Plus de 90 musulmans ont été évacués par l’Organisation des Nations unies (ONU) de Bangui à Bambari, une ville du centre à majorité chrétienne, pour échapper aux violences et exactions dans la capitale centrafricaine, ont déclaré lundi 21 avril des responsables.
Les 93 déplacés, pris en charge par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ont commencé le trajet de 300 km séparant les deux villes dimanche et sont arrivés lundi à Bambari, a annoncé le préfet de Bambari, El Hadj Abacar Ben Ousmane.
Dimanche soir, l’AFP a croisé leurs deux camions encadrés par une grosse demi-douzaine de véhicules de la force française « Sangaris » à proximité de Grimari, une ville sous tension, à 80 km de Bambari. Ils étaient accompagnés par deux voitures du HCR et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). « C’est une mesure visant à sauver leur vie, prise en dernier recours, après avoir longtemps réfléchi sur leur cas », a déclaré Tammi Sharpe, adjointe au responsable du HCR en République centrafricaine.
DÉPLACEMENTS DE POPULATION MASSIFS
Ces déplacés, qui vivaient au PK-12, un quartier anciennement mixte du nord de la ville, où les exactions ont été particulièrement fortes, étaient « constamment attaqués » et vivaient dans des conditions « très tendues », a-t-elle observé. A Bambari, 45 000 habitants, musulmans et chrétiens vivent en « harmonie », a déclaré le préfet. « Nous ne voyons aucun inconvénient à en accueillir d’autres. Nous ne faisons pas de différence », a-t-il poursuivi.
Les déplacements de population sont massifs en République centrafricaine. Des milliers de musulmans ont fui pour les régions dites « islamisées » du nord-est du pays, où ils vivent généralement chez des parents. Des dizaines de milliers d’autres ont gagné les pays frontaliers, Tchad et Cameroun notamment.
Le pays a connu plus d’une année de conflit interne, marqué par des violences intercommunautaires. Les anti-balaka, milices à majorité chrétienne, s’en prennent particulièrement aux populations musulmanes, disant venger les chrétiens des sévices que leur a infligés l’ex-rébellion Séléka, à majorité musulmane, quand elle était au pouvoir entre mars 2013 et janvier 2014.
Le convoi a ainsi été la cible de jets de pierres à Sibut, à moins de 200 km de Bangui, une ville tenue par la Misca (force africaine) mais où les anti-balaka sont très présents, a déclaré un membre de la Misca. D’autres musulmans issus de la même communauté que les 93 déplacés restent encore à Bangui. Leur relocalisation se fera « au cas par cas », selon « la volonté de ces personnes » et celle des autorités centrafricaines, a observé Tammi Sharpe.
Ainsi, il est élu à 81,53%. Je ne m’attendais pas à autre chose. Je ne m’attendais pas à mieux, ni à pire.
Mais je n’avais pas prévu que ce régime allait nous faire boire le calice jusqu’à la lie avec la scène du Président, paralytique, aphasique, poussé vers l’isoloir sur un chariot tel une vulgaire Samsonite.
Je crois que ni la Roumanie de Ceausescu, ni l’Union soviétique de Brejnev, ni l’Ouganda de Idi Amin Dada n’auraient osé une mise en scène aussi macabre. Même les pires goulags avaient le sens de la pudeur.
A Alger, quand le roi est nu, on ne le soustrait pas aux regards de la foule, on ne le drape pas, non, au contraire, on l’exhibe nu au balcon, et on lui fait croire que la foule muette est en délire au spectacle de ses attributs au vent.
Beaucoup d’analystes pensent que l’acharnement du régime d’Alger à jouer la carte de Boutef contre vents et marées vient du fait que le personnage représente une sorte de clé de voûte du système, et que, sans lui, tout volerait en éclats. Ce qui est faux.
Justement parce qu’il ne représente rien
C’est ignorer la mentalité du régime. Le régime tient à Boutef justement parce qu’il ne représente rien, parce qu’il ne pèse rien, parce qu’il ne contrôle rien. Parce qu’il ne peut plus rien dire, rien faire.
Le calcul cynique consiste à dire qu’ils peuvent tenir le pays avec un tétraplégique, avec un trisomique ou même avec la chèvre de Monsieur Seguin.
Le drame de ce pays c’est d’être tombé depuis 1962 aux mains d’une bande « d’anciens maquisards » du FLN qui sont persuadés, convaincus, que l’Algérie est leur butin de guerre, que le pays est une prise de guerre arrachée de force des mains de la France et qui représente depuis leur bien propre, leur propriété privée et exclusive.
Le bail est en leur nom. Et toute tentative d’y changer l’ordre des choses est perçue par eux comme une violation de domicile.
Leur pouvoir ne se discute pas, au nom de la « révolution de 1954 », ils ont tous les droits.
L’Algérie se résume à un derrick
A leurs yeux, l’Algérie se résume à un derrick ; le reste, le peuple, les gens, la jeunesse, les femmes, sont superflus. D’où cette façon de leur faire la nique avec un candidat impotent. Et cela résume toute l’idéologie et la devise même du régime algérien qui tient en une phrase : « Et si tu n’es pas content, frappe ta tête contre le mur. »
Beaucoup aussi assurent que le candidat unique a ramené la paix aux pays et pacifié les âmes. C’est presque la légende dorée ! Il était une fois un pays à feu à sang et, par un grand matin, tombe par miracle du ciel Boutef. Tel Gabriel, l’archange venu de Genève arrête aussitôt le bras armé des islamistes les empêchant d’égorger des millions d’Isaac ou d’Ismaël ! ! !
Depuis, tout le peuple lui voue une reconnaissance infinie. La bonne blague !
L’homme en fait a débarqué en Algérie au moment où le terrorisme s’essoufflait et il a promis la « concorde civile » en effaçant du tableau 200 000 morts, comme une vulgaire faute d’orthographe, sans procès, sans travail de mémoire, sans introspection, sans question.
Pourquoi ce pays s’est-il transformé durant dix années en immense charnier ? Quelle haines, quels désespoirs ont été insufflés à ces jeunes pour qu’ils en viennent à s’égorger les uns les autres comme des moutons ? Pourquoi des milliers de jeunes ont-ils préféré mettre le feu à leur terre plutôt que d’y vivre ?
La question reste posée et le poids de tous ces cadavres n’est pas prêt de disparaître de la mémoire des vivants. Bien sûr, les islamistes n’ont pas réussi à prendre par les armes le pouvoir, mais le régime, pour faire la paix avec eux, leur donné en pâture toute la société.
L’Algérie d’aujourd’hui ressemble à une immense mosquée
L’Algérie d’aujourd’hui ressemble à une immense mosquée peuplée de 36 millions d’individus qui n’ont pas d’autre horizon, d’autre pensée, d’autre chair, d’autre loisir, d’autre respiration que la religion.
Désormais les islamistes n’ont que faire du palais d’Al Mouradia, puisqu’ils squattent le moindre neurone de chaque citoyen.
Je disais que l’Algérie souffre d’une calamité historique, le FLN. Il en est une autre qui est à l’origine de tous ses malheurs : le pétrole.
Manne tombée du ciel, le pétrole, loin de contribuer au développement du pays, en creuse la tombe. Pour l’instant, il permet à ce peuple de consommer ce qu’il veut sans produire quoi que ce soit, de vivre sans travailler, en somme.
L’Algérien importe 100% de ce qu’il consomme, depuis sa baguette importée de Biélorussie à sa barquette de carottes râpées, importée de Nouvelle Zélande.
Chômeurs ou Chinois ?
Avec l’argent du pétrole, Boutef a fait descendre les islamistes du maquis, tout comme il a rempli les chantiers de Chinois. Depuis, des millions de chômeurs algériens, regardent comme des vaches, passer les trains bourrés de milliers de Chinois qui construisent à coups de milliards de dollars des autoroutes qui tombent en ruine en un clin d’œil.
Sans compter la très grande mosquée, rêvée par Boutef, qui coûtera deux milliards de dollars et accueillera 80 000 fidèles d’un coup. Dans un pays où il ne subsiste aucun théâtre, aucune salle de cinéma, où les librairies sont transformées en fast-food où l’on vous propose désormais le must de la gastronomie algérienne : la pizza à la mayonnaise et le couscous frites.
En soixante années de pouvoir absolu, le FLN a réussi à ;
transformer la mer qui baigne les côtes algériennes en décharge publique ;
à faire de ses villes, Constantine, Alger, Annaba ou Oran et toutes les autres, d’immenses bidonvilles, hérissés de paraboles rouillées et de linge en lambeaux ;
à écraser, un à un, et au bulldozer tous les orangers de la Mitidja pour les remplacer par des HLM qui tombent en poussière avant d’être inaugurés et des carcasses en tuiles à neuf trous qui s’écrouleront au premier courant d’air ;
à transformer le Sahara en mouroir et en coupe-gorge ;
à réduire les femmes en ombres d’elles-mêmes, périmées avant que de naître, voilées au premier jour, violées si elles oublient de se coucher avec le soleil.
Le FLN a aussi réussi à ramener l’avenir du pays aux dimensions d’un tapis de prière, à ne laisser aux jeunes comme unique horizon et avenir que le ventre des requins bleus.
Et comme tous les experts s’accordent à dire que les réserves du pays en pétrole vont tarir dans vingt ans, c’est-à-dire demain, on se demande alors que feront alors les 50 millions d’Algériens avec le cadavre de ce pays qu’ils auront eu en héritage. Trouveront-ils alors assez de pierres et de sable pour calmer leur faim ?
* Mohamed Kacimi : Ecrivain, a collaboré au magazine Actuel, et à France Culture. Anime avec Françoise Allaire l’association Ecritures du Monde dont le but est de mette en place des chantiers de théâtre dans les régions sensibles du monde et de diffuser les théâtres étrangers en France. Derniers ouvrages parus: L’Orient après l’amour, Actes Sud, 2009; La Confession d’Abraham, Gallimard Folio 2012
New York, 1939. Une voix perfore le cœur d’une Amérique bipolaire. “Strange Fruit”, acte de naissance de la chanson contestataire, résonne pour l’éternité.
I feel like going home, de Muddy Waters, I got a woman, de Ray Charles, Zombie, de Fela ou encore War, de Bob Marley… Dans la continuité de l’expo « Great Black Music », à la Cité de la Musique, qui rassemble jusqu’en août cinquante ans de musiques noires, Télérama.fr vous raconte chaque semaine l’histoire d’une chanson qui a traversé les générations.
Les dernières notes de Strange Fruit sont souvent suivies d’un silence sidérant. Le night club est plongé dans le noir. Les serveurs ne doivent pas bouger, ni faire le moindre bruit. Chaque soir, le rideau retombe sur l’image de « ces corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud/comme d’étranges fruits aux branches des peupliers ». Le public new-yorkais ne sait pas comment réagir. Doit-il rester grave et recueilli dans un moment d’intense communion avec le peuple noir qui est encore victime des lynchages? Doit-il applaudir à tout rompre la performance sublime de Billie Holiday dont le tour de chant s’achève rituellement par cette lamentation déchirante ? L’intensité de l’instant n’a guère d’équivalent.
Les années 30 touchent à leur fin. New York est une ville vibrante, créative, illuminée. Le Cafe Society qui vient d’ouvrir ses portes sur Sheridan Square, à Greenwich Village, fait vœu d’être le premier night club d’Amérique où noirs et blancs peuvent se mélanger sans y penser. Les amoureux de jazz et les penseurs d’une gauche en verve y font bon ménage et Billie Holiday règne avec autorité sur ce beau monde hédoniste et raffiné. Sa voix est l’expression la plus pure d’une blessure grande ouverte. Elle donne à Strange Fruit une force que rien ne peut dompter. Son timbre est clair, à peine frissonnant, son interprétation lente et posée. La chanteuse qui, en ce printemps 1939, a tout juste vingt-quatre ans, dompte son souffle, impose son rythme, dévoile les images de la terrible scène de lynchage sans forcer le trait. L’émotion est nue. La chanson semble taillée pour elle. A tel point qu’elle a fini par croire qu’elle en était l’inspiration.
be Meeropol, l’auteur derrière le mythe
Dans sa biographie, Lady Sings the Blues, elle raconte que le jour où un certain Lewis Allen s’est présenté à elle avec cette ébauche de chanson, elle a compris immédiatement qu’elle mettait en musique toute l’infamie qui avait tué son père (il est mort d’une pneumonie après que plusieurs hôpitaux du sud ségrégationniste aient refusé de le soigner).
Strange Fruit restera LA chanson de Billie Holiday, mais elle n’a pas été écrite pour elle. Quand elle les interprète pour la première fois, ces trois couplets dépeignant, avec brutalité et ironie, le pourrissement du racisme dans l’air moite des campagnes du Sud (« l’odeur du magnolia, douce et fraîche/et soudain l’odeur de la chair qui brûle ») ont déjà fait leur chemin. Ils ont été publiés, au milieu des années 30, dans un bulletin syndical des enseignants new-yorkais par Abe Meeropol, professeur d’un lycée du Bronx.
A l’origine, Strange Fruit n’est qu’un court poème, Bitter Fruit, (« fruit amer »), inspiré par la photo du lynchage de deux jeunes garçons noirs, à Marion dans l’Indiana. Abe Meeropol, qui se fait appeler Lewis Allan (et non Allen, comme le retranscrit Billie Holiday) pour préserver son anonymat, est un juif américain proche du parti communiste. Il met lui-même son texte en musique et on le reprend régulièrement en chœur dans les meetings politiques. Jusqu’à ce que sa réputation parvienne aux oreilles de Barney Josephson, qui vient d’ouvrir le Cafe Society et n’imagine pas qu’on chante ailleurs ces quelques lignes qui font entrer la chanson contestataire dans un autre âge.
La plus grande chanson du XXe siècle
« C’est la plus affreuse des chansons, dira plus tard Nina Simone. Affreuse parce que violente et dévoilant crûment ce que les blancs ont fait aux miens. » Une des légendes accompagnant Strange Fruit veut que Billie Holiday n’ait pas été « bouleversée » quand Strange Fruit lui a été proposée par son employeur. « Indifférente » ou « mal à l’aise » selon les sources. Elle n’a toutefois pas tardé à se l’approprier et à en faire l’apogée de son tour de chant. Son premier enregistrement date du printemps 1939. Sur le label Commodore, qui a élu domicile dans un petit magasin de la 52e rue, et non sur les disques Columbia avec lesquels elle a signé un contrat : John Hammond, qui a découvert la chanteuse à 17 ans à Harlem, n’a pas voulu se mouiller.
Strange fruit devient vite un succès, mais c’est un succès gênant. Les militants de gauche l’envoient aux membres du Congrès pour les mobiliser. Le Sud ségrégationniste est encore très influent au sein des partis politiques et des médias et la radio passe peu le disque. C’est le bouche-à-oreille qui fait circuler les refrains scandaleux, attire une foule de fervents au Cafe Society et vaut à son auteur une audience très spéciale… celle de la Commission de la Chambre sur les affaires anti-américaines, qui veut savoir si le parti communiste a financé l’écriture de la chanson. Abe Meeropol reste ferme face à ses accusateurs. Quelques années plus tard, il adoptera les enfants d’Ethel et Julius Rosenberg, exécutés pour « espionnage au profit de l’URSS ».
Billie Holiday ne connaîtra rien des avancées de son peuple. Les années 40 et 50 sont pénibles. Dans l’Amérique du maccarthysme, certains clubs refusent qu’on joue Strange Fruit. La chanteuse est obligée de l’imposer contractuellement. Certains soir, elle se plaint des serveurs qui font volontairement tinter leur caisse enregistreuse pendant toute la durée de la chanson. En 1944, elle est à deux doigts d’ouvrir la gorge d’un marin qui la traite de « négresse » A un ami qui l’interpelle, un jour sur une avenue de New York (« comment va la Lady Day ? ») elle répond : « Bof, tu sais, je suis toujours nègre ».
Dans la lente descente narcotique de ses dernières années, Strange Fruit est un morceau toujours plus pesant et douloureux qu’elle ne parvient pas toujours à le chanter. Elle meurt à 44 ans, en 1959. En 1999, Time Magazine décrète que Strange Fruit est la plus grande chanson du XXe siècle.
Parents et amis de militants pro-Morsi condamnés pour les violences de cet été, réunis devant le tribunal dans le sud de Minya. | AFP/-
Un tribunal égyptien a condamné à mort, lundi 24 mars, en première instance, 529 partisans du président islamiste Mohamed Morsi pour la mort d’un officier de police dans la province d’Al-Minya, en Moyenne-Egypte. Ces faits avaient eu lieu lors des événements sanglants qui ont entouré la dispersion en août 2013 des sit-in des Frères musulmans protestant contre la destitution par l’armée du président issu de la confrérie.
Selon l’agence de presse officielle MENA, les accusés étaient également poursuivis pour tentative de meurtre sur deux autres officiers de police, ainsi que pour l’incendie du poste de police de Matay, la saisie d’armes de police et pour trouble à l’ordre public. Dix-sept autres prévenus ont été acquittés, selon l’avocat Ahmed Al-Charif. Seuls 153 des condamnés sont détenus, les autres sont en fuite.
Mohammed Lotfy, fondateur de la Commission égyptienne pour les droits et libertés (ECRF), revient sur le verdict rendu dans le cadre de ce procès, le plus important depuis le début de la répression des pro-Morsi.
Quelle est votre réaction face à la condamnation à mort de 529 partisans des Frères musulmans prononcée par le tribunal d’Al-Minya ?
Ce verdict constitue un choc. Il traduit une culmination de la politisation du judiciaire en Egypte. On a vu beaucoup de procès motivés politiquement, que ce soit à l’encontre des Frères musulmans ou à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme ou des activistes politiques, dans lesquels il y a un biais apparent de la part du tribunal, qui semble motivé par la situation politique. Toute voix s’opposant au gouvernement actuel est sujette à la répression policière (arrestations, torture) ou à des procès inéquitables ne garantissant pas les procédures élémentaires.
Si les procédures étaient respectées, on ne verrait pas de juge donner la peine de mort à plus de 500 personnes. C’est un verdict ridicule au regard de la loi ou même de la logique. Comment 500 personnes peuvent-elles êtres responsables de la mort d’un seul homme ? Le juge a dû se voir autoriser à rendre un tel verdict, en se considérant partie prenante d’un conflit politique. Le verdict vise à envoyer un message politique
En parallèle, le judiciaire fait tout pour laver l’Etat de toute responsabilité quand il y a des violations graves des droits de l’homme contre des citoyens. Depuis la révolution de 2011, les verdicts rendus ont totalement occulté la responsabilité des forces de sécurité dans la mort de plusieurs milliers de personnes en Egypte. Aucun policier n’a été condamné. A chaque fois, les juges ont considéré qu’il n’était pas possible d’établir quel policier avait tiré sur tel manifestant. Dans les cas où un accusé a été nommément identifié, il n’y a eu aucune peine de mort ou de prison. En ce qui concerne les événements d’août 2013, un seul policier a été condamné à dix ans de prison et trois autres à un an avec sursis pour la mort de 37 prévenus lors de leur transport en fourgonnette de police, le 13 août. Des gaz lacrymogènes ont été lancés dans la fourgonnette alors que les prévenus, menottés, ne représentaient pas une menace.
Y-a-t-il eu des violations de la procédure judiciaire dans le cas du procès d’Al-Minya ?
C’est un procès expéditif qui est injustifié. Il n’y a eu que deux sessions [le procès s’est ouvert samedi 22 mars]. La défense n’a pas eu l’occasion de défendre les accusés comme il se doit et notamment de présenter des témoins. Pour comparaison, le procès contre l’ancien président égyptien Hosni Moubarak, jugé depuis août 2011 pour le meurtre de manifestants lors de la révolution de janvier-février 2011, n’est pas terminé.
Pour fonder son verdict, le juge aurait dû prouver que chacun des prévenus a participé au meurtre de l’officier de police. Or, comment faire la preuve en deux sessions de tribunal que chacun des accusés, du numéro 1 au numéro 529, a participé au meurtre ou tué la victime ? Il est difficile de dire s’il y a eu des pressions directes sur le juge. Il est difficile d’imaginer qu’on ait pu dicter un verdict aussi préjudiciable à la réputation de l’institution judiciaire et du gouvernement.
Quelles sont les recours dont disposent les accusés ?
Il y aura très certainement un appel devant la Cour de cassation, comme le prévoit la procédure criminelle en Egypte. On verra alors si la Cour de cassation juge que l’affaire mérite d’être rejugée pour vice de procédure. On espère que ce sera le cas mais, même dans cette éventualité, les accusés vont rester en prison jusqu’au verdict de la Cour de cassation et la tenue d’un nouveau procès, ce qui risque de prendre plusieurs années.
Avant cela, du fait qu’il prévoit la peine capitale, le verdict doit être soumis au mufti d’Al-Azhar [la plus haute institution religieuse d’Egypte] qui va donner au juge son opinion sur ce verdict. Mais ce n’est pas une opinion contraignante et la décision finale revient au juge. Pour exemple, la semaine dernière, dans une affaire relative à la planification d’une attaque terroriste contre le canal de Suez en 2009, le juge a confirmé la peine capitale contre un des 26 prévenus en dépit de l’avis contraire du mufti et sachant que la planification en soi d’une attaque terroriste n’est pas criminalisée par la loi égyptienne.
L’hommage le plus fidèle que l’on puisse rendre à notre consœur et à notre confrère de RFI assassinés au Mali, c’est de défendre le journalisme, la nécessité de ses curiosités et l’exigence de son indépendance. Y compris, sinon surtout, contre ceux qui seraient tentés d’embrigader leurs morts dans leur « guerre contre le terrorisme ».
« La première victime de la guerre, c’est la vérité » : il y a précisément vingt ans, le cinéaste Marcel Ophüls était parti de cette maxime, attribuée à Rudyard Kipling et reprise par l’historien des médias Philip Knightley, pour son exceptionnel Veillée d’armes, enquête sur le journalisme par temps de guerre, de Bagdad à Sarajevo (retrouver ici la rencontre, il y a un an, entre Ophüls et Mediapart). L’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, artisans de la vérité au risque de leur vie, nous rappelle brutalement que la France est en guerre au Mali et que cette guerre, sans autre horizon politique lisible qu’une opération de police antiterroriste, n’est pas près de se terminer.
De cette guerre dans un des pays les plus pauvres de la planète, nous avions regretté à Mediapart (voir ici notre vidéo et là notre réente série) qu’il n’en soit pas débattu de façon plus approfondie, au-delà des refrains va-t-en guerre de l’antiterrorisme qui embrigadent et endorment, tant ils ignorent la réalité des peuples (la question Touareg), la complexité des situations (la faillite de l’Etat malien) et le poids de l’histoire (le statut d’ex-puissance coloniale de la France). C’est pour que nous ne soyons pas les spectateurs passifs de cette guerre menée en notre nom, sous notre drapeau et par notre armée, pour que nous soyons à même d’en discuter les enjeux et les finalités, bref pour que nous nous sentions concernés que Ghislaine Dupont et Claude Verlon n’avaient de cesse de retourner au Nord-Mali.
Il suffit de réécouter leurs reportages de l’été dernier, lors de l’élection présidentielle (c’est ici) – élection qui, selon un François Hollande bien imprudent, devait signifier la fin d’une guerre qu’il jugeait déjà gagnée –, pour prendre la mesure de leur souci de la vérité. Le souci de toutes ces vérités de fait, diverses et contradictoires, qui composent le puzzle de ces réalités complexes qui résistent aux simplifications guerrières. Car dire la vérité par temps de guerre, c’est aussi dire des vérités qui dérangent le monde auquel on voudrait nous assigner, d’énoncer des faits qui bousculent le camp dans lequel on voudrait nous enrégimenter.
L’honneur de nos deux journalistes et, à travers eux, des équipes de Radio France Internationale, c’est d’avoir maintenu cette distance nécessaire, esprit critique et liberté d’action, qui les préserve de toute assimilation à une quelconque propagande officielle française. Si nous y insistons, alors que c’est l’évidence même – y compris dans les choix pratiques qu’ils ont fait pour mener leurs reportages à Kidal, jusqu’à celui qui leur a été fatal –, c’est que nous n’avons guère goûté la façon dont, au lendemain de leur assassinat, le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, a paru annexer leurs morts dans sa propre croisade, déclarant à la sortie de l’Elysée que ceux qui les avaient tués sont les ennemis auxquels la France fait la guerre : « Les assassins sont ceux que nous combattons, les groupes terroristes qui refusent la démocratie et refusent les élections ».
Or, en temps de guerre et d’autant plus si c’est son propre pays qui la mène, dans une disproportion des forces évidentes, un journaliste n’a pas d’autre ennemi, d’ennemi plus intime, que le mensonge. Mensonges en tous genres, de silence, d’omission ou de propagande, de conviction ou d’idéologie, de raison d’Etat ou de secret défense. Informer librement, honnêtement et loyalement, sur la guerre au Mali, ce n’est donc pas mener une guerre médiatique à ceux que combat la France. C’est tout dire sur tous les camps pour que nous puissions savoir, comprendre, débattre et, du coup, faire entendre notre avis, tant, en démocratie, la guerre ne saurait être l’apanage d’un seul homme, fût-il président de la République.
Dire la guerre au Mali, c’est donc dire aussi ce qui contredit ce partage simpliste énoncé depuis le palais de l’Elysée entre un Mal terroriste indistinct, dont on n’évoque ni ne cherche ni n’explique les causes, et un Bien autoproclamé dont la France, avec ses alliés – subordonnés de fait – locaux, aurait l’apanage par essence. C’est, par exemple, faire état des enquêtes minutieuses menées sur le terrain par Amnesty International qui, en juin dernier, ont établi que « les violations graves des droits humains se sont multipliées au Mali depuis l’intervention de la France ». Rapport suivi d’autres, concernant ici « des enfants forcés à combattre, détenus avec des adultes et torturés » et là, tout récemment, « des soldats mutins capturés et tués dans le cadre d’une purge ».
L’honneur d’une démocratie, et d’un peuple attaché à la démocratie, c’est de ne pas avoir peur qu’on lui dise la vérité et d’accepter de l’entendre, même si elle fait mal. A l’orée du centenaire de la levée en masse d’août 1914 qui fut une terrible boucherie humaine, cataclysme inaugural de la catastrophe européenne, de ses crimes de guerre et crimes contre l’humanité, méfions-nous de ces mots guerriers qui embrigadent et qui enrégimentent, autrement dit qui aveuglent et qui égarent. C’est ainsi que, sous le coup de l’émotion provoquée par la mort des journalistes de RFI, on entendit parler de « barbares » pour évoquer les auteurs de leur assassinat.
Il est bien vrai qu’il y a des actes barbares – et ce crime en est évidemment un – et que, de ces actes qui soulèvent le cœur, l’humanité, hélas, n’a jamais été avare. Mais il n’y a pas d’hommes barbares par essence, naissance, origine, situation ou assignation. Sauf à se considérer en droit de décréter que des hommes n’appartiennent pas à l’humanité, sauf à s’autoriser à faire le tri parmi cette humanité dont nous sommes… Désigner l’autre, quel qu’il soit, ennemi, adversaire, criminel, etc., comme un barbare, c’est emprunter, dans l’ignorance de nos propres passions, ce chemin pernicieux où l’on risque un jour de se barbariser à son tour en considérant que l’ennemi, parce que barbare, mérite d’être privé de ses droits humains.
De la torture aux enlèvements, des crimes collatéraux aux prisons secrètes, la part d’ombre de la guerre américaine contre le terrorisme, dont la justice la plus élémentaire fut absente, témoigne amplement de cette potentielle perdition, largement documentée grâce, encore une fois, à des journalistes libres et audacieux. Grâce aussi à des citoyens lanceurs d’alerte. La première des informations transmises à WikiLeaks par le soldat Bradley Manning, aujourd’hui condamné à trente-cinq années de prison, témoignait du tribut payé par le journalisme en Irak. C’était une vidéo, captée depuis un hélicoptère d’assaut de l’armée américaine dont l’équipage prit pour cible, sans guère d’état d’âme, un groupe de civils. Parmi ceux-ci, deux journalistes irakiens qui travaillaient pour l’agence Reuters. « Collateral murder » : c’est l’intitulé que lui a donné WikiLeaks en contrepoint de l’habituel euphémisme « dommage collatéral » dont on recouvre les bavures guerrières, et c’est à retrouver ici et à voir là.
Ghislaine Dupont et Claude Verlon honorent, par leur sacrifice même, un métier plus que jamais nécessaire, dans ce monde de l’immédiateté où la vérité, c’est-à-dire l’information véritable, recoupée, sourcée, documentée, expliquée, justifiée, contextualisée, etc., a tant d’adversaires, de la rumeur au divertissement, de la marchandise à l’idéologie, des mensonges étatiques aux aveuglements idéologiques. Ils sont morts à quelques jours de l’ouverture des Assises internationales du journalisme et de l’information qui tiennent leur septième édition à Metz les 5,6 et 7 novembre avec, en thème central, cette injonction : « Réinventons le journalisme ». Ce qu’ils nous lèguent, c’est cette certitude que nous ne réussirons à réinventer ce métier au service du droit de savoir des citoyens qu’en commençant à le défendre, pied à pied : défendre sa nécessité, sa vitalité, son risque, ses exigences.
Les vérités de fait sont « les vérités politiquement les plus importantes », insistait la philosophe Hannah Arendt en écrivant Vérité et politique, au cœur des années 1960, ajoutant : « La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat ». Aussi défendait-elle les journalistes, sans lesquels, écrivait-elle, « nous ne nous y retrouverions jamais dans un monde en changement perpétuel, et, au sens le plus littéral, nous ne saurions jamais où nous sommes ». Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont donné leurs vies pour que nous ne soyons pas perdus.
Dans le monde, depuis le début de l’année 2013, selon le décompte de Reporters sans frontières, 45 journalistes ont été tués, 183 ont été emprisonnés, mais aussi 28 net citoyens et citoyens journalistes ont été tués tandis que 157 étaient emprisonnés.