Marek Halter « Marie est une révoltée ».

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Vous poursuivez votre relecture de la bible à travers les personnages féminins en vous attachant au personnage de Marie. Où vous ont conduit vos recherches ?

Marie est une suite et en même temps une rupture puisqu’elle se trouve à la frontière entre le judaïsme et une nouvelle religion qui surgit avec le christianisme. A la différence des autres femmes bibliques, Marie est une mère juive dans le sens où on le conçoit aujourd’hui. Une mère omniprésente qui s’implique et trace pour son enfant une ambition exceptionnelle. Marie arrive au sein d’un temps où la Judée est sous occupation romaine. Elle met au monde le libérateur d’Israël, mais aussi celui qui doit sortir le monde de la haine. Par sa présence constante auprès de Jésus et, le rôle qu’elle joue pour le transformer en Christ, elle occupe une place centrale dans l’avènement du christianisme.

Votre interprétation des textes se base sur une lecture en creux…

J’ai fait une longue enquête afin de reconstituer la vie quotidienne des gens à cette époque, surtout en Galilée où se trouvait la résistance au moment de l’occupation romaine. Le collabo de l’époque s’appelait Hérode. Je me suis aussi référé aux personnages des évangiles. Les évangiles traduisent l’avènement d’une nouvelle pensée qui se réfère au judaïsme puisque le Christ dit «  Je ne suis pas venu pour abolir mais pour accomplir ». C’est à partir de là, que la jeune Marie de Nazareth prend vie. Elle cesse d’être le visage d’une femme aux yeux baissés que nous ont apportée les peintres à travers les siècles. Elle ne peut pas avoir les yeux baissés quand elle sort de sa maison et voit sur les collines qui entoure Nazareth, les Romains planter des croix sur lesquelles agonisent les résistants. Elle est trop sensible. Je ne mets pas en doute ce que racontent les évangiles, je donne chair aux personnages.

N’y a-t-il pas justement, entre votre récit, qui donne une idée précise de l’environnement, et les évangiles, une forme d’opposition entre contexte historique et textes sacrés ?

En vérité la crainte de mes amis chrétiens, et celle du Vatican, portait sur la manière dont j’allai représenter la virginité de Marie. Or, sur ce point, je pense que cela correspond plutôt à ce que disent les évangiles. Là où commencent les problèmes, c’est à la fin du livre, avec la mort et la résurrection du Christ. Pour moi, il y a une logique dans les choses. Cette femme qui donne au monde Jésus, a un rapport particulier avec lui. Et là, l’interprétation que l’on nous donne ne tient pas debout. Dieu n’a pas voulu seulement utiliser Marie pour procréer c’est absurde. Dieu n’a pas besoin d’une mère porteuse. Donc s’il donne une mère, c’est pour que cette mère lui transmette des valeurs et un rapport charnel à la vie. Et cette mère qui attend 30 ans et voit que ce fils à qui elle a prescrit un destin exceptionnel ne fait rien, l’oblige pendant la noce de Cana à se révéler. Cela ce sont les évangiles qui le disent. Dieu ne meurt pas dans mon livre, je le mets dans le coma. Tout en essayant de respecter la symbolique, je donne à cette histoire la chair, la crédibilité, une présence à partir de là tout s’éclaire du moins pour moi.

En rendant Marie palpable, vous modifiez le personnage alors que les évangiles ne la considèrent que comme une mère. L’église n’a pas réagi ?

L’ancien secrétaire de Jean-Paul II, aujourd’hui évêque de Cracovie m’a téléphoné en me disant qu’il avait lu mon livre avec passion et il a ajouté : « tu as quand même de la veine que l’église ne brûle plus les hérétiques sur les places publiques » Cela résume bien la réaction des chrétiens comme lui, qui sont les gardiens du dogme.

Vous n’y allez pas de main de morte en faisant de Marie une révolutionnaire…

Une révoltée, Marie est une révoltée. C’est une fille sensible et courageuse car il fallait du courage pour annoncer comme elle l’a fait à une société qui lapidait les filles mères : «   je suis enceinte et je n’ai pas de mari. » Une fille comme ça, croise forcément les résistants. Je voulais aussi montrer l’évolution interne du personnage, devant l’injustice, sa première réaction la pousse à la révolte, mais elle arrive doucement, à une autre conclusion. Ce qui pourrait se traduire en terme moderne par : entre Jean Moulin et Gandhi, elle choisit Gandhi.

Vous préparez un livre sur la femme de Mahomet ?

Oui je travaille depuis un an sur Khadidja, la première femme de Mahomet. Mais pour l’instant aucun de mes 24 éditeurs ne veut en entendre parler. Ils ont la trouillent. C’est terrible, je ne supporte pas que les gens s’autocensurent avant même d’avoir entendu les réactions.

La féminisation de l’histoire vous apparaît comme la bataille du XXIe siècle, êtes-vous pour confier davantage de responsabilité aux femmes du Proche-orient ?

Oui évidemment, en même temps dans le rapport à l’islam, je crois que l’on ne peut pas libérer l’autre malgré lui. On l’a vu avec les conneries de Bush en Irak. Si nous voulons nous attaquer à l’islam pour le bonheur des musulmans nous allons créer une sorte de bloc solidaire de tous les Musulmans y compris les modérés. Mais si l’on soutient les femmes qui sont les plus persécutées, si nous parvenons à leur donner la force pour secouer cette religion de l’intérieur, là, nous aurons des chances de gagner le pari. C’est cela qui me pousse à écrire Khadidja. Les femmes ont besoin de références. Khadidja a beaucoup soutenu Mahomet au cours de sa mission prophétique. Elle le suivait partout. Un jour elle lui demande d’écrire, il répond qu’il ne sait pas, alors elle fait venir les scribes et lui demande de réciter. C’est ainsi que se sont transcrites les sourates. Sans Khadidja, il n’y aurait pas eu de Coran.

Recueilli par
Jean-Marie DINH

Voir aussi : Rubrique religion  Le judaisme libéral prône une adaptation au monde moderne, ,

Frêche : L’empire de l’influence à livre ouvert

Le couple Delacroix Frêche

Livre politique. La sagesse de la démesure, le portrait de G. Frêche par un de ses proches. François Delacroix donne un visage au pouvoir dans la région. Le Directeur de cabinet de Georges Frêche depuis dix-huit ans,sort de sa réserve en signant un livre sur l’indomptable président de la région Languedoc-Roussillon. L’auteur revient sur les grands épisodes relatifs aux 25 dernières années de carrière de son patron. L’usage de l’oxymore qui tient lieu de titre répond au double besoin d’attirer l’attention du lecteur et de décrire une personnalité hors norme. On ne s’étonnera guère de l’absence de recul de l’actuel directeur de cabinet sur la politique conduite, comme sur l’impact de ses conséquences. Sous l’emprise du pouvoir charismatique, l’auteur assume en toute conscience le paradoxe d’écrire sur un élu en exercice en se situant d’emblée en partisan inconditionnel d’une action qu’il souhaite durable.

Au fil des pages, il n’a de cesse d’évoquer le caractère visionnaire de G. Frêche et l’étroitesse d’esprit de ses adversaires avec un dévouement quasi religieux. Belle image d’Epinal que celle de l’abnégation indispensable des proches collaborateurs dans notre système politique. La fidélité sans faille se drape toujours de valeurs morales dans un contexte où ne survivent pourtant que les grands fauves. Est-ce un hasard si l’auteur dresse le plan de son livre en référence au chef-d’œuvre de Machiavel ? « Le Prince est l’ouvrage de référence de l’action de G Frêche. »

Outre le rappel des grands moments de la politique locale et le décryptage des alliances conjoncturelles, l’intérêt du livre provient avant tout de l’honnêteté avec laquelle François Delacroix aborde la notion de pouvoir. Exposée dans sa nudité, cette froide et cruelle disposition éclaire sur la manière de gouverner de son mentor. Véritable roi sans couronne, Frêche a développé Montpellier sur le modèle de la Florence des Médicis en alliant finance, intelligence, culture et commerce, nous rappelle François Delacroix : « On peut se demander si G. Frêche ne se considère pas comme une réincarnation de Laurent le Magnifique (…Ils ont en commun cette qualité rare d’anticiper le devenir de leur ville, ils savent maîtriser la communication vis-à-vis de leurs citoyens, en possédant le goût de l’intrigue, du conflit et du rapport de force. La seule différence, regrette l’auteur, c’est que G. Frêche n’est malheureusement pas assez florentin pour réussir à tous les coups, et pour concrétiser sa capacité à anticiper par une carrière nationale à sa dimension. » Ce regret et seul reproche formulé par François Delacroix est loin d’être anodin. Il marque les limites d’un homme politique singulier qui a su faire sien le traité de Machiavel pour conquérir et conserver le pouvoir par la force, tout en refusant les contraintes du contrôle et de la limitation imposées par une carrière nationale.

Le quatrième chapitre du livre évoque trop brièvement la question de la succession du « roi Georges » qui refuse toute idée de transmission. « A ses yeux, un siège, une mairie, une circonscription cela doit être gagné de haute lutte… » Cette perception renvoie à l’image du guerrier qui entend périr sur le champ de bataille. Et découle plus d’une captation personnelle du pouvoir que de l’intérêt général, plus de démesure donc, que de sagesse. Car le pouvoir issu des urnes, ne saurait être considéré comme une propriété par celui qui l’exerce. La réalité intégrale du pouvoir est aussi sa fin.

Jean-Marie Dinh

Georges Frêche la sagesse de la démesure édition Alter ego

Voir aussi : Rubrique Politique Pourquoi la gauche doit rompre avec Georges Frêche,

Larry Beinhart: Le bibliothécaire

bibliothecaireLe dernier Larry Beinhart est un thriller politique qui se déroule en pleine campagne présidentielle. L’auteur explore les coulisses du parti républicain téléguidé par une poignée d’intérêts privés. Le candidat ressemble furieusement à Georges W Bush. En devenant par hasard le bibliothécaire privé d’un industriel multimillionnaire, David Goldberg va découvrir à son insu que rien n’arrête l’influence exagérée des intérêts privés surtout quand les bailleurs de fonds s’apprêtent à désigner leur candidat. L’ouvrage s’inscrit dans la lignée d’une œuvre qui décortique les ramifications complexes et les alliances de circonstance de la démocratie américaine. Selon la logique des joueurs de poker, le président paie sa dette à ceux qui l’on fait roi. Sous la plume de Larry Beinhart, l’ambiguïté et les étranges coalitions de la vie politique américaine se prêtent à merveille à l’univers du roman noir. « J’aime la politique, confie l’auteur, les hommes politiques sont des gens intéressants. Ils ont le pouvoir de tuer les gens. N’importe quel chef de gouvernement peut tuer beaucoup plus que les serial killers. » Le Bibliothécaire a été écrit juste avant la réélection de G W Bush en 2004. « Je me suis amusé à prédire le résultat. Finalement les républicains ont volé l’élection et cela a été très peu contesté dans les médias. Depuis cette élection Bush a tué beaucoup de monde. Je ne suis pas inquiété à cause de mon engagement. Je ne fais que mentionner ce qui se passe. » En attendant les élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre aux Etats-Unis, Larry Beinhart a commencé son prochain livre. Il y sera question d’une affaire d’espionnage en Iran.

Jean-Marie Dinh


Le Bibliothécaire 24 série noire chez Gallimard

Voir aussi : Rubrique roman noir, L’évangile du billet vert,

Marx est-il d’actualité ? Entretien avec Jacques Attali

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Dans sa biographie, Jacques Attali s’attelle à la vie du grand penseur et s’intéresse à son apport théorique, qu’il replace dans le cadre de la mondialisation.

D’où provient votre intérêt pour Karl Marx ?

Au départ, c’est une curiosité intellectuelle. C’est évidemment un des plus grand  » monstre  » de l’histoire de la pensée occidentale. Les conséquences politiques de sont œuvre ont été déterminantes.

En vous lisant, on constate votre attachement à la rigueur des faits, quelle a été votre méthode de travail ?

C’est la troisième biographie que j’écris. Pour moi, une biographie doit permettre de resituer le personnage dans son histoire personnelle, le raconter comme un roman, de façon aussi rigoureuse que possible, en le replongeant dans son contexte historique. On ne peut comprendre ni la psychologie ni l’œuvre de quelqu’un, sans connaître le cadre dans lequel il évolue.

Vous soulignez le rapprochement entre le contexte historique du XIX éme et le notre …

En effet, c’est un contexte qui ressemble beaucoup à celui d’aujourd’hui. Le XIX éme voit à la fois la percée de nouvelles techniques et de bouleversements sociaux, l’émergence de nouveaux pays dans l’économie, d’idéaux politiques nouveaux et surtout, c’est la première fois dans l’histoire où l’on commence à parler de mondialité.

En quoi Marx apparaît-il, comme vous le dite, comme le premier penseur de la mondialisation ?

Je me suis penché sur des écrits qui ont été assez occultés. Des textes où Marx parle de l’importance du libre échange et de l’international. Il y décrit notamment le fait que le déploiement du capitalisme n’est pas de nature limitée, mais extrêmement vaste et que le socialisme viendra après le capitalisme mondial et pas à sa place.

Comment peut-on s’expliquer le rejet de cet apport théorique aujourd’hui ?

Il y a eu une formidable captation d’héritage par les socio-démocrates allemands puis, les communistes allemands enfin, les communistes russes, qui a entraîné à la fois, une déviation nazie et une déviation soviétique dont il n’est que partiellement responsable. C’est un peu normal qu’après ces deux caricatures construites en son nom, que son œuvre ait été mise à l’écart. Mais quand on la relit, on s’aperçoit qu’il était lui-même très hostile à cela. Sa conception du socialisme est avant tout fondée sur la liberté, sur la démocratie, et la mondialisation et pas du tout sur le parti unique.

Cela ne relève-t-il pas également, d’une volonté de non débat sur le capitalisme moderne?

Enormément de choses s’écrivent sur le capitalisme moderne. Simplement, cela repose souvent sur une pensée antimondialiste ou sur une pensée euphorique de la mondialisation, pas sur la nécessité d’un capitalisme triomphant pour en finir avec le capitalisme. Ce qui est la posture très intéressante de Marx, qui voyait la mondialisation du capitalisme comme la condition de sa disparition.

Selon-vous le libéralisme serait une idée de gauche et l’individualisme une idée de droite…

Le libéralisme est une idée de gauche dans la mesure où il repose sur une idée beaucoup plus vaste que ce qu’on entend par le libéralisme économique. C’est d’abord la démocratie, la liberté de chacun de s’exprimer et d’avoir les moyens de développer la liberté. Donc c’est une valeur de gauche. Mais naturellement, elle ne peut se réaliser qu’à condition d’avoir des institutions, des infrastructures et en particulier des mécanismes collectifs qui permettent au libéralisme, intellectuel, culturel, et social de se développer. Tandis qu’évidemment, la liberté individuelle fondée sur l’égoïsme du chacun pour soi, est une idée de droite.

On constate cependant, là aussi, deux réalités entre la définition théorique du libéralisme et sa mise en œuvre pratique …

Pour moi, le libéralisme ne doit pas s’entendre dans sa définition économique mais dans une dimension globale. D’autre part, je pense, comme Marx, que l’au-delà du capitalisme n’est pas dans la protection du système antérieur.

Où situez-vous la notion de pouvoir chez Marx ?

Pour Marx, le pouvoir appartient à ceux qui détiennent les équipements de production, c’est-à-dire, la terre et le capital. Les appareils d’Etat ne sont que les représentants ou les acteurs de ces forces. Pour lui, l’enjeu de pouvoir se situe dans l’affrontement entre ceux qui disposent du capital et ceux qui devraient l’avoir. Le seul système politique qui prévaut, c’est la démocratie parlementaire.

Quand il aborde ce sujet vers 1871, vous écrivez :  » la social-démocratie est née « . Où situeriez-vous la social- démocratie actuelle dans la conception du penseur ? Un détournement du socialisme ?

Sans vouloir faire tourner les tables, je pense qu’aujourd’hui Marx trouverait à l’échelle de chaque pays une forme de social-démocratie acceptable en terme d’organisation sociale. Mais il trouverait aussi qu’elle est très très insuffisante, puisqu’elle n’organise pas les conditions de la lutte à l’échelle mondiale. Donc, Marx serait certainement partisan d’une coalition des syndicats et des partis de gauche à l’échelle mondiale, pour créer les conditions d’un gouvernement mondial.

Ce que l’on constate c’est justement, l’inexistence d’organisation d’un pouvoir mondial. Hormis l’argent et les armes, qu’elles alternatives ?

Les idées. Pour développer par exemple le micro crédit, tout ce qui se fait avec les ONG, comme le mouvement de la gratuité… Il faut aussi s’appuyer sur le développement technologique qui aide beaucoup. Les évolutions technologiques cassent les pouvoirs et les remplacent par des options beaucoup plus décentralisées et foncièrement subversives.

Peut-on croire à une hypothétique régulation interne de l’économie ?

On peut l’organiser en tout cas. Je crois qu’un gouvernement mondial est possible. Il passe, en premier lieu par les gouvernements continentaux, d’où l’importance d’une démocratie véritablement politique et sociale en Europe.

Quels sont les héritiers de la pensée de Marx aujourd’hui ?

Il y a quelques grands économistes qui se réfèrent à lui. Il y a dans le mouvement international socialiste et dans une petite partie du mouvement alter mondialiste des courants qui renvoient à son analyse. Ce que Marx aurait voulu aujourd’hui, c’est la construction d’un grand mouvement syndical et politique planétaire.

Recueilli par Jean-Marie DINH

A l’invitation conjointe de la Librairie Sauramps et de l’association Economie, développement et citoyenneté, Jacques Attali était  à Montpellier vendredi 27 janvier où il a  participé à un débat présidé par Jean-Claude Gayssot.

Voir aussi : Rubrique Livre Politique, Rencontre surréaliste entre Marx et le père noël,

Les rois du Petit Bard bien loin des comparutions immédiates

La cité du Petit bard à Montpellier

Affaire des syndics de copropriété du Petit Bard

Le quartier du Petit bard qui bénéficie d’un financement Anru est promis à faire peau neuve. Tout le monde s’en félicite et s’apprête à tourner la page avec satisfaction. Oubliant un peu vite, que pendant vingt ans la gestion des 800 logements de la plus grande copropriété privée de France s’est trouvée aux mains de gestionnaires sans scrupule.

Les 17 ans de règne de la SARL BLV entre 1982 et 1999, gérée par M. Negre avec la complicité de M. Carriere, Président du Conseil Syndical, se sont déroulés dans des conditions très profitables. Durant l’âge d’or de BLV, les honoraires de syndic sont de 500 000F par an. Auxquels s’ajoutent les mandats de gestion et de vente, ainsi que le marché des travaux d’entretien et de rénovation confié en grande partie aux sociétés de M. Negre. Tout au long de cette période, il n’y aura jamais de contrôle de la Caisse de Garantie Socaf qui présente aux professionnels de l’immobilier une garantie financière « sur mesure ». Ce n’est qu’en 1997 que la Socaf se décide à opérer un contrôle de l’activité de BVL qui relève une insuffisance de trésorerie de 609 000 F sur l’exercice annuel. Elle décide alors de retirer sa garantie. Avec 9 milllions de dette à des fournisseurs et 11 millions de créances non recouvrées sur les propriétaires, la situation de la copropriété est depuis longtemps passée sous la ligne de flottaison. Mais malgré ses ennuis, le gérant de BLV, parvient à contourner la nomination d’un administrateur judiciaire et s’entend avec M. Carrière pour préserver leurs intérêts respectifs.

En mars 1999, BVL cède son portefeuille de gestion à Rimbaud immobilier. Détail intéressant, le comptable de BVL fait parti du package et poursuit son activité chez Rimbaud avec procuration sur les comptes. Le contrat de cession prévoit que la situation comptable et financière sera établie. Mais rien de tout cela ne sera fait. Un conflit entre M. Criseo, actionnaire majoritaire de la SARL Rimbaud, et messieurs Carrière et Negre, conduit Rimbaud immobilier à déposer le bilan un an plus tard.

Cette fois encore, on n’est pas trop regardant. Le Président du TGI désigne un administrateur provisoire. Le fond de commerce Rimbaud immobilier est cédé pour la modique somme de 35 000 F. La Société Dupuy Lataste reprend la gestion de la résidence. Alors qu’au sein du Conseil Syndicat certains membres œuvrent toujours en service commandé de M. Negre. Suite à la mobilisation de l’amicale des Copropriétaires et des Locataires du Petit Bard qui dénoncent diverses malversations, M. Dupuy perd la mission du syndic lors de sa dernière AG en 2001. Cette même année, l’état des créances non recouvrées sur des copropriétaires s’élève à 14,5 MF. Ce n’est qu’en 2002 qu’un administrateur judiciaire prendra le relais.

Jean-Marie Dinh

Voir aussi :  Rubrique  Société Médias et banlieue et représentations, Rubrique Justice Délinquance en col Blanc