Plusieurs milliers de personnes célèbrent à Paris la chute de Ben Ali

LE CONTEXTE — Après un mois de manifestations, et au moins 80 morts, le dictateur Ben Ali a quitté vendredi la Tunisie après 23 ans de pouvoir. Il a trouvé refuge en Arabie Saoudite.

17h45. Le porte-parole du gouvernement François Baroin a assuré qu’il n’avait «jamais été question d’une présence» de Ben Ali «sur le sol français», précisant qu’une telle demande n’avait «pas été formulée» et qu’elle «n’aurait pas été acceptée». Quant aux proches de l’ex-président présents sur le sol français — ils ont été vus dans un hôtel du parc Eurodisney — , ils n’ont «pas vocation à rester» et ils «vont le quitter».

17h30. «Le peuple est dans la rue. Il a donné son sang pour libérer la Tunisie». Reportage dans les rues de Toulouse, où 500 personnes exprimaient leur joie ce samedi après-midi. A lire sur LibéToulouse.

16h10. Ils étaient environ 800 à Lyon à manifester pour célébrer la chute de Ben Ali. Et plusieurs milliers (8000 selon l’AFP) dans les rues de Paris. Beaucoup de Tunisiens, mais aussi des Algériens, des Français, dont beaucoup de militants syndicaux et politiques. L’hymne tunisien est entonné sans cesse, les tunisiens sont en liesse, malgré les inquiétudes qui s’expriment quant aux violences qui se produisent toujours dans le pays.

(A Paris, samedi après-midi/ Elodie Auffray)

«La police de Ben Ali pille actuellement le pays. ce n’est pas le peuple, clame une manifestante sur sa pancarte». «Il faut nous aider, ajoute Kamel, 50 ans. La mafia de Ben Ali est en train de tout brûler et de tout casser. Le peuple tunisien n’est pas tombé dans les pièges qui lui sont tendus. Cette révolution est magnifique, historique et on tient à ce que ça reste comme ça».

15h30. «Tous les Tunisiens sans exception et sans exclusive» seront associés au processus politique, a affirmé le président tunisien par intérim, Foued Mebazaa, dans une brève allocution après sa prestation de serment. Il a également annoncé que le Premier ministre sortant Mohammed Ghannouchi était toujours chargé de former un nouveau gouvernement, ajoutant que «l’intérêt supérieur du pays nécessite un gouvernement d’union nationale».

14h30. Communiqué du gouvernement égyptien: «L’Egypte affirme son respect des choix du peuple tunisien et est confiante que la sagesse des frères tunisiens les incitera à la retenue et empêchera le pays de plonger dans le chaos».

14h10. Conclusion de la réunion interministérielle à l’Elysée ce midi: Paris appelle «à l’apaisement et à la fin des violences» en Tunisie, et demande «des élections libres dans les meilleurs délais», lit-on dans un communiqué de Nicolas Sarkozy. Et aussi: la France apporte un «soutien déterminé» à «la volonté de démocratie» des Tunisiens.

«Tunisiens restez debout le monde est avec vous»

13h45. Rassemblement place de la République à Paris. Plus de mille personnes sont déjà réunies pour participer à la «manifestation de soutien aux luttes des peuples tunisiens et algériens». Concert de klaxons, hymne national chanté à tue-tête, drapeaux tunisiens sur les épaules… L’ambiance est plutôt festive. «Avec mon âme, avec mon sang, je te protège Tunisie», chantent aussi les manifestants qui ont envahi la chaussée, bloquant la circulation, les services d’ordre se mettent peu à peu en place.

Beaucoup de manifestants exigent le départ du Premier ministre Mohammed Ghannouchi qu’ils considèrent comme complice de Ben Ali. Sur les pancartes, on lit aussi: «c’est fini Ben Ali», «Ben Ali assassin, Sarkozy complice», «Tunisiens restez debout le monde est avec vous» Et encore: «Yes we can» au recto, «Yes we did» au verso.  Notre reporter, Elodie Auffray, rapporte aussi ses propos d’une mère expliquant à sa fille: «On est là parce que les Tunisiens ont réussi à se libérer de leur dictateur. Mais, pour l’Algérie aussi ça va venir»

(Place de la République, samedi. / Elodie Auffray)

13h20. «Que va-ton faire à présent en Algérie, alors que Ben Ali est chassé du pouvoir par la rue?». La presse algérienne estime que la révolte des Tunisiens devrait constituer un exemple pour les autres pays arabes. Petite revue de presse ici.

Une prison incendiée, 42 morts

13 heures. Un grave incendie a ravagé une prison de Monastir, dans le centre-est de la Tunisie. Il y aurait au moins 42 morts selon un médecin.

12h32. Les opposants et exilés tunisiens sont libres de rentrer au pays, affirme le Premier ministre tunisien sortant, Mohammed Ghannouchi. «Ils peuvent rentrer quand ils veulent. C’est leur pays», a-t-il déclaré à Al-Jazira.

12h30. En France, Bruno Gollnisch, le vice-président du FN, y va de son petit commentaire. A peine arrivé au congrès du FN qui s’est ouvert à Tours, il juge «minable» que la France n’ait pas accordé l’asile à Ben Ali «avec lequel elle avait eu des relations extrêmement chaleureuses et suivies, au motif que l’on craindrait les réactions des Tunisiens en France». «Je trouve ça assez débectant, assez minable, quel qu’ait été le régime de M. Ben Ali».

Midi. Des proches de Ben Ali à Disneyland… Ils auraient trouvé refuge dans un hôtel de Seine-et-Marne, dans l’un des quartiers VIP du Disneyland Hotel à Marne-la-Vallée, lit-on dans le Parisien. Ils seraient arrivés depuis quelques jours avant que Ben Ali ne quitte le pouvoir hier soir.

Retour sur le mois de contestation en Tunisie. En images et vidéos. C’est par ici…

11h30. Le président du Parlement, Foued Mebazaa, a été proclamé samedi président par intérim par le Conseil constitutionnel écartant ainsi la possibilité d’un retour à la tête de l’Etat de Ben Ali qui a fui en Arabie saoudite.

(Photo de Foued Mebazaa, datant de 2004 / Reuters)

11h15. Tous les aéroports tunisiens sont rouverts au trafic aérien (officiel).

10h30. Sarkozy convoque une réunion interministérielle à l’Elysée samedi à midi «sur l’évolution de la situation en Tunisie et sur celle des ressortissants français» dans ce pays. Sont convoqués le Premier ministre François Fillon et les ministres Alain Juppé (Défense), Michèle Alliot-Marie (Affaires étrangères), Brice Hortefeux (Intérieur) et François Baroin (Budget, porte-parole du gouvernement).

La fuite de Ben Ali passionne la presse française. Revue de presse à lire ici.

9 heures. Les Tunisiens le surnommaient «Benavie». Finalement, il a duré vingt-trois ans. A lire dans Libé d’aujourd’hui, le portrait de Ben Ali.

8h45. L’hypermarché Géant, à la sortie nord de Tunis, a été pillé, a constaté un photographe de l’AFP.

Ce samedi 15 janvier. (AFP)

8 heures. La police a commencé à isoler le cœur de Tunis en fermant les accès à l’avenue centrale Bourguiba. Des barrières métalliques ont été dressées au travers des rues débouchant sur l’avenue Bourguiba, interdisant le passage des rares voitures et piétons.

Ce dispositif de sécurité semble avoir été décidé en application de l’état d’urgence décrété vendredi avec interdiction de tout rassemblement, au lendemain d’une nuit de destruction et de pillages dans plusieurs banlieues de Tunis.

Dans les rues de Tunis, vendredi. (Zohra Bensemra/Reuters)

7 heures. Le centre de Tunis est désert après une nuit de destruction et pillages dans plusieurs quartiers périphériques. La confusion règne sur l’heure de levée du couvre-feu en raison d’informations contradictoires, certains parlant de 6 heures, d’autres de 7 heures.

Des destructions et des pillages ont menés par des bandes de personnes encagoulées, selon les témoignages d’habitants apeurés relayés par les télévisions locales durant la nuit.

2 heures. Communiqué officiel de l’Arabie saoudite: «Le gouvernement saoudien a accueilli le président Zine El Abidine Ben Ali et sa famille dans le royaume». Le détail, ici.

Hier soir: La compagnie Air France a annulé jusqu’à nouvel ordre tous ses vols à destination de Tunis.

Libération

Voir aussi : Rubrique Tunisie, Fillon prolixe sur la coopération muet sur les droits de l’homme,

Côte d’Ivoire : la France pyromane ne doit pas jouer au pompier

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L’association Survie rappelle que la France porte une grande responsabilité dans la crise qui secoue la Côte d’Ivoire depuis 8 ans. Malgré ce que prétendent l’ONU et les puissances occidentales, les conditions n’étaient pas réunies pour éviter une large fraude, particulièrement au Nord du pays. La seule issue semble désormais l’apaisement entre les deux camps et non l’affirmation de la victoire de l’un sur l’autre. La France doit procéder au retrait de son opération militaire au profit de troupes internationales sous commandement onusien.

Pour la première fois de leur histoire, les citoyens ivoiriens ont voté dans une élection présidentielle véritablement pluraliste et ouverte. Malgré des conditions extrêmement défavorables, la participation fut massive. Mais depuis trois semaines, la Côte d’Ivoire est séquestrée par « deux présidents ». Tandis que l’un, Laurent Gbagbo, se crispe sur son pouvoir, la « communauté internationale » est en passe d’imposer l’autre, Alassane Ouattara, aux Ivoiriens.

Pour cerner l’immense responsabilité de la diplomatie française dans l’impasse que vit actuellement la Côte d’Ivoire, il est nécessaire de poser quelques jalons historiques.

À l’automne 2002, l’Élysée refuse l’application des accords de défense à une Côte d’Ivoire en proie à une rébellion armée approvisionnée par un pays voisin. Au contraire, un cessez-le-feu est imposé, entérinant la partition du pays.

En janvier 2003, lors des accords de Marcoussis, la diplomatie française impose l’entrée des rebelles dans le gouvernement ivoirien. À Abidjan, des manifestants refusent que les portefeuilles de la Défense et de l’Intérieur soient confiés aux rebelles, comme le prévoyait l’exécutif français.

En novembre 2004, un engrenage tourne au drame. Au cours d’une offensive aérienne de l’armée ivoirienne sur les zones rebelles, neuf soldats français de l’opération Licorne et un civil américain trouvent la mort. Craignant un putsch orchestré par l’armée française après qu’elle a détruit l’aviation militaire ivoirienne, des manifestants envahissent certains quartiers d’Abidjan. L’armée française tire sur des manifestants, faisant plus de soixante morts.

Les accords de Pretoria d’avril 2005 calquent la structure de la Commission Électorale Indépendante (CEI) sur le plan de table des négociations de Marcoussis, aboutissant à une surreprésentation des rebelles, assurant aux partis d’opposition une large majorité[1]. Dans la foulée, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) est créé à Paris, réconciliant deux anciens ennemis[2], Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, autour d’un accord électoral destiné à assurer la victoire de l’un des deux sur Laurent Gbagbo. L’Union Européenne impulse, à travers les Nations Unies, un Programme d’Appui aux Processus Électoraux dont la CEI est le principal bénéficiaire. Le descriptif de ce programme[3] laissait déjà augurer un passage en force :

« Pour les prochaines échéances électorales, il est à prévoir que le problème de confiance se posera avec une acuité encore plus grande et exigera le recours à des pouvoirs décisionnels exceptionnels pour contrecarrer l’incapacité d’atteindre des consensus politiques en temps utile. »

Début 2007, depuis Ouagadougou, Michel de Bonnecorse, chef de la cellule africaine de l’Élysée sous Jacques Chirac, annonce que la fin de la rébellion n’est pas un préalable aux élections[4]. Quelques semaines plus tard, Laurent Gbagbo, Guillaume Soro, leader de la rébellion, et Blaise Compaoré, président du Burkina, signent les accords de Ouagadougou : Guillaume Soro devient premier ministre. Fin 2007, un accord complémentaire a pour unique objet de confier à la société française Sagem Sécurité le volet technique de l’élaboration des listes électorales[5].

Ce 2 décembre 2010, le Conseil Constitutionnel ivoirien, essentiellement favorable à Laurent Gbagbo, constate l’expiration du délai imparti à la CEI pour annoncer les résultats provisoires. En effet, la CEI a échoué à trouver un consensus sur l’ampleur d’irrégularités dans le scrutin. Le président de la CEI Youssouf Bakayoko se rend alors au Golf Hôtel, où se trouvent déjà Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara, Guillaume Soro, le représentant du secrétaire général de l’ONU et les ambassadeurs français et américain. Ces derniers lui promettent protection jusqu’à l’aéroport, en échange de la proclamation de résultats. Bakayoko annonce la victoire de Alassane Ouattara devant les caméras occidentales. Le lendemain, le Conseil Constitutionnel annonce l’invalidation du scrutin dans sept départements de la zone contrôlée par les rebelles et la victoire de Laurent Gbagbo.

Prétendre organiser une élection satisfaisante sans mettre fin à la partition du pays[6] était absurde. On s’étonne qu’aucune autorité internationale ne l’ait exigé sérieusement. Malgré les énormes moyens mis en œuvre, le scrutin n’a pas offert les garanties brandies par l’ONU.

Croire que l’élection présidentielle sortirait la Côte d’Ivoire de la crise était un leurre. Aucun des candidats du second tour ne sera capable à lui seul de guérir la société ivoirienne de ses plaies. Ni Alassane Ouattara, l’économiste libéral qui a fait carrière dans les grandes institutions financières internationales, l’adepte des privatisations, des coupes dans les budgets sociaux et autres plans d’ajustement structurel, l’ami très apprécié de l’Élysée. Ni Laurent Gbagbo, le socialiste devenu rapidement allié des grands groupes français, le nationaliste souvent – et sans doute volontairement – ambigu.

Il est urgent que les initiatives d’apaisement soient privilégiées[7]. Si la « communauté internationale » a une once de bon sens, c’est dans cette voie qu’elle doit pousser les acteurs de cette crise et non dans le refus de voir la réalité et dans l’illusion qu’on peut imposer une solution de force à un pays divisé. Le risque est de plonger la Côte d’Ivoire dans la violence.

Nous demandons que tout soit fait, à commencer par le retrait de l’opération Licorne au profit d’un renforcement de l’ONUCI, pour la réconciliation des Ivoiriens et non pour assurer la victoire d’un camp sur l’autre, ce qui serait lourd de menaces pour l’avenir de la Côte d’Ivoire.

Voir aussi : Rubrique Afrique, Côte d’Ivoire, rubrique Politique internationale La Françafrique se porte bien,

La décision de la Fed suscite des critiques de toutes parts

L’injection par la Réserve fédérale de 600 milliards de dollars supplémentaires dans l’économie américaine risque d’exacerber les tensions internationales liées aux changes.

Pour Wolfgang Schaüble, le ministre allemand des Finances, faire marcher la planche à billets pour soutenir la conjoncture "ne vaut plus rien".

Pour Wolfgang Schaüble, le ministre allemand des Finances, faire marcher la planche à billets pour soutenir la conjoncture "ne vaut plus rien".

Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble est très critique des mesures de relance de la Réserve fédérale américaine. L’injection par la Fed de 600 milliards de dollars supplémentaires dans l’économie américaine, décidée mercredi, va « poser des problèmes supplémentaires » au monde, a dit M. Schäuble dans un entretien à la chaîne ARD diffusé dans la nuit de jeudi à vendredi.

Risque d’inflation

Il a affirmé vouloir aborder le sujet lors du prochain sommet du G20, qui regroupe pays riches et puissances émergentes, en Corée du Sud. Les Etats-Unis ont déjà « injecté un montant infini de liquidités dans l’économie », a-t-il par ailleurs critiqué dans un entretien avec la chaîne ZDF, pour des résultats « désespérants ». Selon M. Schäuble, faire marcher la planche à billets pour soutenir la conjoncture « ne vaut plus rien ».

Jeudi le ministre allemand de l’Economie Rainer Brüderle avait fait part de son « inquiétude » face aux décisions de la Fed et appelé les Etats-Unis à faire plutôt des réformes structurelles. En injectant de l’argent dans l’économie, la Fed prend le risque d’alimenter l’inflation et de faire baisser la valeur du dollar par rapport à l’euro, une mauvaise nouvelle pour l’Allemagne, championne européenne des exportations.

L’initiative des banquiers centraux américains est de manière générale totalement contraire aux convictions allemandes en matière de politique monétaire. Traumatisée par une inflation folle dans les années 1930, qui a encouragé la montée du nazisme, l’Allemagne s’est toujours posée depuis 1945 en garante de la rigueur monétaire et de la stabilité des prix. Cette orthodoxie a inspiré les statuts de l’actuelle Banque centrale européenne.

Lagarde : l’euro « porte le poids » de la décision

Le geste de la Fed n’a toutefois pas irrité que l’Allemagne: la ministre française de l’Economie Christine Lagarde a ainsi regretté que l’euro « porte le poids » de cette décision. « Je ne suis pas en train de porter un jugement sur l’assouplissement quantitatif américain. Mais cela montre le besoin impératif de repenser le système monétaire international et les mécanismes de coopération », a-t-elle ajouté.

Le cours de l’euro a grimpé face au dollar avant comme après cette annonce, stimulé par la création monétaire qu’elle implique pour les Etats-Unis.

Les pays en développement pénalisés

La décision de la Fed mécontente également les économies en développement, pénalisées à l’exportation par l’appréciation de leurs monnaies. Elle risque donc d’exacerber les tensions liées aux changes, qui ont conduit certains dirigeants à évoquer récemment le risque d’une « guerre des monnaies », et donc compromettre un accord mondial sur les déséquilibres commerciaux et monétaires lors du sommet du G20.

« Tant que le monde ne s’efforcera pas de limiter les émissions de devises internationales telles que le dollar – ce qui n’est pas facile – il est inévitable qu’une nouvelle crise ait lieu, comme le déplorent quelques Occidentaux éclairés », a commenté un conseiller de la banque centrale chinoise, Xia Bin, dans une publication de la Banque populaire de Chine.

Le ministre sud-coréen des Finances a quant à lui prévenu qu’il envisagerait « de façon résolue » un contrôle des flux de capitaux.

A Brasilia, son homologue brésilien, Guido Mantega, a estimé que la décision de la Fed ne favoriserait sans doute pas la croissance mondiale et qu’elle risquait d’aggraver les déséquilibres internationaux. « Tout le monde souhaite que l’économie américaine se reprenne mais le fait de jeter des dollars depuis un hélicoptère ne fait pas du bien à tout le monde », a-t-il dit.

Quant à la Thaïlande, elle a évoqué la possibilité d’une action concertée destinée à lutter contre l’afflux de dollars attendu sur les marchés émergents.

Le ministre turc de l’Economie a estimé que la décision de la Fed risquait de se retourner contre les Etats-Unis et un haut responsable indien a souligné que, si Washington avait le droit de relancer son économie, les autres pays avaient celui de défendre leurs intérêts.

Reuter 05/11/10

Voir aussi : Rubrique Finance Le grand Krach automatique, Barnier rassure les fonds spéculatifs, Les banquiers reprennent leurs mauvaises habitudes, Un an après la city zen, rubrique UE sous pression, L’europe répond au marché, rubrique Grèce Plan d’austérité inefficace et dangereux, rubrique Chine Politique monétaire La Chine traduit ses paroles en actes, Impact de la crise en Chine, Si Pékin cessait d’acheter la dette américaine, La réévaluation du Yuan en question, La Chine resserre ses taux hypotécaires rubrique Livre Kerviel dénonce sa banque , Susan Georges de l’évaporation à la régulation, Aux éditions la Découverte La monnaie et ses mécanismes, Les taux de change,

Niger : Enlèvement des Français, à qui profite le crime ?

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A long terme, le coup d’éclat d’Al-Qaida Maghreb islamique dans le Nord du pays pourrait bien servir l’intérêt de la France. Elle pourra ainsi légitimer sa volonté de contrôler militairement la région, estime Aïr Info, titre influent d’Agadez.

Au secours ! Un grand complot se trame sur le dos du Niger. Ce qui s’est passé à Arlit dans la nuit du mercredi au jeudi 16 septembre [Cinq Français, un Malgache et un Togolais ont été enlevés. Une action revendiquée par AQMI (Al-Qaida Maghreb islamisé)] prend une sale tournure pour le Niger et les Nigériens, pour leur amour-propre et leur souveraineté. C’est comme si une machine de diabolisation de l’image du Niger et celle d’une frange de sa population était en branle pour servir et légaliser des intérêts impérialistes qui ne disent pas leur nom. Depuis l’enlèvement spectaculaire de cinq Français et de leurs deux collaborateurs africains à Arlit, des médias occidentaux et autres oiseaux de mauvais augure ne cessent de jeter l’opprobre sur notre vaillante armée ; sur nos frères touaregs et, le comble, sur notre système de sécurité. Même les sociétés de gardiennage appartenant à des ex-chefs rebelles ne sont pas épargnées !

Le Niger subit de plein fouet les conséquences d’une guerre qui ne le regarde point ! Une guerre d’intérêts inavoués entre les « fous de Dieu » et « les gourmands d’uranate ». Parce que la France de Sarkozy et AQMI ont un problème à régler entre eux, ils choisissent curieusement le terrain Niger pour s’affronter, portant de ce fait un rude coup à la stabilité de notre cher pays et surtout à la survie d’une région alanguie par des années d’insécurité. Qui en veut réellement aux intérêts de la France au Niger ? Qui a intérêt à ce qu’il y ait désordre dans la partie septentrionale de notre pays ? Est-ce que réellement la France et ses alliés veulent en finir avec le phénomène AQMI au Sahel ?

Au lieu de critiquer la négligence et l’imprudence de la société française AREVA, des personnalités françaises n’ont pas hésité à jeter leur fiel sur la défense sécuritaire au Niger et sur les ex-combattants touaregs, qu’ils qualifient à tort de « complicités locales » ! Les Touaregs ne sont pas des terroristes. Non ! Ils ne sont pas non plus complices des terroristes ! Il faut absolument que l’amalgame qui se fait sur cette affaire s’arrête. Pourquoi veut-on absolument faire croire que la région d’Agadez est invivable maintenant alors qu’elle a servie pendant plus de quarante ans d’espace libre et tranquille à une France prédatrice de notre uranium ? Pourquoi l’impossibilité de cette exploitation commence curieusement au moment où le Niger souverain diversifie ses partenaires ? Qui a intérêt aujourd’hui à ce que l’ordre défaille au nord Niger ? En tous cas, pas les autorités de notre pays et encore moins ces populations meurtries !

Ceux qui veulent aujourd’hui que le désordre s’installe sont ailleurs ! Ils ne sont ni Nigériens ni amis des Nigériens ! Voilà pourquoi, une dynamique est en marche : celle de ternir l’image de ce beau pays qu’est le Niger. En jetant l’opprobre sur les touaregs d’Agadez en particulier et le Niger en général, un lobby sans foi ni loi veut rendre notre pays infréquentable aux autres amis du Niger pour protéger ses arrières, c’est-à-dire ses intérêts tapis sous le sol d’Agadez. Des indicateurs sont là pour le prouver : Agadez est passée de la zone orange à la zone rouge. Tous les Français qui travaillent à Arlit ont quitté la région. Presque tous les pays occidentaux interdisent la destination Agadez par crainte de représailles terroristes.

Qui nous dit aujourd’hui que certaines sociétés minières œuvrant au Niger et Aqmi n’ont pas le même objectif ? Celui de déstabiliser notre région pour empêcher que des nouvelles sociétés exploitent un périmètre légalement acquis ? Après cette phase de diabolisation de la région d’Agadez, qui s’opposera demain à ce que des militaires étrangers au nom de la prétendue sécurité de leurs concitoyens installent leur base quelque part dans l’Aïr ou le Ténéré ? Qui trouvera à redire au Niger si, au nom de la lutte contre les terroristes d’Aqmi, des services de renseignement extérieurs violent jusqu’à l’intimité des campements nomades ? On comprendra trop tard que cette présence, outre qu’elle ait aliéné notre souveraineté, a sapé aussi ce beau projet d’intégration sous-régionale si cher à nos pays qui se matérialise par le biais de la route transsaharienne !

En un mot, il serait bien de se demander si la lutte contre AQMI et sa nébuleuse n’est pas un bon prétexte pour faire d’Agadez une nouvelle base militaire étrangère ? Tous ces kidnappings, toutes ces frappes des grottes d’AQMI, le tapage médiatique autour de ces enlèvements ne militent-ils pas pour une seule chose : le contrôle de nos ressources minières par des pays étrangers ? En diabolisant notre pays, on en fera très facilement ensuite une nouvelle colonie où régnera un seul ou deux maîtres, avides de pétrole et d’uranate ! Nigériens de tous bords, disons non à ce complot qui n’est que le résultat de manipulations et d’ingérences voulant aliéner à jamais notre droit à la souveraineté nationale.

Salif Bah

Voir aussi : Rubrique Niger, Coup d’Etat contre Tandja, Rubrique Afrique, La Françafrique se porte bien,

La charge de Rufin contre un Quai d’Orsay

Jean-christophe Rufin et l'anticipation diplomatique

On les disait amis, ils semblent désormais sérieusement brouillés. L’écrivain Jean-Christophe Rufin, ex-ambassadeur de la France au Sénégal, se livre à une charge sévère contre Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères. Décrivant dans un entretien au «Monde» un Quai d’Orsay «complètement marginalisé et sinistré», des diplomates dans le «désarroi le plus total», Rufin regrette que le co-fondateur de Médecins sans frontières se laisse dicter sa politique africaine par Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, et des «réseaux de lobbying».

Le fond de l’affaire n’est pas nouveau. L’impuissance de l’ancien french doctor aux Affaires étrangères a déjà été décrite, notamment par Libération. Kouchner lui-même a reconnu qu’il devait s’accommoder d’influences parfois contraires. Mais Jean-Christophe Rufin, nommé à Dakar en 2007 par Nicolas Sarkozy, et débarqué fin juin sur insistance du président Abdoulaye Wade, détaille par le menu cette diplomatie si paradoxale: «D’un côté, il y a un Quai d’Orsay qui sert de vitrine à la fois « people » et morale, et, de l’autre, une realpolitik faite par derrière et par d’autres.»

Kouchner devrait «savoir partir»

Invité de RTL ce matin, l’auteur de «Katiba» a évoqué «une politique africaine indiscutablement en crise». Selon lui, «le Quai d’Orsay ne pèse plus rien dans les affaires africaines». Celles-ci sont gérées par Claude Guéant. «Très influent», l’ancien préfet «agit d’autant plus librement qu’il n’en répond ni devant l’Assemblée ni devant le gouvernement». «Il dépend du seul président de la République, dont j’ignore s’il est complètement informé des initiatives de son collaborateur», s’inquiète Rufin.

L’ancien président d’Action contre la faim s’en prend aussi aux «intermédiaires officieux qui ont été remis en selle depuis trois ans». «Les réseaux se sont reconstitués», explique-t-il à RTL, «on a quelque chose de très opaque». «Absolument pas représentatifs de l’intérêt général», ces lobbyistes «sont payés» pour faire valoir leur point de vue. Construits «à l’inverse des réseaux Foccart», ces «visiteurs du soir» font inévitablement penser à l’avocat Robert Bourgi, conseiller de plusieurs chefs d’Etat africains.

Et Rufin, qui craint que la France ne perde une «chance historique» de rompre avec la “Françafrique – engagement de Nicolas Sarkozy en 2007 -, d’enfoncer le clou: «Obligé d’avaliser beaucoup de décisions (…) à contrecœur», Kouchner devrait «savoir partir».

«On n’est jamais trahi que par les siens»

Le ministre a d’abord répondu par l’ironie aux critiques de l’ancien ambassadeur, jugeant que ce dernier «boudait» et qu’il avait su «s’alimenter à la bonne source» pour écrire son dernier livre. Puis, interrogé à l’Assemblée nationale ce mardi, il s’est fait plus offensif: «J’espère – on n’est jamais trahi que par les siens – que cet homme ne s’étouffera pas de haine.»

«Nous sommes fiers de la politique qui a été menée, aussi bien pour la Guinée qui vient de voter pour la première fois depuis 59 ans, pour le Rwanda (avec lequel la France a repris depuis six mois des relations diplomatiques)», a rétorqué le ministre. «Nous sommes fiers de ce que nous avons fait après les coups d’Etat en Mauritanie, au Niger, ou à Madagascar», a-t-il ajouté.

Mais les temps sont décidément compliqués pour Bernard Kouchner, puisque deux de ses prédécesseurs, Hubert Védrine et Alain Juppé, viennent de publier dans «Le Monde» une tribune dénonçant «l’affaiblissement sans précédent (des) réseaux diplomatiques et culturels de la France».

Libération

Voir aussi : Rubrique Rwanda Sarkozy en mission de réconciliation,