Pour la deuxième fois en un peu plus d’un an, les Irlandais ont voté, vendredi 2 octobre, à propos du traité de Lisbonne conçu pour faciliter le fonctionnement de l’Union européenne élargie. Le contexte n’est plus le même que le 12 juin 2008 où, à une large majorité (53,4 % contre 46 %), les Irlandais avaient coché la case du non. Ils ont obtenu des « garanties » sur certaines « spécificités celtiques » (fiscalité réduite, interdiction de l’avortement, maintien de la neutralité militaire). La dureté de la récession en Irlande et la montée du chômage ont en grande partie ravivé le besoin de la solidarité européenne. La tradition locale veut que le décompte des voix ne commence pas dès la fermeture des bureaux de vote, à 22 heures, mais seulement le lendemain matin. Les résultats devaient être connus dans l’après-midi de samedi.
Le Fine Gael, principal parti d’opposition qui défend le oui au côté du gouvernement, s’est félicité des résultats d’un sondage qu’il a fait réaliser à la sortie des urnes dans la soirée de vendredi. Selon ces résultats, publiés dans l’ Irish Times et la radio-télévision nationale RTE samedi, les Irlandais auraient voté à 70 % en faveur du traité dans la capitale, et à 60 % dans le reste du pays.
Les Allemands ont élu dimanche un nouveau Bundestag [Parlement allemand]. Les chrétiens-démocrates (CDU) de la chancelière Angela Merkel, avec 33,8 pour cent des voix, ont été confirmés de nouveau en tant que première force politique du pays. Ils formeront vraisemblablement une coalition dite noir-jaune avec les libéraux du FDP, qui ont obtenu 14,6 pour cent des voix. Les sociaux-démocrates, qui gouvernaient jusque-là avec la CDU au sein d’une grande coalition, n’ont réuni que 23 pour cent des suffrages et feront désormais partie de l’opposition.
Spiegel Online – Allemagne
Le portail d’information Spiegel Online estime que le parti libéral FDP est le véritable vainqueur des élections législatives allemandes : « Selon toutes les prévisions, Angela Merkel a sauvé son poste de chancelière – mais le prix que l’Union [CDU/CSU] doit payer pour cela est élevé. Le résultat de cette dernière est inférieur à celui de 2005. Le fait qu’une coalition noir-jaune soit désormais possible, Angela Merkel le doit à un FDP qui a été plébiscité par les électeurs d’une façon que les instituts de sondages estimaient quasiment impossible il y a peu de temps encore. La structure interne de cette alliance menée par Merkel divergera fondamentalement des coalitions noir-jaunes du passé. Dans les gouvernements de Helmut Kohl, il a toujours été clairement établi qui était le chef et qui était le serveur, car l’Union avait obtenu quatre à cinq fois plus de mandats que son junior partenaire libéral. Cela vient de changer – peut-être irrémédiablement. … L’initiative du futur gouvernement appartient désormais à Guido Westerwelle [le chef du FDP]. » (27.09.2009)
Le journal économique De Tijd considère que le résultat des élections législatives allemandes n’est pas très surprenant : « Ces élections allemandes sont tout à fait conformes aux règles des élections dans d’autres pays. La première règle, c’est que les partis du gouvernement en place sont sanctionnés par les électeurs. … La deuxième, c’est que les sociaux-démocrates ont dû payer cher. … On constate à gauche que [le parti] plus progressif Die Linke ressort renforcé des élections et que les défenseurs de l’environnement se trouvent à la quatrième place. Il faut encore attendre de voir si les trois partis de gauche s’uniront dans l’opposition. Pour [la chancelière fédérale Angela] Merkel, l’issue des élections apporte beaucoup de bonnes nouvelles. Elle dispose du partenaire de coalition qu’elle souhaitait et peut ainsi mieux s’affirmer. Mais cela ne signifie pas que les quatre prochaines années seront faciles pour elle. Cela ne doit pourtant pas être un problème. Merkel est connue pour parvenir à fixer des objectifs précis et à les atteindre, et ce même dans des circonstances difficiles. » (28.09.2009)
D’après le quotidien Delo, la chancelière allemande Angela Merkel du parti chrétien-démocrate a atteint son objectif, malgré le mauvais résultat de son parti : « Lors de la plus grave crise économique de la période après-guerre, c’est une politique délaissant l’ingérence de l’Etat dans l’économie de marché qui a été légitimée. Au vu de la répartition des forces politiques, la situation de la chancelière pragmatique Merkel est très confortable. En plus du Bundestag [le Parlement], la coalition noir-jaune domine également le Bundesrat [la chambre haute]. … Mais pour la chancelière, … la situation est tout sauf simple. Lorsque le nouveau gouvernement sera formé, il sera confronté à la pression exercée par ces mêmes groupes qui, au moment de la coalition noir-rouge [entre les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates], s’étaient montrés relativement bien disposés envers le gouvernement car celui-ci avait laissé de côté sa politique tournée vers l’économie. En outre, les libéraux, en tant que représentants politiques des cercles économiques, feront pression pour que leurs promesses soient tenues : moins d’impôts et une diminution des dépenses publiques. » (28.09.2009)
Le quotidien Dnevnik compare les élections de cette année en Bulgarie et en Allemagne et y voit des similitudes : « En Allemagne comme en Bulgarie, les électeurs s’attendent manifestement à ce que le gouvernement de centre-droite puisse sortir plus habilement le navire de l’Etat hors de l’océan agité de la crise. Les valeurs éternelles de la gauche telles que la solidarité et la justice remportent certes un fort crédit en ces temps incertains. Malgré tout, les Allemands ne soutiendraient pas une majorité des trois partis de gauche qui existent désormais dans le pays. » (28.09.2009)
Que vont devenir les sociaux démocrates ?
Après leur lourde défaite aux élections législatives, les sociaux-démocrates allemands figureront dans l’opposition avec 23 pour cent des voix. Le SPD faisait jusque-là partie de l’alliance gouvernementale de la grande coalition avec les chrétiens-démocrates. La presse européenne discute de l’avenir des sociaux-démocrates malmenés et de leurs relations avec le parti de gauche Die Linke.
Népszabadság – Hongrie
Le quotidien progressiste de gauche Népszabadság commente l’amère défaite du SPD aux élections législatives en Allemagne : « Après onze ans au gouvernement, les sociaux-démocrates allemands sont au plus bas. Leur maigre résultat aux élections (23 %) signifie également que la différence avec les Verts et le parti de gauche rouge vif Die Linke a fortement diminué. Il n’y a pas si longtemps, en 1998, le SPD, en tant que force dominante de la gauche, pouvait encore rassembler 41 pour cent des suffrages. … Nous avons déjà pu observer dans d’autres pays d’Europe ce qui est arrivé au SPD. Le temps où les faibles sur le plan social étaient représentés par un grand parti populaire est révolu. En plus de cela, le SPD s’est vu confronté deux fois en peu de temps à une concurrence de gauche. Ils ont d’abord perdu une partie de leur électorat au profit des Verts, puis ensuite du parti de gauche Die Linke. Jusqu’ici, le SPD n’a pas pu trouver de réponse à l’ère de la mondialisation et ne parvient pas à s’entendre avec les autres partis de gauche. Il semble qu’il se trouve actuellement dans une voie sans issue. » (29.09.2009)
Après sa défaite aux élections législatives, le SPD doit suivre un nouveau cap, estime le quotidien progressiste de gauche De Volkskrant : « Comme en France, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, la social-démocratie subit une forte pression en Allemagne. L’électeur allemand considère [la chancelière chrétienne-démocrate Angela] Merkel … comme une gestionnaire de crise plus fiable que le social-démocrate [et candidat malheureux à la chancellerie] Frank-Walter Steinmeier. Cela contraint le SPD à regagner sa confiance en soi et sa force d’attraction dans l’opposition. Il doit pour cela tenir compte du fait qu’il a perdu la plupart de ses électeurs au profit des autres partis concurrents de gauche. Ainsi, il semble évident que le SPD essayera de récupérer ses partisans en affichant un profil ‘plus à gauche’. Cela implique, selon les différents avis, un rapprochement avec le parti Die Linke, jusque là considéré comme paria par le SPD. Le rassemblement de centre-gauche ne peut être une alternative à celui de centre-droite que s’il dépasse ses divisions internes. Une grande coalition n’apporte rien au SPD. » (29.09.2009)
« Alors que les sociaux-démocrates ont dû subir la pire défaite de l’histoire d’après-guerre lors des élections législatives, le parti Die Linke jubile », constate le quotidien conservateur Lidové Noviny. « Die Linke, une alliance entre des déviationnistes issus de la social-démocratie et d’anciens communistes de l’Allemagne de l’Est, a obtenu plus de voix qu’elle n’en a jamais eu. Avec douze pour cent, elle s’est placée parmi les principaux partis allemands, et même devant les Verts, ceux-ci ayant néanmoins célébré également leurs dix pour cent. … Le parti n’est pas loin d’atteindre son objectif visant à devenir un parti populaire, du moins en Allemagne de l’Est. Il est possible que lors des prochaines élections, l’ancienne RDA devienne aussi unicolore que la Bavière, qui est traditionnellement dominée depuis la fin de la guerre par les chrétiens-sociaux. … Et le prochain objectif du parti Die Linke ? Un plus grand nombre de coalitions gouvernementales avec les sociaux-démocrates dans les lands, déclare Lafontaine. Ce qui n’est qu’un préambule à une alliance rouge-rouge au sein de la République fédérale. Peut-être même dès les prochaines élections. » (29.09.2009)
Face à la défaite électorale des sociaux-démocrates allemands et à la position difficile du Labour britannique, Anthony Giddens distingue dans le quotidien progressiste de gauche La Repubblica deux raisons au déclin d’une politique de centre-gauche en Europe : « La première, c’est que la crise a amplifié les divisions au sein de la gauche en augmentant le radicalisme de ceux qui ont rejeté … le réformisme. Dans de nombreux pays, la séparation entre gauche réformiste et gauche radicale s’est aggravée en raison de la crise économique. … L’Europe se trouve [en outre] confrontée aujourd’hui à de nouveaux problèmes qui la préoccupent : immigration, criminalité, quête d’une identité nationale face à la mondialisation. … Le camp de centre-gauche a besoin de deux choses aujourd’hui : l’élaboration d’une nouvelle pensée politique nécessaire pour traiter les nouveaux problèmes que présente un monde radicalement transformé, et la capacité à réunir toutes ses forces en mettant fin à la séparation entre modérés et radicaux [dans ses propres rangs]. » (29.09.2009)
La Maison de Heidelberg ouvre une grande fenêtre sur l’Allemagne du 25 septembre au 4 octobre. Evénement citoyen, cinéma, exposition, la ville sera à l’heure d’Outre-Rhin.
La semaine allemande organisée par la Maison de Heidelberg résonne cette année d’une manière toute particulière. En raison de l’actualité, notamment avec les élections législatives allemandes dont les résultats sont attendus le 27 septembre. Mais surtout à l’occasion du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin qui aura lieu le 9 novembre prochain*. Cet événement international a tout naturellement été choisi comme thème de ces journées par le Centre culturel allemand de Montpellier.
A cette occasion, la ville de Montpellier s’associera pleinement à sa ville jumelle et à la communauté franco- allemande pour revivre ce moment historique. Un vrai mur en pierre de dix mètres de long et de deux mètres de haut va voir le jour vendredi 25 septembre au milieu de l’esplanade. « Symbole de la division du monde pendant la guerre froide, symbole de la liberté d’expression dans nos démocraties, mais symbole aussi d’une révolution pacifique qui le fit tomber à la surprise générale. »
Le mur de Berlin sur l'Esplanade, œuvre éphémère de l'expression libre.
Une heureuse idée à vocation citoyenne qui invite les artistes, les Montpelliérains et tous ceux qui le souhaitent à utiliser ce mur pour s’exprimer. Tout le monde est convié à se retrouver au pied de l’ouvrage avec marteau et burin, le soir du 9 octobre pour fêter la destruction du cloisonnement politique en emportant un morceau du mur chez soi. L’action, à vocation pédagogique, est également soutenue par l’Académie de Montpellier. Etudiants et scolaires seront ainsi partie prenante de l’événement. Une occasion de découvrir ou d’approfondir l’Histoire et la réalité contemporaine de l’échange franco-allemand.
Plusieurs manifestations culturelles émailleront cette semaine à Montpellier. L’artiste Brigitte Kühlewind-Brennenstuhl, incarcérée pour tentative de fuite à l’Ouest est attendue à la Maison de Heidelberg dès jeudi 24 à 18h30 pour le vernissage de son exposition. Et aussi le Festival du cinéma allemand au Diagonal à partir du 23 septembre. Placées sous les meilleurs auspices, les premières semaines d’automne s’annoncent résolument franco-allemandes !
Jean-Marie Dinh
Rendez-vous avec la communauté allemande à la Maison de Heidelberg le 27 sept à partir de 17h30 pour découvrir les résultats des élections. Renseignements : 04 67 60 48 11.
Le procès pour « contrefaçon » qui oppose notamment les éditions du Seuil et le syndicat des éditeurs français au moteur de recherche américain Google se tiendra jeudi devant le TGI de Paris, dans un climat marqué par de nombreux développements autour de la numérisation des livres.
« Je crois qu’il faut traiter avec Google sur des bases juridiques solides », souligne Hervé de la Martinière, le PDG du groupe La Martinière qui contrôle le Seuil, à l’origine de la plainte visant Google France et la maison-mère Google inc., déposée en juin 2006.
Avec le Syndicat national de l’édition (SNE), qui regroupe 530 maisons d’édition, et la Société des gens de lettres (SGDL), La Martinière conteste le programme de numérisation massive de livres, sans autorisation préalable des éditeurs concernés, lancé en 2005 par Google. Des ouvrages libres de droits, mais aussi soumis au droit d’auteur, puisés notamment dans les grandes bibliothèques américaines, qui doivent constituer selon Google le fond d’une bibliothèque numérique mondiale consultable sur internet.
« Cette espèce d’arrogance qui fait qu’on vous prend vos livres et qu’on les numérise sans vous demander votre avis, ce n’est pas possible », soutient Hervé de La Martinière. La question du respect du droit d’auteur sera donc jeudi au centre des débats devant le TGI. « On estime qu’on a, en droit français, toutes les raisons d’avoir assigné Google », affirme-t-on au SNE, où l’on souligne l' »unanimité » des adhérents du syndicat.
L’audience devant le TGI survient après la polémique qui a éclaté en France avec l’annonce mi-août de discussions entre Google et la Bibliothèque nationale pour la numérisation de ses collections. Des négociations motivées, selon la BNF, par le coût élevé de la numérisation.
Début septembre, Google a réaffirmé pour sa part sa volonté d’écouter les critiques et de tenter de parvenir à une solution. « Notre but reste de redonner vie à des millions de livres épuisés parmi les plus difficiles à trouver, tout en respectant le droit d’auteur », soulignait Google France dans un communiqué.
L’opérateur américain a même fait le 7 septembre à Bruxelles de premières concessions aux auteurs et éditeurs européens pour tenter de vaincre leur opposition.
Hervé de la Martinière souligne lui-même les « bonnes dispositions » affichées par les responsables de Google qu’il a rencontrés ces derniers mois, des rencontres qui n’ont cependant « abouti à rien, sinon à des propositions de dédommagement qui ne nous intéressaient pas ». « Il faut aller au procès, ensuite il sera toujours temps de mettre tout ça sur la table », affirme-t-il.
Le volet judiciaire français s’ouvre au lendemain de la décision du ministère américain de la Justice de demander à un juge fédéral new-yorkais de ne pas valider un accord conclu entre Google et des syndicats d’éditeurs et d’auteurs américains sur un partage des bénéfices liés à l’exploitation aux Etats-Unis des livres numérisés. Le ministère américain a au contraire « encouragé la poursuite des discussions » entre les parties.
Autant d’éléments qui montrent la complexité du dossier numérique qui suscite de plus en plus de réactions aux Etats-Unis et dans plusieurs autres pays. En Italie, l’autorité de la concurrence a ainsi étendu a Google Inc. la procédure lancée contre Google Italie pour abus présumé de position dominante.
Les Écrits politiques d’Orwell, confirment l’auteur de La ferme des animaux comme un penseur politique de premier plan. Le recueil publié aux éditions Agone rend accessible en français un certain nombre de textes que sa veuve Sonia, qui n’appréciait pas le positionnement politique de son mari, avait jugé bon d’écarter. Organisé en six parties, ce livre retrace l’engagement passionné de l’auteur de 1928 à 1949.
Tout au long de sa vie, Eric Arthur Blair (1903/1950) puisera son inspiration dans les engagements liés à son expérience personnelle. On en trouve les premières traces dans quatre articles publiés entre 1928 et 1929. L’auteur, qui partage les conditions laborieuses des classes populaires londoniennes, y défend la liberté d’expression et une certaine idée de la littérature. Il s’attache aussi à décrire la condition humaine des ouvriers devenus chômeurs sans omettre de mentionner les mensonges d’Etat entretenus par la presse. « Les statistiques officielles se rapportant au chômage sont à dessein réglées de façon à induire en erreur (…) Une légende absurde circule dans la presse conservatrice d’après laquelle le chômage est uniquement dû à la paresse et à la rapacité des travailleurs. »
Entre dix-neuf et vingt-quatre ans, Eric Blair s’engage comme policier de la couronne d’Angleterre en Birmanie. Cette expérience de jeunesse fera d’Orwell (pseudonyme qui apparaît en 1933) un des plus virulent adversaire de l’impérialisme britannique. « Le racisme est avant tout une manière de pousser l’exploitation au-delà des limites normalement possibles en prétendant que les exploités ne sont pas des êtres humains (…) Hitler n’est que le spectre de notre passé qui s’élève contre nous. »
Expérience traumatique de la guerre d’Espagne
Au début de la guerre d’Espagne, Orwell combat six mois dans les milices du POUM*, et échappe de peu aux geôles communistes. Touché à la gorge par une balle franquiste, il retourne en Angleterre. S’en suit une série d’articles sur les mécanismes de la pensée totalitaire et les mesquineries de la politique de puissance.
Après la signature du pacte germano-soviétique, Orwell rompt avec la famille d’extrême gauche anglaise. En 1941, il approfondit la conception du socialisme qu’il appelle de ses vœux : « Une alliance entre les ouvriers et les membres des couches moyennes modernes, réunis sous la figure de l’homme ordinaire et partageant les valeurs de la décence commune. »
Le socialisme démocratique d’Orwell intègre la revendication de l’autonomie de l’individu au sein du socialisme. Sans exclure le recours à la violence, « si la minorité privilégiée s’accroche à son pouvoir. » L’auteur prend aussi le contre-pied d’une idée répandue à gauche selon laquelle le fascisme ne serait qu’une forme particulièrement agressive de capitalisme. «La démocratie bourgeoise ne suffit pas, mais elle vaut bien mieux que le fascisme. (…) Les gens ordinaires le savent, même si les intellectuels l’ignorent. »
Suite aux interprétations erronées qui font suite à la publication de 1984, paru le 8 juin 1949, Orwell fait la lumière sur sa démarche : « Mon roman n’a pas été conçu comme une attaque contre le socialisme mais comme une dénonciation des perversions auxquelles une économie centralisée peut être sujette et qui ont été partiellement réalisées dans le communisme et le fascisme. (…) Je crois que les idées totalitaires ont partout pris racine dans les esprits intellectuels, et j’ai essayé de pousser ces idées jusqu’à leurs conséquences logiques. »
Jean-Marie Dinh
*POUM : Parti ouvrier d’unification marxiste créé à Barcelone en septembre 1935. Fusion entre Izquierda Communista d’origine trotskiste et du Bloque Obreto ( bloc ouvrier et paysan)
Georges Orwell, Écrits politiques (1928-1949) éditions Agone, 25 euros.