Mémoires combattantes

Livre document. Témoignages de résistant(e)s de l’Hérault et de la région recueilli par François Berriot.

resistance-zone-sudL’universitaire montpelliérain François Berriot vient de publier aux éditions de l’Harmattan La France Libre, la résistance et la déportation (Hérault, Zone Sud). Ce livre constitué de vingt-quatre témoignages d’hommes et de femmes qui furent des acteurs de la Résistance dans notre région a été réalisé avec le soutien du Centre régional d’Histoire de la Résistance et de la Déportation basé à Castelnau-le-lez.

En zone Sud, la Région 3 regroupe l’Aude, l’Aveyron, le Gard, l’Hérault, la Lozère et les Pyrénées-Orientales. La naissance des maquis, à partir du printemps 1943, répond à des contingences topographiques et sécuritaires, délaissant la plaine côtière et la frontière espagnole au profit de l’arrière-pays. Mais les actes de résistance débutent bien en amont. L’ouvrage met notamment en exergue comment le combat contre l’occupant s’est nourri ici de l’expérience des Républicains espagnols. Comme le démontre le témoignage de Candido Lopez, en charge du dynamitage des trains entre Mireval et Frontignan qui débute dans le village espagnol de Prahua dès 1934 et passe par les conditions lamentables du camp d’Argelès.  » Le 28 février 1939, nous arrivons à la frontière épuisés. Un autre cauchemar nous attend en France. « 

Beaucoup de jeunes combattants rejoignent la résistance pour échapper à la mobilisation des travailleurs français requis pour le S.T.O afin de travailler pour le Reich. Jean Soto de Paulhan, évoque, lui, son expérience au sein des  » Groupe Francs « , puis des M.U.R (Mouvement unis de Résistance) et les contacts avec le Maquis de Bir Hakeim qui se déplace dans le Languedoc-Roussillon et le Sud Ouest.

On survole les techniques de guérilla adoptées, ponctuelles et diffuses. On mesure la volonté d’action de la jeunesse comme l’incertitude liée à la particularité des luttes qui contournent l’affrontement direct avec l’ennemi.  » Ce livre se veut uniquement un recueil de témoignages, confié par l’écrit ou, ce qui est encore plus émouvant, par la parole orale, précise François Berriot dans la préface, il ne prétend ni à l’exhaustivité ni au réalisme historique. « 

Il est peu question de l’aide fluctuante des Alliés et des choix politiques qui ont joué sur la nature et l’activité de ces maquis. La force de ce recueil vient de l’expérience humaine vécue. De la détermination profonde que le lecteur saisit entre les lignes du récit. Une force qui contribua à la libération du territoire particulièrement violente autour de la capitale régionale. Le livre participe à la construction d’une mémoire combattante, mémoire collective en lien avec le passé des hommes et des femmes, complémentaire à la version historique.

Jean-Marie Dinh

La France libre résistance et la déportation  (Hérault zone Sud) Editions de l’Harmattan

Voir aussi : Rubrique livre La  marche écrivains,

 

La reconstruction de la Bosnie, objet d’un prochain forum à Sarajevo

L’émergence d’une société civile commune aux différentes ethnies en Bosnie-Herzégovine favoriserait la reconstruction et le développement du pays, selon plusieurs associations organisatrices d’un forum sur le sujet à Sarajevo pendant trois jours à partir du 14 avril.

Sarajevo

Sarajevo

Depuis la fin de la guerre de Bosnie en 1996, « la société civile est plus importante et se fait mieux entendre » a déclaré Srdjan Dizdarevic, ancien président du Comité Helsinki pour les Droits de l’homme, en présentant ce colloque jeudi à Paris. Selon lui, l’émergence de la société civile se manifeste notamment dans les mouvements de jeunes bosniens se disant « anarchiques ». Ces groupes n’ont pas de structure classique (sous forme de parti politique par exemple) mais ils sont très dynamiques. Début 2008, plusieurs milliers de personnes ont défilé pendant plusieurs semaines dans les rues de Sarajevo pour protester contre l’immobilisme du gouvernement sur les violences interethniques.     La situation sociale reste fragile et les revendications sont nombreuses. « Le pays est aujourd’hui à 60 ou 70 % du développement d’avant-guerre. Il reste très bureaucratisé avec 40 % de pauvres ». Selon Srdjan Dizdarevic, « le pouvoir se refuse à tout dialogue, en essayant parfois même de corrompre ces réseaux ».

Julie Biro, membre du Comité d’action contre la faim et pour le développement (CCFD Terre solidaire), a insisté sur la responsabilité de l’Union européenne dans le développement du pays. Or, l’UE ne soutient pas le forum de manière officielle. « L’Europe ne va pas au-delà du discours nationaliste des dirigeants. Elle n’est pas attentive à cette expression d’une alternative possible au sein de la société civile ».
Pourtant, l’adhésion à l’UE serait « extrêmement bénéfique » pour la Bosnie : « Une identité européenne permettrait de gommer certains antagonismes et de diminuer les rivalités entre ethnies, a expliqué Srdjan Dizdarevic. L’harmonisation passera par Bruxelles et non par Sarajevo. Selon les sondages, 76 à 82 % de la population est favorable à l’adhésion, a-t-il rappelé.

AFP 08 04 10

Berlusconi triomphe d’une faible opposition

regional_berlusconiAprès le décompte des voix, l’alliance de centre-droit du Premier ministre Silvio Berlusconi sort vainqueur des élections régionales italiennes. Elle a pu prendre quatre régions à la gauche. Pour la presse européenne, l’alliance de Berlusconi n’est pas seulement attrayante de par son populisme, mais aussi en raison des faiblesses criantes de l’opposition.


La formule du Cavaliere gagne de nouveau

La gauche n’offre aucune alternative aux électeurs en Italie, estime le quotidien Diário de Notícias, qui explique ainsi la victoire du parti du Premier ministre Silvio Berlusconi : « Les résultats montrent de nouveau que bien que la moitié … des Italiens déteste le Cavaliere, l’autre moitié s’identifie à lui. C’est finalement un homme qui s’est construit une fortune, qui possède le club de football du Milan AC et qui est toujours entouré de belles femmes. A 73 ans, il constitue un véritable symbole de succès. Mais avant toute chose, la victoire de Berlusconi montre une nouvelle fois qu’il n’existe aucune alternative à gauche. Même avec Romano Prodi ou Massimo D’Alema, la gauche n’est jamais parvenue à former une forte coalition à même de conserver le pouvoir. Ce n’est pas un hasard si Berlusconi, qui a déjà été élu trois fois au poste de Premier ministre, soit le seul chef de gouvernement italien qui ait effectué un mandat complet au pouvoir depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. » (31.03.2010)

Diário de Notícias – (Portugal)


L’opposition doit proposer des alternatives

L’alliance de centre-droit du Premier ministre italien Silvio Berlusconi a fait un meilleur résultat qu’escompté lors des élections régionales. Les électeurs punissent ainsi l’opposition de ne pas proposer d’alternative, estime le quotidien progressiste Romano Prodi  : « De ce point de vue, il est inutile que le Parti démocrate s’obstine à vouloir trouver des solutions en changeant de chef de parti. Il est également absurde de croire qu’il pourra se libérer de sa perte d’identité sans une véritable clarification de son rôle. Surtout avec une équipe de dirigeants qui a vieilli au sein d’un déclin étouffant fait de luttes intestines. Il n’y a que deux issues : la première consisterait pour le Parti démocrate à représenter la majorité de l’opposition dans notre pays et à obtenir de temps en temps des victoires provisoires grâce à des erreurs flagrantes des adversaires. La deuxième passe par l’ambition de persuader une partie de l’électorat de Berlusconi et [du chef de la Ligue du Nord Umberto] Bossi que l’on peut aussi gouverner l’Italie autrement. » (31.03.2010)

La Stampa -( Italie)

La réévaluation du yuan en question

Une réévaluation de la monnaie chinoise, le yuan, comme l’ont récemment demandé les Etats-Unis, ne résolvera pas le déséquilibre du commerce mondial et pourrait même menacer l’économie mondiale, ont déclaré des experts ainsi qu’une agence de l’ONU.

CHINA CURRENCYLe poids du rééquilibrage de l’économie mondiale ne doit pas reposer sur un seul pays et sur sa monnaie, a déclaré mardi la Conéfrence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). « Attendre de la Chine qu’elle livre son taux de change à la merci de marchés hautement incertains et qu’elle prenne le risque de s’embourber dans une crise à la japonaise suite à l’appréciation de sa devise c’est ignorer l’importance du yuan pour la stabilté intérieure chinoise ainsi que pour la stabilité régionale et mondiale », souligne un document d’orientation émis par l’agence onusienne. Une perte de compétitivité de la Chine aurait des conséquences dangereuses pour le monde, précise le document.

Soumis à la pression des échéances électrorales et du taux de chômage élevé, cinq sénateurs américains ont présenté mardi un projet de loi comportant des sanctions sévères à l’encontre de la Chine au cas où elle ne réévaluerait pas sa monnaie. Ce projet est l’une des diverses propositions présentées par les membres du Congrès américain contre ce qu’ils appellent un yuan délibérément sous-évalué. Lundi, 130 membres du Congrès ont écrit au gouvernement, demandant à l’administration Obama de prendre des mesures pour tenter de réévaluer le yuan par rapport au dollar.

Cepandant, la CNUCED a noté qu’un système de taux de change complètement fixe/lié ou à l’inverse entièrement flexible/flottant nest pas efficace. L’expérience montre que ces « fausses solutions » contribuent à la volatilité et aggravent les déséquilibres mondiaux. Selon l’agence onusienne, la Chine est l’économie émergente qui a le plus oeuvré pour stimuler la demande intérieure pour lutter contre la crise mondiale. Ainsi, le volume de ses importations s’est considérablement accru. La consommation privée chinoise a augmenté à l' »allure folle » de 9% en 2009 en chiffres absolus, dépassant de loin les tentatives des autres grandes économies de relancer leur marché intérieur, a précisé la CNUCED.

Les tensions autour du yuan chinois ont commencé à émerger un mois avant que le département du Trésor américain ne décide ou non de qualifier dans son rapport semestriel au Congrès la Chine comme un pays manipulateur de devise. Le président Barack Obama a demandé jeudi dernier à la Chine d’adopter un taux de change davantage orienté vers le marché, ou de permettre le renforcement du yuan.La pression du président américain sur la Chine concernant le taux de change de sa monnaie est une manifestation de l’hypocrisie des pays occidentaux et ne fonctionnera pas, a déclaré un économiste britannique. » Le président joue avec le feu (…) Obama doit vraiment faire preuve de prudence. Les Etats-Unis courent le risque de déclencher ce qui pourrait devenir une guerre commerciale acharnée », a écrit dans le Sunday Telegraph Liam Halligan, économiste en chef chez Prosperity Capital Management. Même si les exportations chinoises se sont accrues de 46% au cours des deux premiers mois de 2010 en glissement annuel, il faut relativiser cette augmentation qui part d’un niveau bas dans la mesure où le mois de février 2009 se trouvait au milieu de la tempête des subprimes qui avait pris naissance aux Etats-Unis, a-t-il noté.

Il a également souligné le fait que l’excédent commercial de la Chine a chuté de 51% au cours de la même période, ce qui signifie que le fruit des exportations de la Chine a été inférieur à la hausse des importations. « Cela n’appuie pas l’hypothèse de M. Geithner (secrétaire américain au Trésor) selon laquelle le yuan est bien trop bas », a martelé M. Halligan. Evoquant l’appel lancé par M. Obama à la Chine pour qu’elle adopte un « taux de change plus orienté vers le marché », M. Halligan a indiqué que Washington est en fait le plus grand manipulateur de devise au monde.

« La réalité est que la politique du dollar faible des Etats-Unis – pratiquée depuis longtemps pour permettre à la dépréciation de leur monnaie afin de réduire la valeur de leur dette étrangère – est la plus grande manipulation de devise de toute l’histoire de l’humanité », a indiqué M. Halligan.

Xinhua

Voir aussi : Rubrique finance , La Chine resserre ses taux hypotécaires, Si Pékin cessait d’acheter la dette américaine,

Le classique de Calderon traverse le temps

calderon

Photo Philippe Chardon

La vie est un songe est à l’affiche du théâtre des Treize Vents. L’œuvre majeure de Calderon (1600-1681) donnée dans une mise en scène très aboutie de William Mesguich, mérite le déplacement.

Sans renier l’héritage de son père Daniel, William n’a pas la réputation de se reposer sur ses lauriers. Il y a quelques années, il choisit avec sa compagnie Le Théâtre de l’étreinte, de tracer son propre chemin en adoptant la pratique de Molière qui les conduit à parcourir la France à pied pour porter le théâtre là où il n’existe pas. Cette pratique théâtrale de conviction contribue à la redécouverte du texte fort, profond et équilibré du dramaturge espagnol.

Ecrite en 1635, La vie est un songe correspond à la période la plus intéressante de Calderon avant que celui-ci n’entre dans les Ordres. Par ses composantes, notamment le thème de l’illusion, l’intrigue peut évoquer les drames shakespeariens. Comme celle de l’auteur d’Hamlet, l’écriture de Calderon développe une fascinante mécanique de théâtre. Dans un registre sensible moins politique et sanglant, il s’attache davantage à la souffrance psychologique et à la dimension philosophique. Dans cette pièce, la mort ne répond pas à ceux qui l’appellent. Elle vient frapper Clairon, celui qui la craint le plus et n’appartient pas à la noblesse.

L’histoire se situe en Pologne. Le roi Basile voit des présages funestes lors de la naissance de son fils dont la mère meurt en couche. Les signes annoncent que Sigismond renversera et tuera son père pour s’imposer comme un tyran. Pour échapper à ce destin, il le déclare mort-né et l’enferme dès sa naissance dans une zone interdite de son château. Mais gagné par le remords, il décide de lui donner une chance quand l’heure vient de trouver un successeur. Sigismond sera drogué et à son réveil, il se retrouvera Prince. S’il déjoue les présages, il deviendra roi. S’il échoue, il sera renvoyé dans sa prison

Dans cette pièce de l’inquiétude et de l’angoisse, les pistes et les chemins à explorer laissent l’embarras du choix. Le parti pris de mise en scène se libère des convenances de l’âge d’or espagnol sans se couper de la dimension baroque. L’esthétique des décors et la scénographie allient la modernité au côté sombre que recèlent les toiles de Velázquez. On se laisse embarquer dès la première scène par des acteurs irréprochables.

Prisonnier de sa cage de verre, Sigismond n’a vécu que de souffrance. Fils oublié par son père, il se questionne sur ce destin tragique qui lui échappe. A cette question douloureuse et universelle que pose la recherche identitaire, s’adjoint celle du pouvoir et de l’imposture. William Mesguich saisit la notion de transfert qui résonne dans l’œuvre comme une atteinte à la vie et à l’exercice de la responsabilité. Il parvient à toucher notre conscience collective contemporaine. Et dévoile ses peurs face à l’avenir où la fin justifie la volonté stérile et injuste de maîtriser le destin, en usant de tous les moyens. Quand la vie consent au sacrifice de la jeunesse et alimente les guerres préventives, le songe devient terrifiant.

Jean-Marie Dinh

Voir aussi : Rubrique théâtre