Tribune de Marie-France Garaud parue le 02 mai 2014 dans Marianne
Pour Marie-France Garaud, ancienne députée européenne et présidente de l’Institut international de géopolitique, le chef de l’Etat américain commet une erreur en « se lançant dans une offensive antirusse ». « La Russie, explique-t-elle, n’est pas, comme les Etats-Unis, un Etat encore adolescent, créé il y a quelque deux siècles et demi »…
Quelle mouche a donc piqué le président Obama pour que celui-ci se lance dans une offensive antirusse sur la finalité de laquelle on s’interroge ? Et comment se fait-il que personne n’ait tenté de lui rappeler quelle importance historique, politique et religieuse revêtait Kiev dans l’histoire russe ?
La Russie n’est pas, comme les Etats-Unis, un Etat encore adolescent, créé il y a quelque deux siècles et demi. La Russie a plus de mille ans d’histoire et ses racines sont indissociables de la terre où elle est née, laquelle est précisément celle de Kiev, dans le bassin du Dniepr, à l’ombre de l’Empire byzantin. Moscou s’en proclama héritière au XVIe siècle et l’aigle des armoiries russes porte toujours les deux têtes couronnées fondatrices, surmontées de la couronne impériale.
Par leurs histoires, Etats-Unis et Russie, Etats contemporains de l’Est et de l’Ouest se révèlent parfaitement antinomiques : l’Etat russe s’est construit à partir d’un espace géographique donné et d’un passé historique partagé, car les Russes n’ont cessé de devoir se battre pour leurs territoires, face aux Mongols, à la France napoléonienne, à l’Allemagne. Les citoyens américains eux aussi savent se battre et ils l’ont fait généreusement pour pallier nos faiblesses, mais ils n’aiment pas faire la guerre, ils se sont même exilés pour la fuir… et ont créé un bras séculier, l’Otan.
La Seconde Guerre mondiale terminée en 1945, le partage des zones d’occupation réglé, on aurait pu penser que les tensions entre les deux grands vainqueurs deviendraient moins houleuses. Mais, non, les Américains constatèrent que Moscou n’allégeait pas la pression et répliquèrent par la création de l’Otan. Sa finalité ? Assurer la défense commune des pays occidentaux : en réalité constituer le bras armé des Etats-Unis face à l’Union soviétique. De fait, l’Otan étendit peu à peu son influence et la formidable campagne déclenchée sous la présidence Reagan contre « l’empire du mal » souligna crûment les carences minant en profondeur l’Empire soviétique.
Il était impérieux pour l’URSS de restaurer sa puissance. La politique étrangère demeurant, autant que sous les tsars, l’élément déterminant de la politique intérieure, la perestroïka gorbatchévienne commença par là. Les confrontations entre les blocs durent s’effacer devant «la solution en commun des problèmes globaux que pose la planète», mais la politique de désarmement liée à ce renversement politique conduisit l’URSS à se retirer d’une large partie de l’empire, puis à se fissurer dans nombre des Républiques membres… et ce fut la chute du Mur…
Paradoxalement, la crise financière de 2008 permit le début de la renaissance russe. Evgueni Primakov puis Vladimir Poutine mirent en œuvre une politique de diversification ouvrant ainsi une période de croissance ininterrompue… et aujourd’hui la Russie est de retour !
Elle n’avait évidemment pas apprécié quelques manquements de parole commis par les Etats-Unis, telle la rupture des accords par lesquels Moscou et Washington s’étaient interdit de construire des boucliers antimissiles. Elle avait encore moins goûté les avancées de l’Otan vers l’Est et le démantèlement de la Yougoslavie organisé en 1999 contre Belgrade, sans l’accord du Conseil de sécurité. Non plus que l’occupation illégale d’une partie de Chypre par la Turquie : opérations inacceptables !
Le président Poutine n’ignore évidemment rien des manœuvres conduites sans discrétion lors de l’éclatement de l’empire, notamment en Europe centrale et orientale, et rien non plus du rôle de l’Otan dans ces révolutions « orange ». Mais quelle maladresse pour le pouvoir ukrainien d’invoquer des principes violés par les plaignants eux-mêmes et de limiter l’usage du russe pour ceux dont c’est la langue naturelle ! En revanche, l’Occident se scandalisant de voir la Russie modifier des tracés autrefois définis par l’Union soviétique ne manque pas d’humour…
En fait, une conclusion s’impose pour la France : d’abord et avant tout, profiter de la situation actuelle pour sortir du commandement intégré de l’Otan. Notre solidarité de principe demeurera inchangée, mais sans l’étroite rigidité dont le général de Gaulle avait déchargé la France et dans laquelle Nicolas Sarkozy a eu la malencontreuse idée de nous enfermer de nouveau. C’est le moment.
Il faut prendre la mesure de l’histoire toujours en marche : nous voyons se dessiner l’évolution politique, au demeurant naturelle, d’une puissance à la fois européenne et asiatique. Le président russe rêve évidemment d’une politique eurasienne. Il en tient déjà des cartes : membre du groupe de coopération de Shanghai, avec la Chine et quatre des anciennes Républiques soviétiques, il constitue aussi avec la Biélorussie et le Kazakhstan une union douanière destinée à la détermination d’un espace économique commun. La Russie et la Chine, une histoire d’empires ?
* Marie-France Garaud est présidente de l’Institut international de géopolitique
Pour le président de la République, qui s’exprime dans les colonnes du Monde à l’occasion du 8 mai, »l’Europe, c’est la paix ». Il invite les Français, à l’approche des élections du 25 mai, à partager sa foi dans l’Union : qui pourrait préférer la guerre ? Cet européen fervent entend ainsi conjurer les tentations nationalistes ou souverainistes, soit la sortie de l’euro et le protectionnisme. Et si la plus grande menace qui pèse en France sur l’idéal européen, c’était plutôt, paradoxalement, la politique de François Hollande lui-même ? Car la fin de la Deuxième guerre mondiale, ce n’est pas seulement la paix ; c’est aussi la victoire contre le nazisme – soit un espoir démocratique (du moins en métropole). Or, en faisant désespérer de la politique, la politique actuelle sape les fondements mêmes de la démocratie.
DÉSESPÉRER DE LA POLITIQUE
Certes, le président célèbre »le plus vaste ensemble d’États démocratiques et la plus grande économie du monde » ; mais le problème actuel, n’est-ce pas justement la tension entre démocratie et marché ? Le néolibéralisme produit des inégalités croissantes que les socialistes au pouvoir, loin de combattre, contribuent encore à creuser. C’est favoriser l’avènement d’une oligarchie. Mais il y a plus : si la démocratie est fragilisée, c’est parce que le ralliement enthousiaste de François Hollande au néolibéralisme, avec l’austérité imposée au plus grand nombre et le pacte de responsabilité offert aux patrons, efface toute différence avec son prédécesseur. »Hollande dit souvent », confie un ancien conseiller ministériel à Mediapart, »qu’il faut faire la même politique que Nicolas Sarkozy, mais en douceur… » Il faut bien parler d’un sarkozysme à visage humain.
On se souvient du slogan de campagne de François Hollande : »Le changement, c’est maintenant ». Une fois élu, opter pour la continuité, c’est vider le suffrage de toute signification. Les électeurs en concluent qu’il n’est pas de différence entre la majorité et l’opposition : dès lors, à quoi bon voter ? C’est encourager l’abstention, surtout dans les classes populaires – d’où, de facto, un suffrage censitaire.
C’est aussi donner raison au Front national qui dénonce sans relâche l’UMPS. D’ailleurs, les récentes élections municipales ont confirmé le mépris du président pour la logique électorale, voire pour l’électorat : après le désaveu dans les urnes, tout se passe en effet comme si… rien ne s’était passé. Le président avait entendu le message, disait-on pourtant. On connaît la devise du conservatisme éclairé, selon Le guêpard : »Pour que tout reste en l’état, il faut que tout change ». On a découvert, avec la nomination de Manuel Valls à Matignon, celle du socialisme néolibéral selon François Hollande : »Le changement, c’est ne rien changer ».
Sans doute le chef de l’État, dans sa tribune, évite-t-il de reprendre le mantra de Margaret Thatcher : »Il n’y a pas d’alternative ! » Aussi déclare-t-il : »il n’y a pas qu’une seule Europe possible. » Il aura cependant bien du mal à convaincre que celle qu’il promeut »met fin à l’austérité aveugle », ou »encadre la finance avec la supervision des banques ». Nul ne doute effectivement que »c’est une Europe qui protège ses frontières », mais qui peut croire à l’inverse que c’est »en préservant la liberté de se déplacer et en garantissant le respect du droit d’asile » ? De fait, l’Europe forteresse qui coûte la vie à des dizaines de milliers de migrants dans la Méditerranée est la négation de l’Europe qui prétendait en finir avec les murs en 1989.
UN PÉRIL MANIFESTE POUR LA DÉMOCRATIE
Pour la démocratie, le péril est manifeste. Le chef de l’État vient de nommer un Premier ministre cité à comparaître devant le tribunal correctionnel le 5 juin pour provocation à la discrimination et à la haine raciales, en raison de propos tenus en 2013. Il répétait en particulier : »Les Roms ont vocation à retourner en Roumanie ou en Bulgarie ». Or le porte-parole de son gouvernement, Stéphane Le Foll, en reprend la substance : les Roms, a-t-il déclaré sur RTL le 15 avril, « il faut chercher à les faire retourner d’où ils viennent, en Roumanie ou en Bulgarie, et éviter qu’il y en ait qui reviennent ou qui viennent ». La continuité avec Brice Hortefeux, Éric Besson et Claude Guéant est claire2. Qu’en est-il donc de la liberté de circuler ? Oui aux hommes d’affaires roumains, non aux Roms misérables ?
Et qu’en est-il des leçons du 8 mai ? En 2010, Viviane Reding, commissaire européenne aux Droits de l’homme, s’indignait de la politique française à l’égard des Roms, quand »des personnes sont renvoyées d’un État membre juste parce qu’elles appartiennent à une certaine minorité ethnique. Je pensais que l’Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la Deuxième Guerre mondiale. » Elle découvrait alors une circulaire que le gouvernement français avait cachée à l’Europe. Aujourd’hui, c’est, à la suite du Premier ministre, le porte-parole du gouvernement qui s’exprime ouvertement. Et le pire est sans doute qu’on n’entend plus protester – comme le faisait l’opposition à l’époque du discours de Grenoble, à commencer par Manuel Valls : »on désigne des populations à la vindicte ». Même l’Europe est désormais silencieuse.
Le président de la République peut bien, en invoquant la crise, tenter de justifier ses choix économiques en affirmant qu’ils n’en sont pas. Mais il sera plus difficile de faire croire que, pour gérer 18 000 habitants de bidonvilles, on n’a pas d’autre choix que de les repousser sans fin, d’un pont d’autoroute à une décharge publique. Quelle est la rationalité de la persécution des Roms ? Auraient-ils »vocation » à être les boucs-émissaires du néolibéralisme ? Et cette politique de la race serait-elle l’envers d’une politique économique que François Hollande emprunte à Nicolas Sarkozy, au risque de tuer la démocratie dont il se veut l’ardent défenseur ?
Les europhiles néolibéraux font aujourd’hui le jeu des nationalistes europhobes. Avec de tels amis, l’Europe démocratique n’a pas besoin d’ennemis.
Le parti au pouvoir en Afrique du Sud, l’ANC, a confirmé sa victoire aux législatives de mercredi avec 62,5% des voix, selon des résultats portant sur 95% des bureaux de vote. Le jeune tribun populiste Julius Malema crée la surprise en recueillant 6,1% des voix.
Sans grande surprise, l’ANC du président Jacob Zuma était donné vainqueur des législatives sud-africaine avec un score de 62,5% des voix, vendredi 9 mai à 07H30 (05H30 GMT). Un score toutefois en recul par rapport à celui des élections de 2009 (65,9%).
Le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA, libérale), arrive en seconde position du scrutin avec 22% des voix, contre 16,7% en 2009, un score en-deçà de ses espérances mais conforme, comme celui de l’ANC, aux prévisions des sondages.
En revanche, la surprise du scrutin vient des Combattants pour la liberté économique (EFF), le nouveau parti radical du jeune tribun populiste Julius Malema. Ce dernier fait beaucoup mieux que prévu avec 6,1%, dépassant la barre symbolique du million de suffrages. Les sondages avaient prévu qu’il ne dépasserait pas 5%.
En quatrième position, on trouve le Parti Inkatha de la liberté (IFP) du leader zoulou Mangosuthu Buthelezi, avec 2,45%.
Parmi les grands perdants du scrutin figure Cope, un parti issu d’une scission de l’ANC qui avait remporté 7,4% des voix en 2009 et n’en a plus désormais que 0,7%, épuisé par des luttes intestines.
La très médiatique intellectuelle Mamphela Ramphele, qui avait voulu incarner une alternative libérale noire à l’ANC, n’atteint pas les 0,3%. Elle pourrait cependant arracher un siège à l’Assemblée nationale, le système de représentation proportionnelle ne prévoyant pas de seuil d’éligibilité en Afrique du Sud.
Le taux de participation est de 73,1%, selon un chiffre provisoire de la commission électorale. Les résultats définitifs étaient attendus plus tard dans la journée.
Les organismes de défense des droits de l’homme, politiques et sociaux, dénoncent ce qu’ils appellent une nouvelle forme d’exploitation inhumaine aux États-Unis, où, assurent-ils, la population carcérale atteint les deux millions d’internés, dont la grande majorité, des Noirs et des Hispaniques, travaillent pour les industries, pour quelques centimes.
Pour les magnats qui ont investi dans les industries des prisons, il s’agit d’une poule aux œufs d’or. Là-bas, il n’y a pas de grèves, ils n’ont à payer aucune assurance chômage, pas de congés et aucun travail compensatoire. Les prisonniers sont « full time », ils ne risquent pas d’arriver en retard ou de s’absenter pour raisons familiales ; en outre, si la paie de 25 centimes par heure ne leur convient pas et s’ils refusent de travailler, ils sont enfermés dans des cellules d’isolement. Au total, le pays compte environ deux millions d’inculpés dans les prisons des États, fédérales et privées. Selon le California Prison Focus, « aucune autre société dans l’histoire humaine n’a jamais emprisonné autant de ses propres citoyens ». Les chiffres indiquent que les États-Unis ont emprisonné plus de personnes que n’importe quel autre pays : un demi-million de plus que la Chine, dont la population est cependant cinq fois plus élevée que celle des États-Unis. Les statistiques montrent que 25 % du total des prisonniers dans le monde sont internés aux États-Unis, alors que ceux-ci ne représentent que 5 % de la population mondiale. De moins de 300 000 prisonniers en 1972, la population carcérale est passée à 2 millions en 2000. En 1990, elle était d’un million. Il y a dix ans, il n’y avait que cinq prisons privées dans le pays, avec une population pénitentiaire de 2000 prisonniers ; actuellement, elles sont au nombre de 100, avec 62 000 lits occupés par des prisonniers. On s’attend que pour la prochaine décennie, ce nombre atteigne 360 000 lits, selon les rapports.
Que s’est-il passé ces dix dernières années ? Pourquoi y a-t-il tant de prisonniers ?
« Le recrutement privé de prisonniers pour travailler incite à emprisonner les gens. Les prisons dépendent des revenus ainsi engendrés. Les actionnaires des sociétés qui s’enrichissent grâce au travail des prisonniers intriguent pour la prolongation des peines, qui leur permettent de développer leur main d’oeuvre. Le système se nourrit lui-même », lit-on dans une étude du Parti ouvrier progressiste, qui accuse l’Industrie des prisons d’être « une copie de l’Allemagne nazie par rapport au travail obligatoire et aux camps de concentration ».
Le Complexe de l’Industrie des prisons est une des industries dont la croissance est la plus élevée aux États-Unis d’Amérique du Nord, et ses investissements sont cotés à Wall Street. « Cette industrie multimillionnaire a ses propres expositions commerciales, ses conventions, ses sites web, ses catalogues pour commandes par correspondance et par Internet. Il y a également des campagnes directes d’annonces, des sociétés d’architecture, des entreprises de construction, de cabinets d’investisseurs de Wall Street, des sociétés d’approvisionnement en plomberie, des sociétés qui fournissent des repas, du matériel de sécurité à l’épreuve des balles, des cellules capitonnées d’une grande variété de couleurs ».
D’après le Left Business Observer, l’Industrie fédérale des prisons produit 100 % de l’ensemble des casques militaires, porte-munitions, gilets pare-balles, cartes d’identité, chemises et pantalons, tentes et gourdes. Outre le matériel de guerre, les travailleurs des prisons produisent 98 % du marché entier des services d’assemblage d’équipements, 93 % des peintures et pinceaux des peintres, 92 % de l’ensemble des services d’aménagement de cuisines, 46 % de tous les équipements personnels, 36 % des ustensiles ménagers, 30 % des aides auditives, micros et haut-parleurs, 21 % de l’ensemble des meubles de bureau. Des pièces d’avions, du matériel médical et bien d’autres choses encore : cela va même jusqu’à l’élevage de chiens pour guider les aveugles.
Sous le crime croît la population carcérale
Selon les organismes de défense des droits de l’homme, les facteurs qui augmentent le potentiel de bénéfices pour ceux qui investissent dans le Complexe industriel des prisons sont les suivants :
– L’emprisonnement de délinquants pour des crimes non violents et l’imposition de longues peines de prison pour la possession de quantités microscopiques de drogues illégales. La loi fédérale exige cinq ans de prison, sans droit à la libération sur parole, pour la possession de 5 grammes de crack ou de 3 onces et demie d’héroïne et 10 ans pour la possession de moins de deux onces de cocaïne cristallisée ou crack. Une peine de 5 ans est imposée pour la possession de 500 grammes de cocaïne en poudre, soit 100 fois plus que la quantité de cocaïne cristallisée pour la même peine. La grande majorité de ceux qui utilisent de la cocaïne est blanche, de classe moyenne ou supérieure. Ceux qui utilisent plus le crack sont les Noirs et les Latinos. Au Texas, on peut être condamné à jusqu’à deux ans de prison pour la possession de quatre onces de marijuana. Ici à New York, la loi antidrogue promulguée en 1973 par Nelson Rockefeller impose une peine obligatoire qui va de 15 ans à la perpétuité pour la possession de 4 onces de toute drogue illicite.
– La promulgation, dans treize États, de la « trois chefs d’accusation » {prison à perpétuité pour toute personne convaincue de trois félonies}, a nécessité la construction de 20 nouvelles prisons. Un des cas les plus remarquables relatifs à cette mesure est celui d’un prisonnier qui, pour avoir volé une voiture et deux bicyclettes, a reçu trois peines de 25 ans.
– L’allongement des peines
– La promulgation de lois qui exigent des peines minimales, quelles que soient les circonstances
– La grande expansion du travail des prisonniers, qui procure des bénéfices incitant à emprisonner davantage de gens, pour des périodes plus longues
– L’augmentation des sanctions contre ceux qui sont déjà prisonniers pour prolonger leurs peines au-delà de la peine initiale.
Histoire du travail dans les prisons des États-Unis
Le travail des prisonniers trouve ses racines dans l’esclavage. Depuis la Guerre civile de 1861, époque à laquelle un système de « location de prisonniers » a été mis en œuvre pour perpétuer la tradition de l’esclavage. Les esclaves libérés ont été accusés de ne pas respecter leurs obligations de métayer (travailler la terre du patron en échange d’une partie de la récolte) ou de petits larcins — très rarement prouvés — puis ils ont été « loués » pour récolter le coton, travailler dans les mines et construire des chemins de fer. En Géorgie, de 1870 à 1910, 88 % des condamnés loués étaient des Noirs.
En Alabama, 93 % des mineurs « loués » étaient des Noirs. Au Mississippi, une grande exploitation de prisonniers, semblable aux anciennes haciendas esclavagistes, a remplacé le système de location de condamnés. L’infâme hacienda Parchman a existé jusqu’en 1972. Pendant la période qui a suivi la Guerre civile, les lois Jim Crow de ségrégation raciale ont été imposées dans tous les États, décrétant par mandat la ségrégation dans les écoles, les logements, les mariages et de nombreux autres aspects de la vie.
« Aujourd’hui, un nouvel ensemble de lois, à caractère raciste marqué, impose le travail d’esclave et les ateliers de la faim dans le système pénal de justice, par l’intermédiaire de ce que l’on appelle le Complexe industriel des prisons », selon l’analyse du Left Business Observer. Qui investit ? Au moins 37 États ont légalisé le recrutement de prisonniers par des sociétés privées, qui montent leurs opérations au sein des prisons des États. Sur la liste des entreprises clientes figure la fine fleur des entreprises des États-Unis : IBM, Boeing, Motorola, Microsoft, AT&T, Wireless, Texas Instrument, Dell, Compaq, Honeywell, Hewlett-Packard, Nortel, Lucent Technologies, 3Com, Intel, Northerm Telecom, TWA, Nordstrom, Revon, Macy’s, Pierre Cardin, Target Stores, et beaucoup d’autres encore. Toutes ces sociétés sont enthousiasmées par le boom économique engendré par le travail des prisonniers. Rien qu’entre 1980 et 1994, les gains produits sont passés de 392 millions à 1,31 milliard.
Les travailleurs internés dans les prisons d’État reçoivent généralement le salaire minimum, mais dans certains États comme le Colorado, les salaires atteignent 2 dollars l’heure. Dans les prisons privées, la rémunération peut être de 17 centimes de l’heure pour un maximum de six heures par jour, ce qui donne un salaire de 20 dollars par mois. Le maximum sur l’échelle des salaires est celui versé à la prison CCA du Tennessee, qui est de 50 centimes de l’heure pour un travail qualifié de « highly skilled positions », poste hautement qualifié. Avec de tels prix, il n’est pas surprenant que les prisonniers considèrent comme très généreux les salaires versés dans les prisons fédérales.
« Là, tu peux gagner 1,25 dollar de l’heure et travailler huit heures par jour, parfois faire des heures supplémentaires. On peut envoyer chez soi jusqu’à 200 ou 300 dollars par mois ». Grâce au travail dans les prisons, les États-Unis sont de nouveau attrayants pour les investissements dans des travaux qui n’étaient conçus que pour le Tiers Monde. Une société qui opérait dans une maquiladora du Mexique a arrêté toutes ses activités pour les transférer vers la prison de l’État de Californie, à San Quenton. Au Texas, une usine a renvoyé ses 150 travailleurs et engagé les services d’ouvriers/prisonniers de la prison privée de Lockhart, Texas, où sont également assemblés des circuits imprimés pour des sociétés comme IBM et Compaq. Le représentant de l’État de l’Orégon, Kevin Mannix, a exhorté il y a peu la société Nike à rapatrier sa production d’Indonésie vers son État natal, en précisant aux fabricants de chaussures qu’ils « n’auraient pas de frais de transport ; nous vous offrons le travail compétitif de la prison (ici) ».
Les prisons privées
La privatisation des prisons a commencé à prendre de l’ampleur en 1980, sous les gouvernements de Ronald Reagan et de Bush père, mais elle a atteint sa croissance maximale en 1990, sous Bill Clinton, quand les actions de Wall Street se vendaient comme des petits pains. Le programme de Clinton en faveur de la réduction du personnel fédéral a amené le Département de la Justice à sous-traiter à des sociétés de prisons privées l’emprisonnement des travailleurs sans papiers et des prisonniers de haute sécurité. Les prisons privées représentent le secteur le plus puissant du Complexe industriel des prisons.
On compte quelque 18 sociétés gardant 10.000 prisonniers dans 27 États. Les deux plus grandes sont la Corporation correctionnelle d’Amérique (CCA) et la Wackenhut, qui contrôlent 75 %. Une prison privée reçoit un montant garanti d’argent pour chaque prisonnier, indépendamment de ce que coûte l’entretien du prisonnier. D’après l’administrateur des prisons privées de Virginie, Rusell Boraas, le « secret de l’eploitation à faible coût est d’avoir un nombre minimum de gardes pour un nombre maximum de prisonniers ». La CCA possède une prison ultramoderne à Lawrenceville, en Virginie, dans laquelle cinq gardiens assure le tour de jour et deux le tout de nuit, pour 750 prisonniers. Dans les prisons privées, on déduit des peines « le temps de bonne conduite » mais en cas d’infraction, on ajoute 30 jours aux peines, en d’autres termes, davantage de profits pour la CCA. D’après une étude des prisons au Nouveau-Mexique, on a découvert que des prisonnières de la CCA avaient perdu en moyenne huit fois plus de « temps de bonne conduite » que dans les prisons exploitées par l’État.
Importation et exportation de prisonniers
Le profit est tel aujourd’hui qu’il existe un nouveau négoce : l’importation de prisonniers condamnés à de longues peines, c’est-à-dire, les pires criminels. Tandis qu’un juge fédéral décidait que la surpopulation des prisons du Texas était un châtiment cruel et exceptionnel, la CCA signait des accords avec les alguaciles (autorités locales) de comtés pauvres en vue d’y construire et d’y exploiter de nouvelles prisons, et de se partager les bénéfices.
D’après l’Atlantic Monthly (décembre 1998), ce programme a été soutenu par des investisseurs de Merrill-Lynch, Shearson -Lehman, American Express et Allstate, et l’opération s’est répandue dans toute la région rurale du Texas. Le gouverneur Ann Richards a suivi l’exemple de Mario Cuomo à New York et construit tant de prisons d’État qu’elle a noyé le marché, ce qui a réduit les bénéfices des prisons privées.
Étant donné qu’une loi signée par Clinton en 1996, —qui a mis fin aux supervisions et aux décisions par les tribunaux— a entraîné un encombrement des prisons et l’apparition de conditions de violence et d’insécurité, les sociétés de prisons privées du Texas ont commencé à passer des contrats avec d’autres États dont les prisons étaient très encombrées, proposant un service de « location de cellule » dans les prisons de la CCA dans les petits villages texans. La commission de l’acheteur de lits est de 2,50 à 5,50 dollars par jour. Le comté touche 1,50 dollar par prisonnier.
Statistiques
97 % des 125 000 prisonniers fédéraux sont des délinquants non violents. On estime que plus de la moitié des 623 000 détenus des prisons municipales ou des comtés sont innocents des crimes qu’on leur impute. Sur ce chiffre, la grande majorité est en attente de jugement. Deux tiers du million de prisonniers d’État ont commis des délits non violents. 16 % des deux millions de détenus souffrent de l’une ou l’autre maladie mentale.
Source : Rebelion (Traduit de l’espagnol par ARLAC) Juillet, 2007
L’allemand Wolfgang Blau, patron du numérique du groupe britannique Guardian, a mis les pieds dans le plat vendredi en Italie : allons-nous laisser les Américains et les Anglais raconter l’Europe au reste du monde ? Sommes-nous débiles ? Ne pouvons-nous pas créer enfin un média avec une voix pan-européenne ?
« l’image de l’UE dans le monde, y compris en Europe, est aujourd’hui essentiellement véhiculée par The Economist, le Financial Times, le Wall Street Journal, Reuters, Bloomberg, et le Guardian. Il n’y a aucun média d’Europe continentale (…)
Et sur les 25 plus grands médias en ligne mondiaux, on compte 11 américains, 11 chinois, 3 britanniques, 0 d’Europe continentale ».
Pire : « aujourd’hui ce sont les nouveaux médias nord américains qui s’installent dans quasi tous les pays européens, à l’image de BuzzFeed, du Huffington Post ou de Vice (…)Et si votre boss hausse les épaules à l’écoute de ces noms, c’est qu’il n’a pas bien compris la situation ». « Ces jeunes médias, qui font du bon journalisme, préviennent : on se fait l’Europe ! Et ici, chez nous, personne ne le fait ! ».
Il existe un besoin
« Les nord-américains sont les bienvenus, mais il y a la place pour une voix pan-européenne ! ».
C’est aussi la faute des journalistes européens eux-mêmes. « Les chiffres le montrent : il y a une audience pour des contenus européens, mais peut être pas ceux produits aujourd’hui par les médias sur-investis dans les sujets nationaux pour qui Europe = Euro et Union Européenne = Commission de Bruxelles ».
Or, il existe bel et bien un besoin, explique Blau.
« L’an dernier le Guardian a pu résister aux pressions du gouvernement britannique lors de l’affaire NSA/Snowden car les autres pays européens ont fait pression sur Londres. L’an dernier, c’était nous, l’an prochain ce sera quelqu’un d’autre ».
L’ère numérique exige aussi une taille critique supérieure aux marchés nationaux. « L’internationalisation fait partie aujourd’hui de la stratégie de tous les nouveaux médias ».
Comment y parvenir ?
« Probablement par les nouveaux médias qui s’associent, estime-t-il. Les médias historiques – malgré quelques alliances européennes de contenus — sont trop concentrés sur leur propre marché, et les acteurs audiovisuels publics dépendent trop d’intérêts politiques ».
Probablement aussi par une plus forte internationalisation des rédactions, où même les journalistes bilingues sont rares.
Pour Blau, deux raisons résument son plaidoyer :
Etre leader de son marché national est un plaisir qui ne dure pas.
Les journalistes doivent avoir une puissance de levier plus importante qu’aujourd’hui pour faire pression sur les gouvernements et les lobbys.
« Si vous lisez la presse anglo-saxonne, l’Union Européenne est réduite à un projet économique, aujourd’hui à l’agonie, et à un euro déjà mort. Or l’Europe, est un rêve depuis des siècles, donc bien plus que cela ! ».
« Vous verrez, l’Europe sera aussi évidente que l’unité italienne aujourd’hui ! Les identités sont quelque chose de très fluides ».