Festival de Radio France : Sur le thème musique et pouvoir

La photo de l'affiche de l'édition 2013

Festival de Radio France. La 29e édition de l’événement musical régional se tiendra du 11 au 25 juillet. 200 concerts dont 90% sont gratuits devraient mettre en valeur l’ensemble du territoire.

Le festival de Radio France et Montpellier Languedoc- Roussillon battra son plein du 11 au 25 juillet prochain. C’est la 29e édition de cette manifestation et la seconde pour son directeur Jean-Pierre Le Pavec. La conférence de presse de présentation de cet événement comporte généralement une double dimension : elle donne l’occasion de faire le point entre les différents partenaires concernés et permet à la Région, qui assure les deux tiers du financement, de faire valoir son orientation. L’autre partie est consacrée à la présentation de la programmation.

Concernant la dimension politique, Hélène Mandroux et l’adjoint à la culture Philippe Saurel pour la Ville, Jean-Pierre Moure et son adjointe à la culture Nicole Bigas côté Agglo, ont brillé hier par leur absence, tandis que le vice-président du conseil général Jacques Atlan s’est efforcé de rester consensuel, ne pouvant cependant retenir quelques bons mots : « Le festival est bienvenu. Lorsqu’on est dans le Domaine d’O, on peut presque se passer d’argent. » Ce à quoi le président Bourquin lui a plaisamment répondu : « Nous n’avons aucune objection à ce que vous gardiez votre O pour y substituer des espèces sonnantes et trébuchantes. » Au-delà de ces petites passes d’armes entre amis, le président de Région a affirmé son souci de décentraliser le festival dans l’ensemble du territoire régional et de maintenir sa vocation de service public à travers la gratuité. « 90% des concerts sont gratuits ». Il a aussi réaffirmé son plein soutien à J-P. Le Pavec pour tenir la feuille de route. Celui-ci manifestant ostensiblement ses bonnes relations avec le directeur contesté de l’Orchestre et opéra de Montpellier, Jean-Paul Scarpitta, présent dans la salle.

Après le duo Frêche Koering, l’avenir du festival semble désormais reposer sur le duo Bourquin Le Pavec. Si le modèle de gouvernance reste inchangé, la nature de la programmation elle, varie. Le nouveau directeur affirme vouloir maintenir la présentation d’œuvres inédites qui fait l’identité du festival de Radio France. Dans ce registre, on retient le concert d’ouverture Mass de Mass, qui sera l’un des temps forts de l’événement. «Mass, commande de Jacky Kennedy, est une oeuvre qui allie symbolique, électroacoustique, jazz, gospel, rock, pop, dans une emballante mosaïque musicale à l’image de la mosaïque des peuples qui composent les Etats- Unis d’Amérique », précise Jean- Pierre Le Pavec. Reste que son : « Nous essayons d’avoir des idées » manque un peu d’audace. A l’instar de l’affiche, on ne peut plus figée dans l’académisme, la programmation patine un peu trop sur les autoroutes.

Un retour sur la musique baroque méditerranéenne Au titre de la lisibilité et de la logique de programmation, le choix thématique a été à nouveau retenu. On comprend mal pourquoi le choix des thèmes recoupe quasiment celui de l’année dernière comme la séquence violon avec Renaud Capuçon en tête d’affiche, même si celui-ci n’a pas déçu l’an passé. On poussera volontiers notre curiosité vers le volet méditerranéen qui propose un retour sur la musique baroque médi- terranéenne sous la direction de Christina Pluhar.

La thématique Musique et pouvoir devrait être l’occasion de rappeler qu’il est important que les territoires respectifs des politiques culturelles et des programmations artistiques préservent leur autonomie, ce qui ne signifie pas forcément l’indépendance.

JMDH


Programmation complète sur www. festivalradiofrancemontpellier.com

Source : L’Hérault du Jour 11 /04/2013

Voir aussi : Rubrique Politique culturelle, rubrique Musique, rubrique Festival, Festival de Radio France,

Kent Anderson : Noirceur d’un regard de l’Au-delà

images

Invité des K-fé-krim Sauramps, l’auteur Kent Anderson est venu évoquer son troisième opus traduit sous le titre «Pas de saison pour l’enfer».

Il a développé très tôt une passion pour le verbe, prétend-il. Par goût des grands espaces, il s’est engagé à 19 ans dans la marine marchande. Trois ans plus tard, sa vie bascule sur le front du Nord Vietnam. Comme tous les vétérans, Kent Anderson a dû lutter contre des hordes de fantômes. Il combattait dans une unité des forces spéciales. Avec un collègue, ce sont les seuls bérets verts à être sortis en vie de leur unité. « Je me considérais comme déjà mort ». A son retour au pays il trouve du boulot dans la police.

Son second livre Chiens de la nuit, s’inspire des huit années où il fut officier de police dans les quartiers noirs de Portland et d’Oakland. « Ma vie est une se?rie d’erreurs. En rentrant du Vietnam, je ne pouvais rien faire d’autre. », explique -t- il. Pas de saison pour l’enfer est son troisième livre traduit en France. Il compile des récits parus aux Etats-Unis auxquels s’ajoutent une série d’inédits couvrant la période 1983-1993.

C’est peu de dire que la plume de Kent Anderson puise dans une matière trouble. Qu’il s’agisse des corridas, des combats de coqs ou de son parcours de zombie dans la jungle vietnamienne, les descriptions exaltantes ou douloureuses, respirent le vécu. « Toute littérature est un mélange entre fiction et me?moire, une perte de repère. »

Dans cette noirceur totale, les chevaux et la nature surgissent comme des oasis. Il évoque le film de Sydney Pollack Jeremiah Johnson : « C’est mon film préféré. J’ai besoin de la nature pour garder l’équilibre. Elle m’a évité,de mettre fin à mes jours. »

Il parle des difficultés qu’il a rencontrées quand il s’était mis dans l’idée de vendre les droits d’adaptation cinématographique de Sympathy for the devil, premier livre de témoignage sur l’enfer de la guerre. « C’est un roman sans héros. Le personnage principal est un tueur, un psychopathe, même, diraient certains » Pas très commercial… Par la force des choses Kent Anderson compatit avec les minorités américaines, les fêlés du bocal de tous poils. « Le Vietnam a fait de moi un tueur. », confie-t-il fébrile.

Jean-Marie Dinh

Pas de saison pour l’enfer – 13e Note Editions – 23 euros.

Source : La Marseillaise 06/04/2013

Voir aussi : Rubrique Littérature, Roman noir, littérature anglo-saxone, rubrique Rencontre rubrique Vietnam, rubrique Etats-Unis,

Les fondus du 7e art fêtent les 60 ans de Positif à Montpellier

Portrait d’une enfant déchue de Jerry Schatzberg 1970

Etre ou ne pas être positif, là pourrait être la question avec le week-end qui s’est engagé au Centre Rabelais. Depuis hier, le Ciné-Club Jean Vigo et le Cinemed célèbrent les 60 piges de la revue Positif. « C’est la seule revue existante qui considère le cinéma comme un art et pas comme de la communication », souligne Henri Talvat pour le Ciné-Club Jean-Vigo. Scorsese aussi considère Positif, désormais éditée par Actes Sud, comme la meilleure revue de cinéma européenne.
Un prêté pour un rendu, si l’on se souvient que les plumes de cette revue furent les premiers à saisir la révolution du cinéma indépendant américain. Dans la grande bataille critique entre les deux frères ennemis, les Cahiers du Cinéma lancés en 1951 et Positif qui vit le jour un an plus tard, les échanges n’ont pas été  toujours des plus courtois. Pendant une dizaine d’années, les deux mensuels spécialisés se sont envoyé des peaux de bananes à ne plus en finir. « Avec André Bazin Les cahiers étaient plus spiritualistes et Positif plus surréaliste, observe Henri Talvat. Depuis, les rapports entre les deux revues se sont pacifiés, mais leurs préférences cinématographiques demeurent toujours très distinctes. « Pour  simplifier, on peut dire que Les Cahiers sont situés politiquement à droite, alors que Positif, en revanche est carrément ancré à gauche », pense Maurice Roméjon du Ciné-Club Jean Vigo.

Comme quoi, l’exigence des cinéphiles vire facilement au débat passionné. Tant qu’on reste loin des produits manufacturés tournés à la chaîne, ce ne sont pas les amateurs de cinéma qui se plaindront de la diversité des points de vue. « Il faut aussi venir au Ciné-Club Jean-Vigo, glisse encore Henri Talvat, c’est le seul endroit où l’on peut voir des films de répertoire et sortir de l’actualité immédiate qui disparaît rapidement. »

En attendant la prochaine saison, ne boudons pas le plaisir de voir où revoir les films programmés*. Nourris par la contre-culture des années 70 et 80, amoureux éperdus du septième art, Positif  soutient  des réalisateurs  qui mettent en place des univers éminemment personnels. Après le passage hier du réalisateur Alain Cavalier, venu évoquer son premier film Le Combat dans l’île, les critiques Alain Masson et Michel Ciment animeront les débats de la journée autour des quatre premiers films ayant fait la Une de Positif.

* A 10h30 Une fille a parlé de Andrzej Wajda, 14h30 Les points dans les poches de Marco Bellocchio, 17h Portrait d’une enfant déchue de Jerry Schatzberg, 20h Réservoir Dogs de Quentin Tarantino

Voir aussi : Rubrique Cinéma,

Festival Hybrides : Trouver les moyens d’un langage nouveau

Julien Bouffier. Photo Rédouane Anfoussi

Festival Hybride. La quatrième édition lance ses pépites dans différents lieux de la ville aiguisant la curiosité des chercheurs d’or et des curieux.

Le directeur d’Hybrides, Julien Bouffier, évoque les axes de la quatrième édition. Du 24 au 31 mars, la création théâtrale plonge dans le noyau de la vie, en bousculant les habitudes…

Comment définissez-vous le Festival Hybrides ?

Deux choses essentielles correspondent à l’identité du festival. Nous proposons une forme de théâtre envisagée dans une optique transdisciplinaire qui s’élève contre la vision un peu réductrice : un acteur un texte. Il y a évidemment des textes et des acteurs au théâtre, mais ce ne sont pas les seuls outils. Hybrides explore, en se rapprochant d’autre disciplines, comme la musique, la danse, la vidéo, le cinéma, la BD… On cherche les moyens qui peuvent  fournir un langage nouveau, des idées nouvelles, des points de vue nouveaux. L’autre particularité du festival est de lier le théâtre au documentaire. Un aspect présent dès la première édition qui s’est renforcé l’année dernière et se poursuit à travers différentes propositions d’artistes.

Depuis les années 90, le genre documentaire s’affirme au théâtre comme un style difficile à définir, peut-on l’appréhender comme une autre façon d’envisager le rapport au public ?

Le rapport au public est une de mes préoccupations centrales. Je m’y confronte dans mon rôle de  programmateur avec Hybrides et en même temps c’est une question qui a toujours fait partie de mon travail de metteur en scène avec la Cie  Adesso e sempre. Indépendamment de nos créations nous avons initié des actions en relation avec d’autres structures culturelles. Cette démarche est à l’origine du festival. J’intègre la médiation autour des spectacles et au sein même du processus de création. Le prisme du documentaire est très large, dans la nature des rencontres, comme dans les modes performatifs. On peut collecter des documents pour s’inspirer. On peut s’engager dans un univers fictionnel en partant d’un fait divers, à l’image du comédien belge, Fabrice Murgia qui présentera Le Chagrin des Ogres au Théâtre Jean Vilar. On peut aussi partir d’un questionnement et aller chercher sa matière dans le réel, comme Pascal Rambert. A seize ans, il propose un spectacle sur les adolescents joué par des adolescents dans le cadre de la saison de Montpellier Danse.

Quel regard portez-vous  sur l’usage des nouvelles technologies…

Elles contribuent  au renouvellement de l’offre artistique mais on ne peut pas en rester à une identité de forme. Dans la forme se joue la rencontre avec le public, mais si l’on ne parle de rien cela n’a pas d’intérêt. Hybrides choisit des artistes qui utilisent les outils d’aujourd’hui pour ouvrir des brèches. Avec la vidéo, il faut sortir de la tarte à la crème, depuis les années 20 les gens essayent de mettre des images dans les spectacles.

Hybrides revendique aussi un regard critique, comment s’exprime-t-il ?

Le premier geste d’Hybrides a été la volonté de travailler ensemble, ce qui est une façon de briser les chapelles cloisonnées du monde culturel. En partenariat avec Kawenga nous éditerons quotidiennement les critiques du public dans Le journal des spectateurs. Il y a aussi le projet Démocratie Culturelle 2.0 où l’on pousse les limites en décrétant l’abolition du ministère de la Culture pour y substituer le ministère des jeux. Dans ce monde où l’Opéra Comédie devient un centre commercial et le Musée Fabre un hôtel de luxe, la résistance s’organise sur les réseaux sociaux avec un appel à la contribution critique… Hybrides fait du théâtre un miroir du monde qui lui pose des questions.

Recueilli par JMDH

Les nouveaux territoires du théâtre nous parlent

L’artiste israélienne Ruth Rosenthal

Samedi, le Festival hybrides s’est mis en action un peu comme un train fou dont les étapes urbaines sont autant d’attentats. On ne couve pas sa place pour être au premier rang, dans ce grand jeu de rôle de la confrontation, on en change pour voir ce que ça fait. C’est drôle, et l’on peut toujours dire ce qu’on en pense, dans le quotidien du festival, Empreinte, qui émule du côté du Kawenga. Le côté festif et branché ne se mord pas la queue grâce à la qualité des propositions et à leurs propensions à écorcher l’édifice du temple. Samedi, Winter Family a ouvert le bal au studio Cunningham de l’Agora. L’artiste israélienne Ruth Rosenthal accompagnée du musicien Xavier Klaine ont renoué avec l’agitprop pour évoquer la propagande omniprésente du gouvernement israélien en direction de sa population. Un théâtre documentaire efficace qui restitue les paroles du peuple, ouvre sur des émissions de variétés à la gloire de l’armée, le tout émaillé d’un chapelet de résolutions de l’ONU rappelant l’Etat d’Israël à ses obligations en matière de droit international. On mesure autant l’impuissance des Nations unies que le poids de l’idéologie nationaliste et religieuse sioniste sur les israéliens. Au-delà on s’interroge sur la dictature des mass médias qui jouent sur l’émotion sans permettre la compréhension.

Dimanche à la Chapelle, le performer catalan Roger Bernat soumettait le public à l’expérimentation d’une démocratie d’opinion ouverte en dotant chaque spectateur d’un boîtier pour se prononcer par oui ou par non. Ludique, interactif, le dispositif de FFF permet aussi une prise de parole individuelle ou collective et interroge le pouvoir de l’artiste, du critique et du citoyen. Personne n’est parfait !

Le Festival Hybrides se poursuit jusqu’au 31 mars, voir le programme sur wwwfestivahydrides.com

Voir aussi : Rubrique Festival, rubrique Théâtre, Rubrique Montpellier, rubrique Israël,

Les nègres : Le grotesque salvateur

 

Après sa relecture des Nègres, le metteur en scène Emmanuel Daumas, parle de mise en abîme à l’infini, à propos du texte de Genet. Ce qui l’a poussé à aller chercher ses comédiens en Afrique. Il a rencontré au Bénin des comédiens prêts à donner suite à l’idée qui le taraudait : mettre en scène des jeunes qui puissent dire leur quotidien urbain en faisant paraître leur ressenti sur la manière dont les blancs les perçoivent et « qu’ils déconnent avec ça ».

Le résultat sur scène nous entraîne sur un fil sensible. La puissante présence des comédiens qui campent le plateau en appuyant sur le mauvais goût s’écarte des critères de la bienséance. On néglige la diction chère au théâtre classique au profit d’un langage corporel, tout paraît plus libre. Étrange sensation que d’éprouver un autre monde qui est pourtant le nôtre, celui de la cruauté et de la barbarie, celui de l’absurdité, de la honte, celui des célébrations travesties…

On est bien dans l’esprit de l’auteur qui voulait prendre les blancs à leur propre jeu. Genet a écrit ce texte à la fin des années 50, dans les années 70, il s’est investi aux côtés des Black Panthers. C’était un type convaincu et peu fréquentable qui mettait du blanc sur les visages noirs et du noir sur la peau noire en faisant ressortir la bouche bien rouge et les dents bien blanches, comme dans The Very Black Show de Spike Lee.

Cinquante ans plus tard, la confrontation entre le noir africain et le blanc français demeure ambiguë. La décolonisation institutionnelle s’est bien accomplie, mais elle n’a pas été suivie d’une décolonisation des esprits. Est-ce au théâtre d’en chercher les raisons ? Peut-être pas, mais le théâtre, pour Genet en tout cas, reste un art provocateur et subversif. Dans la pièce les nègres parlent aux morts.

Jean-Marie Dinh

Théâtre des 13 Vents, jusqu’à vendredi, résa 04 67 99 25 00.

Théâtre Trioletto

Hb Project, Les Européens d’Howard Barker

Howard Barker

Nous n’aurons pas peur des monstres ; nous serons capables d’être monstrueux et de mon(s)trer les monstres. Auteur anglais contemporain sulfureux, Barker décrit une humanité cruelle par nature et, paradoxalement, toujours séduisante d’intelligence et de lucidité. Dans les années 80, sa langue prend un tournant radical en rompant définitivement avec la narration et le sens, explorant avec rigueur l’effondrement du discours. Les thèmes très présents de la mutilation, et des violences spectaculaires ou invisibles font de son théâtre une œuvre puissante. Mise en scène de Stefan Delon

Au Théâtre Trioletto jusqu’au 23 mars à 20h30, entrée libre Résa Crous : 04 67 41 50 09.