Hollande : ses adieux à la gauche

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Ceux qui n’ont pas encore compris que je suis social-démocrate peuvent poser une question. »

Après 1h30 de discours et de questions, François Hollande a clos la partie « qui je suis, où je vais » par cette réponse un peu énervée à Ivan Levaï, chroniqueur à Radio France.

Le Président venait de déclarer :

« Je marche sur mes traces, je fais ce que je pense être conforme à mes idées et conforme à l’intérêt de la France. Social, réformiste, réaliste mais surtout patriote. Si j’ai un mot, c’est bien de ça dont il s’agit. […] Je prends des risques. »

Le social-libéral a parlé

Ce qui le différencie de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, qui, lui aussi, parlait de réduction des dépenses publiques, des impôts, de la fraude aux prestations sociales, c’est que lui, dit-il, il « fait » et s’attaque à la dette de la France, « afin de sauver notre modèle social » :

« L’enjeu entre la gauche et la droite, ce n’est pas le niveau des dépenses, mais la structure des dépenses, ce qu’on fait avec une fiscalité plus juste. »

Il dit aussi :

« Si être de gauche, c’est creuser les déficits, mes prédécesseurs étaient d’extrême gauche. »

Entre le social-démocrate et le social-libéral, c’est le deuxième qui a parlé ce 14 janvier. Il ne jure plus que par « l’offre » –les producteurs– pour relancer l’économie.

La réaction de Force ouvrière augure de lendemains compliqués avec les syndicats de salariés :

« Le président de la République a confirmé le caractère libéral de la politique économique mise en œuvre. L’allégement du coût du travail apparaît ainsi comme l’alpha et l’oméga de la politique. […]

Par ailleurs, la confirmation d’une réduction drastique des dépenses publiques et l’octroi aux régions d’un pouvoir réglementaire d’adaptation menacent l’égalité républicaine. De fait, le pacte de responsabilité risque d’entrer en contradiction avec le pacte républicain. »

Le Club des entrepreneurs, lui, se déclare enthousiaste et se félicite des annonces. Geoffroy Roux de Bézieux, vice-président du Medef, commente avec allégresse dans un tweet : « Keynes tué d’une balle dans la nuque ! »

Ce 14 janvier, François Hollande a quitté la gauche.

Blandine Grosjean

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Affaire Closer

« Une clarification avant le 11 février »

 

Vendredi, le magazine Closer révélait une liaison supposée entre le Président et la comédienne Julie Gayet. Dimanche, on apprenait que la compagne de François Hollande était hospitalisée pour un « gros coup de blues ». Aux questions sur le respect de la vie privée se sont vite ajoutées celles sur le « statut » de la Première dame. Plusieurs personnalités estiment qu’il faut en finir avec cette vieillerie de la République, demandant même, comme François Rebsamen, maire de Dijon et proche du Président, qu’on profite de cette « affaire » pour s’en débarrasser tout de suite.

C’était donc Alain Barluet du Figaro qui s’y est collé dès le début de la conférence, en sa qualité de président de l’Association de la presse présidentielle. Au bout de 40 minutes, une éternité pour certains, il a enfin posé la question :

« Valérie Trierweiler est-elle toujours Première dame de France ?

– Je comprends votre question, et je suis sûr que vous comprendrez ma réponse. Chacun de nous dans sa vie privée peut traverser des épreuves, c’est notre cas. Ce sont des moments douloureux. J’ai un principe, c’est que les affaires privées se traitent en privé, dans l’intimité respectueuse de chacun. Ce n’est ni le lieu, ni le moment de le faire. »

Le Président a promis de clarifier la situation du couple présidentiel avant le voyage officiel à Washington, le 11 février. B.G.

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Prélèvements

« Moins de charges, plus d’emplois »

 

François Hollande veut « poursuivre l’allègement du coût du travail » engagé avec le lancement du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE). Le Président veut mettre fin d’ici 2017 pour les entreprises et les travailleurs indépendants aux cotisations familiales, qui représentent entre 30 et 35 milliards d’euros de charges :

« La discussion portera donc sur l’avenir du CICE et sur le mode de financement de la protection sociale. C’est la condition pour que les entreprises retrouvent leurs marges, non pas pour leur faire plaisir ou pour leur faire un “cadeau”. Mais pour l’investissement, parce que le taux de marge en 2012 est le plus bas de son histoire. »

Les entreprises financent en grande partie la branche famille de la Sécu. Le reste vient de prélèvements fiscaux, tels que la CSG. Pour mettre fin aux cotisations, trois leviers sont donc possibles :

  • le relèvement de la CSG ;
  • une hausse de la TVA ;
  • une baisse des dépenses.

C’est cette dernière piste que le Président a évoquée lors de sa conférence de presse, évoquant des coupes intelligentes guidées par un « conseil stratégique » :

« De 2015 à 2017, il faudra économiser 50 milliards de plus [en plus des 15 milliards d’euros d’économies en 2014, ndlr]. 4% des dépenses collectives. »

Le Président veut également donner de la « visibilité aux entreprises » avec une refonte de l’impôt sur les sociétés (IS) et une « diminution du nombre de taxes qui coûtent plus cher que ce qu’elles rapportent ». Le gouvernement visera tout particulièrement les PME avec son « pacte de responsabilité ».

En contrepartie de ces gages donnés aux entreprises, des « objectifs chiffrés d’embauches » seront définis au niveau national, déclinés par branches. Un « observatoire des contreparties » sera mis en place et le Parlement y sera associé :

« [Les contreparties] doivent être définies au niveau national et déclinées par branche. Elles porteront sur des objectifs chiffrés d’embauche, de travail des jeunes ou des seniors, la formation, les salaires, et la modernisation du dialogue social. Un observatoire sera mis en place et le parlement y sera associé. […]

Un document formalisera les engagements et les modalités de suivi des contreparties. Le gouvernement engagera sa responsabilité devant l’Assemblée sur ce texte, une loi sera votée à l’automne. »

Qu’est-ce que le pacte de responsabilité ?

François Hollande avait éveillé l’intérêt des patrons en évoquant lors de ses vœux un pacte de responsabilité : « Moins de charges, plus d’emplois ». C’était la réponse du Président au « pacte de confiance » [PDF] du patron du Medef, Pierre Gattaz.

Ce dernier n’hésitait pas à promettre un million d’emplois en cinq ans. En échange, il réclamait 100 milliards de baisse de charges et d’impôts (50 milliards sur le coût du travail et 50 milliards sur les impôts), gagés par autant d’économies de dépenses publiques sur cinq ans.

Au Canard enchaîné, un ministre expliquait mercredi dernier :

« Gattaz rêve tout éveillé. Car 100 milliards d’économies en cinq ans, personne ne sait faire. Pas plus nous que les autres. »

Rémi Noyon

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Simplification administrative

Un « Conseil de simplification » pour mettre en forme le « choc de simplification »

 

François Hollande a rappelé qu’il a confié à un député, Thierry Mandon, et un chef d’entreprise, Guillaume Poitrinal, la tête d’un « conseil de la simplification » en octobre :

« Ils passeront en revue les dix actes-clés de la vie d’une entreprise, de la création à la cession, en passant par les obligations comptables, les embauches.

Tout sera passé en revue, non pas pour diminuer les protections, mais pour simplifier et faciliter, et ce jusqu’à la fin du quinquennat. »

Le « choc de simplification »

Lancé en mars 2013, le « choc de simplification » vise à rendre plus fluides les relations entre citoyens et administration : accélérer les délais de réponse, faciliter les démarches.

Récemment, François Hollande avait déjà annoncé de nouveaux fronts dans cette entreprise de clarification : la construction et le logement, les marchés publics, la fiscalité des entreprises ou encore les règles comptables. Camille Polloni

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Fiscalité des ménages

Pour la baisse des impôts, on verra plus tard

 

La fiscalité des ménages, François Hollande n’en a pas parlé ou presque. Deux allusions uniquement :

  • lors de sa longue présentation du « pacte de responsabilité », le Président a assuré qu’il n’y aurait pas de « transfert des charges des entreprises vers les ménages ». Comprendre : ce ne sont pas les ménages qui prendront en charge la fin des cotisations familiales pour les entreprises ;
  • il a qualifié la réduction des déficits publics comme « préalable à toute baisse d’impôt ».

Les Assises de la fiscalité démarrent ce mercredi. D’abord sur la fiscalité des entreprises, puis, un peu plus tard, sur celle des ménages. L’ordre des priorités. Imanol Corcostegui

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Economies

L’Etat va « donner l’exemple »

 

Après les 15?milliards d’euros d’économies du budget 2014, 50 milliards supplémentaires doivent être trouvés de 2015 à 2017 pour réduire le déficit et le ramener sous la barre des 3%. Un montant qui pourrait encore grimper pour compenser les baisses de charges du « pacte de responsabilité » (pour qu’elles ne se répercutent pas en supplément d’impôt).

La grande question, c’est : où trouver tous ces milliards ? François Hollande était resté vague sur ce point : « Nous devons faire des économies partout où elles sont possibles », a-t-il indiqué le 31 décembre.

Ce mardi, le Président a donné des précisions : il ne veut pas faire de coupes « aveugles » et « indifférenciées » (une allusion à la RGPP).

D’abord, l’Etat va « donner l’exemple » et « toutes les structures » sont invitées à faire des efforts. Les discussions entre Bercy et les différents ministères débuteront fin janvier et les « volumes d’économie » seront fixés et communiqués à chacun au printemps (par une lettre de cadrage de Jean-Marc Ayrault).

Le Président a aussi parlé de la protection sociale, le « cœur de notre pacte républicain ». Il souhaite lutter contre la fraude sociale (représentant 600 millions d’euros), mais ce n’est pas la mesure essentielle.

Il souhaite surtout que le système de santé soit rationalisé :

  • baisse des prescriptions multiples et des actes médicaux redondants ;
  • utilisation plus systématique des médicaments génériques ;
  • parcours de soin à optimiser. Nolwenn Le Blevennec
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Dieudonné

« Il n’y a pas de système, la France est républicaine. »

 

« Il y a des personnes qui suivent monsieur Mbala Mbala sans penser qu’il est antisémite. Il était important qu’elles aient entendu la réponse de la justice. »

François Hollande a félicité le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur pour leur gestion de l’affaire Dieudonné (« Quand il y a une action, il doit y avoir un résultat »). Le gouvernement travaille maintenant sur « ce qui doit être fait sur Internet ».

Le Président a tenu à rappeler qu’il existait en France des actes antimusulmans « qui doivent tout autant être dénoncés » et des actes antichrétiens (il a cité le cas de la Femen qui a récemment uriné dans l’église de la Madeleine).

« Aucun de ces actes ne doit être accepté. Il n’y a pas de système, la France est républicaine. Il n’y a pas de complot, il n’y a pas de communauté. Le seul système que je connaisse, c’est le racisme. »

Nolwenn Le Blevennec

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Afrique

« Mission accomplie »

 

François Hollande a défendu l’action de la France en Afrique, criant « victoire » pour le Mali, et se montrant optimiste sur l’autre intervention des troupes françaises, en République centrafricaine.

S’agissant du Mali et de l’envoi des troupes françaises il y a quasiment un an jour pour jour, le chef de l’Etat a déclaré que c’était « une victoire contre le terrorisme, une victoire pour la démocratie, une victoire pour le développement ».

Il a annoncé que le nombre de soldats français serait de 1 600 hommes le mois prochain, et de 1 000 « à la fin du printemps ».

Concernant la mission en Centrafrique, qui se révèle dans les faits plus complexe que prévu, François Hollande a reconnu que « tout n’est pas réglé », mais a ironisé sur ceux qui s’attendaient à ce que les antagonismes prennent fin en à peine un mois.

Il a annoncé un soutien européen à venir pour les 1 600 soldats français et 4 000 soldats africains présents sur le terrain.

Des propos rassurants sur ces deux fronts qui donnent pourtant bien des soucis aux troupes françaises, à la fois avec la persistance de menaces sécuritaires dans le nord du Mali, et surtout une difficulté plus grande que prévue de mettre fin aux règlements de compte à Bangui, sans même parler du reste du pays. Pierre Haski

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L’Europe

L’Europe passe par Berlin

 

Dans son propos liminaire, François Hollande a également traité du sujet de l’Europe, à quatre mois des élections européennes qui risquent d’être marquées par une forte abstention et la montée des populismes.

Il l’a fait sous la forme de l’annonce d’une triple initiative franco-allemande à venir, dont la plus spectaculaire est la proposition d’un « Airbus » franco-allemand de la transition énergétique.

Les deux autres sont une initiative pour la « convergence économique et sociale » entre la France et l’Allemagne, et une autre pour l’Europe de la défense, qui sera annoncée au Conseil des ministres commun aux deux pays qui se tiendra le 19 février.

« Il ne faut pas avoir peur de l’Union européenne »

Ces initiatives entre la France et une Allemagne désormais gouvernée par une grande coalition incluant le Parti social-démocrate allemand, ont pour but de donner le sentiment du mouvement dans une Union européenne vécue comme un problème plutôt que la solution par les Français.

François Hollande aura toutefois du mal à mobiliser sur ce terrain sur la base de ces seules promesses, après avoir fait croire pendant la campagne électorale qu’il renégocierait le « pacte de stabilité européen », là où il n’a pu qu’y rajouter un volet investissement fort limité.

Le Président a néanmoins tenté de rassurer les Français :

« Il ne faut pas avoir peur de l’Union européenne. Il faut plutôt craindre qu’elle ne s’affaiblisse et finisse par disparaître. »

Mais dans le calendrier politique, l’heure de l’Europe n’est pas encore arrivée : le scrutin européen de mai en donnera l’occasion, après ce tour de piste de rodage mardi. P.H.

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Décentralisation

Des régions plus puissantes

 

François Hollande veut « en terminer avec les enchevêtrements, les doublons, les confusions ». Il a annoncé quatre évolutions :

  • les régions seront « dotées d’un pouvoir réglementaire local d’adaptation » ;
  • les compétences des différentes collectivités seront clarifiées ;
  • les collectivités seront invitées à se rapprocher, voire à fusionner (« le nombre de régions peut évoluer ») ;
  • dans « les grandes aires métropolitaines », les départements seront priés de « redéfinir leur avenir » – c’est-à-dire s’effacer derrière la grande ville, si l’on prend l’exemple de ce qui s’est passé dans le Rhône. Mathieu Deslandes
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Education

Faire en sorte que les enseignants ne fuient plus les ZEP

 

François Hollande a promis des mesures pour rendre « plus attractifs les postes d’enseignants » en ZEP (zones d’éducation prioritaire). Le détail du plan doit être présenté ce mercredi 15 janvier en conseil des ministres par le ministre de l’Education. Est notamment prévue une « décharge horaire ». M.D.

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Fin de vie

Euthanasie active ou suicide assisté ?

 

François Hollande veut « permettre à toute personne majeure atteinte d’une maladie incurable provoquant une souffrance psychologique, physique, insupportable et qui ne peut être apaisée, de pouvoir demander, dans des conditions strictes, une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ».

Euthanasie active ou suicide assisté ? Le rapport du comité d’éthique (attendu dans quelques semaines) puis des consultations de la ministre de la Santé doivent permettre d’aboutir à une solution consensuelle. M.D.


Ce que nous écrivions avant la conférence de presse

Qui, parmi les 600 journalistes annoncés, se dévouera pour poser « la » question sur la vie privée du Président ? Comment ce dernier évacuera-t-il le sujet ? Selon les informations du Lab, c’est Alain Barluet du Figaro qui devait s’y coller dès le début de la conférence. En tant que président de l’Association de la presse présidentielle, l’honneur – ou la corvée – lui revient.

C’est ce qui amusait le plus ce mardi matin les journalistes de la BBC World qui rappelaient tout de même que la France, « cinquième économie mondiale », était aux prises avec de sérieux problèmes économiques (12% de chômage, une croissance atone) et que son Président sortait d’une annus horribilis, entre Leonarda, fronde fiscale, révolte des Bonnets rouges, non-inversion de la courbe du chômage et, pour couronner le tout, alors que cette conférence de presse avait été repoussée à plusieurs reprises pour trouver le « bon moment », l’affaire Gayet.

Cette troisième conférence du quinquennat devrait traduire en annonces les vœux présidentiels (que nous avions titrés « François Hollande, héros du Medef ») :

« Le Medef est heureux : le président de la République s’est rangé à ses vues. En octobre, l’organisation patronale avait proposé des allègements fiscaux sur les entreprises en échange de créations d’emplois. Puis l’organisation patronale avait menacé de boycotter les assises de la fiscalité des entreprises si elle n’était pas entendue sur ce sujet. François Hollande a saisi la perche, en avançant l’idée d’un “ pacte de responsabilité ” : baisse des charges contre créations d’emplois. »

ournant ou pas tournant ?

On attend François Hollande sur la clarification de sa politique générale, sur la fiscalité pour les ménages (quid de la « remise à plat fiscale » annoncée par Jean-Marc Ayrault ? Baisse ou pas des prélèvements obligatoires ?), les dépenses publiques (leur réduction d’au moins 50 milliards est devenue le leitmotiv de l’Elysée, au grand dam de l’aile gauche du PS, qui craint le pire quand le Président parle des « excès »), mais aussi le « choc de simplification », censé faciliter les démarches qui « paralysent l’action des entreprises et empoisonnent la vie quotidienne ».

« Tournant » ou « pas tournant » : c’est le débat le plus creux de ce début d’année. La vérité, c’est que Hollande a « tourné » dès le début de son quinquennat, en renonçant à secouer l’Europe et à la convaincre d’abandonner l’austérité généralisée. Il a mis le cap sur la rigueur budgétaire dès mai 2012, puis sur une politique de compétitivité en novembre 2012, après la remise du rapport Gallois et le lancement du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE).

S’il y a un « tournant », c’est seulement dans la façon de présenter sa politique, désormais dénuée de tout fard : lors de ses vœux à la nation, il a insisté sur la baisse des charges pour les entreprises, l’objectif de baisse des dépenses publiques et des impôts, la chasse aux abus dans les dépenses de sécurité sociale…

« Social-libéralisme »

Hollande, même s’il s’en défend, a rejoint le « social-libéralisme », un concept devenu péjoratif (seuls le consultant Alain Minc, l’ex-ministre Jérôme Cahuzac ou l’UDI Jean-Marie Bockel continuent à s’en réclamer ouvertement). Le social-libéralisme désigne une gauche ayant renoncé à l’intervention de l’Etat dans l’économie. Réconciliée avec l’entreprise, cette gauche libérale prône une modernisation de l’Etat et un assouplissement du marché du travail. Elle se borne à vouloir tempérer les excès du marché par des mécanismes de régulation et des filets sociaux.

Sur les questions internationales, la gauche du PS attend, espère que le Président défende une politique de croissance au niveau européen en rupture avec les choix d’austérité de plusieurs membres de l’Union.

Le rôle et les missions de la France en Afrique devraient aussi être évoqués.

Blandine Grosjean et Pascal Riché

Rue 89 14/01/2014

Avec qui pilote Dassault ?

presse

13/01/2005

Le nouveau Papivore s’appuie sur quatre fidèles lieutenants pour contrôler la Socpresse. Chacun a son rôle pour influencer, gérer les finances, communiquer ou déjouer les pièges.

Pas une ligne ni même un mot dans le Who’s who.Rien dans les bases biographiques diverses. Pas une photographie dans les banques d’images. Très peu de traces sur Internet. Cités de temps à autre, généralement entre deux virgules, les membres de la garde rapprochée de Serge Dassault cultivent une discrétion qui confine à l’organisation secrète. À croire que pour ses affaires de presse, le patron de la Socpresse s’appuie sur des individus aussi dévoués à leur maître que les soldats de la Vieille Garde l’étaient à l’empereur ! Jean-Pierre Bechter, le politique, Philippe Hustache, le financier, et Rudi Roussillon, le communicant, se rencontrent formellement autour de Dassault, chaque mardi matin, pour parler des affaires de presse. En réalité, les contacts ne cessent jamais. Pas une journée sans que Serge Dassault ne mobilise ses lieutenants, le plus souvent via des textos, tôt le matin et jusqu’à 1 h 30 de la nuit, vacances et week-ends compris.

Jean-Pierre Bechter, le politique.

Il est administrateur de la Socpresse et duFigaro,patron de la Semif (Société d’édition de médias d’information franciliens, la société éditrice duRépublicain de l’Essonne,deLa Gazette du Val-d’Oiseet deToutes lesNouvelles de Versailleset de Rambouillet). Quasiment inconnu dans la presse, jusqu’à la prise de contrôle de la Socpresse par Serge Dassault en 2004, d’une discrétion absolue par nécessité autant que par inclination, Jean-Pierre Bechter est le principal artisan de ce coup de maître. C’est lui qui a mené de bout en bout les délicates négociations avec l’ensemble des héritiers de Robert Hersant. C’est encore lui qui faisait l’interface avec Yves de Chaisemartin, l’ex-PDG du groupe, récent candidat malheureux à la reprise des Nouvelles de Versailles et deLa Gazette du Val-d’Oise.C’est toujours Jean-Pierre Bechter qui a géré l’aspect politique et fiscal du dossier. Sa simplicité cordiale, ses relations au sommet de l’État, son sens politique et son carnet d’adresses, réputé l’un des meilleurs de Paris, ont fait merveille.

Belle prestance, l’oeil bienveillant sous un large front dégarni, ce sexagénaire fils d’un gendarme corrézien est tombé très jeune dans la politique. En 1986, il entre à l’Assemblée nationale comme député RPR de Corrèze, suppléant de… l’actuel président de la République. Installé dans le douzième arrondissement de Paris dans les années quatre-vingt, il en est depuis conseiller municipal et fut adjoint au maire. Il est actuellement vice-président du groupe UMP de la capitale. Imaginatif et plein d’idées, gros travailleur coutumier des journées de 15 heures, Bechter a la bonhomie communicative, aussi bien à droite qu’à gauche de l’échiquier.« L’homme est assez agréable de rapport »,confirme Christophe Nadjovski, conseiller vert du 12e. On ne lui connaît qu’un seul ennemi déclaré : Jean de Gaulle, petit-neveu de Charles et son compétiteur à droite lors des récentes municipales, qu’il rend responsable de l’échec de cette dernière, à mille voix près, dans son arrondissement fétiche.

Philippe Hustache, le financier.

Patron des finances du groupe Dassault, il est aussi administrateur de la Socpresse, duFigaro,deL’Express,de Valmonde (Valeurs actuelles, Le Spectacle du monde,etc.) et duJournal des finances.Ancien directeur financier d’Elf de 1985 à 1994, en pleine période de l’affaire Elf, Philippe Hustache n’a été inquiété à aucun moment par la justice. Requis par le parquet, il a expliqué au tribunal le jeu des commissions de la compagnie pétrolière.

Installé depuis 1994 au rond-point des Champs-Élysées auprès de Serge Dassault, cet inspecteur des finances sexagénaire travaille entouré d’une dizaine de collaborateurs seulement. Pas de consultants, pas de grands cabinets, Hustache s’appuie sur des circuits courts. On le présente comme un génie de la gestion, des finances, du contrôle de gestion, mais aussi des structures de société. C’est lui qui s’est attelé à la tâche titanesque de simplification des cascades de sociétés de la Socpresse, issues des rachats successifs effectués par Robert Hersant et pieusement conservées depuis par ses successeurs.« Une immense rigueur et une droiture extrême »,dit de lui un cadre de Dassault Aviation.

Bernard Monassier, le notaire.

Bernard Monassier, administrateur de la Socpresse, est le conseil et le notaire de Serge Dassault depuis 1986. Ce sexagénaire à grosses lunettes est le propriétaire de la première étude française. Passé du droit notarial au droit commercial, il a su mettre un incontestable sens des affaires au profit de ses clients, sans oublier le sien. Son étude parisienne compte 70 collaborateurs, auxquels s’ajoutent quelque 600 employés de 24 études associées en France et 17 bureaux de représentation à l’étranger.

Il est l’oeil juridique et fiscal de Serge Dassault. C’est lui qui avait tiré la sonnette d’alarme sur le projet d’échanges de participations avec le groupe Bouygues, décelant un piège dans le projet de ce dernier de monter à la minorité de blocage. Avec le financier Hustache, le notaire Monassier s’attache à démêler l’écheveau de… 197 sociétés existant sous le holding Socpresse.

Rudi Roussillon, le communicant.

images-1Il est administrateur de la Socpresse, du Figaro, de L’Expresset président de la Société de gestion du Figaro.Rudi Roussillon figure aussi dans le personnel de la Semif et occupe la vice-présidence du groupe Valmonde et celle de la Société du Journal des finances.

Présent depuis neuf ans aux côtés de Serge Dassault, Rudi-Pierre Johnston-Roussillon pour l’état civil, gère la communication et les relations extérieures du patron. Cordial et fin, Rudi Roussillon joue avec un art consommé du discours officiel et de l’information confidentielle… contrôlée. Il accompagne Dassault dans certains rendez-vous politiques, auprès des instances de presse ou des étudiants, il gère ses interviews dans les médias, aplanit les émois suscités parfois par les appréciations à l’emporte-pièce de l’avionneur.

L’homme parle volontiers de tous les sujets, sauf de son passé de communicant, dans les années 1980, dans le giron du Parti républicain et de ce que l’on appelait alors la « bande à Léo » (François Léotard, Alain Madelin et Gérard Longuet). Lui aussi tient à rester dans l’ombre.« Vous ne trouverez aucune photo de moi,prévient-il.Je les ai toutes fait enlever. »Recherches faites, c’est vrai, pour lui comme pour ses compagnons. Pour le public, les lieutenants de Dassault n’ont pas de visage.

Information traitée dans Stratégies Magazine n°1352

Retraites : ce qui attend les jeunes

1937784-retraites-la-duree-de-cotisation-va-passer-a-41-5-ansLa réforme des retraites a été adoptée le 18 décembre à l’Assemblée nationale. Une potion qui risque d’être amère pour les générations nées en 1973 et après. Retour sur l’impact prévisible de la hausse à 43 ans de la durée de cotisation .

La durée de cotisation nécessaire pour pouvoir toucher une retraite à taux plein va être progressivement relevée jusqu’à 43 ans pour les générations nées en 1973 et après, c’est-à-dire à partir de 2035.

Même diluée dans le temps, la potion n’en reste pas moins amère pour les générations concernées. D’autant plus qu’elles sont confrontées depuis longtemps à des difficultés d’insertion sur le marché du travail. L’âge moyen auquel on valide une première année de cotisation recule en effet sensiblement : il est passé de 20,8 ans pour la génération 1954 à 23,4 ans pour la génération 1974. De la même manière, la durée d’assurance validée à 30 ans diminue nettement : elle est passée de dix ans et trois trimestres pour la génération 1950 à sept ans et trois trimestres pour celle de 1974. Celle-ci devra donc attendre au moins l’âge de 65 ans pour avoir cotisé les 172 trimestres (ou 43 années) imposés par la nouvelle réforme.

Mais ce n’est qu’une moyenne : 20 % de la génération née en 1974 a cotisé moins de cinq ans à 30 ans, ce qui les amène à 68 ans dans le meilleur des cas. Ils pourront certes partir à 67 ans sans décote (c’est l’âge du taux plein), mais ils seront tout de même pénalisés au niveau du montant de leur pension puisqu’il leur manquera encore des trimestres. Dans la génération 1974, ils sont 44 % à avoir cotisé moins de sept ans et demi à l’âge de 30 ans. C’est donc presque la moitié de cette génération qui ne pourra de toute façon pas prétendre à une retraite à taux plein avant l’âge de 65,5 ans.

On ne connaît pas les chiffres, mais avec la crise, la situation s’est à coup sûr aggravée encore pour les générations arrivées ensuite sur le marché du travail, puisque le taux d’emploi des 15-25 ans a fortement baissé depuis 2008.

Quant à ceux qui auront connu des périodes de chômage non indemnisé ou qui auront travaillé à temps très partiel, ils devront rester en activité encore plus longtemps. S’ils ne le souhaitent pas ou s’ils ne le peuvent pas (pour des raisons de santé ou faute d’emploi), ils devront se contenter d’une retraite incomplète.

Laurent Jeanneau

Source : Alternative Economique Déc 2013

Voir aussi : Rubrique Actualité France, rubrique Politique économique, rubrique Société, rubrique Politique, L’art d’habiller un recul en avancé,

Drones : les secrets de la success-story israélienne.

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Par Nathalie Hamou

Fort de trente ans d’expérience opérationnelle, l’Etat hébreu s’est imposé comme le premier exportateur mondial de drones militaires. Une longueur d’avance que le pays s’efforce de conserver.

On se croirait sur le plateau de tournage d’un film de science-fiction. Mais l’engin futuriste qui trône dans le bureau d’études tout en longueur de la start-up Urban Aeronautics, nichée dans la zone industrielle de Yavne, au sud de Tel-Aviv, n’est pas sorti de l’imagination d’une poignée de doux rêveurs. Fruit de onze années de recherche (soit 37 brevets au compteur) et de 20 millions de dollars d’investissements, l’hélicoptère sans pilote « Air Mule », financé en partie par le ministère israélien de la Défense, ambitionne d’apporter aux flottes militaires une solution totalement inédite. Avec deux rotors intégrés à son châssis, cet aéronef « tout-terrain » à décollage et atterrissage vertical, a été conçu pour voler à basse altitude en milieu urbain, afin de permettre aux armées de ravitailler leurs contingents et d’évacuer leurs blessés. Deux types d’interventions qui échappent encore au rayon d’action des drones militaires spécialisés dans des missions de surveillance ou de combat. Sans doute pas pour très longtemps.

Derrière le projet d’Urban Aeronautics, dont le lancement commercial est prévu à l’horizon 2018, se trouve le gotha de la filière. Le fondateur de la jeune pousse, Rafi Yoeli, soixante et un ans, est passé par les rangs de l’entreprise étatique « Israel Aerospace Industry » (IAI). Ce champion national est à l’origine du Heron, le système d’avion sans pilote Male (moyenne altitude longue endurance) ayant servi de base aux quatre drones Harfang – issus d’une coopération avec EADS – que possède la France. Ce docteur en aéronautique a aussi officié chez Boeing avant de créer la société à l’origine des minidrones Skylark, qu’il cédera au groupe israélien Elbit Systems, l’autre grand nom du secteur, coté au Nasdaq. « Notre équipe ne compte pas moins de trois ingénieurs ayant participé à Scout, le premier programme d’appareils télécommandables lancé par Israël », souligne l’inventeur de la « Mule », bien décidé à poursuivre sur cette lancée. « L’Etat hébreu a inventé le concept des drones. Le pays a été le seul à occuper le créneau pendant une quinzaine d’années. La même chose se produira avec la nouvelle catégorie d’appareils sans pilote que nous cherchons à promouvoir. »

La leçon de la guerre de Kippour

C’est un fait que nul ne conteste. Israël est devenu le premier exportateur mondial de drones militaires, qu’il utilise depuis près de trente ans pour protéger son territoire. Selon une étude du cabinet Frost & Sullivan publiée en mai, le pays a vendu pour quelque 4,6 milliards de dollars de drones tactiques (d’observation) ou stratégiques (dotés de capacités offensives) entre 2005 et 2012 : une catégorie qui pèse près de 10 % de ses exportations de matériel militaire. A titre de comparaison, les firmes américaines – traditionnellement tournées vers leur marché domestique – arrivent en seconde position, avec un chiffre de 2,9 milliards de dollars sur la période. Totalisant près de 1 millier de drones vendus dans 42 pays utilisateurs (à 80 % par IAI), l’Etat hébreu a pu, il est vrai, fonder son leadership sur une expérience opérationnelle inégalée.

« Ce n’est pas un hasard si l’idée du drone militaire, qui a récemment démontré son efficacité au Mali, en Irak ou en Afghanistan, est née en Israël. Notre pays a dû livrer très tôt des conflits asymétriques et affronter des organisations terroristes dotées d’armes avancées », fait valoir Yaki Baranes, du bureau israélien de Frost & Sullivan. Pour comprendre l’origine de la success-story des drones israéliens, il faut se rendre dans les locaux de la division Malat (avions sans pilote, en hébreu) du fabricant IAI. C’est dans l’enceinte de ses ateliers sécurisés, situés à quelques encablures de l’aéroport international Ben Gourion, que la technologie des drones a été imaginée de A à Z, dans le sillage de la débâcle de la guerre de Kippour survenue voilà tout juste quarante ans.

« L’offensive surprise des forces égypto-syriennes de 1973 avait coûté la vie à environ 200 pilotes et hommes d’équipage israéliens. C’est alors qu’une petite équipe d’ingénieurs dont je faisais partie s’est mise à concevoir une sorte de caméra volante, susceptible de transmettre des informations en temps réel et de permettre à l’armée de mener des opérations en 4D. Au sein d’IAI, c’est un euphémisme, peu de gens ont cru au projet », raconte au terme de quarante ans de carrière, le franco-israélien David Harari, artisan de la division Malat, et ex-vice-président de la R&D du groupe.

En 1977, IAI signe toutefois un premier contrat avec le ministère de la Défense et le programme national d’appareils sans pilote peut prendre son envol. « Scout » fait rapidement ses preuves. « L’armée israélienne a été l’une des premières à comprendre qu’il lui fallait changer de doctrine militaire et intégrer cet outil à son système de renseignements », poursuit le « père » des drones israéliens.

Si ces derniers sont utilisés pour la première fois lors de la guerre du Liban de 1982, c’est la guerre du Golfe de 1991 qui en fait décoller les ventes à l’international. Après avoir livré une centaine de drones de reconnaissance Pioneer à la marine américaine, IAI met au point son produit best-seller le système Heron 1 (inauguré en 1994). Cet engin totalise dix-huit clients dans le monde, et s’est vendu à 150 exemplaires (une trentaine de modèles sont en cours de livraison), dans une fourchette de 20 à 50 millions de dollars en fonction des charges utiles et des options. A savoir des caméras optiques et thermiques, des radars et autres viseurs laser qui constituent le nerf de la guerre, et le principal poste budgétaire de l’appareil. « Le principal avantage de notre modèle Male est de proposer un système ouvert et flexible. Le client peut choisir d’installer son propre système d’informations. Ou d’utiliser le matériel d’IAI. Puisque nous sommes un des rares fabricants à effectuer des transferts de technologies », explique Jacques Chemla, l’actuel directeur de Malat, un autre pionnier de l’industrie des drones, qui fut à l’origine de la technologie israélienne « d’atterrissage et de décollage » automatique.

La volte-face française

Une réponse à peine voilée à la décision française, annoncée peu avant l’été, d’acquérir douze drones de fabrication américaine Reaper (General Atomics), pour le renouvellement de ses drones Male. Plutôt que se fournir en Heron TP, le dernier né d’IAI (mis en service en 2010), capable de frappes lointaines, et dont la « francisation » devait être assurée par Dassault. Conçu dans le cadre programme national associant Elbit Systems et le missilier Rafael, cet appareil qualifié pour emporter une tonne de charge utile qui intéresserait notamment l’Allemagne, n’a pas encore trouvé son premier client à l’export. Cette situation n’inquiète pas outre mesure la division Malat : le délai avait été de six ans pour le Héron 1. En revanche, la volte-face française est présentée côté israélien comme une décision allant à l’encontre de toute logique industrielle. « Non seulement la francisation du Reaper est une utopie, prévient-on dans l’entourage de l’avionneur, mais jamais l’armée de l’air française n’aura accès au coeur du système (d’espionnage) américain. L’Union européenne s’offense de l’affaire Snowden, alors comment Paris peut-il prendre le risque d’introduire le loup dans la bergerie ? » A en croire Jacques Chemla, il reste néanmoins acquis qu’Israël ne pourra conserver son avantage dans les drones militaires « qu’en continuant à partager sa technologie ». A fortiori, dans un environnement de plus en plus porteur…

Un diagnostic confirmé par son concurrent issu du secteur privé, Elbit Systems. Comme IAI, le groupe de Haïfa qui assure 85 % de l’équipement de l’armée de l’air israélienne en drones tactiques avec son modèle Hermès 450, constate que la place des drones ne cesse de croître au sein des forces aériennes. Pour Tsahal, qui a mobilisé pour la première fois sa flotte de Heron lors de l’opération menée en 2008 dans la bande de Gaza, l’évolution est nette : le nombre de missions assurées par des avions sans pilote, au coût moindre que celui des avions de combat, devrait passer de 50 à 80 % dans les décennies à venir. Une tendance observée au plan mondial et que les coupes claires dans les budgets défense ne peuvent que renforcer. « Le marché des drones militaires reste promis à une belle croissance, mais il nous faut saisir de nouvelles opportunités, en particulier du côté des pays émergents » pointe Danny Israeli, en charge du développement commercial de la branche d’appareils sans pilote (UAS) d’Elbit. Fournisseur de drones tactiques de l’armée de terre britannique en coopération avec Thalès, la firme a annoncé voilà deux ans un accord de coopération stratégique dans le secteur des avions sans pilote avec le constructeur brésilien Embraer.

Afin de rester dans la course, la filière doit aussi redoubler d’efforts en matière d’innovation. Investissant le quart de sa R&D dans le secteur des drones, IAI joue à fond la carte de la miniaturisation, avec son modèle Bird Eye (4 kilos), exporté depuis six ans, qui tient dans un sac à dos et peut être lancé avec un lance-pierres en caoutchouc. « A terme, l’avionique du Heron tiendra dans un boîtier de la taille d’un téléphone portable », prédit Jacques Chemla. Parmi les avant-projets mobilisant les nanotechnologies : le drone papillon qui sera opérationnel dans un peu plus d’un an. Pesant moins de vingt grammes, le « Butterfly » a été mis au point par Dubi Benyamini, un ingénieur d’IAI spécialisé en microrobotique, par ailleurs président de la société israélienne des lépidoptères… Autre piste de réflexion : le développement de satellites tactiques à usage militaire, sachant qu’il est aussi techniquement possible de produire des drones capables de sortir de la stratosphère avec des capteurs de très longue portée.

Reste que la filière des drones israéliens lorgne sur un autre débouché à fort potentiel : le marché des applications civiles. « Pour l’heure, on se heurte à des obstacles majeurs en matière de réglementation comme sur le plan technique puisqu’il n’existe pas encore de système d’évitements de type « sense and avoid », souligne-t-on chez Elbit. Mais il est évident que l’on se tient prêt à effectuer des transferts de technologies (du militaire vers le civil) de façon à accompagner cette révolution. » C’est aussi l’avis de Rafi Yoeli, l’ingénieur d’Urban Aeronautics qui envisage à terme de lancer une version civile de son engin pour desservir le secteur agricole ou intervenir lors de catastrophes naturelles. Même si sa priorité du moment reste d’introduire le premier son drone ambulance (et ravitailleur) pour accompagner les guerres du futur…

Les points à retenir
Les drones militaires israéliens ont été utilisés pour la première fois lors de la guerre du Liban, en 1982. Mais c’est la guerre du Golfe, en 1991, qui a fait décoller les ventes à l’international.Via ses deux fabricants IAI et Elbit Systems, Israël a vendu pour quelque 4,6 milliards de dollars de drones tactiques ou stratégiques entre 2005 et 2012.Les firmes américaines en ont vendu pour 2,9 milliards sur la période.D’après l’armée israélienne, le nombre de missions assurées par des avions sans pilote devrait passer de 50 à 80 % dans les décennies à venir.

Par Nathalie Hamou

Source Les Echos.fr 03/10/2013

Voir aussi : Rubrique Israël, rubrique Défense,

La culture vaut bien 435 kilomètres d’autoroute

La culture au régime des pièces jaunes

La culture au régime pièces jaunes

En 1966, alors qu’il défendait le budget des maisons de la culture, André Malraux avait lancé cette phrase aux députés : « Mesdames et messieurs, ce que je vous demande, c’est exactement vingt-cinq kilomètres d’autoroute. » La décentralisation culturelle vivait ses premières années, et le ministre des affaires culturelles souhaitait minimiser les sommes en jeu.

Cette citation de Malraux a été exhumée, il y a quelques jours, par le rapporteur spécial de la commission des finances, le socialiste Pierre-Alain Muet, à l’occasion du vote en première lecture du budget de la culture pour 2014, mercredi 13 novembre.

Il s’agissait de montrer, près de cinquante ans plus tard, que les sommes en jeu sont toujours dérisoires. M. Muet ne cache pas son désaccord avec la décision du gouvernement de diminuer de nouveau l’enveloppe de la Rue de Valois (– 2 %), comme en 2012. Les économies escomptées sont « une goutte dans l’océan des déficits », mais les conséquences peuvent être très dommageables sur le terrain, dit-il.

La droite n’a jamais osé le faire, entre 2007 et 2012, mais la gauche l’assume : c’est la crise et la culture doit, elle aussi, contribuer au redressement des comptes publics – même si quelques secteurs, comme l’éducation ou la justice, sont heureusement épargnés. François Hollande n’a pas tenu sa promesse de campagne, quand il parlait de « sanctuariser » la culture. Certes, il n’avait pas annoncé le grand soir, ni prôné le doublement du budget, comme l’avait fait Martine Aubry durant la primaire socialiste.

De fait, la mission « culture » pèse moins de 1 % du budget de l’Etat : elle comprend la création – spectacle vivant, arts plastiques… –, la transmission des savoirs et la démocratisation culturelle, ainsi que le patrimoine, pour une enveloppe totale de 2,7 milliards d’euros. Soit 435 kilomètres d’autoroute, si l’on actualise la métaphore de Malraux – le coût moyen d’un kilomètre étant estimé actuellement à 6,2 millions d’euros. Certains diront que l’on a fait du chemin depuis les années 1960 ; d’autres répondront que l’on n’ira pas bien loin en 2014.

Si l’on ajoute les crédits consacrés aux médias, à la lecture, et aux industries culturelles, le budget global du ministère de la culture s’établit à 7,26 milliards d’euros. En bon soldat, la ministre de la culture, Aurélie Filippetti, répète qu’« une politique culturelle ne se résume pas à une accumulation de dépenses ».

Certes, mais personne n’est dupe. Et la parole se libère au sein du PS. Le rapporteur spécial de la commission des finances estime que la baisse du budget culture pour 2014 est « un non-sens économique », et rappelle, par exemple, que les gains de productivité du travail sont inexistants dans le spectacle vivant : une représentation du Médecin malgré lui, ou une interprétation de La Flûte enchantée, nécessite à peu près la même quantité de travail qu’à l’époque de Molière ou de Mozart.

DES COÛTS CROISSANTS

Le secteur est ainsi confronté par essence à des coûts croissants, et l’on ne pourra le préserver qu’à la condition de le soutenir par un financement public important, et qui doit augmenter. M. Muet n’accable pas pour autant la ministre, et salue ses choix clairs : arrêter quelques grands chantiers dispendieux, faire peser l’effort principalement sur les gros vaisseaux (Opéra de Paris, etc.), ou conforter les crédits de l’éducation artistique et culturelle – 39 millions d’euros, soit 6 kilomètres d’autoroute.

Reste à changer les mentalités. En 2013, la culture doit toujours justifier son existence. Comme si la beauté d’une oeuvre, qui elle peut changer la vie, ne suffisait pas. Que dit-on, à droite comme à gauche ? Que la culture est source de développement économique, qu’elle attire des touristes, génère des nuits d’hôtel, crée des emplois, etc. Une fois que l’on a dit ça, la culture ne fait (presque) plus débat.

Une récente étude, intitulée « Panorama économique des industries culturelles et créatives en France », montre qu’avec un chiffre d’affaires de 75,6 milliards d’euros, la culture se place désormais devant l’industrie automobile. On a décidément du mal à décoller du bitume, même si l’intention est louable : munies de ces chiffres-clés, les sociétés de droit d’auteur (Sacem, SACD…), constituées en lobbies, veulent peser davantage dans les arbitrages de la Commission européenne, et sauvegarder l’exception culturelle.

Un autre rapport du même, émanant cette fois-ci des services ministériels, sera bientôt dévoilé : des inspecteurs généraux des finances, et leurs homologues aux affaires culturelles, ont été chargés d’évaluer les retombées économiques et sociales du secteur culturel.

Avec cette étude maison, validée par le tampon de Bercy, Mme Filippetti entend montrer que la culture ne génère pas que des dépenses, dans le but tout aussi légitime de clouer le bec au populisme ambiant – les artistes sont des privilégiés, ils nous coûtent cher, etc. « Pas de redressement productif sans redressement créatif », répète la ministre.

Nul ne sait si les auteurs de ce rapport, attendu fin novembre, vont évaluer l’impact de la baisse du budget de la culture : combien d’emplois perdus, et de recettes en moins pour les musées et les salles de spectacle ?

Clarisse Fabre

Source Le Monde 15/11/2013

Voir aussi : Rubrique Politique Culturelle,