Mélenchon et l’imbroglio

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Par · 3 décembre 2015

Jean-Luc Mélenchon vient de publier une note courageuse sur son blog[1]. Il y décrit ce qu’il appelle l’état d’imbroglio permanent qui règne au sein du « Front de Gauche ». Il y déplore le manque de lisibilité des listes de la gauche « réelle », listes qui sont éparpillées entre des alliances avec EELV, avec le PC et qui parfois se font contre et EELV et le PCF. Il dénonce là une situation où, pour reprendre ses mots : « l’imbroglio est partout. Et surtout au pire endroit, c’est-à-dire face au suffrage universel. Les élections régionales nous voient arriver dans une cohue illisible nationalement. »

De l’autoroute à l’impasse

 

Il y constate donc, mais est-ce une surprise, l’attitude sectaire et purement électoraliste du PCF au sein du « Front de Gauche ». On se souvient de l’attitude de Pierre Laurent, le secrétaire du PCF qui, lors de la crise grecque de l’été dernier, avait apporté sa caution à l’accord honteux que signa Tsipras alors même que Mélenchon, et l’ensemble des dirigeants du Parti de Gauche dénonçaient ce dit accord, dont on mesure aujourd’hui toute la nocivité [2] .

Cet accord a sacrifié non seulement la démocratie mais aussi l’économie grecque sans aucune contrepartie[3]. Il ajoute alors : « Au final, le tableau est affligeant. Impossible d’aller dans une émission de télé ou de radio en étant capable de dire comment s’appellent nos listes puisqu’autant de « territoires », autant de noms plus poétiques les uns que les autres, choisis sans concertation entre régions. Localement, l’annexion des listes par la couleur de la tête de liste est faite sans vergogne par la presse locale… ».

Sur ce constat, il y a peu à ajouter. Alors qu’une autoroute s’ouvrait devant la gauche radicale du fait des reniements successifs du P « S », de la politique à la fois austéritaire et autoritaire du gouvernement, de son mépris affiché pour les classes populaires que ne masque même plus une certaine condescendance, cette même gauche radicale s’embourbe dans les impasses du calcul à courte vue des avantages électoraux immédiats. Comme il l’ajoute peu après, la constitution des listes :

 « … fut une foire d’empoigne locale, un chantage permanent à la division de la part de partenaires obnubilés par la tête de liste, sans la moindre coordination nationale pour essayer d’équilibrer la représentation de chacun. Pour affronter une élection forcément nationale, puisque les nouvelles régions n’ont aucune homogénéité locale, rien de plus ridicule que cette façon de laisser la ligne nationale résulter des arrangements, amitiés et détestations, locaux ». Tout est dit, et bien dit. Ce constat est sans appel. Les grands principes ont été mis à la poubelle au nom du banquet des ambitions personnelles.

Lucidité et courage

 

Il faut de la lucidité accompagnée d’un certain courage, et même un courage certain, à un dirigeant politique pour dresser ce constat avant même le premier tour d’une élection. Et on sait que de lucidité et de courage, Jean-Luc Mélenchon n’en manque pas. Ce texte est tout à son honneur. Mais, il devrait réfléchir à la cause première de ce désastre qui ajoute l’incohérence aux tares de l’illisibilité de la position politique.

Le « Front de Gauche » n’a pas de cohérence idéologique, écartelé qu’il est entre un Parti Communiste qui ne rêve plus de succès mais uniquement de préservation de ses positions acquises, un Parti de Gauche (PG) au discours certes radical mais à la ligne des plus floue, et divers groupuscules.

Surtout, en tant que dirigeant du PG, il porte une responsabilité évidente dans le retard pris par l’élaboration interne de ce parti sur des sujets décisifs comme la souveraineté, l’Euro et la question des frontières. Je le dis sans amertume mais avec un immense regret. Jean-Luc Mélenchon est un homme courageux, mais il est à chaque fois en retard d’un combat, d’une guerre. Il publie un (bon) livre sur l’Allemagne[4], mais un livre qui aurait dû être écrit au plus tard en 2013 et qui ne sort qu’en 2015. Il affirme à l’été 2015, devant l’évidence de l’action de l’Eurogroupe et de la BCE contre la Grèce, qu’entre l’Euro et la souveraineté, il choisirait la souveraineté. Que ne l’a-t-il dit avec force, quitte à prendre le risque d’une rupture sur le fond avec le PCF, en 2012 ou 2013. Car, ce constat est fait dans l’urgence. Il est probable que sa décision personnelle était déjà prise. Mais, une décision personnelle ne vaut que quand elle se traduit en des gestes politiques forts. Or, ces gestes ont manqué dans la période cruciale qui s’est écoulée de l’élection présidentielle de 2012 au printemps 2015.

Ici encore, on peut trouver quelques excuses et « bonnes » raisons. Jean-Luc Mélenchon n’est pas un autocrate, et il a dû composer avec un parti lui-même divisé. Pourtant, force est de constater que du temps, du temps précieux, a été perdu de l’été 2013, alors que le cours que prenait la politique de François Hollande était clair, jusqu’au printemps de cette année. J’ai attiré, sur ce carnet, à plusieurs occasions l’attention de mes lecteurs sur l’illisibilité des positions du Front de Gauche et du Parti de Gauche. Que l’on se souvienne de la lettre ouverte que j’adressais en juillet 2014 à Jean-Luc Mélenchon, et où je pointais les maux qu’il dénonce aujourd’hui[5].

Alors, assurément, il y a de la lucidité et du courage dans le dernier texte de Mélenchon, mais cette lucidité et ce courage de donnent lieu à aucun sursaut.`

Le temps perdu ne se rattrape guère…

 

Un retard important a donc été pris. Ce retard fait qu’un autre parti, le Front National pour le nommer, a pu et a su profiter de l’espace politique que le Front de Gauche et le Parti de Gauche lui ont abandonné. On ne voit pas ce qui, aujourd’hui, marquerait un changement radical par rapport à ce funeste abandon du terrain de la souveraineté et le Parti de Gauche n’a toujours pas le courage de dire qu’il s’est trompé et que le trop fameux « plan B » devrait être en réalité le plan « A ».

Aujourd’hui, le Front National a progressé par rapport à ce qu’il était lors de l’élection présidentielle de 2012. Rappelons qu’à l’époque la candidature de Jean-Luc Mélenchon avait un moment donnée l’illusion de pouvoir faire de lui le « troisième homme » de la politique française. Il serait cruel d’épiloguer sur l’écart qui séparera la gauche radicale du Front National lors des élections régionales. Et cela, Jean-Luc Mélenchon le sait. En politique aussi, la nature a horreur du vide.

[1] http://melenchon.fr/2015/12/02/front-de-gauche-letat-dimbroglio-permanent/

[2] Voir l’entretien accordé par Zoé Konstantopoulou, « Le gouvernement grec a

sacrifié la démocratie » in Ballast, le 11 novembre 2015, http://www.revue-ballast.fr/zoe-konstantopoulou/

[3] Godin R., « Grèce : l’économie s’est effondrée au troisième trimestre » in La Tribune, 27 novembre 2015, http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-l-economie-s-est-effondree-au-troisieme-trimestre-530994.html

[4] http://russeurope.hypotheses.org/3803

[5] « Lettre Ouverte à Jean-Luc Mélenchon », note publiée sur Russeurope, le 31 juillet 2014, http://russeurope.hypotheses.org/2606

Source : Blog RussEurope 03/12/2015

Voir aussi : Rubrique : Politique, Opinion,

Elections régionales : la gauche de la gauche se range derrière le Parti socialiste

4827324_6_2239_emmanuelle-cosse-eelv-et-pierre-laurent-pcf_07e204a11f7335c8735021d0f7941eecMalgré les profondes divisions et des résultats très décevants au premier tour des élections régionales, la gauche de la gauche – Europe-Ecologie-Les Verts (EELV), le Parti communiste, le Parti de gauche – constitue un réservoir de voix crucial pour le Parti socialiste (PS) au second tour, dimanche 13 décembre. Les responsables socialistes et du gouvernement n’ont d’ailleurs pas manqué d’appeler à additionner les voix de gauche en vue du second tour. Cette addition peut aller jusqu’à la fusion des listes dès lors que cela était possible, c’est-à-dire pour les listes ayant obtenu au moins 5 % des voix. Un choix que les partis de la gauche alternative ont fait avec plus ou moins de facilité.

 

Dès dimanche soir, la secrétaire nationale d’EELV, Emmanuelle Cosse, a appelé à « travailler à la fusion des listes de gauche et des écologistes au second tour ».

Selon elle, il faut « prendre toutes les mesures nécessaires pour contrer le Front national, y compris, s’il le faut, en se désistant pour le second tour ».

Chez les écologistes, la députée de Paris et ancienne ministre Cécile Duflot a également appelé à l’union dès les résultats connus : « Ce n’est plus un avertissement, c’est une punition. Il faut un rassemblement de la gauche et des écologistes. »

Fusion dans sept régions

 

En Ile-de-France, le rassemblement a eu lieu très vite. Dès lundi 7 décembre la tête des listes socialiste, Claude Bartolone, écologiste, Emmanuelle Cosse, et du Front de gauche, Pierre Laurent, sont parvenus à un accord pour contrer Valérie Pécresse (Les Républicains), arrivée en tête.

Des fusions de listes ont également été réalisées dans sept autres régions : Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, en Pays de la Loire, en Rhône-Alpes Auvergne, en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, en Normandie, en Centre-Val de Loire et en Corse.

Arrivé largement en tête en Bretagne, le candidat du PS, Jean-Yves Le Drian, a refusé toute fusion. Et en Bourgogne-Franche-Comté, la candidate du PS, Marie-Guite Dufay n’a pas pu bénéficier de fusion avec les autres listes de gauche, Front de gauche et EELV ayant obtenu moins de 5 %. Ces dernières appellent cependant à voter pour la liste PS.

« Regroupements techniques »

Au Front de gauche, la méfiance est davantage de mise avant le second tour des régionales. Le secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent, a tenu à prévenir les socialistes pour la suite : « Dans ces listes, personne ne se rallie à personne. L’addition de ces listes est la seule manière d’empêcher la victoire totale de la droite et de l’extrême droite. »

La méfiance à l’égard des listes menées par la majorité socialiste est encore plus claire au Parti de gauche, où l’on se projette déjà au-delà du second tour, en 2017, pour la présidentielle. C’est ce que fait savoir notamment Eric Coquerel, interrogé par le Scan.

« Nous avons beaucoup hésité, beaucoup discuté, car le gouvernement et le PS assument des politiques de droite. Cette décision a été très dure à prendre, mais nous n’avons pas voulu laisser nos électeurs dans le flou »

« Nous demandons donc des fusions techniques, même si je préfère le terme de regroupement technique », poursuit-il.

De son côté, le chef de file du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, s’est montré particulièrement discret depuis l’annonce des résultats. « Excédé » et déplorant une campagne « calvaire » avant même le premier tour, le député européen s’est contenté d’un post de blog avant de s’exprimer, mercredi 9 décembre, sur France Info, où il donnera son avis sur le second tour.

« D’ici là, c’est aux responsables des partis qui ont formé les diverses listes et mené cette campagne que revient la parole. Mardi soir seront déposées les listes du deuxième tour. On saura donc quelles consignes nous sont données. Dans ce moment, le mieux serait d’éviter les disputes publiques qui aggraveraient la débandade en cours. »

L’ancien candidat à la présidentielle 2012 tente pourtant de garder espoir : « N’oubliez jamais que le printemps revient toujours. Une affaire de patience. »

Source : Le Monde.fr avec AFP  08.12.2015

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A Beaucaire, le FN dans un gant de velours

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Choc régional. Dans le sud-est du Gard les résultats du premier tour tournent au plébiscite pour le parti d’extrême droite. Le maire FN Julien Sanchez engrange près de 60% des voix. Reportage.

A l’heure où le parti de Marine Le Pen arrive en tête du premier tour dans six régions sur treize et concentre déjà ses efforts pour les présidentielles de 2017, force est de constater que le FN consolide son ancrage dans les banlieues et les zones rurales délaissées par la sphère politique. Reportage à Beaucaire dans le Gard où Julien Sanchez a pris la mairie en mars 2014 sous l’étiquette Front National.

Dimanche 6 décembre, le jour baisse sur les routes du sud-est gardois, Dans le couloir rhodanien, c’est un crépuscule plutôt morne qui s’annonce avec une bande brumeuse, et le soleil comme un ballon rouge enseveli sous les nuages gris. A l’entrée de Beaucaire l’immense cimenterie toujours en activité s’érige comme le dernier vestige d’un passé ouvrier.

Dans la petite ville de 16 000 âmes, les rues sont clairsemées. A l’arrivée d’un journaliste près du canal trois vieux messieurs de la génération des chibanis prêtent l’oreille aux questions sans y répondre. Ont-ils constaté des changements depuis l’arrivée du  maire FN ? : « Quand les choses sont bien on peut en parler mais quand ça va mal, mieux vaut se taire,» lâche l’un d’entre eux en indiquant gentiment la direction de la mairie.

Rue nationale se concentrent les commerces maghrébins. En juillet dernier, le maire a fait voté l’interdiction du commerce nocturne uniquement dans cette rue. L’arrêté municipal est toujours en vigueur, mais jugeant cette décision discriminatoire, les commerçants ont porté l’affaire en justice. Le rendu est attendu le 7 janvier 2016.

Marrakech Café

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Escale au café Marrakech, le gérant revient sur l’affaire tout en se demande à qui il a à faire. « Nous sommes sept commerçants à avoir porté plainte. Il n’est pas normal que notre rue soit la seule concernée par cette interdiction. Et le maire n’a pas choisi son moment au hasard, le décret correspond précisément au premier jour du Ramadan. »

Rassuré par le tenant de la conversation, il poursuit,  » Le maire n’est jamais venu nous voir pour parler de ses projets. Il a préfèré aller au crash direct. Sinon la vie suit son cours la police municipale, on l’a connaît depuis dix ans. Je vais aller voter pour faire mon devoir citoyen mais je sais que fondamentalement ça ne changera rien

Où sont les électeurs du FN ?

Les autres rues du village sont silencieuses, quasi désertes hors mis quelques silhouettes aux pas rapides. Les terrasses sont vides, on se demande où sont les électeurs frontistes. L’animation se concentre à l’intérieur d’un café et d’une salle où l’on joue au Loto.

Attablés devant leurs cartons, les gens poussent des soupirs. Les yeux cerclés de rouge par des années de misère une femme d’une cinquantaine d’année s’écrie «  oui » comme si elle se remettait à vivre à l’énoncé du chiffre 27. Puis, son visage s’assombrit de nouveau en regardant le carton par dessus l’épaule de son voisin.

« Le maire dit qu’il veut nous associer, confie l’élue de l’opposition Rose-Marie Cardona. Il m’a nommée dans plusieurs commissions mais toutes les décisions sont prises sans concertation par son cabinet venu de l’extérieur

« La majorité municipale est composée d’encartés disposant de peu d’expérience ajoute Francis Froussard du collectif Réagir pour Beaucaire On sent bien que le cabinet bien rodé à la politique doit apprendre ce qu’est la gestion d’une commune. Toutes les décisions du maire sont prises pour faire levier médiatique mais il n’a pas encore les résultats de Ménard. »

L’ action municipale se concentre sur la moitié de la population excédée par la gabegie du précédent maire (UDI puis UMP) l’autre partie qui réside dans les deux zones urbaines sensibles est laissée dans un dénuement complet.

« Côté pile le maire s’est vu intenter plusieurs procès. Côté face Julien Sanchez s’occupe du bonheur des vieilles dames en leur offrant des roses. Pour la fête d’Halloween la mairie a distribué des bonbons aux enfants. C’est un maire parfait,» ironise Rose-Marie Cardona.

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Sur la façade de la mairie deux panneaux noirs ont été tendus en  » Hommage aux victimes du terrorisme islamiste « .  A l’intérieur une grande crèche de santons de Provences clignote sous l’escalier. Les hommes du cabinet du maire à l’allure solide et responsable sont repérables. On sent la force qui contrôle la ville sur le qui vive. On approche de la fermeture des bureaux de vote.

Dans la salle de dépouillement, Julien Sanchez croise les bras devant l’urne en gardant le menton levé, sa voix n’a rien d’autoritaire. On passe au dépouillement, dans le rôle du démocrate le jeune maire veille sur ses coéquipiers, il tente de flatter les membres de l’opposition tout en gardant les yeux fixés sur les petits paquets d’enveloppes bleues.

Après le comptage de la première centaine, les voix de Louis Aliot s’entassent comme l’affirmation d’une adhésion à une chose peu définie.  Il y en a plus de quatre dizaines sur la table des assesseurs.

D’un signe de tête, le maire FN, répond positivement aux journalistes qui le sollicitent. Il sort de la salle, se retourne brièvement, quand il reporte son regard sur le tas qui reste à dépouiller, une lueur de légèreté et de soulagement brille dans ses yeux.

 Jean-Marie Dinh

Julien Sanchez travaille son image

sanchezElu maire en 2014 avec 39,82% des voix à la faveur d’une quadrangulaire, ce jeune trentenaire au sourire hésitant est né en 1983 à Aubervilliers. Il a fait des études supérieures de communication à Montpellier. Membre du Comité central du FN, il est Conseiller régional du Languedoc-Roussillon depuis 2010. C’est un proche de la famille Le Pen. En charge de la presse régionale pour la campagne présidentielle de Marine Le Pen. Il fut aussi un interlocuteur privilégié de Jean-Marie Le Pen. Il rendait compte de son journal de bord. Depuis le 30 mars 2014 Julien Sanchez cultive son image de maire attentionné en l’articulant systématiquement à l’idéologie de l’extrême droite.

Source : La Marseillaise 08/12/2015

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Les Dessous de l’ascension au pouvoir d’Hitler

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A l’école on apprend qu’Hitler et l’Allemagne sont responsables de laSeconde guerre mondiale. Mais des auteurs et chercheurs variés exposent l’arrière fond des évènements de l’accession au pouvoir d’Hitler.

Hitler a été financé par Wall Street dès le départ. L’historien Antony Sutton a étudié et parfaitement documenté les transferts d’argent des banques américaines vers des banques tampons dans son livre « Wall Street et la montée en puissance d’Hitler

Comment Londres et Wall Street ont mis Hitler au pouvoir

par William F. Wertz, Jr.

La guerre économique et financière menée aujourd’hui par l’oligarchie peut se réclamer essentiellement de trois antécédents historiques : 1) l’empire vénitien au cours de la période précédant la guerre de Cent ans et l’âge des ténèbres du XIVème siècle ; 2) l’empire établi, sur le modèle vénitien, par la Compagnie des Indes orientales suite au traité de Paris qui mit fin à la guerre de Sept ans en 1763 ; et 3) les cartels anglo-américano-allemands mis en place dans les années 20. C’est ce dernier aspect que nous allons examiner ici, car il est l’incarnation la plus récente du danger que représente actuellement une oligarchie financière déterminée à dominer le monde sous couvert de « globalisation ».

Il s’agit ici de montrer que le système financier oligarchique d’après-guerre, décrit en partie par John Perkins dans son livre Confessions d’un tueur à gages économique [1], représente la continuation des accords de cartellisation des années 20, qui menèrent à la Deuxième Guerre mondiale. Ces accords, que le président Franklin Roosevelt comptait démanteler après la guerre, constituent en quelque sorte un précurseur de la globalisation actuelle. (Source)

 

Le Salaire de la destruction

Formation et ruine de l’économie nazie de Adam Tooze

 

le_salaire_de_la_destruction_adam_toozeCertains livres sont appelés à demeurer sans équivalent, dépassant tout ce que l’on a pu lire sur un sujet. Le Salaire de la destruction, une histoire économique du IIIe Reich, est l’un d’eux, tant pour le nombre d’idées reçues qu’il balaye que pour les conclusions inédites et l’approche globale qu’il propose.

La catastrophe de 1939-1945 est-elle née de la puissance implacable de l’Allemagne nazie ou bien a-t-elle été précipitée par ses faiblesses économiques? Captivant, unanimement reconnu, fruit des recherches d’un historien au sommet de son art, cet ouvrage capital donne un poids nouveau et central à l’économie dans la politique de conquête mondiale élaborée par Hitler. (Source & achat)
Cet ouvrage a été couronné par de nombreux prix : Economist Book of the Year, (catégorie « Histoire ») en 2006, Wolfson History Prize en 2006, Longmann-History Today Book of the Year Prize en 2007.

Revue de Presse :

  • Ce livre démontre avec brio la capacité de l’histoire économique à expliquer les événements historiques. –The Time
  • Cet ouvrage n’est ni plus ni moins qu’un chef-d’oeuvre, qui se lit avec enthousiasme de la première à la dernière page. –Sunday Telegraph
  • C’est le livre le plus passionnant qu’on puisse lire sur l’histoire économique (…) Tout simplement captivant. Il fera date dans le champ des études consacrées au Troisième Reich. –BBC History

Source  : L’Amer dessous des cartes : 21/12/2014

Voir aussi : Rubrique Histoire, rubrique Livres,

La résistible dérive oligarchique

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A quoi servent les formations politiques ?

Plus d’un siècle s’est écoulé depuis la publication de l’essai classique de Robert Michels, « Les Partis politiques ». Mais la question qu’il soulevait conserve son actualité : nos sociétés démocratiques seraient-elles condamnées à la domination des élus sur les électeurs ?

Dès le début de son essai Les Partis politiques (1), Robert Michels écarte à la fois l’hypothèse d’un gouvernement direct du peuple et tout projet reposant sur les capacités de mobilisation spontanée des masses. Dans les pays modernes, le peuple participe à la vie publique par le biais d’institutions représentatives. Et la classe ouvrière, si elle veut défendre ses intérêts, doit s’organiser par le biais de partis et de syndicats. Paradoxe : bien que l’organisation constitue une nécessité, elle divise néanmoins « tout parti ou tout syndicat professionnel en une minorité dirigeante et une majorité dirigée ». En d’autres termes, « qui dit organisation dit tendance à l’oligarchie ». Tel est le problème qui constitue le fil conducteur de l’ouvrage et dont l’auteur tente de comprendre tant les causes que les conséquences.

L’analyse proposée a pour particularité d’être directement nourrie par l’expérience et les observations de Michels. Né à Cologne en 1876 dans un milieu favorisé, il s’est très tôt engagé au sein du puissant Parti social-démocrate allemand, le SPD, avant de mener une carrière d’écrivain politique et d’universitaire en Suisse, puis en Italie. Jeune intellectuel cosmopolite, il a fréquenté les milieux socialistes de Belgique et de France, et cette connaissance du mouvement ouvrier européen imprègne tout son propos.

Le regard se veut sans jugement moral ni pathos : Michels n’ignore pas que le fonctionnement quasi militaire des organisations ouvrières résulte de la nécessité impérieuse de constituer des structures de combat à même d’affronter la répression féroce de la bourgeoisie. Toutefois, observe-t-il, lorsqu’elles se développent et s’insèrent davantage dans la société, à l’exemple du SPD, leurs méthodes autoritaires ne disparaissent pas.

L’explication première avancée par l’auteur renvoie à la spécialisation des tâches induite par la division du travail : plus l’organisation s’étend, plus son administration s’avère complexe, et moins le contrôle démocratique est à même de s’exercer véritablement. Le travail de mobilisation politique, et partant le fonctionnement quotidien, requiert un personnel dévoué à l’exercice des activités administratives ou de direction. Inévitablement, ce personnel manifeste des connaissances spécifiques (en droit ou en économie, par exemple) et un savoir-faire (concevoir des discours, rédiger des textes…) que tout un chacun ne possède pas spontanément. D’où le rôle essentiel joué par les intellectuels au sein des mouvements ouvriers : « Seul le socialiste d’origine bourgeoise possède ce qui manque encore totalement au prolétariat : le temps et les moyens de faire son éducation politique, la liberté physique de se transporter d’un endroit à un autre et l’indépendance matérielle sans laquelle l’exercice d’une action politique au sens vrai et propre du mot est inconcevable. »

Michels teinte son analyse de considérations psychologiques sur le besoin des masses d’être guidées par des chefs ou sur la propension des représentants à considérer leur mandat comme une charge à vie. Mais le substrat de son analyse relève d’abord de la sociologie. Les conceptions et les goûts politiques des individus sont déterminés par leurs origines sociales et leurs conditions de vie. Le journaliste, même dévoué au prolétariat, n’a pas la même expérience du monde que l’ouvrier métallurgiste.

Certes, le prolétariat a besoin de transfuges de la bourgeoisie ; mais il a tout autant besoin de former et de promouvoir à la direction des partis qui le représentent des éléments issus de la classe ouvrière (lire « Comment un appareil s’éloigne de sa base »). Même d’extraction populaire, cependant, les cadres des partis peuvent s’éloigner du monde du travail et des préoccupations de la base des adhérents. Lorsqu’il décrit une bureaucratie encline à adopter un mode de vie petit-bourgeois et à défendre des positions trop timorées à son goût, Michels songe directement au SPD.

Pour ces bureaucrates qui doivent tout à l’organisation, le parti cesse d’être un moyen pour devenir une fin en soi. Toute la stratégie se trouve alors soumise à la conquête de trophées électoraux et de postes de pouvoir au sein des institutions établies. La critique de Michels est sans ambages : « A mesure qu’augmente son besoin de tranquillité, ses griffes révolutionnaires s’atrophient, il devient un parti bravement conservateur qui continue (l’effet survivant à la cause) à se servir de sa terminologie révolutionnaire, mais qui dans la pratique ne remplit pas d’autre fonction que celle d’un parti d’opposition. » D’un côté, les chefs en appellent chaque jour à la révolution ; de l’autre, leur tactique politique orchestre routine et compromis.

A la fin de l’ouvrage, Michels généralise son propos et le teinte d’une note plus pessimiste. Influencé par des auteurs conservateurs comme Gaetano Mosca (2), il énonce une « loi d’airain de l’oligarchie » rendant inévitable la domination des élus sur les électeurs, des délégués sur les mandants, de l’élite sur la masse. « Le gouvernement, ou si l’on préfère l’Etat, ne saurait être autre chose que l’organisation d’une minorité » qui impose au reste de la société un ordre correspondant à ses intérêts. Tandis que les groupes dirigeants s’affrontent entre eux pour l’exercice de l’autorité, les classes populaires demeurent spectatrices de cet affrontement, appelées seulement à trancher épisodiquement, par les urnes ou par la rue, cette lutte pour l’accession au pouvoir.

Une telle vision, qui paraît condamner tout projet émancipateur, se prête aisément à des lectures conservatrices. L’économiste américain Albert Hirschman cite d’ailleurs l’ouvrage pour décrire le versant réactionnaire d’une rhétorique affirmant la vacuité de toute action visant à changer le monde — ce qu’il appelle l’« effet d’inanité (3) ». D’autres n’ont pas manqué de remarquer que Michels, décédé en 1936, proposait une analyse quasi prophétique du fonctionnement des partis communistes et des démocraties populaires constituées dans le giron de l’Union soviétique. L’homme peut aussi aisément être perçu comme un simple déçu de la démocratie parlementaire — en 1924, Michels adhéra au régime fasciste de Benito Mussolini.

Cependant, à l’époque de la rédaction de l’ouvrage — avant la première guerre mondiale —, il est encore proche du syndicalisme révolutionnaire, qui entend remédier à l’attentisme des partis politiques et revitaliser le socialisme plutôt que le condamner. Cette sensibilité critique anime sa réflexion.

Michels précise clairement qu’il serait erroné de conclure qu’il faudrait renoncer à limiter les tendances autoritaires des organisations. S’il a écrit son essai avec « l’intention de démolir quelques-unes des faciles et superficielles illusions démocratiques », c’est pour mieux aborder cette question de front. Contrairement, selon lui, aux dirigeants des partis ou des syndicats ouvriers qui traitent l’autoritarisme bureaucratique à la manière d’un « léger atavisme » dont ils prétendent pouvoir se débarrasser une fois parvenus au pouvoir.

S’il n’existe pas de solution toute faite à ce problème, l’histoire du mouvement ouvrier est riche des combats menés pour impliquer les classes populaires et contester la centralisation de l’autorité politique. Michels croit ainsi à l’éducation politique, qui permet de « fortifier chez l’individu l’aptitude intellectuelle à la critique et au contrôle ».

Antoine Schwartz

Coauteur avec François Denord de L’Europe sociale n’aura pas lieu, Raisons d’agir, Paris, 2009.

(1) Robert Michels, Zur Soziologie des Parteiwesens in der modernen Demokratie. Untersuchungen über die oligarchischen Tendenzen des Gruppenlebens, éd. Werner Klinkhardt, Leipzig, 1911. Traduction française : Les Partis politiques. Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, Flammarion, Paris, 1914.

(2) Politiste italien (1858-1941), considéré comme le « père » de la théorie élitiste selon laquelle le pouvoir est toujours exercé par une minorité organisée (y compris au sein des démocraties).

(3) Albert Hirschman, Deux Siècles de rhétorique réactionnaire, Fayard, Paris, 1991.

Source : Le Monde diplomatique Janvier 2015

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