Mircea Cartarescu sur la chute de la dictature roumaine en 1989

Dans le quotidien Evenimentul Zilei, l’écrivain Mircea Cartarescu se souvient de la chute de la dictature communiste en 1989 en Roumanie et tire un bilan critique de la situation :

« La révolution nous a pris par surprise et nous y avons cru. Quand on se trouve dans la foule parmi un million de gens et que l’on s’embrasse et que l’on pleure de joie, alors on ne se pose plus la question de savoir qui a appelé à ce rassemblement et pour quelles raisons.

Environ 1 000 personnes ont été tuées [par les forces de l’ordre]. Puis ce fut le tour [du chef d’Etat communiste Nicolae] Ceau?escu dont nous pensions jusqu’alors qu’il était immortel. Tout cela est passé à la télévision. … Et bien que tout ait été évident, l’impact simple et les décors bon marché … nous avons cru tout éveillés à ce rêve. La révolution était un feuilleton, notre illusion douceâtre. ..

En 1990 nous sommes arrivés dans un monde libre et dans une démocratie. Mais nous ne savions pas ce qu’est la liberté et la démocratie. Après 50 ans de dictature fasciste et communiste nous n’étions même plus un peuple, même plus une société. Nous étions un troupeau. A l’époque on nous a menti, maintenant on nous ment. Dans le passé nous étions pauvres, maintenant nous sommes encore plus pauvres. »

Voir aussi : Roumanie littérature : Herta Muller prix Nobel

Barroso parle toutes les langues sans délivrer de message.

Revue-presse

L’image est parfaite. C’est l’homme idéal pour masquer, derrière l’Europe communautaire, le passage en acte à une Europe des États. La crise financière, il y a tout juste un an, a bruyamment révélé ce passage. (…)

C’est au niveau national que les réponses ont été apportées, l’Europe ne disposant ni d’un budget ni d’un exécutif à la hauteur de la crise. Dès lors, la Commission, expression par excellence de la dimension communautaire de la construction européenne, boîte à idée durant de nombreuses années, incarne à présent essentiellement ses limites. (…)

Il est encore trop tôt pour savoir si Barroso 2 sera différent de Barroso 1, comme son entourage le laisse entendre. Tout dépendra, en fait, de la ratification ou non du traité de Lisbonne. Un oui irlandais, suivi des signatures polonaise, tchèque et allemande, sortirait l’Europe de l’ingouvernabilité dans laquelle elle se trouve. Il ne renverserait pas pour autant la tendance au renforcement des États. »

Ouest-France (Laurent Marchand)

Les banques françaises épinglées pour les frais cachés

Les banques françaises comptent en Europe parmi les championnes des frais cachés onéreux et incompréhensibles pour leurs clients, dénonce la Commission européenne dans un rapport qui sera rendu public mardi prochain.

Le dossier préparé par les services de la commissaire chargée de la défense des consommateurs, Meglena Kuneva, est très critique pour les banques françaises, mais aussi espagnoles, italiennes et autrichiennes, considérées comme les plus onéreuses pour leurs services et accusées de cacher les frais imputés aux comptes de leurs clients et de ne pas suffisamment les informer, selon une source européenne.

Cette source confirmait des informations de l’hebdomadaire European Voice, spécialisé dans les questions européennes. Les services de Mme Kuneva ont refusé tout commentaire, mais ont confirmé la publication d’un rapport sur la question mardi prochain.

Certaines banques ont des pratiques qui violent les règles communautaires sur la protection des consommateurs et la Commission européenne devrait sommer les autorités nationales de prendre des mesures pour remédier à cette situation, selon le rapport.

 

Frais bancaires: les établissements français épinglés par Bruxelles

La gestion d’un compte courant en France, le compte sur lequel sont versés les salaires et sont effectuées la plupart des transactions revient en moyenne à 154 euros, ce qui place les banques françaises dans le peloton de tête des plus chères, en troisième position derrière l’Italie (253 euros) et l’Espagne (178 euros).

Le rapport ne cite pas de noms, mais les études comparatives réalisées en France montrent que les principales banques du pays se tiennent sur les tarifs (147 à 206 euros).

La cotisation pour une carte bancaire varie ainsi de 39 à 48 euros et le transfert d’un plan d’éparge logement dans un autre établissement est facturé entre 50 et 80 euros.

L’écart est parfois considérable avec les autres pays de l’UE. La Belgique facture ainsi la gestion d’un compte courant 58 euros, la Bulgarie 27 euros.
L’Association française des usagers des banques (Afub) a qualifié, dans un communiqué, ces résultats de « désavoeu » pour les banques françaises, « qui soutenaient jusqu’à présent être dans la moyenne des frais au regard de leurs homologues européens ».

Outre les tarifs, la Commission dénonce le manque de transparence des banques françaises. Les auteurs de l’enquête ont ainsi été contraints de se déplacer dans plus de 50% des banques en France pour obtenir des informations demandées.

La Fédération bancaire française (FBF) « s’étonne des résultats de l’enquête de la Commission européenne », a-t-elle fait savoir dans un communiqué, assurant qu' »il est impossible d’apprécier [leur] fiabilité ». Elle cite les conclusions d’une étude publiée en 2009 par Capgemini et l’association européenne de management et marketing financiers qui placent la France en-dessous de la moyenne européenne sur le plan tarifaire.

La FBF fait valoir des différences entre profils de consommateurs en Europe et souligne que le Français « est un grand utilisateur de services bancaires », « avec des attentes exigeantes en termes de qualité et de diversité ». La Fédération plaide également pour une prise en compte « globale » de la relation entre banque et client, qui intègre notamment le faible niveau des taux d’intérêt en France, « parmi les plus bas d’Europe ».

Le rapport pointe par ailleurs un autre problème, général à l’UE: la fiabilité des conseils, souvent faussée par des conflits d’intérêts.

Les employés chargés de vendre des produits de banque sont motivés par des commissions ou des bonus qui les incitent à placer ceux conseillés par leur établissement, même s’ils ne sont pas les mieux adaptés aux demandes de leurs clients.

Tous ces obstacles sont autant d’entraves pour les consommateurs, qui ne sont pas en mesure de comparer et hésitent à changer de banque. La Commission juge ces pratiques inacceptables, mais elle n’envisage pas d’agir et ne formule aucune menace. Elle veut juste sensibiliser les consommateurs et va sommer les autorités nationales de prendre des mesures pour mettre un terme aux pratiques qui violent les règles communautaires.

L’enquête a porté sur 224 banques de l’UE représentant 81% du marché.
« Ces informations se révéleront inutiles si elles ne sont pas suivies de mesures concrètes et rapides », a averti Monique Goyens, directeur général du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), dans un communiqué.

Source : AFP 22 09 09

Barroso obtient un soutien de principe embarrassant pour sa reconduction

Pendant trois jours, jusqu’à mercredi, l’ancien chef du gouvernement portugais passe un test délicat: il est auditionné par les sept groupes politiques du Parlement européen, qui doit se prononcer par vote sur sa candidature à un deuxième mandat de cinq ans.

Lundi soir il a commencé par le groupe des « Conservateurs et réformistes européens » (CRE), composé de 54 membres sur 736 élus au total.     Ce groupe eurosceptique est constitué d’élus de droite britanniques, polonais et tchèques, qui ont quitté en juin la propre famille politique de M. Barroso, le Parti Populaire Européen (PPE). Ce dernier regroupe la droite modérée pro-européenne.

Les membres du groupe CRE ne se prononceront en interne sur M. Barroso qu’ultérieurement dans la semaine à Prague. Mais leur chef de file, le tory britannique Timothy Kirkhope, a clairement laissé entendre à la sortie que le Portugais avait passé son entretien d’embauche avec succès.

Il a fait état à l’issue de la rencontre d’une « réaction très positive » des élus eurosceptiques. « Mon opinion personnelle est que cela s’est très, très bien passé ce soir et qu’il mérite d’être réélu pour un second mandat », a-t-il dit aux journalistes.

L’intéressé, M. Barroso, s’est borné à parler d’une « discussion très constructive ».     Le soutien probable des dissidents britanniques, tchèques et polonais est électoralement bienvenu pour M. Barroso, qui s’oriente vers un vote difficile au Parlement, mais politiquement il est à double tranchant.
Peu avant d’être auditionné, il avait en effet déclaré lundi, lors d’un débat au Parlement européen, espérer avoir « le plus de voix possible de la part des pro-européens » de l’institution.

Avant l’audition, l’un des membres du groupe CRE, l’eurodéputé Michal Kaminski, avait mis en garde, prévenant que sa formation n’accepterait pas « de voir l’UE adopter des politiques socialistes qui accroissent les difficultés des petites entreprises et des entrepreneurs ».

M. Barroso poursuit mardi ses « grands oraux » avec le PPE et les élus de la gauche communiste. Mercredi ce sera le tour des socialistes, des libéraux et des Verts.

L’attitude des socialistes et des libéraux est considérée comme déterminante pour le vote. M. Barroso est déjà soutenu par les dirigeants des 27 pays de l’UE mais il doit encore être adoubé par le Parlement où sa famille politique conservatrice n’a pas à elle seule une majorité suffisante et doit donc trouver des alliés.

A l’issue des auditions de cette semaine, les présidents de groupes politiques du Parlement décideront jeudi s’ils passent au vote sur M. Barroso la semaine suivante, le 16 septembre.

Lundi, le démarrage du marathon de José Manuel Barroso a été perturbé par de nouvelles informations de presse faisant état d’un intérêt du Premier ministre français François Fillon pour le poste de président de la Commission européenne, au cas où le Portugais ne parviendrait pas à obtenir une adhésion suffisante au Parlement.

« C’est le pire moment pour voir ce type de spéculation ressortir », déplorait lundi un cadre dirigeant du parti PPE.
Le porte-parole du Portugais a qualifié de « pure spéculation » l’hypothèse d’une candidature alternative de recours de M. Fillon.

Et le chef du gouvernement français a tenté de rassurer en affirmant soutenir « sans réserve la reconduction » du Portugais.

L’État italien condamné dans l’affaire Giuliani

Gênes . La Cour européenne des droits de l’homme a condamné Rome pour son enquête bâclée sur la mort du jeune Carlo Giuliani, lors du G8 de 2001.

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a rendu, mardi, son arrêt concernant l’affaire de la mort de Carlo Giuliani. L’État italien a été condamné à verser 40 000 euros à la famille. Il a bâclé l’enquête sur les circonstances de l’homicide, selon la Cour. C’est à la suite de heurts entre manifestants et policiers, au cours de manifestations contre le G8, qui se tenait à Gênes du 19 au 21 juillet 2001, que Carlo Giuliani, vingt-trois ans, a été abattu par un carabinier de vingt ans. Alors qu’un peloton des forces de l’ordre se retirait, deux véhicules avaient été laissés sur une place. Dans l’un d’eux, trois carabiniers dont un jeune gendarme de vingt ans, blessé au cours de précédents heurts. Il tire après sommation, dira l’enquête. Giuliani s’effondre. Pour se dégager, le véhicule des forces de l’ordre roule sur le corps du jeune homme.

Cet arrêt de la Cour signifie l’arrêt des poursuites pour le carabinier. La juridiction européenne estime que celui-ci n’a pas fait « un usage excessif de la force », et n’aurait fait que réagir à ce qu’il a « honnêtement perçu comme un danger réel et imminent, menaçant sa vie et celle de ses collègues ». Les manifestants, qui entouraient la voiture se montraient menaçants.

Si le carabinier est mis hors de cause, la Cour pointe en revanche les insuffisances de l’État italien dans sa gestion de l’enquête. Ainsi, entre la notification de l’autopsie et l’autopsie elle-même ne s’écoulent que trois heures, empêchant ainsi que la famille puisse y envoyer un représentant. En outre, le parquet a autorisé la crémation du corps avant même que soit rendu le rapport d’autopsie. Cela laisse planer un doute sur la cause de la mort.

Outre ces erreurs dans la menée de l’enquête, la Cour pointe le fait que toutes les circonstances n’ont pas été établies. Pourquoi un carabinier blessé a-t-il été laissé en possession d’une arme, alors que ses supérieurs avaient estimé qu’il n’était plus en état physique, ni psychique d’assurer son service ? Est-ce que l’organisation des forces de l’ordre était adéquate au type d’événement, ce qui revient à pointer les responsabilités dans la chaîne de commandement et les responsabilités propres aux politiques ?

Car à côté de cet événement tragique, tout semble avoir été mis en oeuvre pour que la situation dégénère, à commencer par les raids des « forces de l’ordre » dans les stades, ou dans l’école Diaz, où une centaine de militants avaient été brutalisés, voire torturés. Le procès, en novembre dernier, s’était soldé par des condamnations à quelques mois de prison – de toute façon couvertes par une amnistie. Condamnations qui ne concernaient que les policiers. Leurs supérieurs ou la droite au pouvoir lors des événements de Gênes n’avaient pas été inquiétés.

Gaël De Santis