacre de populations civiles et mettre en œuvre « la responsabilité de protéger » dont l’ONU est garante. Mais la responsabilité de protéger ne passe-t-elle pas aussi par le respect du droit maritime, des conventions internationales en matière de sauvetage en mer et des textes sur la protection des réfugiés ?

Nous ne pouvons plus contempler les images de corps ramenés à terre après des naufrages, ou apprendre par des survivants combien de personnes étaient à bord d’un bateau disparu en mer. Nous voulons savoir qui sont les responsables de ces morts : l’Union européenne ? l’agence Frontex ? l’OTAN ? les États de la coalition formée en Libye ?

C’est pourquoi le Gisti s’apprête à lancer – avec ceux qui voudront s’associer à cette démarche – une campagne de plaintes, sur la base d’éléments recueillis auprès de victimes et de témoins de ces drames. À l’heure des révolutions arabes, les États européens ne peuvent plus continuer à considérer les boat people comme des vies sans valeur. La Méditerranée doit cesser d’être le champ de bataille de la guerre aux migrants pour redevenir un espace de droits et de solidarités.

Gisti

 

Voir aussi : Rubrique Politique de l’immigration, rubrique UE

Intensification des frappes en Libye : « Un signe de faiblesse politique »

Difficile estimation des dégats collatéraux en Libye

Pour la troisième fois, le groupe de contact sur la Libye s’est réuni jeudi 9 juin, à Abou Dhabi. Une aide financière aux rebelles libyens a été annoncée, alors que l’OTAN a mené cette semaine ses raids les plus violents sur Tripoli. Pour Didier Billion, directeur des publications de l’Institut des relations internationales et stratégiques, cette intensification des bombardements est un signal clair de « la faiblesse politique » de la coalition.

Dès l’ouverture de la réunion du groupe de contact, le chef de la diplomatie italienne, Franco Frattini, a affirmé que le pouvoir du colonel Mouammar Kadhafi « touch[ait] à sa fin » : le groupe semble insister sur l’après-Kadhafi, pourquoi cette évolution ?

Les enjeux ont évolué parce que les bombardements durent depuis des semaines et le colonel Kadhafi est toujours au pouvoir. Le fait que la plupart des protagonistes qui participent à la réunion affirment leur volonté de faire partir Kadhafi du pouvoir marque une évolution importante. En effet, cet objectif n’est pas contenu en tant que tel dans la résolution de l’ONU qui avait pour unique motif la protection des populations civiles. En revanche, on ne connaît pas les modalités envisagées pour ce départ : Kadhafi doit-il être tué, extradé et à l’abri de poursuites internationales ou encore traduit devant la Cour de justice internationale ?

Au même moment, la coalition intensifie ses frappes : assiste-t-on à un changement stratégique de l’OTAN ?

Si l’on est obligé d’intensifier les bombardements et de les diversifier par les types d’armes utilisés, cela prouve que l’objectif de faire partir Kadhafi est très difficle à atteindre. C’est un signe de faiblesse politique. Si la coalition sentait que le président libyen allait se rendre, il n’y aurait pas d’intensification des bombardements.

L’OTAN essaie actuellement de reproduire ce qui s’est passé en Serbie où après plus de deux mois de bombardements intensifs, Milosevic avait été obligé d’accepter les conditions qui lui avaient été imposées. Mais la Libye n’est pas la Serbie et la reproduction d’un tel schéma est très incertaine.

Quel est l’état des forces de Kadhafi ?

C’est un pouvoir extrêmement réduit. En termes géographiques d’abord, parce qu’il ne contrôle plus qu’une partie de son territoire. Politiquement ensuite, car la configuration des opérations militaires l’empêche d’exercer réellement son pouvoir. Récemment, la mise en œuvre de moyens militaires différents par la coalition avec l’intervention d’hélicoptères de combat a permis de mieux cibler les objectifs. Mais Kadhafi bénéficie encore de soutiens en Libye. Il y a le jeu des tribus d’abord, mais aussi des familles qui lui sont restées fidèles. Il y en a d’autres qui, idéologiquement, sont convaincus qu’il faut résister à l’impérialisme. C’est un mélange hétérogène mais cela montre qu’il n’a pas perdu tous ses appuis intérieurs.

Du point de vue militaire, beaucoup de matériel des forces loyales à Kadhafi a été détruit ou rendu inopérant. Mais il est important de rappeler que dès le départ, après les premiers jours d’insurrection, les troupes de Kadhafi avaient effectué un mouvement rapide et étaient sur le point de faire tomber Benghazi : il y avait donc une capacité réelle, militaire et politique de réagir aux manifestations. Depuis, les troupes de Kadhafi ont été obligées de reculer, mais en bon ordre : ses forces ne sont pas disloquées. Certes, il y a eu quelques démissions d’officiers mais ce n’est pas significatif.

On sait que les forces loyales à Kadhafi se déplacent quasi exclusivement dans des camions, des pick-up, qui sont moins facilement atteignables. Ce qui explique que ces forces résistent. Et Kadhafi n’est pas fou : il a compris que la seule façon d’essayer de s’en sortir, c’est de rester au milieu des centres urbains, des populations civiles et au milieu de ceux qui lui sont restés fidèles. Il tient encore.

Dans ces conditions, assiste-t-on à un essoufflement de l’action de la coalition?

Non, l’intervention coûte cher mais la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis avec leurs drones sont tout à fait en capacité militaire, matérielle et financière de continuer les frappes pendant des semaines encore. Il n’y a pas de troupes au sol, par conséquent, il n’existe pas le problème de dimension psychologique. Quand il y a l’annonce d’un mort français en Afghanistan, cela suscite une réflexion : cette intervention est-elle légitime ? Mais en Libye, les aviateurs ne prennent pas de risques, il n’existe donc pas de critique formalisée à ce jour. Il n’y a donc aucun obstacle politique, psychologique ou financier à continuer cette opération.

Il existe en revanche une dimension que la coalition ne veut pas considérer, à tort : le retour de bâton du point de vue des relations entre « le monde occidental » et « le monde arabo-musulman ». Si le monde arabe ne se dresse pas contre l’intervention en Libye, il existe en revanche une sorte de réprobation. Rappelons-nous qu’après le début des interventions, le secrétaire général de la ligue des Etats arabes, Amr Moussa, avait critiqué les modalités d’intervention. Certains considèrent que cette opération s’éternise.

Le coût politique n’est donc pas immédiat et l’on parle, heureusement, moins de « choc des civilisations ». Mais cela peut ressurgir. Nous avons tout intérêt à déployer des partenariats, des coopérations [avec le « monde arabe »] mais cela n’est pas facilité par l’intervention libyenne.

La Russie a dépêché un émissaire à Benghazi mardi mais nie toute tentative de médiation : quel est le rôle de ce pays dans une éventuelle sortie de crise ?

La Russie est dans une situation de contradiction. Comme la Chine, avec son abstention au vote du Conseil de sécurité, elle avait permis l’adoption de la résolution 1973. Mais ces deux pays sont aujourd’hui plus critiques sur la modalité de l’opération militaire et l’objectif affiché par les Français, les Britanniques et les Américains de faire partir Kadhafi. La Russie a eu la sensation de se faire avoir en acceptant de s’abstenir sur le vote de la résolution. Cependant, elle souhaite éviter le massacre des populations civiles. On peut donc parler d’une tentative de facilitation. Il s’agit de trouver la moins mauvaise des solutions pour sortir de la crise : par la politique et la diplomatie.

Propos recueillis par Flora Genoux Le Monde

Voir aussi : Rubrique Méditerranée, rubrique Lybie, On Line, http://www.inversalis-productions.eu/blog/2011/04/libye-un-conseil-de-transition-neoliberal/,

Offensive sarkozyste contre l’indépendance de l’AFP

Si la proposition de loi «relative à la gouvernance de l’AFP» déposée au Sénat est adoptée, «l’agence est morte», affirment Dominique Ferrandini et Patrick Filleux, membres fondateurs du Syndicat autonome des journalistes (SAJ-UNSA). A onze mois de l’élection présidentielle, le pouvoir sarkozyste s’attaque, dans la précipitation, à l’indépendance de la principale entreprise de presse française et troisième agence mondiale d’information, l’Agence France-Presse (AFP). Par le biais du dépôt, au Sénat, d’une proposition de loi «relative à la gouvernance de l’AFP», signée par le sénateur UMP Jacques Legendre et qui doit être examinée dans l’urgence avant la clôture de la session parlementaire, fin juin, c’est bien le statut «constitution» de l’Agence, voté par le Parlement en 1957 et qui lui a permis d’assurer jusqu’à ce jour son indépendance, qui est menacé.

L’indépendance de l’AFP vis-à-vis de l’Etat, donc de son exécutif, fut au cœur de la réflexion du législateur en 1957. L’accouchement fut long et difficile. 15 ans de gestation. Le bébé fut conçu dans la Résistance, dans un élan démocratique et progressiste combattant, tout entier dicté par deux intangibles paradigmes: le droit à informer et le droit à être informé.

Couper le cordon ombilical avec l’Etat, donc garantir la diffusion à l’ensemble de la presse française et internationale, d’une information mondiale honnête, vérifiée, recoupée, exempte de toute pression politique, économique ou idéologique, fut le gage de la crédibilité de l’AFP, donc de son existence et de son développement.

Quelque 3.000 journalistes et personnels techniques travaillent aujourd’hui pour l’Agence dans 165 pays. Leur mission, selon l’article 1er du statut de 1957, est «de rechercher, tant en France (…) qu’à l’étranger, les éléments d’une information complète et objective».

Mais c’est l’article 2 qui définit et fixe le cadre éthique dans lequel l’Agence œuvre en toute indépendance: «L’Agence France-Presse ne peut en aucune circonstance tenir compte d’influences ou de considérations de nature à compromettre l’éxactitude ou l’objectivité de l’information; elle ne doit, en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d’un groupement idéologique, politique ou économique». Tout est là !

Qu’en est-il dans la proposition de loi sénatoriale, appuyée et endossée sans réserve par l’actuel PDG Emmanuel Hoog, parachuté en 2010 avec la bénédiction -sinon l’intervention- de l’actuel pouvoir, dont il serait lassant de rappeler les attaques auquel il s’est livré contre la liberté et l’indépendance de la presse en général et de l’AFP en particulier depuis 2007

L’article 2 est conservé en l’état, mais vidé de sa substance

La nouvelle «gouvernance» envisagée -tant dans la composition du conseil d’administration, qu’en ce qui concerne les ressources et moyens financiers de fonctionnement et développement- sous prétexte d’harmoniser le statut de 1957 avec les lois et directives européennes, place de facto et officiellement l’AFP sous la sujétion de l’Etat.

De plus, l’AFP, qui a été dotée en 1957 d’un statut «d’organisme autonome bénéficiant de la personnalité civile», sans capital ni propriétaire, et dont les ressources proviennent des abonnements de ses usagers, serait assimilée à un organisme «privé». Mais, lourde contradiction hypothèquant son développement, tout en étant soumise aux règles commerciales classiques, elle se verrait interdire d’entrer en concurrence avec ses clients (la presse de détail écrite et audiovisuelle), pour rester cantonnée au rôle de grossiste de l’information.

L’AFP serait donc à l’avenir, et dans le cadre de la révolution du Net, dans l’impossibilité de commercialiser sur la Toile et à l’usage des potentiels clients privés que nous sommes, vous et moi, la masse de ses informations françaises et internationales. Cette formule commerciale à l’étude, a pour nom anglo-saxon B2C (Business to Consummer), mais est fermement combattue depuis l’éclosion de l’Internet par les patrons de presse français, pour la plupart amis ou idéologiquement proches de l’actuel pouvoir politique.

Ils y voient, en ce qui concerne l’Agence, une «intolérable concurrence déloyale», mais avant tout une grave menace pour leurs intérêts vitaux, incapables qu’ils sont de diversifier leurs productions, tant sur le fond que sur la forme, pour aller à la rencontre de «nouveaux gisements de clientèle», ou pour faire tout simplement leur métier de diffuseurs d’informations sous toutes ses formes.

Voici donc l’AFP de demain, imaginée par le couple Hoog-Legendre: une agence «d’informations» assujétie au pouvoir de l’Etat et bridée dans son développement par le pouvoir de l’argent des grands groupes de presse.

Autant dire que l’AFP, agence mondiale de presse indépendante, vecteur essentiel de diffusion de la culture française dans le monde, est morte. Sa singularité, son regard, sa lecture des évènements du monde, face à ses deux concurrentes anglo-saxonnes uni-tonales, l’étatsunienne Associated Press et la britannique Reuter’s, sont réduits à néant.

Avant l’actuel statut de 1957, ces deux là ne manquaient jamais en citant l’AFP, de préciser à leurs lecteurs «agence gouvernementale française». Nul doute qu’elles entonneront le même refrain décrédibilisant, si le bouleversement de statut proposé était adopté par la représentation nationale.

Reste que l’Agence France-Presse est un bien commun des citoyens français d’où ils puisent l’immense majorité des informations honnêtes et vérifiées lues dans leurs journaux, écoutées sur leurs radios et diffusées sur leurs écrans.

Cette tentative aussi grossière que malhabile d’encadrement politique, idéologique et économique de la principale source d’information française (dont Sarkozy s’est plaint à maintes reprises pour ne pas être suffisamment à sa bottine), entreprise dans la précipitation avant une échéance qui se présente pour le moins en la défaveur du Président sortant (et presque sorti), illustre -s’il en était besoin- sa lecture des mots Démocratie et République.

Les journalistes et personnel technique et ouvrier de l’AFP ont fait une première grève de 24 heures, jeudi et vendredi, pour y faire échec. Mais leur combat ne doit pas, ne peut pas rester solitaire. Tous les citoyens français, démocrates et républicains sont concernés.

Par Les invités de Mediapart

 

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