Sarkozy annonce des dépenses massives et s’engage à résorber les déficits

Tout en annonçant de nouvelles dépenses massives dans le cadre du grand emprunt, Nicolas Sarkozy s’est efforcé lundi de donner des gages de sa volonté d’assainir les finances de la France, au moment où l’inquiétude monte en Europe face à l’explosion des dettes publiques. ‘Etat va débloquer 35 milliards d’euros pour investir dans ses « priorités d’avenir ». Vingt-deux milliards seront empruntés sur les marchés financiers, le reste provenant des aides remboursées par les banques.

Cette opération, très médiatisée depuis son annonce en juin, va alourdir le déficit public, déjà attendu l’an prochain – hors emprunt – au niveau inédit de 8,5% du produit intérieur brut (PIB), ainsi que la dette publique, qui devrait atteindre 84% du PIB en 2010. Avec les 22 milliards levés sur les marchés, la dette va à terme automatiquement grimper d’autant, ce qui représente un point de PIB. L’impact sur le déficit est, lui, plus difficile à évaluer, car cela dépendra du moment où les fonds seront décaissés et de la façon dont ils seront utilisés.

Quoi qu’il en soit, le grand emprunt va compliquer encore la tâche de la France, qui s’est finalement engagée, sous la pression de Bruxelles, à ramener dès 2013 son déficit public sous la limite de 3% du PIB.
Le lancement de cet emprunt intervient de surcroît au moment où les marchés s’alarment de la dérive de la dette d’autres pays européens, Grèce en tête, dont les finances publiques ont été dévastées par la crise.

Dès novembre, l’agence Moody’s avait jugé que l’emprunt jetterait une ombre sur la bonne note dont bénéficie la France comme emprunteur. Du coup, Nicolas Sarkozy s’est longuement apesanti sur sa « stratégie globale de rétablissement » des finances publiques et sur les caractéristiques de cet emprunt qui se veut peu gourmand en déficit.

Ainsi, l’appel aux marchés permettra selon lui d’économiser un milliard par rapport à une opération partiellement lancée auprès des particuliers. De plus, les modalités choisies (prêts participatifs, avances remboursables, fondations dotées en capital) se traduiront par la constitution d’actifs dans le bilan de l’Etat. Enfin, « cet emprunt ne financera aucune dépense courante » et les intérêts qu’il générera « vont être immédiatement gagés par des économies supplémentaires sur les dépenses courantes de l’Etat », a plaidé Nicolas Sarkozy.

Cette dernière mesure devrait permettre de réduire les dépenses de fonctionnement d’environ 800 millions d’euros par an, selon une source à Bercy. Sur le plus long terme, le président Sarkozy a promis d’organiser en janvier « une conférence sur le déficit de la France qui réunira des représentants de l’Etat, de la sécurité sociale et des associations d’élus locaux ». Le gouvernement tirera ensuite, au printemps, les conclusions des différentes « propositions pour sortir de la spirale des déficits et de l’endettement ». Mais le chef de l’Etat a déjà promis un nouveau tour de vis sur les dépenses, assurant, une fois de plus, que « la stratégie de l’augmentation des impôts est impossible en France ».

« Il va falloir dépenser moins, dépenser mieux », a-t-il martelé, comparant la dépense publique française (52,3% du PIB) à celle de l’Allemagne (43%). Dans cette optique, alors que la majorité accuse les collectivités de gauche de jouer les cigales, les régions, départements et mairies seront incitées à participer à l’effort collectif. Enfin, le président Sarkozy n’a pas exclu d’inscrire dans la Constitution, à l’instar de l’Allemagne, l’obligation de revenir à l’équilibre budgétaire, avec une date-butoir.

  Sarkozy: « nous voulons les meilleures universités du monde »

Nicolas Sarkozy a affirmé lundi que la France entendait avoir « les meilleures universités du monde » en y consacrant 8 des 35 milliards d’euros du Grand emprunt. « Notre objectif est très simple: nous voulons les meilleures universités du monde », a déclaré le chef de l’Etat en préambule à une conférence de presse à l’Elysée. Selon lui, la France va « se doter de moyens jamais mobilisés » à cette fin pour « gagner le combat de la compétitivité ».

M. Sarkozy a indiqué qu’il s’agissait de « faire émerger une dizaine de campus d’excellence avec les moyens, la taille critique, les liens avec les entreprises qui leur permettront de rivaliser avec les meilleures universités mondiales ». « Huit milliards d’euros y seront consacrés selon des critères stricts définis par un jury international », a-t-il enchaîné.

« Ces universités recevront après un processus de sélection rigoureux et peut-être même une période probatoire, des dotations aux alentours (…) d’un milliard d’euros chacune en pleine propriété », a-t-il détaillé. « Ces sommes seront consacrées à l’achat d’équipements de pointe mais l’essentiel permettra de doter les universités bénéficiaires d’un capital générateur de revenu », a poursuivi le chef de l’Etat.
Cette mesure, selon lui, est « à l’image de ce qui se fait dans les pays dont les universités sont au premier rang de la performance mondiale » et permettront à ces universités d’être dotée « pour la première fois » de fonds propres.

 Sarkozy: l’emprunt générera 60 mds EUR d’investissements publics et privés

 Le grand emprunt que va lancer la France permettra de générer « 60 milliards d’euros d’investissements publics et privés », a déclaré lundi le président Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse. « Ce sont 60 milliards d’euros d’investissements publics et privés que nous allons déclencher dans cinq domaines prioritaires », a-t-il affirmé. La part de l’investissement public sera de 35 milliards. « Depuis 1974, la part des investissements dans la dépense publique est passée de 12,5% à 7,5% (…) Nous avons constamment sacrifié l’investissement », a ajouté le chef de l’Etat.

La Turquie provoque les Kurdes

La Turquie provoque les Kurdes

L’interdiction du parti des Kurdes en Turquie, le DTP, a provoqué de violentes protestations parmi les Kurdes ce week-end. La Cour constitutionnelle a justifié sa décision par la trop grande proximité de ce parti avec le Parti kurde des travailleurs, le PKK, déjà interdit. Ce jugement aura des répercussions négatives sur le processus démocratique et attisera un peu plus le conflit interne avec les Kurdes, estime la presse.

Extraits des publications suivantes:
Der Standard – Autriche, die tageszeitung – Allemagne, Neue Zürcher Zeitung – Suisse

Der Standard – Autriche

L’interdiction du parti kurde nuit au développement démocratique de la Turquie, critique le quotidien Der Standard : « Le fait que le DTP siège au Parlement ne constitue en effet aucun danger, mais plutôt une condition nécessaire à la paix. La justice s’est toutefois laissé impressionner et diriger par la terreur [du Parti des travailleurs du Kurdistan], qui manifestement ne veut pas la paix. L’interdiction du parti est un verdict politique qui ramène la Turquie des années en arrière pas seulement en ce qui concerne la politique relative aux Kurdes – cela représente aussi un recul dans l’ensemble du processus démocratique. Interdire un parti comme le DTP revient à limiter les libertés politiques. Le jugement témoigne du manque de compréhension démocratique de la justice turque. Il rappelle d’anciennes interdictions de partis et des époques que l’on estimait depuis longtemps révolues. Mais même le gouvernement Erdo?an plie devant la logique nationaliste. Sa politique relative aux Kurdes était déjà erratique en raison de la pression de l’armée et de l’opposition. » (14.12.2009)


die tageszeitung – Allemagne

Le processus de paix entre Turcs et Kurdes a connu une amère régression, déplore le quotidien Die Tageszeitung suite à l’interdiction du parti des kurdes, le DTP : « Il y a à peine trois mois, toutes les forces en Turquie semblaient enfin décidées à parvenir à une solution politique pour la minorité kurde. Le gouvernement du Premier Ministre Tayyip Erdo?an s’était même efforcé de faire une proposition de réintégration à la majeure partie de la guérilla du PKK. L’armée n’a pas protesté et le DTP kurde était enthousiaste que le gouvernement dialogue enfin avec lui. La Turquie était sur le point de faire une avancée énorme en termes de démocratie. L’interdiction du DTP par la Cour constitutionnelle vendredi dernier n’a été que le point final d’une évolution qui constitue l’exemple de la façon avec laquelle les opposants acharnés à la paix peuvent torpiller la moindre entente. » (14.12.2009)


Neue Zürcher Zeitung – Suisse

L’interdiction du parti kurde DTP pourrait provoquer des affrontements politiques et renforcer les courants nationalistes, redoute le Neue Zürcher Zeitung : « Pas besoin d’être voyant pour prédire l’intensification des tensions politiques en Turquie suite à cette décision douteuse en matière de politique démocratique. Les conditions requises pour qu’Erdo?an puisse faire avancer la politique envers les Kurdes se sont en tout cas détériorées. Le PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan] devrait profiter de cette décision de la Cour. C’est pour lui un nouvel atout confortant son argumentation selon laquelle Ankara n’est pas sérieux dans ses velléités de réconciliation avec les Kurdes. Ceux qui peuvent s’estimer gagnants, ce sont les forces passéistes au sein des partis nationalistes et kémalistes, qui voient derrière chaque rapprochement avec les Kurdes, une atteinte à l’unité nationale. La critique prévisible de la part de l’UE vis-à-vis de cette décision de la Cour d’Ankara devrait laisser ces cercles indifférents. » (12.12.2009)


Renforts en Afghanistan: l’Otan met en garde les pays réticents

Le secrétaire général de l’Otan Anders Fogh Rasmussen a lancé mercredi un avertissement aux pays alliés réticents à envoyer des renforts de soldats en Afghanistan dans le sillage des Etats-Unis, en prévenant que Washington pourrait abandonner son approche « multilatérale ».

« Les Américains ont opté pour une approche multilatérale et je crois que les Etats-Unis commenceront à mettre en doute cette approche si les autres alliés ne prennent pas leur part du fardeau » en Afghanistan, a-t-il dit lors d’un débat à Bruxelles.     « Le président (Barack) Obama a annoncé une augmentation significative du nombre de troupes en Afghanistan, dans cette situation il est crucial que les autres alliés suivent », a-t-il déclaré.

« L’équilibre de l’Otan est en jeu, il est important que l’opération en Afghanistan ne soit pas perçue comme une opération américaine pure et simple », a ajouté M. Rasmussen. Donc « j’appelle tous les alliés à augmenter leur contribution en Afghanistan », a dit le secrétaire général. Invité à dire s’il n’était pas déçu par la position du président français Nicolas Sarkozy qui exclut l’envoi de troupes de combat en renfort en Afghanistan mais pas celui de nouveaux formateurs militaires, M. Rasmussen a répondu: « Au contraire je suis encouragé par les commentaires du président Sarkozy ».

La France comme l’Allemagne veulent attendre la conférence de fin janvier sur l’Afghanistan avant de se prononcer sur leur contribution. M. Rasmussen a aussi appelé les Pays-Bas à poursuivre leur engagement. « J’espère que tous les alliés vont prendre en considération (le fait) que c’est une opération de l’Otan, j’ai confiance dans le fait que le gouvernement néerlandais et les autres tiendront compte de cela », a-t-il dit. Les Pays-Bas contribuent à raison d’environ 1.770 hommes à la Force internationale de l’Otan en Afghanistan (Isaf). Ils sont déployés pour la plupart dans la province d’Uruzgan (sud), où les talibans sont très virulents. Les Pays-Bas ont décidé de retirer leurs troupes en 2010 et ils doivent encore décider quelle suite ils donneront aux demandes qui leur sont faites de rester présents.

AFP

Voir aussi : Politique internationale  Obama joue gros en Afghanistan

France : La gauche pour un calendrier de retrait

La France risque d’être prise « dans l’engrenage » (Hollande, PS)

François Hollande (PS) a souligné mercredi le risque pour la France d’être pris « dans l’engrenage » après la décision des Etats-Unis d’envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan en raison de sa présence dans l’organisation militaire de l’Otan. « Pour l’instant, Nicolas Sarkozy dit non, je n’enverrai que des formateurs, mais nous ne sommes pas certains qu’il ne sera pas lui-même, dans le cadre de cette alliance militaire (l’Otan), pris dans l’engrenage », a déclaré l’ex-premier secrétaire du PS sur France 2.

Il a rappelé que c’est « sous l’autorité de Nicolas Sarkozy » que la France y est « entrée » et « donc de plus en plus nous allons être liés aux décisions des Etats-Unis ». Selon le député de Corrèze, « le risque de la mission d’Obama c’est l’escalade : on va envoyer sans cesse plus de troupes pour maintenir un ordre de plus en plus précaire ». « Ce que nous devons faire, selon lui, c’est changer l’orientation de la présence des troupes » en insistant sur « la formation, l’afghanisation, la reconstruction, la lutte contre la corruption et les trafics ».

Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, a déclaré mercredi qu’un nouvel ajustement du dispositif militaire français en Afghanistan était possible, après l’annonce de renforts américains massifs dans ce pays. La veille, le président Nicolas Sarkozy avait apporté son « plein soutien » à son homologue américain Barack Obama sans annoncer de renforts.

Afghanistan: la France « coincée » par l’engagement dans l’Otan (Chevènement)

Le président du Mouvement républicain et citoyen (MRC) Jean-Pierre Chevènement a estimé mercredi que la France est « coincée » par sa réintégration dans le commandement militaire de l’Otan et devra probablement suivre ses alliés en envoyant des renforts militaires en Afghanistan.

« La France est coincée par la réintégration de l’organisation militaire de l’Otan », décidée par Nicolas Sarkozy, a affirmé l’ancien ministre PS de la Défense sur i-Télé. « A partir du moment où (Barack) Obama met 30.000 hommes de plus, en demande 10.000 aux alliés de l’Otan, où les Allemands malgré leurs réticences vont envoyer des renforts, où les Britanniques ont déjà annoncé qu’ils allaient en envoyer, la France est prise dans le sifflet », a-t-il déclaré.

« Je pense que le gouvernement ne tiendra pas, que le président de la République, vraisemblablement à la Conférence de Londres le 28 janvier, annoncera des renforts », a jugé le sénateur du Territoire-de-Belfort. Selon M. Chevènement, « ces renforts ne régleront rien du tout ». « Ce qui compte c’est la définition des objectifs politiques et le militaire vient après », a-t-il dit.

Renforts en Afghanistan: « fuite en avant » vouée à l’échec, selon le PCF

Le Parti communiste français (PCF) a dénoncé mercredi la décision du président américain Barack Obama d’envoyer 30.000 soldats américains supplémentaires en Afghanistan, y voyant « une fuite en avant lourde de menaces ».

« Barack Obama vient d’annoncer l’envoi de 30.000 soldats américains supplémentaires en Afghanistan. Consternante pour un prix Nobel de la Paix, cette fuite en avant dans la guerre est lourde de menaces pour les peuples afghan mais aussi américain », écrit le PCF dans un communiqué.

« L’échec de la stratégie de l’OTAN est chaque jour plus criant. Il serait inacceptable que la France choisisse de s’aligner sur l’Administration des Etats-Unis dans cette stratégie belliqueuse en participant de quelque manière à l’envoi de nouvelles troupes. Le Président de la République doit refuser une telle perspective », ajoute le texte, rappelant que le Parti exige le retrait des troupes de l’OTAN d’Afghanistan.

Ayrault demande à Sarkozy une clarification et un calendrier de retrait

Le président du groupe PS à l’Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, a demandé mercredi au président Nicolas Sarkozy de « clarifier sa position » sur l’Afghanistan, « de s’engager dans une stratégie de solution politique et d’annoncer un calendrier de retrait » des troupes françaises.

Invité de Questions d’info/LCP/France Info/AFP, M. Ayrault s’est félicité du « changement de stratégie » du président américain Barack Obama, qui, en annonçant un renforcement des effectifs américains de 30.000 hommes a donné « une date », 2011, pour « l’amorce d’un retrait ». Cela démontre, a dit M. Ayrault que Barack Obama considère qu’il « n’y a pas de solution militaire en Afghanistan. Il y a une solution politique ».

S’agissant de l’engagement de la France, le chef de file des députés socialistes a rappelé sa demande d’un débat à l’Assemblée nationale. « Nous redemandons un changement de stratégie (…) il n’est pas question d’envoyer des militaires supplémentaires », a insisté M. Ayrault en faisant observer que dans ce dossier « la France ne pèse pas dans la décision » et « Nicolas Sarkozy est spectateur et non acteur ».

« La France doit clarifier sa position, s’engager dans une stratégie de solution politique et annoncer un calendrier de retrait », a poursuivi le député-maire de Nantes. « Il faut un calendrier. L’objectif est une sortie par le haut », a-t-il ajouté, en estimant que « l’objectif de date » de Barack Obama était « audacieux ».
Il a jugé que la France en Afghanistan avançait « au fil de l’eau sans peser sur la décision, sans être associée aux orientations nouvelles malgré sa présence dans le commandement intégré de l’Otan ».

Obama mise gros en Afghanistan

Obama mise gros en Afghanistan

Le président américain Barack Obama a annoncé dans un discours le mardi soir sa décision de renforcer le contingent américain en Afghanistan de 30.000 soldats. Il a également appelé les alliés à envoyer plus de troupes. La nouvelle stratégie américaine ne suscite pas que des réactions positives parmi les commentateurs européens.

Revue de presse Extraits des publications suivantes : L’Est Républicain – France, Frankfurter Allgemeine Zeitung – Allemagne, De Volkskrant – Pays-Bas, Corriere del Ticino – Suisse

L’Est Républicain – France

Avec sa nouvelle stratégie, le président américain Barack Obama mise tout sur la même carte, écrit le quotidien L’Est Républicain : « Un aller pour Kaboul, mais avec un billet de retour en poche : c’est ce qu’a promis Barack Obama cette nuit aux 30.000 soldats qu’il envoie, en renfort, en Afghanistan. Encore faut-il trouver et former davantage de relais dans la population afghane, entraîner plus de policiers locaux, enrôler, sur place, suffisamment de combattants qui prennent en charge le destin de l’ancien royaume des aigles. Encore faut-il parvenir à sécuriser les villes, à contenir l’offensive des fondamentalistes. Et à éradiquer les derniers refuges d’Al Qaïda, à la frontière-passoire avec le Pakistan. La tâche est immense, et coûteuse. D’où l’autre versant du plan Obama : faire partager le fardeau à ses alliés, qui rechignent. » (02.12.2009)

» article intégral (lien externe, français)

Frankfurter Allgemeine Zeitung – Allemagne

Le président américain Barack Obama a besoin à tout prix d’un succès en Afghanistan, écrit le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Car avec le renforcement des troupes, … Obama a associé la réussite de sa présidence au déroulement des événements en Afghanistan et dans le pays voisin, le Pakistan. Cette guerre qu’il a qualifiée de nécessaire pendant sa campagne électorale, est désormais devenue ‘sa’ guerre à part entière ; elle constitue l’un des deux ou trois thèmes qui domineront la politique américaine dans les années à venir. … Il n’y a aucune garantie que la stratégie du président soit payante. Mais les Américains viennent au moins d’entendre de sa bouche pourquoi ils ne doivent pas considérer l’affaire comme perdue, même après huit ans. … Le renforcement des troupes aura nécessairement des conséquences, parfois négatives. Mais un retrait précipité, et même le statu quo, auraient eu des conséquences autrement plus désastreuses. » (02.12.2009)


De Volkskrant – Pays-Bas

Dans le quotidien progressiste de gauche De Volkskrant, l’éditorialiste Bert Wagendorp se dit déçu par le projet du président américain Barack Obama d’envoyer des troupes supplémentaires dans l’Hindou Kouch : « Il est remarquable que le lauréat du prix Nobel de la paix n’envisage pas une stratégie autre que celle d’envoyer des troupes supplémentaires sur le lieu d’une guerre qui est considérée comme sans espoir par de plus en plus de personnes dans son propre pays. Et qui rappelle toujours plus le marasme du Vietnam. … Il est dommage qu’Obama se soit décidé pour un scénario sans issue. Mon esprit paysan me dit que sur le plan de la stratégie, il aurait été beaucoup plus intelligent d’investir les 100 milliards [de dollars] dans la lutte contre le terrorisme international. » (02.12.2009)

Corriere del Ticino – Suisse

L’envoi de soldats supplémentaires en Afghanistan ne doit servir qu’à assurer un second mandat au président américain Barack Obama, critique le quotidien conservateur et libéral Corriere del Ticino : « La limite stratégique du renforcement des troupes par Obama est associée à la fin programmée de l’engagement militaire avant le mois de janvier 2013 [la fin de son premier mandat]. … Une échéance qui confirme que le renforcement n’est en réalité que l’étape d’une ‘Exit Strategy’ [stratégie de sortie] – une notion que les talibans traduisent par retrait. Cela contribuera certainement à ne motiver ni les alliés ni les Afghans, si ceux-ci lorgnent du coin de l’œil la date de retrait au lieu de lutter pour la victoire. Mais cela incitera probablement les djihadistes à tenir jusqu’au retrait des Américains plutôt que de se rendre ou de négocier la paix. La stratégie d’Obama semble donc consister à se fixer des objectifs limités associés à des délais, destinés davantage à obtenir un second mandat présidentiel qu’à parvenir à un succès militaire en Afghanistan. » (02.12.2009)

Voir aussi : Rubrique politique internationale L’Otan met en garde les pays reticents,

Les Suisses contre les minarets

minaret-suisse1Avec une majorité de 57,5 pour cent des voix, les Suisses se sont prononcés dimanche contre la construction de nouveaux minarets. Les partis conservateurs de l’Union démocratique du centre et de l’Union démocratique fédérale sont à l’origine du référendum. Ce résultat trouble la paix des religions, estime la presse.

Die Presse – Autriche

L’interdiction des minarets renforce la peur de l’islam, estime le quotidien Die Presse : « Avec l’interdiction des minarets, les citoyens ont rendu un mauvais service à leur pays. Les près de 4,5 pour cent de musulmans, originaires pour la plupart d’ex-Yougoslavie, sont considérés comme étant généralement bien intégrés, et l’on a rarement fait état de problèmes les concernant. La paix religieuse a été considérablement troublée, et ce inutilement. En outre, un Etat aussi neutre que la Suisse du point de vue religieux doit se comporter de manière toute aussi neutre sur de telles questions. L’issue inattendue de ce vote a provoqué l’inquiétude du gouvernement qui se reflète dans la phrase se voulant apaisante et affirmant que les quatre minarets existants ne devront pas être démolis. Le calcul impitoyable des initiateurs de cette campagne se réalise : ils ont ainsi attisé les peurs d’un fondamentalisme islamique européen militant. Celui-ci constitue certes un problème dans certaines régions de la planète, mais sûrement pas dans le canton d’Appenzell. » (30.11.2009)

Diário de Notícias – Portugal

L’interdiction des minarets en Suisse est archaïque, écrit le quotidien Diário de Notícias : « La Suisse a souligné son intolérance envers une religion qui est en train de croître en Europe en raison de l’afflux d’immigrants. L’interdiction de construction de minarets dans les mosquées n’apportera pas aux Suisses la sécurité [nationale] sur laquelle ils ont basé leur argumentation pendant la campagne. Avec ce vote, … la Suisse donnera plutôt de nouveaux arguments aux extrémistes islamistes. Pendant des siècles, les chrétiens ont été tolérés dans l’islam alors que l’inverse était impensable en Europe. Il y a … aujourd’hui une mosquée à Rome, mais il est impensable qu’un chrétien se rende à La Mecque. La Suisse a décidé de régresser de plusieurs siècles dans l’histoire européenne. » (30.11.2009)

Le Temps – Suisse

Suite au vote en faveur de l’interdiction des minarets, le quotidien Le Temps craint pour l’image internationale de la Suisse : « Loin d’une majorité de hasard, le oui à l’initiative anti-minarets claque de façon retentissante. La campagne a pourtant démontré que la réalité de l’islam en Suisse est en total décalage avec l’image maudite qui colle à cette religion depuis plusieurs années – un intégrisme qui se décline dans des formes aussi choquantes que le terrorisme, la charia, la burka, la lapidation des femmes, etc. Les musulmans de Suisse ne méritent donc pas l’injustice de ce vote sanction inspiré par la peur, les fantasmes et l’ignorance. Si l’on peut tranquillement parier que la même initiative aurait récolté un résultat similaire dans d’autres pays européens, le dégât d’image pour la Suisse n’en est pas moins spectaculaire. » (30.11.2009)

» article intégral (lien externe, français)

Postimees – Estonie

L’interdiction de construire des minarets en Suisse rappelle la dispute sur le voile en France, estime le quotidien Postimees, à quelques différences près : « La dispute dure depuis plus longtemps en Suisse mais c’est au final le parti de droite de l’Union démocratique du centre qui a su justement trouver le moment propice : en raison de la crise économique, il lui a été plus facile d’expliquer aux citoyens pourquoi les minarets devaient symboliser la lutte de pouvoir contre la communauté d’immigrés musulmans en rapide croissance. Dans la dispute sur le voile dans les écoles françaises, les autres symboles religieux tels que les crucifix de grande taille avaient aussi été exclus. Les minarets déjà existants en Suisse ne disparaîtront pas en revanche de l’image des villes. Dans tous les cas, il est encore difficile de dire aujourd’hui si l’interdiction de construire de nouveaux minarets dans un pays multiculturel de près de 400.000 musulmans détruira la paix entre les religions, voire même si elle conjurera un nouveau conflit entre monde musulman et monde occidental. » (30.11.2009)

Voir aussi : Rubrique Livre essai Diversité musulmane,