Laurent Fabius vote pour la résolution 2118 au Conseil de sécurité vendredi 27 septembre à New York (Craig Ruttle/AP/SIPA)
La bonne nouvelle, c’est que pour la première fois depuis le début de la crise syrienne, il y a plus de deux ans et demi, le Conseil de sécurité de l’ONU a été capable, dans la nuit de vendredi à samedi, d’adopter une résolution à l’unanimité, sans le double veto russe et chinois qui l’avait paralysé jusque-là.
La mauvaise nouvelle, c’est que cette résolution ne changera rien à la guerre brutale qui se déroule sur le terrain, et qu’elle a été vidée de tout contenu contraignant par un compromis a minima entre Moscou et Washington.
La position plus exigeante défendue par la France, pourtant représentée par son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, resté jusqu’au bout de la négociation, a été marginalisée par l’entente des deux grands.
C’est donc l’épilogue, provisoire, de l’épisode des frappes « punitives » contre le régime syrien après le massacre du 21 août, qui n’auront pas lieu. La résolution de l’ONU se garde d’ailleurs bien de déterminer la responsabilité de ce massacre chimique, qui restera donc impuni.
La résolution 2118 adoptée à l’unanimité – c’est assez rare à l’ONU pour être souligné – prévoit simplement la destruction de l’arsenal d’armement chimique dont le régime de Bachar el-Assad a reconnu l’existence.
Pas de recours au « Chapitre VII »
Cette destruction d’un arsenal, généralement estimé autour de 1 000 tonnes, doit se faire d’ici à la mi-2014, une tâche techniquement impossible dans un délai si court dans un pays en guerre selon les spécialistes.
Mais, et c’est là que le compromis russo-américain atteint ses limites, la résolution ne prévoit rien en cas de non respect de la résolution – en particulier pas d’évocation au « Chapitre VII » de la Charte des Nations unies comme le demandait avec insistance la France, qui permet l’usage automatique de la force de la part d’un Etat membre pour faire respecter les résolutions de l’ONU. Il faudra revoter en cas de non respect, et donc renégocier entre Moscou et Washington.
La France avait présenté la première mouture de la résolution, contenant la référence au fameux « Chapitre VII ». Elle s’était heurtée d’emblée à l’hostilité de Moscou, et à la volonté de Barack Obama de sortir au mieux de cette crise qui n’a pas été son heure de gloire.
Triple résultat de cinq semaines de crise
Le résultat, à l’issue de près de cinq semaines de crise internationale depuis le massacre à l’arme chimique d’Al Ghouta, dans la banlieue de Damas, le 21 août, constitue une petite avancée :
le régime syrien a reconnu l’existence de son stock d’armes chimiques et a accepté de le détruire, même s’il continue de nier sa responsabilité dans le massacre ;
un mécanisme de contrôle et de destruction de ces armes, interdites par des traités internationaux que la Syrie n’a toutefois pas signés, sera mis en place, avec l’entrée en scène de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) qui devrait pouvoir envoyer ses experts sur les sites ;
la reprise du dialogue russo-américain sort de l’impasse l’organisation d’une conférence dite de « Genève 2 » entre toutes les parties au conflit syrien, dans le but de déboucher sur une hypothétique solution politique. Il n’y a pour l’heure ni calendrier, ni cadre politique fixé.
Bouffée d’oxygène pour Assad
La seule certitude, à l’issue de ces cinq semaines de crise, c’est que le régime de Bachar el-Assad, passé tout près de frappes militaires américano-françaises potentiellement déstabilisatrices, a retrouvé une marge de manœuvre inattendue.
L’autre résultat, c’est le retour en force de la diplomatie russe, conduite par Vladimir Poutine et son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, passée d’un efficace « front du refus » pendant deux ans, à un rôle plus actif, capable d’emporter la mise dans un bras de fer avec une Amérique décrédibilisée.
Le pendant de ce retour de la Russie, c’est l’image désastreuse qu’a donné Barack Obama avec son indécision, ses tergiversations, et au final son acceptation des conditions russes. Le président américain a fait de justesse, vendredi, le geste de parler au téléphone, pour la première fois depuis 1979, au président iranien Hassan Rohani, donnant l’image d’une initiative diplomatique en clôture d’une séquence peu glorieuse.
Reste enfin la France, partie en tête avec des positions très fortes, qui se retrouve sans la « punition » trop vite annoncée par François Hollande, et sans la résolution contraignante dont Paris avait fait la condition sine qua non d’une bonne alternative diplomatique à l’action militaire.
De quoi contraindre la France à réévaluer son poids actuel dans le monde, et, surtout, à constater qu’en l’absence d’alliés en Europe, la France n’est plus guère en mesure de peser dès lors que les deux grands se sont entendus. Un réveil douloureux.
Rien pour les Syriens
Quant aux Syriens, ils continueront de souffrir dans cette guerre atroce, car il n’y a pas un mot, dans cette résolution, pour l’accès des humanitaires aux victimes, et pour porter secours aux millions de déplacés et réfugiés, à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie.
Pas un mot non plus sur les perspectives politiques. Seul Ahmad Jarba, le président de la Coalition nationale syrienne, de plus en plus mis à mal par la poussée des forces djihadistes sur le terrain, a affirmé que son groupe souhaitait participer à une éventuelle conférence de « Genève 2 ». Mais à condition, a-t-il dit, que son objectif soit « clair » :
« Il s’agit d’une transition vers la démocratie, cela ne doit pas être un dialogue sans fin avec le régime. »
Selon les révélations de l’unité de contre-espionnage de WikiLeaks, auxquelles Rue89 a eu accès avec 18 médias étrangers, les marchands de surveillance numérique privilégient les pays peu regardants sur les droits de l’homme.
Les marchands d’armes n’aiment guère la publicité. Problème : les télécommunications, ça laisse des traces, opportunément exploitées par la NSA (entre autres), comme Edward Snowden l’a amplement démontré.
WikiLeaks a décidé de rendre publique la liste des pays visités par les principaux marchands d’armes de surveillance numérique, dont trois « sociétés ennemies d’Internet » – pointées du doigt par Reporters sans frontières pour avoir vendu des logiciels espions à des pays eux aussi considérés par RSF comme des « ennemis d’Internet ».
En 2011, WikiLeaks avait rendu publics, avec ses « SpyFiles », des centaines de documents internes révélant l’ampleur du business des logiciels et systèmes d’espionnage et de surveillance des télécommunications.
Dans une nouvelle série de révélations, intitulée « SpyFiles 3 », à laquelle Rue89 a eu accès en partenariat avec dix-huit autres médias étrangers, WikiLeaks révèle que la WLCIU (pour WikiLeaks Counter Intelligence Unit), son « unité de contre-espionnage » (sic), a recensé les pays d’où se sont connectés les téléphones portables de dix-neuf employés ou responsables de onze marchands d’armes de surveillance numérique.
Surveillés depuis des mois par WikiLeaks
Du 4 au 6 juin derniers, le gotha de la surveillance des télécommunications se réunissait au Clarion Congress Hotel de Prague, à l’invitation d’ISS World. L’entrée de ce salon itinérant, interdit aux journalistes mais organisé sur les cinq continents, facturée entre 995 et 2 295 dollars (entre 755 et 1 742 euros), est réservée aux représentants de services de renseignement, forces de l’ordre et gouvernements.
Les participants viennent y découvrir les dernières nouveautés en matière de surveillance et d’interception des télécommunications, assister à des démonstrations « live » de logiciels espions, et à des dizaines de conférences où les marchands d’armes expliquent comment leurs systèmes et logiciels peuvent aider les autorités à surveiller et combattre « les activités criminelles conduites sur les réseaux de télécommunication, l’Internet et les réseaux sociaux ».
Du 7 au 9 juillet, plusieurs de ces marchands d’armes se retrouvaient à Lyon, au forum Technology Against Crime, qui se targue de vouloir devenir le « Davos de la sécurité » puis, du 22 au 25, au Brésil, pour l’édition sud-américaine du salon ISS.
Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que plusieurs d’entre eux étaient surveillés, depuis des mois et pour certains des années, par l’unité de contre-espionnage de WikiLeaks.
Et force est de constater que, lorsqu’ils sont en voyage d’affaires, ces mercenaires du numérique ont une furieuse tendance à privilégier les pays peu regardants en matière de droits de l’homme. (Dans la carte ci-dessus, cliquez sur les pays en rouge pour connaître leur rang au classement RSF de la liberté de la presse, et découvrir quels marchands d’armes les ont visités.)
Droits de l’homme et bord de mer
L’allemand Trovicor, ex-Nokia Siemens Networks, est l’un des plus gros fournisseurs de solutions légales d’interception dans le monde. Plus de 100 pays utiliseraient ses technologies, et c’est le principal sponsor du salon ISS. Son code de bonne conduite précise, au chapitre « business ethics » que l’objectif de l’entreprise est de faire partie des industries leaders en matière de responsabilité sociale et de respect des droits de l’homme.
Elle n’en a pas moins fourni des systèmes d’interception à l’Iran, au Bahreïn et en Syrie, ce qui en a fait l’un des principaux « ennemis d’Internet » pour RSF. Sur ses 170 employés, un seul était surveillé par la WLCIU, qui avance que, depuis janvier, il a été deux fois aux Emirats arabes unis (où Trovicor a une filiale), ainsi qu’en Bulgarie, Serbie, et en Thaïlande, l’un des quatorze pays placés « sous surveillance » par RSF en 2012, en raison de ses velléités de contrôle, de filtrage et de censure d’Internet.
Contactée, la responsable communication de Trovicor à répondu à Rue89 que la liste de ces pays lui fait penser à l’itinéraire de quelqu’un qui apprécierait particulièrement les pays en bord de mer, et que son employeur s’interdit par ailleurs de vendre ses solutions à tout pays en guerre civile…
Mr Q. au Turkménistan
Elaman, elle aussi allemande, se présente comme spécialiste des « solutions de sécurité gouvernementale ». Son catalogue, que WikiLeaks avait rendu public à l’occasion des Spy Files, est un inventaire de tout ce dont aurait rêvé le Mr Q. de James Bond.
Sur la page d’accueil de son site web, Elaman avance que « la confidentialité est essentielle dans le business de la sécurité ». Elle aurait donc probablement préféré que l’on ne sache pas que, du 21 au 24 janvier dernier, puis les 12 et 13 juin, son responsable commercial, Holger Rumscheidt, était au Turkménistan, 177e (sur 179) au classement RSF de la liberté de la presse, un des douze pays considérés par l’ONG, en 2012, comme faisant partie des « ennemis d’Internet ».
Décrit par RSF comme « l’un des plus fermés au monde », le Turkménistan est aussi l’« un des pays les plus hostiles à la liberté d’expression ». Facebook, Twitter, YouTube et Gmail y sont bloqués et « les possesseurs d’antennes paraboliques ou de téléphones portables sont considérés comme des ennemis en puissance ».
La liste des pays d’où Rumscheidt s’est connecté au réseau téléphonique indique qu’il a aussi visité l’Azerbaïdjan (156e du classement RSF) en février 2012, la Jordanie (134e) en avril dernier, et multiplié les déplacements au Liban (101e), au sultanat d’Oman (141e) et aux Emirats arabes unis (114e), par ailleurs placés « sous surveillance » par RSF en 2012, suite aux « arrestations arbitraires » de plusieurs blogueurs qui avaient osé demander aux autorités de procéder à des réformes, ce qui leur avait valu des condamnations de deux à trois années de prison.
Les logiciels espions des Printemps arabes
Le groupe britannique Gamma, une des cinq sociétés classées « ennemies d’Internet » par RSF, n’est pas en reste : entre les 2 et 10 mars 2013, pas moins de quatre de ses principaux responsables se rendaient ainsi aux Emirats arabes unis, en compagnie d’Holger Rumscheidt (Gamma a noué une alliance de sécurité avec Elaman). Au total, huit des onze entreprises surveillées par la WLCIU ont visité les Emirats l’an passé.
La liste de WikiLeaks révèle que les employés de Gamma placés sous surveillance auraient par ailleurs visité le sultanat d’Oman, le Liban, l’Ouganda (104e au classement RSF), le Qatar (110e), le Nigéria (115e), Brunei (122e), l’Ethiopie (137e), l’Indonésie (139e) et la Guinée Equatoriale (166e), ainsi que deux des douze pays placés « sous surveillance » par RSF à l’occasion de son rapport sur les « ennemis d’Internet » : la Malaisie (145e) et le Kazakhstan (160e).
L’employé de Gamma dont le téléphone portable était, du 9 au 12 juin dernier, localisé au Kazakhstan, est un « usual suspect » : Martin Münch, né en 1981, est le responsable de FinFisher, une suite de logiciels espions (ou « chevaux de Troie ») qui ont beaucoup fait parler d’eux depuis que, Printemps arabes aidant, on a découvert qu’ils avaient été utilisés en Egypte, pour espionner des dissidents au Bahrein, ainsi que, comme l’ont révélé des chercheurs américains au printemps dernier, dans au moins 35 pays, dont quinze des pays visités par les employés de Gamma et de ses filiales l’an passé (Brunei, Nigeria, Afrique du Sud, République tchèque, Ethiopie, Indonésie, Malaisie, Mexique, Qatar, Serbie, Singapour, Turkménistan, Royaume-Uni, Etats-Unis, Emirats arabes unis).
25 200 euros le « kit d’intrusion »
WikiLeaks publie par ailleurs une dizaine de documents révélant comment FinFisher et une entreprise suisse, DreamLab, ont vendu un « proxy d’infection » afin de pouvoir infecter les ordinateurs des citoyens ou résidents d’Oman et du Turkménistan (à la demande de leur gouvernement), ainsi qu’une fiche confidentielle révélant combien sont facturés ces logiciels espion.
Comptez 25 200 euros le « kit d’intrusion », ou bien 100 000 euros la licence de FinSpy, sa solution complète d’intrusion à distance, si vous voulez espionner de une à dix cibles, mais 250 000 euros si vous voulez en surveiller plusieurs centaines, plus 9 500 euros de licence (par client). Le support technique, et les mises à jour, sont facturés 255 338 euros la première année, ou 308 960 euros pour trois ans. Les formations, elles, sont facturées 22 500 euros, les cinq jours. Un juteux business qui a d’ailleurs conduit Gamma à ouvrir un compte « offshore » aux Iles vierges britanniques…
Interviewé par un journaliste de Bloomberg, Martin Münch déplorait l’an passé la publicité faite par les nombreux articles expliquant comment les logiciels espions de FinFisher étaient utilisés pour espionner des défenseurs des droits de l’homme et cyberdissidents, et expliquait avoir abandonné toute forme de vie sociale : « Si je rencontre une fille et qu’elle tape mon nom dans Google, je suis sûr qu’elle ne me rappelera jamais »…
Le blog du « voyageur au Moyen-Orient »
D’autres employés n’ont pas ces pudeurs de jeunes filles : Nelson Brydon, qui se présente sur son compte Twitter (@Brydon_N, désormais indisponible) comme « voyageur au Moyen-Orient » a ouvert un blog (désormais indisponible aussi) où il narre ses nombreux voyages en avion entre le Qatar et Dubaï, l’Ouganda, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Munich – siège social d’Elaman, révélant incidemment la liste des pays où sont donc probablement installés des logiciels ou systèmes espions de Gamma, son employeur.
Sur ce blog, Nelson Brydon ne parle pas de son métier mais, une fois par an, il rédige un (très) long billet où il explique ce que cela fait de prendre l’avion, et compare les compagnies aériennes, les stewards, hôtels…
Le dernier billet se conclut par un « rendez-vous en 2013 ». Sans trahir de secret professionnel, la liste de WikiLeaks indique que, rien qu’entre février et août, il a déjà été cette année sept fois au Qatar, ainsi qu’aux Emirats arabes unis, à Oman, en Malaisie, qu’il était à Chypre du 8 au 29 juillet (en vacances ?), et qu’il était de nouveau au Qatar du 18 au 22 août derniers.
Les petits secrets d’Hacking Team
L’unité de contre-espionnage de WikiLeaks s’est également intéressée au principal concurrent de FinFisher, Hacking Team, une entreprise italienne elle aussi placée dans la liste des « ennemis d’Internet » de RSF. Elle s’était en effet fait connaître après que des journalistes marocains, et un blogueur des Emirats arabes unis, ont reçu des e-mails infectés par « Da Vinci », son logiciel espion.
En avril dernier, une étude de Kaspersky Lab avait révélé que le cheval de Troie d’Hacking Team était particulièrement utilisé au Mexique, en Italie, au Vietnam, aux Emirats arabes unis, en Irak, au Liban et au Maroc. La WLCIU révèle aujourd’hui que les deux employés de Hacking Team qu’elle a surveillé ont multiplié les courts séjours (de deux jours) au Maroc en 2011, 2012 et 2013, ainsi qu’aux Emirats arabes unis, à Singapour, en Serbie, en Espagne, Egypte, Arabie saoudite, au Qatar, Liban, en Malaisie et à Oman.
Eric Rabe, conseiller juridique de Hacking Team, a refusé de commenter la liste des pays visités, mais a tenu à préciser que son employeur avait constitué un panel d’experts indépendants habilité à opposer un veto à tout contrat, qu’il vérifie systématiquement si leurs nouveaux clients pourraient se servir de leurs logiciels espions pour commettre des violations des droits de l’homme, et qu’Hacking Team se réserve le droit de refuser ou suspendre tout contrat en pareil cas, ce qui serait déjà arrivé.
Interrogé sur les soupçons d’utilisation de leur cheval de troie pour espionner des opposants marocains et émiratis, Eric Rabe refuse de rendre publiques les conclusions de leur contre-enquête, ni d’éventuelles mesures prises depuis. Il refuse également de révéler l’identité des experts indépendants, non plus que de leur permettre de répondre aux questions des journalistes, afin d’éviter qu’ils ne fassent l’objet de « pressions pouvant influencer leurs décisions »…
Julian Assange : « Surveiller les surveillants »
Et c’est précisément, explique le fondateur Julian Assange, pour « mettre en lumière cette industrie secrète de la surveillance, qui travaille main dans la main avec les gouvernements de par le monde pour autoriser l’espionnage illégitime de citoyens » que WikiLeaks a lancé ces « SpyFiles 3 », qui permet de doubler le nombre de documents, brochures, plaquettes et autres portfolios émanant des marchands d’armes de surveillance numérique contenus dans la base de données de l’ONG.
Interrogé sur ce qui lui avait permis de mener l’opération de « location tracking » (sic), Julian Assange oppose un « no comment » ferme et définitif. Tout juste consent-il à expliquer que « le rôle de la WLCIU est de protéger les actifs, personnels et sources de WikiLeaks de toute opération d’espionnage hostile, et de révéler la nature des menaces en terme d’espionnage qui pèsent sur les journalistes et leurs sources » :
« Cela comprend des mesures de contre-espionnage incluant, par exemple, la détection de mesures de surveillance mais également le fait de recevoir des informations émanant de sources internes aux organisations susceptibles de menacer la sécurité des journalistes.
Les données collectées par la WLCIU et révélées dans ces SpyFiles 3 permettent aux journalistes et citoyens d’aller plus loin dans leurs recherches portant sur l’industrie de la surveillance, et de surveiller les surveillants. »
Les révélations de la WLCIU ont permis au magazine espagnol Publico de découvrir que la Guardia Civil et l’armée espagnole avaient passé un contrat avec Gamma. En février dernier, plusieurs ONG, dont Reporters sans frontières et Privacy International, portaient plainte contre Gamma et Trovicor, qui auraient violé onze des principes directeurs de l’OCDE, censés garantir la responsabilité sociale des multinationales, en fournissant des armes de surveillance numérique au Bahreïn.
Les nouvelles révélations de WikiLeaks, et la liste des pays, pourraient donner de nouveaux arguments à ceux qui plaident pour un contrôle à l’exportation des systèmes et outils de surveillance et d’interception des télécommunications qui, à ce jour, ne sont pas considérés comme des « armes », et peuvent donc être vendus à des pays connus pour bafouer les droits de l’homme, en toute légalité.
Décider c’est parier. Décider l’intervention en Syrie, plus de deux ans après le début d’une protestation pacifique dont la répression a provoqué une horrible guerre civile, est un pari risqué. Une telle intervention dès le début pour soutenir des résistants en majorité démocrates aurait été risquée, mais elle aurait couru des risques moindres qu’aujourd’hui.
L’utilisation du gaz sarin sur une population civile est avérée. Reste à prouver que ces gaz ont été employés par l’armée régulière, et non par un éventuel groupe rebelle « al-qaïdiste » ou autre. Haute probabilité ne signifie pas certitude. Le mensonge américain sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein crée un doute qui pèse sur les esprits.
Même s’il était enfin prouvé que M. Al-Assad a employé ce gaz contre son propre peuple, même si le gaz est une arme prohibée depuis la première guerre mondiale et n’a pas été utilisé même au cours de la seconde, cette arme immonde ne massacre pas plus les civils que les bombardements massifs à gros calibres et bien entendu la plus petite bombe atomique. Toutefois, c’est un pas de plus dans l’horreur d’une guerre. Que cette tuerie déclenche une réaction morale tardive qui se traduit en intervention militaire, cela se comprend. Mais nous sommes devant une contradiction énorme : intervenir, c’est parier dangereusement, mais ne pas intervenir c’est parier non moins dangereusement, et nous payons déjà les conséquences de ce pari passif, comme l’a été le pari passif de la non-intervention pendant la guerre d’Espagne en 1937. Les ennemis de l’intervention ont montré ses dangers. Les ennemis de la non-intervention ont montré ses dangers. Ajoutons que dans l’un et l’autre cas, il est impossible de prédire la chaîne des interactions et rétroactions qui vont suivre.
Le pari d’intervention est un pari limité à des frappes de « punition ». Il n’est prévu aucune intervention au sol, et il semble difficile de penser que ces frappes puissent atteindre des objectifs capables de renverser la situation en Syrie. La guerre civile est déjà en fait une guerre internationale : l‘Iran, la Russie, le Hezbollah y participent du côté du régime ; des aides limitées parviennent aux rebelles de la part de pays arabes et occidentaux, des volontaires islamistes de multiples pays participent aux combats. Une intervention accroît les débordements du conflit hors Syrie, notamment au Liban, ce qui risque de transformer une guerre internationale limitée en un embrasement plus large : elle serait une aventure dont les effets sont inconnus.
EFFETS NÉGATIFS PROBABLES
Toute action en situation incertaine risque d’aller à l’encontre de l’intention qui l’a provoquée. C’est ce qui est arrivé au « printemps arabe » de Tunisie et d’Egypte. En Libye, la conséquence de l’élimination de Kadhafi a été le développement d’Al-Qaida au Sahel. On ne peut donc éliminer l’idée que l’intervention éventuelle ait des effets positifs très limités et des effets négatifs très grands. On ne peut éliminer qu’elle ajoute de l’huile sur un brasier et provoque son extension. On ne peut éliminer l’idée que la « punition » dégénère en punissant les punisseurs. Elle est de plus mal partie : pas de légitimité de l’ONU, pas de soutien affirmé des pays arabes, défection anglaise. Un vote négatif du Congrès américain conduirait à l’inaction, car la France ne saurait intervenir seule.
Mais l’inaction est elle-même un pari très dangereux, car la logique aboutit soit à une victoire implacable et épouvantable de M. Al-Assad, soit, en cas de défaite du président syrien, à une nouvelle guerre civile entre rebelles laïques et démocrates, sunnites, alaouites, kurdes, djihadistes, et à une décomposition de la Syrie en fragments ennemis, ce qui est le chemin que prend l’Irak, stimulé par les conflits interreligieux et interethniques de Syrie.
On ne peut donc échapper à la contradiction qu’en essayant la seule voie qui arrêterait la spirale des pires périls de l’intervention et de la non-intervention. C’est le compromis. Un tel compromis doit commencer par être un compromis entre les puissances. Un accord pourrait se faire sur le compromis entre la Russie, l’Iran, les nations arabes, les nations occidentales, peut-être sous l’égide de l’ONU, et proposé, voire imposé aux combattants. Il peut sembler inconcevable à beaucoup que Bachar Al-Assad ne soit pas éliminé. Mais la démocratie n’a été rétablie au Chili qu’avec un compromis qui a laissé le bourreau Pinochet deux ans à la tête de l’Etat et six ans à la tête de l’armée. L’irrésistible processus pacifique a abouti à la condamnation de Pinochet. Si une paix avait été conclue en Algérie en 1956 sur un compromis temporaire, la France n’aurait pas couru le risque d’une dictature militaire qu’a pu éviter le « coup de judo » de De Gaulle, l’Algérie n’aurait pas sombré dans la dictature du Front de libération nationale (FLN), on aurait évité tant de massacres ultimes provoqués par l’Organisation armée secrète (OAS) et le FLN.
Le compromis devrait se faire sous garantie internationale, voire avec la présence de forces de l’ONU. Il arrêterait les massacres et le processus de décomposition de la Syrie. Il arrêterait – avec la radicalisation actuelle – l’irrésistible progression d’Al-Qaida. Il inhiberait les puissances déchaînées de mort et de folie. Entre des impératifs éthico-politiques contradictoires, il constitue le plus prudent pour la Syrie, le Moyen-Orient, la planète. Ce n’est pas la solution, mais c’est le vrai moindre mal et c’est la possibilité d’une évolution pacifique. C’est donc le troisième pari qu’il faut tenter, incertain et risqué, mais moins que les deux autres, et, lui, humain et humanitaire pour un peuple martyr.
Disco revival au Théâtre de la Mer avec Nile Rogers
Festival. Fiest’à Sète maintient le cap sur le meilleur des musiques du monde. Le festival rejoint ce soir le Théâtre de la Mer de Sète pour 7 soirées d’exception.
Après la semaine nomade et gratuite, le festival des musiques du monde poursuit sa 17ème saison en s’installant ce soir dans le légendaire Théâtre de la Mer. Jusqu’au 8 août on y verra des pointures mondiales venues des quatre coins de la planète. Les soirées offrent deux concerts programmés avec un savoir faire qui pousse à la rencontre inédite, voire à la confrontation.
Demain Orlando Maraca Valle et son rutilant équipage cubain seront mêlés à la sauce piquante du francocubain Sergent Garcia. Dimanche le grand maître malien de la guitare n’goni, Bassekou Kouyate partagera la scène avec la légende vivante du blues caraïbe Taj Mahal.
Lundi, le festival nous transportera au brésil avec la samba João Bosco, qui fêtera à Sète ses 40 ans de carrière et la Bossa muffin de Flavia Coelho. Mardi 6 août, ce sera le contraste entre le rock épicé de Rachid Taha et les fines lames du ‘oud du trio palestinien
Joubran. Mercredi 7 août, l’Europe centrale débarque avec les cinq musiciennes de Rodinka et l’incontournable Goran Bregovic pour un concert volcanique.
La fiesta touchera à son terme le 8 août avec une soirée malienne plus enthousiasmante que le résultat des élections, réunissant la formation de l’excellent chanteur et guitariste Yacoub Afuni et la lady Rokia Traoré.
Ce soir, c’est chic
L’ouverture de Fiest’à Sète au Théâtre de la mer promet d’être tonitruante ce soir avec le groupe culte des années disco funk, Chic et son créateur Nile Rodgers. De Bowie à Madonna, en passant par la reine Diana Ross, le bonhomme est à l’origine des plus gros tubes planétaires des années 70 et 80. Avec son propre groupe, il cartonne avec le hit Le fric c’est chic qui fait un tabac et des émules.
Parmi eux, les membres de Daft Punk, avec lesquels il a collaboré sur leur dernier album.
Le disco s’est éteint officiellement à la fin des années 70 mais tel le phénix, il ne cesse de renaître de ses cendres. Imprégné de l’esprit soul funk, Nile Rogers qui a fait ses classes musicale à Harlem, le sait mieux que quiconque.
JMDH
Source : L’Hérault du jour 02/08/2013
Le Show plaisir
Le Théâtre de la mer archi comble, le public très éclectique en liesse, debout de la première note à la dernière. vendredi, le concert de Nile Rodger s’est inscrit dans les annales de Fiest’A Sète comme une soirée légendaire.
Au lendemain de cette prestation, on se dit que le disco est bien parti pour reprendre d’assaut les scènes mondiales avec ses chanson entraînante et irrésistiblement dansante. Un signe des temps sans doute qui s’interprète par le désir de légèreté et de partage. A ne pas confondre avec un énième retour du disco recyclé, type orchestre de baloche ou nostalgie délavée sur TF1, avec Nile Rogers on touche à l’original. Le disco du
guitariste culte est enraciné dans le soul et le funk Il lui suffit de quelques riffs de guitare et la machine à faire danser la planète se lance.
Sur scène, le band aligne les pointures : deux claviers, batterie, basse, sax, trompette, sans parler des envoûtantes chanteuses qui s’approprient les tubes de Diana, Ross , Madonna ou Sheila comme on savoure les glaces pendant la canicule. Toutes les qualités du show à l’américaine sont mobilisées, contact, précision, sens de l’enchaînement et de la relation.
En 1h40 chrono. ce diable de Rogers vous balances un parcours discographique à en danser sur les mains. 40 ans de tubes, et toujours, l’esprit de libération par la fête et le goût de vivre. Comme dirait Franklin «Respect».
JMDH
Source : La Marseillaise 06/08/2013
Roi du blues et griot mandingue
Fiest’A Sète. Intense rencontre entre Bassekou Kouayate et Taj Mahal.
Taj Mahal aux sources
On pourrait comparer le festival Fiest’A Sète à un grand clavier de couleurs. A chaque soirée sa couleur projetée en phase avec la musique. Dans cette perspective, le concert de dimanche réunissant Bassekou Kouayate & N’Goni Ba et Taj Mahal aura été lumineux.
L’idée de mêler des couleurs de base comme celle de la musique ancestrale mandingue avec le blues enrichi de Taj Mahal a pris tout son sens au sein du festival et de l’histoire de la musique. Sur la scène du théâtre de la mer, le griot malien Bassekou Kouayate a magnifié la culture mandingue avec son orchestre qui fait la part belle aux n’goni. Un instrument traditionnel et sacré dont il a poussé l’exploration hors des gammes classiques en l’utilisant comme une guitare pour s’accorder au blues de Taj Mahal.
Un grand moment de partage entre les deux musiciens qui restera gravé dans la tête des spectateurs. Originaire du Bronx, le blues man Taj Mahal est connu pour avoir remonté les
sources de la black music du delta du Mississipi jusqu’à la boucle du Niger, source sahalienne du blues.
Il n’en a pas fallu beaucoup pour que les intonations onduleuses et nasales de ses frères maliens le poussent à faire le lien entre la musique mandingue et sa pratique ultra roots du blues.
Messiaen dont la musique se veut un vitrail sonore, a approfondi le rapport son couleur. Il pensait la musique comme un perpétuel dialogue entre l’espace et le temps, entre le son et la couleur, ce dialogue a abouti dimanche à une unification, qui restera un moment d’exception de l’édition 2013.
Pour trouver un pendant au proverbe peul qui dit « Un monde sans griot serait fade comme du riz sans sauce », on pourrait avancer qu’une édition de Fiest’A Sète sans rencontre magique serait comme un arc en ciel en noir et blanc.
A chaque touche du clavier une couleur, elles promettent encore d’être chaudes ce soir avec le dernier concert qui réunit Yacoub Afuni et Rokia Traore.
JMDH
Source : La Marseillaise 08/08/2013
Rodinka : Petite famille et grands horizons
Fiest’A Sète. Un groupe de cinq femmes, deux mères et leurs filles originaires de Prague suivi de Goran Bregovic.
Elles se nomment Drahomira Hejna, Stania, Dita, Kristyna, Mariana et se connaissent par coeur. Elles forment le groupe Rodinka qui sera demain sur la scène du Théâtre de la Mer. Originaires de la région de Prague, ces cinq femmes et filles de la même famille, vont rythmer la soirée Europe centrale du festival de leurs chants magnifiques et contrariés par les incertitudes de la vie et du voyage.
Mélodie de l’errance
La propre histoire des membres du groupe se nourrit à la source d’un élan poétique propre à l’exil. Départ de Pragues en 1983, pour Drahomira qui obtient avec son mari l’asile politique. Sa soeur Hedja la rejoint dans l’Aude en 1997, après l’ouverture des frontières. Elles s’installent ensemble entre Limoux et Carcassonne et forment avec leur mari le groupe Si Zivot qui signifie « La vie des chiens ». L’aventure musicale se poursuit pendant huit ans avant d’être interrompue par un décès et un accident de la vie qui mettra fin au groupe et à la présence masculine au sein des foyers.
» On avait arrêté Si Zivot mais pas la musique, se souvient Stania, ma soeur et moi on continuait à jouer avec nos enfants et les invités de passage à la maison. Dès leur plus jeune âge les trois filles d’Hejna et Stania sont initiées aux chants slaves, tziganes et klezmer des Juifs ashkénazes, à la musique de cet ailleurs indéfinissable au parfum empoisonné de la nostalgie. Des amis qui partageaient parfois nos soirées nous ont encouragé à reformer un groupe. C’est ainsi que l’on a créé Rodinka avec ma soeur et nos filles. »
Rodinka veut dire petite famille », explique Stania. Le fait d’être un groupe féminin s’avère plutôt un atout pour le groupe qui constitue le coeur de son répertoire autour du folklore traditionnel tchèque.
Chants traditionnels
La musique tchèque a des liens particuliers avec la musique traditionnelle de Bohême, de Moravie (anciennes régions austrohongroises) et de Slovaquie. Malgré des frontières changeantes, son caractère central européen s’est toujours affirmé. « Nos chansons parlent du quotidien, des principaux événements de la vie : l’amour, le travail, la jalousie, la tristesse et la joie… Nous nous inspirons aussi des chants traditionnels russes, et tsiganes qui sont très profonds. Le public qui ne comprend pas les paroles ressent le caractère émotif et le coeur qu’il y a dans tout ça. Ce sont souvent des histoires tristes, mais il y a toujours la beauté de la vie. »
Dans ces chansons dont beaucoup font référence aux traditions rurales, le rôle des femmes demeure très codifié. « Nous sommes un groupe de femmes, mais nous ne sommes pas féministes. Moi qui suis née en 1957, j’appartiens à la génération des femmes au foyer. C’est difficile de se débarrasser de ça. On a été élevé dans une société où les filles étaient à marier puis destinées à servir leur mari. Ne pas se marier signifiait rester dans l’insécurité ou d’être à la charge de son frère. Les choses sont bien-sûr différentes pour nos filles qui vivent ici. Au pays aussi, cela a évolué.»
Stania confie quelques inquiétudes sur le destin de son peuple dans l’Europe d’aujourd’hui, mais elle se refuse à parler de politique. « Petite on m’a obligé à parler le russe. J’avais la caserne juste derrière mon jardin. Cela ne m’empêche pas aujourd’hui de chanter les chansons traditionnelles russes que je trouve très belles.»
Jean-Marie Dinh
Source La Marseillaise 06/08/2013
La musique reflète l’état du monde
Flavia Coelho partage la scène avec Joao Bosco
Festival. Depuis 17 ans Fiest’A Sète dresse l’espace de la «géomusique» en provocant des rencontres inatendues au Théâtre de la mer. A vos calendriers…
C’est sous les auspices d’un vers rimbaldien que le directeur de Fiest’A Sète, José Bel, présente l’édition 2013 du festival. « On n’est pas sérieux, quand on a dix sept ans ». Il est vrai que goût du risque et du voyage, sont des composantes, pour ne pas dire des artères de cette grande fête des musiques du monde.
Pour José Bel, la logique de la programmation est une forme de cuisine expérimentale qui
suppose une bonne connaissance des aliments de base que l’on mêle pour en tirer les meilleurs saveurs. La démarche requiert une dose certaine d’intuition et le résultat n’est jamais assuré. Parfois il est au rendez-vous en terme artistique mais l’affiche n’a pas réussi à convaincre suffisamment de spectateurs.
C’est un paramètre de poids pour un festival qui assure 75% de son budget sur fonds propres mais l’esprit d’ouverture et la nature authentique de la fête qu’il s’agit d’offrir aux spectateurs, ne font pas partie des variables d’ajustement. L’équipe de passionnés ne donne pas dans la mode facile, elle tente d’être en avance, en gardant le sens d’une vraie programmation artistique.
Ce choix suppose de jouer sur des équilibres subtils entre des artistes disposant d’une grande notoriété, d’autres ayant confirmé leur valeurs et une ouverture sur les étoiles émergentes. Parmi les historiques, on attend cette année trois météores avec le monument de la musique afro américaine Nile Rodgers, le Brésilien Joao Bosco et le blues man précurseur de la world music Tal Mahal.
Dans le menu des artistes confirmés on assistera au retour de Goran Bregovic, aux premiers pas de Yacoub Afuni en solo au côté de la lumineuse Rokia Traore pour une soirée malienne sans Trierweiler. Raul Castro ayant décliné, Sergent Garcia sera de la partie cubaine. A noter également un cocktail oriental sucré salé composé du trio palestinien Joubran et de Rachid Taha.
Comme chaque année durant la première semaine, du 20 juillet au 1 er août, le festival distillera les couleurs du monde dans le Bassin de Thau avec des concerts gratuits à Poussan, Balaruc, Marseillan et Sète. Pour toutes ces raisons, les 400 adhérents de l’association Métisète le savent, Fiest’A Sète n’est pas un festival comme les autres. Il est attendu parce qu’il convoque toujours l’inattendu.
Le poète syrien Mohamad Fouad accompagné de Ahmed Larfoui Baska Junior (Maroc) : « Nous léchons le sel qui coule des yeux »
Festival. Après la quatrième édition sétoise qui vient de s’achever, le festival de poésie méditerranéenne Voix Vives, s’apprête à hisser les voiles pour Tolède.
Dans les rues du quartier haut de Sète, les poèmes suspendus ont rejoint la grande bleue. Au grand dam des mouettes et des hommes qui vivent là, de ceux qui sont venus et repartis, le vent semble avoir transporté d’un coup les poèmes et leur auteur, loin, vers les purs horizons. La magie de ce festival est grande comme les vagues. Une semaine durant la ville portuaire a renoué avec son histoire pour devenir, on ne sait vraiment comment, la cité singulière des origines qui s’y rassemblent. Les 100 poètes invités cette années sont venus de 39 pays différents. Ils ont vécu dans la profusion des langues durant neuf jours et ont emporté avec eux les traces de cette folle expérience.
Samedi soir la ville de Sète a refermé pour la quatrième fois la semaine poétique et musicale du festival Voix Vives, en gardant à l’esprit, la mélodie des mots, le jeu des langues, la profusion des rencontres, près de 600 rendez-vous, et des mondes brassés.
Un autre temps
Si les chiffres de la fréquentation ne sont pas encore disponibles, (la tendance est à la hausse), il reste comme à chaque clôture un peu de ce présent qui ne l’est plus. Comme si la poésie contemporaine avait le pouvoir de fléchir le temps et l’espace. Ce fut le cas avec l’hommage émouvant rendu par le festival au contrebassiste disparu cette année Michel Bismut. Ce le fut aussi pour les poètes empêchés, faute d’autorisation de sortie, cas de la poétesse syrienne Rola Hassan. Grâce à la solidarité des autres poètes, ses poèmes ont été lus pour qu’ils résonnent dans la ville où elle était attendue. Le grand poète palestinien Nasser Rabah* a dû attendre l’ouverture d’une brèche à la frontière entre son pays et l’Egypte, et lorsqu’il est arrivée à Sète avec plusieurs jours de retard, il ne cessait de répéter qu’il était dans « l’âme des choses et du festival ». Ironie du sort, dans l’attente que l’Egypte lui accorde un visa pour rejoindre la Palestine, Nasser Rabah est toujours en transit à Sète.
En observant les habitants du quartier haut participer aux rencontres ou y assister de leur fenêtre, on mesure l’immense chemin parcouru. En quatre ans, Voix Vives est entré dans la vie de personnes qui n’avaient jamais ouvert un livre de poésie. Le degré de prégnance des dimensions perceptives importe peu. Il varie au grès des esprits et des sensibilités, et pas des bourses, car hormis quelques concerts du soir, tout est gratuit. L’accessibilité des poètes, la parole directe, livrée avec simplicité dans les lieux du quotidien ne peuvent laisser le public indifférent à ce qui se passe.
L’appétit des publics
L’aide de l’UE a permis cette année au festival Voix Vives d’accoster trois nouveaux territoires ouvert à la poésie : El Jadida au Maroc en mai, Gènes en Italie en juin et prochainement Tolède en Espagne. « A El Jadida, nous avons été particulièrement touché par le public en attente de beaucoup de choses dans le domaine de la culture, confie la directrice de la manifestation, Maïthé Vallès Bled. Le fait de proposer de la poésie à la disposition de tous dans un jardin public a déclenché une reconnaissance absolue envers les poètes. » L’édition qui se prépare à Tolède du 6 au 8 septembre, ville historiquement marquée par la présence des trois religions monothéistes, ouvre de belles perspectives de rencontres à ce festival unique en son genre qui a trouvé à Sète un port d’attache.
Jean-Marie Dinh
* Nasser Rabah est né en 1963 à Gaza, il a étudié l’Ingénierie agricole à l’Université du Caire et a publié un recueil poétique intitulé Course derrière une gazelle morte