Questions autour de la protection de l’emploi

 Par Stéphane Ménia

La protection de l’emploi, c’est ni bien, ni mal. Mais c’est pas si bien que ça. Enfin, faut voir.

Il y a deux catégories de gens sur Twitter : les cons et les autres. Bref, comme ailleurs. Ceux qui m’y suivent (et avant sur Facebook) savent que je publie de temps en temps des petits schémas visant à synthétiser des thèmes pour mes cours. Jeudi matin, j’en ai publié un, que je venais de finir pour illustrer un bout de cours que je faisais ce jour là. Habituellement, j’ai plutôt des remarques constructives. Là, je me suis fait pourrir la gueule pour pas un rond par un certain nombre d’hystériques. La protection de l’emploi, c’est comme le mariage gay, tu peux pas en parler avec n’importe qui…

Donc, voici le fameux schéma, que je vais préciser, pour ceux qui ont encore un cerveau pas totalement pavlovien.

Protection de l'emploi

Dans le poly de cours que je donne à mes étudiants (non spécialistes en économie), il illustre le paragraphe suivant, dans une partie qui traite des explications alternatives et complémentaires du chômage. J’y énumère les thèses les plus courantes et donne une synthèse du point de vue des économistes sur le sujet, au travers des estimations empiriques, quand elles sont disponibles. Oui, je dis bien « moyenne ». Que vous soyez d’accord avec la moyenne n’a aucune importance à mes yeux. Mon job est de donner un aperçu, pas de former des militants syndicaux ou patronaux. Bref, voici le paragraphe en question :

« L’argument complexe de la protection de l’emploi : lorsque l’emploi est protégé, on ne constate pas beaucoup plus de chômage que dans les pays où il ne l’est pas. En revanche, la durée du chômage est plus longue car les flux d’entrée et de sortie du chômage sont plus réduits (un employeur est plus réticent à embaucher ou à licencier, prévision intuitive du modèle d’appariement de Mortensen et Pissarides). A terme, cela peut poser un problème par le biais d’un effet d’hystérèse. La déqualification des chômeurs de longue durée pèse sur leur capacité à retrouver un emploi. L’effet est donc visible sur le taux d’emploi plus que le taux de chômage. Mais cela revient un peu au même, l’emploi est inférieur à ce qu’il devrait être.
On peut supposer également que lorsque l’employé est protégé, les travailleurs ont un pouvoir de négociation plus élevé, ce qui accroît les salaires et induit plus de chômage par le biais du coût du travail.
Il semble par ailleurs que les pays dans lesquels la protection de l’emploi est élevée ne soient pas ceux dans lesquels les salariés employés sont les plus heureux. La crainte de perdre son emploi sur un marché du travail où il est difficile ensuite d’en retrouver un serait la cause de ce « stress ». Cette crainte peut conduire les salariés à conserver un emploi protégé qui ne leur convient pas et pour lequel ils ne sont pas forcément les plus adaptés. Ce qui est un facteur de perte de productivité pour l’économie puisque les gens employés sur un poste ne sont pas forcément ceux qui devraient l’occuper. »

Sur quoi s’appuie cette synthèse ? Il y a d’abord eu un rapport du CAE, rédigé par Jean Tirole et Olivier Blanchard. Aux pages 12 et 13, on peut y lire :

« La plupart des théories du marché du travail suggèrent que la protection de l’emploi, c’est-à-dire les contraintes légales et administratives ainsi que les indemnités de licenciement versées aux salariés et paiements versés à l’État lors de licenciements, devrait avoir les effets suivants :
* un taux plus faible de licenciements, et donc des flux réduits sur le marché du travail ;
* une durée du chômage accrue ;
* un effet important sur la nature du marché du travail, qui devient plus sclérosé, plus « stagnant » (faibles flux, allongement de la durée de chômage) ;
* un effet net ambigu sur le taux de chômage (licenciements moins importants, mais chômage plus long).
(…)
L’évidence empirique sur données internationales est largement en accord avec ces prédictions théoriques :
* sur la base d’indices de protection de l’emploi construits, sur des échantillons de pays, par l’OCDE et divers auteurs, une forte corrélation négative apparaît entre protection de l’emploi et flux vers et en provenance d’un emploi, d’une part, et vers et en provenance du chômage, d’autre part ;
* sur la base de ces mêmes indices, la protection de l’emploi et la durée du chômage sont corrélées. Des durées moyennes de chômage élevées sont souvent observées dans les pays où la protection de l’emploi est forte ;
* pour une durée moyenne de chômage donnée, des flux plus faibles (pertes et gains d’emploi) diminuent le chômage. Pour des flux donnés, un accroissement de la durée de chômage accroît le chômage. La conjonction de ces deux effets a pour effet une quasi-absence empirique de corrélation entre protection de l’emploi et taux de chômage. La comparaison entre le Portugal et les États-Unis est très révélatrice à ce sujet (…). Bien que la protection de l’emploi soit beaucoup plus forte au Portugal qu’aux États-Unis, les taux de chômage y ont été très similaires ces trente dernières années. Cette similitude des taux cache cependant des réalités très distinctes : la durée du
chômage au Portugal a été en moyenne trois fois plus élevée qu’aux États-Unis. Les flux (vers et en provenance d’un emploi) ont été en moyenne trois fois plus faibles au Portugal qu’aux États Unis. »

Le rapport en question reflétait l’état de la littérature sur ce sujet. En bref, une protection de l’emploi plus forte ne signifie pas un chômage plus élevé. J’ai ajouté à ma synthèse l’idée qu’il existe un lien légèrement positif car il semble que si aucune des études ne met en évidence un lien flagrant, le panel d’études tend à conclure à un lien légèrement positif mais pas franchement convaincant. Car, voyez-vous, si le jour de l’examen (national) un jury a l’idée de dire à un de mes étudiants « Ah, mais je connais une étude qui montre un lien positif », j’aimerais que l’étudiant soit en mesure de devancer cette remarque.

En cherchant il y a quelques mois une actualisation des données, je suis tombé sur le billet du Captain Economics sur le sujet. Le simple nuage de points qu’il reproduit, dont il prend bien soin de préciser qu’il ne doit pas être interprété avec exaltation, montre clairement que même en dehors de toute analyse économétrique, si relation il y a, elle ne doit pas être bien violente…

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D’où, tous ces points étant pris en compte, le coeur du schéma et son cadre : « Constat empirique : chômage légèrement plus élevé que si protection faible ». J’aurais pu tout aussi bien écrire « Lien constaté en moyenne positif et statistiquement non significatif ». Quel progrès… mes étudiants n’auraient rien compris en relisant leurs notes, mais j’aurais employé un terme particulièrement précis scientifiquement. Là, ils ont compris. Et notamment qu’il ne fallait surtout rien conclure avec certitude devant un jury qui, avec une probabilité élevée, leur dégommerait la tête en cas de prise de position radicale, quel que soit le sens choisi. Accessoirement, ça leur permettra de donner l’état moyen de la connaissance sur le sujet, plutôt que de tenir des propos de comptoir.

Venons-en maintenant aux à-côté. Pascal Riché, de Rue89, a fait remarquer qu’il existait un schéma alternatif, d’une grande simplicité :

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Oui, c’est pas faux. J’avoue que je n’ai pas pris le temps sur mon schéma de mentionner que ne pas perdre son emploi avait quelques avantages (mais Riché a raison : il faut parfois reposer quelques bases ; sa contribution courte et amusante est légitime). Mais pour plusieurs raisons. La première, c’est que je vois mal comment ne pas insulter mes interlocuteurs en leur rappelant ça. Je dois vivre trop détaché du peuple, j’en viens à omettre ces détails. La deuxième raison, c’est que, toute forte soit-elle, la protection de l’emploi n’est pas un vaccin absolu contre le chômage. Car, effectivement, il y a chaque jour des emplois qui sont détruits en grande quantité. Et cet état de fait plus ou moins regrettable, du moins du point de vue des gens concernés, conduit à des tas de désagréments que j’ai voulu souligner dans le schéma.

Le premier, c’est que, s’il y a des gens dedans pendant longtemps, il y a des gens dehors pendant longtemps aussi. Le risque est donc double. Tout d’abord : ne plus être très sexy au bout d’un certain temps sur le marché du travail. Surtout dans un pays où le chômage de longue durée, quoique dramatiquement élevé (plus de 40% des chômeurs), est un marqueur à l’embauche. Et donc finir par se retirer du marché du travail, donc réduire le taux d’emploi sans accroître le taux de chômage. C’est la logique de l’effet d’hystérèse évoqué. L’autre risque, c’est d’être tellement conscient que si la probabilité de se retrouver sans emploi est faible, voire très faible (Wyplosz et Delpla relayaient un chiffre de 3,8% pour les gens en CDI), pondérer ce faible risque par le coût qu’il représenterait s’il venait à se réaliser est effrayant. Comme le dit Éric Maurin dans sa peur du déclassement : « Plus les murailles qui protègent les statuts sont hautes, plus la chute risque d’être mortelle – peu importe qu’elle soit improbable. ». A l’appui de ces dires, on peut citer ce travail de 2004 de Fabien Postel-Vinay et Anne Saint-Martin, qu’on peut résumer en disant que ce n’est pas dans les pays où la protection de l’emploi est la plus élevée qu’on se sent professionnellement le plus en sécurité. D’ailleurs, qui est en sécurité, formellement ? Ceux qui ont déjà un emploi stable, ne l’oublions pas. Jusqu’à ce qu’il ne l’ait plus, on l’a compris…
Alors, oui, quand on a un job, on s’y accroche beaucoup. Ne me dites pas : « Ah, jamais, moi quand je ne suis pas bien dans un boulot, je me tire ». Je veux bien le croire, mais vous avez la chance d’appartenir à une catégorie de gens qui sont suffisamment bankable (comme disent les gens dans le business) pour passer d’un CDI à un autre. Ou alors, vous êtes un risque tout (de préférence sans charge de famille, hein…). Ou encore, un risque-tout idéaliste qui a su se détacher des contingences matérielles (ce qui est tout à votre honneur). Hélas, ces catégories n’incluent pas grand monde et je vous invite à élargir votre champ d’observation des situations et comportements des travailleurs français. Ah, je sais aussi qu’il y a même des gens qui aiment leur travail et y sont bien. Mais alors, pourquoi donc la protection de l’emploi ne les rend pas davantage heureux ? Bref, on s’accroche. Y compris quand on déteste son boulot et qu’on y perd son temps, son talent, voire sa santé mentale. Y compris quand notre patron verrait d’un bon oeil que nous le quittions, mais ne franchira pas le pas du licenciement pour éviter les coûts correspondants. Ce qui, en toute logique, à une échelle plus large conduit à une conclusion corollaire : quand la protection de l’emploi est forte, il y a des gens qui ne sont pas dans l’emploi qu’ils devraient occuper. Ce qui représente une perte de productivité qui, si elle est dure à évaluer, ne fait guère de doute (et mérite à ce titre d’être mentionnée).

Mais, me direz-vous… le taux de rotation sur les emplois est particulièrement élevé en France ! C’est l’OFCE qui nous le rappelle dans un document de 2012 :

Patrick Pailloux, nouveau patron de la « NSA à la française »

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La nomination de Patrick Pailloux devrait être entérinée lors d’un prochain conseil des ministres. Photo AFP

Le gouvernement a choisi le nom du nouveau chef de la « NSA à la française », qui remplacera Bernard Barbier à la direction technique de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Selon nos informations, confirmées par une source ministérielle, la candidature de Patrick Pailloux, actuel directeur de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), qui assure la défense de l’Etat et des entreprises contre les cyberattaques, a été retenue. Sa nomination devrait être entérinée lors d’un prochain conseil des ministres.

M. Pailloux était en concurrence avec un membre actuel de la direction technique de la DGSE, un haut cadre du groupe de télécommunications Orange et l’ex-numéro deux de la direction technique de la DGSE, Philippe Duluc, aujourd’hui patron de la sécurité chez Bull après avoir occupé ces fonctions à France Télécom. Au regard du formidable poids pris par la technologie au sein du monde du renseignement et de la dépendance des Etats à la collecte, l’interception et le décryptage des données techniques à travers le monde, le directeur technique de la DGSE est devenu un personnage de premier plan, à l’image du patron de la NSA aux Etats-Unis. Plus de la moitié des effectifs de la DGSE travaillent au sein de sa direction technique, soit plus de 3 000 personnes, davantage que ce que ne veulent bien admettre les autorités.

UN POSTE AUSSI MÉCONNU QUE REDOUTÉ

Par ailleurs, l’étroite imbrication et collaboration qui existe entre les principaux services de renseignement occidentaux ajoute une dimension internationale à ce poste aussi méconnu que redouté. Le directeur technique de la DGSE appartient en effet à une forme d’« amicale », selon les termes d’un haut membre de la communauté du renseignement français, constituée des chefs de la NSA, de son équivalent britannique, le GCHQ, ou canadien, le CSEC, ou encore de leur homologues allemands.

Un document révélé par l’ex-consultant de la NSA, Edward Snowden, et publié en novembre par Le Monde, avait permis de découvrir que l’ANSSI entretenait également des liens avec les services de renseignement étrangers. Car la NSA héberge les fonctions offensives de la Direction technique de la DGSE et défensives de l’ANSSI.

Lire nos informations : Comment la NSA espionne la France

Ce mémo interne à la NSA relatait les grandes lignes de la visite, le 12 avril 2013, à l’agence, de MM. Barbier et Pailloux venus demander des comptes sur l’attaque informatique qui avait visé, en mai 2012, la présidence de la République française. La note mentionne que MM. Barbier et Pailloux suspectaient les Américains d’être derrière ce piratage. La NSA, pour sa part, dans ce mémo confidentiel, portait ses soupçons vers les services de renseignement israéliens.

M. Pailloux, né en 1966, ancien élève de l’Ecole nationale supérieure des télécommunications, est ensuite devenu ingénieur général des mines. Il a d’abord été responsable des travaux à la direction régionale Ile-de-France de France Télécom de 1991 à 1995, puis a été désigné chef du département des systèmes d’information et de télécommunications au ministère de la défense de 1995 à 2003. En juin 2003, il est nommé conseiller auprès du secrétaire général de la défense nationale avant d’être promu, le 7 octobre 2005, directeur de la direction centrale de la sécurité des systèmes d’information. Le 10 juillet 2009, il prend la tête de l’ANSSI, sous la tutelle du premier ministre.

Depuis, son travail se partageait entre la défense des systèmes d’information de l’Etat – tâche pour laquelle il n’a cessé d’obtenir des moyens et des effectifs supplémentaires – et un prosélytisme exacerbé pour inviter les acteurs industriels français à davantage se protéger. Chaque semaine, ses services, tels des pompiers du numérique, interviennent pour bloquer des attaques dans les administrations comme dans les entreprises. Leur tâche ne se limite pas à stopper les intrusions. Ils s’efforcent également de remonter à la source des attaques, transformant ainsi l’ANSSI en véritable agence de renseignement. Parmi les offensives informatiques les plus spectaculaires contre des intérêts français figurent celle contre l’Elysée hacké en mai 2012 ou encore le ministère des finances en mars 2011, où 150 ordinateurs avaient été infiltrés.

Jacques Follorou

Source : Le Monde 21/01/2014

Voir aussi : Rubrique Internet, Bradley Manning un révélateur, rubrique Défense, Adoption de la loi controversée de programmation militaire, rubrique citoyenneté,

Hollande – Gayet – Trierweiler : Un vaudeville écrit et mis en scène par les médias ?

01-_Vie_privee-Closer-81843par Blaise Magnin,

L’accident de Michaël Schumacher déjà oublié, « l’affaire Dieudonné » à peine soldée, voilà que les frasques privées du Président de la République révélées par des photos (volées et ne prouvant pas grand-chose par elles-mêmes) publiées par le magazine Closer le 10 janvier ont offert à l’ensemble du microcosme médiatique un nouveau sujet d’emballement.

Mais comme seule la presse estampillée « people » peut se vautrer en toute bonne conscience dans le journalisme de trou de serrure et faire ses choux gras de la vie sentimentale des personnages publics, les médias d’information générale ont dû renoncer à l’aborder frontalement et trouver toute une série d’expédients pour s’en délecter sans avoir l’air d’y toucher. Il n’empêche : en quelques jours (si ce n’est en quelques heures), la curiosité insatiable des « grandes rédactions » et le flot intarissable des commentaires a transformé une « affaire privée » en pièce de boulevard mâtinée de drame républicain.

Pourtant, même traitée avec toute la hauteur de vue dont sont capables les « grands journalistes » face à « l’évènement », rien ne pouvait justifier que cette « affaire », qui n’a comme conséquences politiques que celles que lui confère sa médiatisation massive, interrompe le traitement « normal » de l’actualité et occulte pendant plusieurs jours d’autres informations devenues, d’un coup, secondaires.

Briseurs de tabous

Fondant sur les révélations de Closer comme un vol d’étourneaux, tous les médias les ont abondamment relayées. Mais pas n’importe comment… Aveugles à leur propre rôle et à leur propre frénésie, les grands médias ont ainsi passé la journée du 10 janvier à parler de la vie privée de François Hollande tout en cherchant gravement à comprendre, comme Le Figaro ou Europe 1, pourquoi « un verrou a sauté » s’agissant… de la médiatisation de la vie privée des Présidents de la République !

Et la plupart des médias d’opter pour la même stratégie : faire mine de prendre de la hauteur en retraçant de prétendues grandes évolutions « sociétales » et institutionnelles, pour mieux participer au commérage général sur la situation conjugale du Président : des Echos, à L’Est Républicain, ou 20 Minutes, en passant par le site de France Télévisions, ou le Huffington Post, il n’était question que de tabou levé, de grand déballage, de partage entre public et privé et… de la liaison entre François Hollande et Julie Gayet.

Le sommet de l’hypocrisie (et de l’absurde) étant atteint par Le Figaro qui organise un de ces pseudo sondages en ligne pour demander aux internautes si Closer a « eu raison de publier les photos de la vie privée du Président », mais omet opportunément de demander si Le Figaro a eu raison de s’en saisir comme d’une information incontournable…

Pour ce qui est du comble du moralisme, c’est Marianne qui l’atteint dans un article intitulé « Hollande, Gayet : respect de la vie privée, oui, mais pas quand la première dame est encore à l’Elysée », où le journaliste se fait juge des bonnes mœurs, condamnant François Hollande, « en porte-à-faux avec les principes minimum auxquels est tenu le chef d’un Etat où le mariage reste, pour l’heure, une institution civile définie par les lois de la République, avec ses contraintes et ses obligations, ses valeurs et ses devoirs. Ou alors c’est considéré que le pacs, le concubinage notoire et la vie à deux sous le même toit, notamment à l’Elysée, n’a pas la valeur du mariage à la mairie. Si Valérie Massonneau était Madame François Hollande, le président de la République irait-il quand même rejoindre Julie Gayet sur son scooter? ? On peut se poser la question. »

Enfin, on décernera la palme de l’aveuglement au journaliste de RMC qui, pour conclure leur entretien, demande à Olivier Besancenot : « Comment on fait pour que la vie privée n’interfère pas avec la vie publique et avec les vrais sujets qui intéressent les Français ? »

Très vite après les premières révélations, il fallut trouver d’autres angles pour pouvoir continuer à évoquer « l’affaire » en lui donnant une tonalité un peu moins burlesque et dérisoire qui justifierait qu’elle reste sur le devant de l’actualité.

Sur les traces du grand banditisme

La première tentative fut un fiasco. Pendant 24h, entre le 12 et le 13 janvier, se multiplièrent, souvent dans un même article, des reprises du « scoop » de Médiapart affirmant que l’appartement abritant les rencontres présidentielles était lié au grand banditisme, qui allait se révéler faux (misère du « journalisme d’investigation » quand il ne prend plus le temps… d’enquêter pour épouser le rythme effréné de « l’actu » en temps réel), et les démentis très vite obtenus, relatant l’ire du propriétaire réel et démontrant que l’information n’en était pas une ! Aucun média ou presque, qu’il s’agisse de la presse écrite (voir Le Parisien ou Le Point), des grandes radios (comme RTL) ou des télévisions (voir notamment les sites de France Télévisions ou de LCI) ne fut épargné par cette fuite en avant.

Angoisse sécuritaire

Après cette consternante « séquence médiatique » et puisque l’appartement ne posait en définitive pas de problème, il s’agissait d’en chercher du côté de la sécurité du Président lors de ses escapades en scooter. Là encore, le suivisme de la plupart des grands médias fut sans faille. Du Nouvel Observateur à Libération, en passant par L’express, Le Figaro ou BFM-TV, la plupart relayaient sans sourciller les « analyses »… du paparazzi ayant réalisé les clichés pour Closer – à croire qu’il est aussi un expert de la protection des personnalités.

Statut or not statut ?

L’artifice suivant utilisé par les médias pour maquiller leur torrent de commentaires sur les amours présidentielles en enjeu institutionnel décisif fut de s’interroger sur le statut de première dame. Une question si impérieuse que toute la presse fut encore au rendez-vous pour entonner le refrain du moment : Le Monde, Libération, Le Figaro, L’Express, Le Point, Le Nouvel Observateur, etc.

Au chevet de Valérie Treierweiler

Un statut de première dame qui leur tient tant à cœur qu’aucun média ne jugea que l’hospitalisation de Valérie Trierweiler, consécutive aux révélations de Closer, ne méritait pas, ne serait-ce que par égard pour l’intéressée, d’être claironnée dans l’heure sur toutes les ondes… Plus consciencieux encore que ses confrères, Le Figaro interviewa la biographe de la compagne du Président qui fit cette confidence si importante qu’elle se retrouve en titre à l’article : « Dès qu’elle ira mieux, Valérie Trierweiler rendra coup pour coup à Hollande ». Et c’est sans doute aussi avec la ferme intention d’informer coûte que coûte, qu’une semaine après l’annonce de l’hospitalisation, L’Express ou Le Figaro relèvent que les médecins n’auraient pas autorisé à François Hollande à rendre visite à Valérie Trierweiler à l’hôpital…

Questions pour communicants

Après avoir glosé sur tous les aspects de « l’affaire » sans jamais distiller la moindre information significative, les médias essayèrent péniblement de la raccrocher à l’actualité politique. À moins que ce ne soit l’inverse : une tentative de rapprocher l’actualité politique de la seule question qui les intéressait ! Alors que François Hollande s’apprêtait pourtant à détailler le « pacte de responsabilité » qu’il entend proposer aux entreprises et qui constitue une inflexion politique majeure de son mandat, les journalistes n’étaient préoccupés que par une seule question relevant de la stratégie de communication du Président : le télescopage entre les révélations sur sa privée et la tenue de sa conférence de presse [1] ! Europe 1 et Télérama allaient même encore plus loin dans le souci de précision de l’information en cherchant à savoir qui, parmi les journalistes présents, oserait « poser la question » à François Hollande. On imagine la fièvre des lecteurs découvrant cette information…

En quête de « modèles »

Soyons justes : tout ne fut pas totalement futile. On s’interrogea donc gravement sur les limites entre vie privée et vie publique. L’immixtion des médias dans la vie privée des responsables politiques et particulièrement du président de la République est-elle justifiée et dans quelles limites ? Mais d’abord, pour se convaincre eux-mêmes de la légitimité d’offrir une place aussi démesurée à cette « affaire », et s’en dédouaner, les journalistes français du Monde, de L’Express, des Échos ou du Parisien, entre autres, ont largement rendu compte la façon dont les médias étrangers s’en saisissaient. Comme si les turpitudes de la presse au-delà de nos frontières justifiaient celles des médias français et amenuisaient leur responsabilité… Après le « modèle allemand » en matière de compétitivité, les « modèle anglo-saxon » sur la libido des responsables politiques ?

Le fond et le reste

Tout ne fut pas futile, mais quand les médias s’interrogent sur leur propre rôle ou que l’on s’interroge sur leur rôle dans les médias, la médiatisation elle-même se transforme en spectacle. Médiatique, bien sûr. Avec, parmi les conséquences, une omission et une inflation lamentables

Vie privée/vie publique ? Le tohu-bohu d’arguments contradictoires orchestré autour du respect de la vie privée du Président s’est accompagné d’un silence assourdissant : pas un mot ou presque sur le respect dû à la vie privée de Valérie Treierweiller et de Julie Gayet. Des « dégâts collatéraux » ?

Vie privée /vie publique ? Le tintamarre a atteint son maximum d’intensité dans le prétendu service public : trois « débats » en cinq jours sur France 2, dans les émissions « Des Paroles et des actes » du 16 janvier (avec, notamment, les duettistes Christophe Barbier et Franz-Olivier Giesbert), « Ce soir ou jamais » du 18 janvier, « Mots croisés » ce soir 20 janvier (avec notamment, les « incontournables » Jean Quatremer et Nicolas Domenach). La semaine prochaine, c’est promis : trois débats sur la vie privée des licenciés et, plus généralement, des chômeurs !

***

De cette pathétique et unanime focalisation médiatique sur l’idylle supposée entre le Président de la République et une comédienne, nous n’avons retenu que le plus saillant. Nous aurions aussi pu relater la brusque célébrité de l’ex mari de Julie Gayet, interrogé sur toutes les ondes pour connaître l’état d’esprit de son ex épouse. Ou encore, « l’info » servie à peu près partout à propos… des croissants (au beurre ou ordinaires, nous ne saurons jamais) que son garde du corps aurait apporté à François Hollande au petit matin.

Nous aurions également pu évoquer les portraits à répétition de Sébastien Valiela, auteur de l’article dans Closer. Mais aussi, la resucée de voyeurisme provoquée le 17 janvier par la publication de nouveaux articles dans le même magazine. Alors que le soufflé semblait doucement retomber à la suite des déclarations de François Hollande renvoyant au respect de sa vie privée et à des déclarations ultérieures, leur contenu fut repris une nouvelle fois par une grande partie des grands médias, décidément jamais rassasiés.

On pourrait voir dans cet emballement médiatique insensé un épisode ponctuel et somme toute accidentel. Mais intervenant quelques jours à peine après que les médias ont fait de « l’affaire Dieudonné » une affaire d’État, on en vient à se dire qu’il s’agit là d’un mode de (dys)fonctionnement ordinaire, dans lequel les médias se complaisent. Et si la concurrence mimétique qu’ils se livrent pour l’audience explique largement cette couverture hors de toute proportion « d’évènements » qui n’en sont pas et ne devraient pas le devenir, cela ne justifie en rien que l’information et le public en soient les premières victimes.

Blaise Magnin (avec Henri Maler)

Acrimed le 20 janvier 2014

Voir aussi : Rubrique Médias,

Il y a 30 ans, le patronat promettait emplois contre allègements

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Il y a 30 ans, Yvon Gattaz, le père de l’actuel patron du Medef, promettait déjà au gouvernement socialiste de l’époque des embauches contre des allègements du coût du travail et plus de flexibilité.

Il a obtenu gain de cause, mais aucune statistique officielle n’a pu montrer si la promesse d’embaucher plus de 400.000 personnes avait été tenue.

Le 10 avril 1984, Yvon Gattaz, alors président du Conseil national du patronat français (CNPF), l’ancêtre du Medef, affirme que les entreprises sont « prêtes à se mobiliser sur l’emploi ». La France, qui vient de prendre le tournant de la rigueur, compte 2,2 millions de chômeurs.

Selon lui, des emplois sont « disponibles », mais un « mur » de « contraintes fiscales, administratives, sociales » pèse sur les entreprises.

Il propose au gouvernement alors dirigé par le socialiste Pierre Mauroy, parmi d’autres mesures de flexibilité, d’expérimenter pendant cinq ans des « emplois nouveaux à contraintes allégées » (ENCA), une formule susceptible, selon lui, de créer « 471.000 emplois supplémentaires, dont 400.000 dès la première année ».

Conditions: les nouvelles embauches ne doivent pas être comptabilisées dans les effectifs, afin d’éviter les effets de seuils fiscal et social aux entreprises qui créeraient ces emplois; elles doivent être exonérées des taxes assises sur les salaires (formation, apprentissage, etc.); possibilité de recours au licenciement économique pour ces emplois nouveaux, sans autorisation administrative préalable.

Les syndicats très réticents

Des négociations s’ouvrent entre les partenaires sociaux. Après sept mois et 14 séances de négociations, un protocole d’accord sur « l’adaptation des conditions d’emploi » est élaboré. Il propose, entre autres, une annualisation du temps de travail, un allongement de la durée des missions d’intérim et des contrats à durée déterminée. En outre, le paiement intégral des taxes de transport et de construction est réservé aux entreprises de plus de 20 salariés.

Une majorité de syndicats rejette le texte.

La situation reste bloquée jusqu’à la victoire de la droite aux élections législatives de mars 1986.

Sans exiger des contreparties en matière d’embauches, le gouvernement de Jacques Chirac satisfait plusieurs revendications patronales: suppression de l’autorisation administrative de licenciement, exonérations de charges sociales pour l’embauche de jeunes de moins de 25 ans et facilitation des recours aux CDD, au travail temporaire et au temps partiel.

 

Source AFP 15/01/14

Voir aussi : Rubrique Actualité France, rubrique Politique Politique économiqueLe changement c’est maintenant, rubrique Finance, rubrique Société, Emploi, rubrique Histoire,

 

Hollande : ses adieux à la gauche

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Ceux qui n’ont pas encore compris que je suis social-démocrate peuvent poser une question. »

Après 1h30 de discours et de questions, François Hollande a clos la partie « qui je suis, où je vais » par cette réponse un peu énervée à Ivan Levaï, chroniqueur à Radio France.

Le Président venait de déclarer :

« Je marche sur mes traces, je fais ce que je pense être conforme à mes idées et conforme à l’intérêt de la France. Social, réformiste, réaliste mais surtout patriote. Si j’ai un mot, c’est bien de ça dont il s’agit. […] Je prends des risques. »

Le social-libéral a parlé

Ce qui le différencie de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, qui, lui aussi, parlait de réduction des dépenses publiques, des impôts, de la fraude aux prestations sociales, c’est que lui, dit-il, il « fait » et s’attaque à la dette de la France, « afin de sauver notre modèle social » :

« L’enjeu entre la gauche et la droite, ce n’est pas le niveau des dépenses, mais la structure des dépenses, ce qu’on fait avec une fiscalité plus juste. »

Il dit aussi :

« Si être de gauche, c’est creuser les déficits, mes prédécesseurs étaient d’extrême gauche. »

Entre le social-démocrate et le social-libéral, c’est le deuxième qui a parlé ce 14 janvier. Il ne jure plus que par « l’offre » –les producteurs– pour relancer l’économie.

La réaction de Force ouvrière augure de lendemains compliqués avec les syndicats de salariés :

« Le président de la République a confirmé le caractère libéral de la politique économique mise en œuvre. L’allégement du coût du travail apparaît ainsi comme l’alpha et l’oméga de la politique. […]

Par ailleurs, la confirmation d’une réduction drastique des dépenses publiques et l’octroi aux régions d’un pouvoir réglementaire d’adaptation menacent l’égalité républicaine. De fait, le pacte de responsabilité risque d’entrer en contradiction avec le pacte républicain. »

Le Club des entrepreneurs, lui, se déclare enthousiaste et se félicite des annonces. Geoffroy Roux de Bézieux, vice-président du Medef, commente avec allégresse dans un tweet : « Keynes tué d’une balle dans la nuque ! »

Ce 14 janvier, François Hollande a quitté la gauche.

Blandine Grosjean

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Affaire Closer

« Une clarification avant le 11 février »

 

Vendredi, le magazine Closer révélait une liaison supposée entre le Président et la comédienne Julie Gayet. Dimanche, on apprenait que la compagne de François Hollande était hospitalisée pour un « gros coup de blues ». Aux questions sur le respect de la vie privée se sont vite ajoutées celles sur le « statut » de la Première dame. Plusieurs personnalités estiment qu’il faut en finir avec cette vieillerie de la République, demandant même, comme François Rebsamen, maire de Dijon et proche du Président, qu’on profite de cette « affaire » pour s’en débarrasser tout de suite.

C’était donc Alain Barluet du Figaro qui s’y est collé dès le début de la conférence, en sa qualité de président de l’Association de la presse présidentielle. Au bout de 40 minutes, une éternité pour certains, il a enfin posé la question :

« Valérie Trierweiler est-elle toujours Première dame de France ?

– Je comprends votre question, et je suis sûr que vous comprendrez ma réponse. Chacun de nous dans sa vie privée peut traverser des épreuves, c’est notre cas. Ce sont des moments douloureux. J’ai un principe, c’est que les affaires privées se traitent en privé, dans l’intimité respectueuse de chacun. Ce n’est ni le lieu, ni le moment de le faire. »

Le Président a promis de clarifier la situation du couple présidentiel avant le voyage officiel à Washington, le 11 février. B.G.

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Prélèvements

« Moins de charges, plus d’emplois »

 

François Hollande veut « poursuivre l’allègement du coût du travail » engagé avec le lancement du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE). Le Président veut mettre fin d’ici 2017 pour les entreprises et les travailleurs indépendants aux cotisations familiales, qui représentent entre 30 et 35 milliards d’euros de charges :

« La discussion portera donc sur l’avenir du CICE et sur le mode de financement de la protection sociale. C’est la condition pour que les entreprises retrouvent leurs marges, non pas pour leur faire plaisir ou pour leur faire un “cadeau”. Mais pour l’investissement, parce que le taux de marge en 2012 est le plus bas de son histoire. »

Les entreprises financent en grande partie la branche famille de la Sécu. Le reste vient de prélèvements fiscaux, tels que la CSG. Pour mettre fin aux cotisations, trois leviers sont donc possibles :

  • le relèvement de la CSG ;
  • une hausse de la TVA ;
  • une baisse des dépenses.

C’est cette dernière piste que le Président a évoquée lors de sa conférence de presse, évoquant des coupes intelligentes guidées par un « conseil stratégique » :

« De 2015 à 2017, il faudra économiser 50 milliards de plus [en plus des 15 milliards d’euros d’économies en 2014, ndlr]. 4% des dépenses collectives. »

Le Président veut également donner de la « visibilité aux entreprises » avec une refonte de l’impôt sur les sociétés (IS) et une « diminution du nombre de taxes qui coûtent plus cher que ce qu’elles rapportent ». Le gouvernement visera tout particulièrement les PME avec son « pacte de responsabilité ».

En contrepartie de ces gages donnés aux entreprises, des « objectifs chiffrés d’embauches » seront définis au niveau national, déclinés par branches. Un « observatoire des contreparties » sera mis en place et le Parlement y sera associé :

« [Les contreparties] doivent être définies au niveau national et déclinées par branche. Elles porteront sur des objectifs chiffrés d’embauche, de travail des jeunes ou des seniors, la formation, les salaires, et la modernisation du dialogue social. Un observatoire sera mis en place et le parlement y sera associé. […]

Un document formalisera les engagements et les modalités de suivi des contreparties. Le gouvernement engagera sa responsabilité devant l’Assemblée sur ce texte, une loi sera votée à l’automne. »

Qu’est-ce que le pacte de responsabilité ?

François Hollande avait éveillé l’intérêt des patrons en évoquant lors de ses vœux un pacte de responsabilité : « Moins de charges, plus d’emplois ». C’était la réponse du Président au « pacte de confiance » [PDF] du patron du Medef, Pierre Gattaz.

Ce dernier n’hésitait pas à promettre un million d’emplois en cinq ans. En échange, il réclamait 100 milliards de baisse de charges et d’impôts (50 milliards sur le coût du travail et 50 milliards sur les impôts), gagés par autant d’économies de dépenses publiques sur cinq ans.

Au Canard enchaîné, un ministre expliquait mercredi dernier :

« Gattaz rêve tout éveillé. Car 100 milliards d’économies en cinq ans, personne ne sait faire. Pas plus nous que les autres. »

Rémi Noyon

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Simplification administrative

Un « Conseil de simplification » pour mettre en forme le « choc de simplification »

 

François Hollande a rappelé qu’il a confié à un député, Thierry Mandon, et un chef d’entreprise, Guillaume Poitrinal, la tête d’un « conseil de la simplification » en octobre :

« Ils passeront en revue les dix actes-clés de la vie d’une entreprise, de la création à la cession, en passant par les obligations comptables, les embauches.

Tout sera passé en revue, non pas pour diminuer les protections, mais pour simplifier et faciliter, et ce jusqu’à la fin du quinquennat. »

Le « choc de simplification »

Lancé en mars 2013, le « choc de simplification » vise à rendre plus fluides les relations entre citoyens et administration : accélérer les délais de réponse, faciliter les démarches.

Récemment, François Hollande avait déjà annoncé de nouveaux fronts dans cette entreprise de clarification : la construction et le logement, les marchés publics, la fiscalité des entreprises ou encore les règles comptables. Camille Polloni

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Fiscalité des ménages

Pour la baisse des impôts, on verra plus tard

 

La fiscalité des ménages, François Hollande n’en a pas parlé ou presque. Deux allusions uniquement :

  • lors de sa longue présentation du « pacte de responsabilité », le Président a assuré qu’il n’y aurait pas de « transfert des charges des entreprises vers les ménages ». Comprendre : ce ne sont pas les ménages qui prendront en charge la fin des cotisations familiales pour les entreprises ;
  • il a qualifié la réduction des déficits publics comme « préalable à toute baisse d’impôt ».

Les Assises de la fiscalité démarrent ce mercredi. D’abord sur la fiscalité des entreprises, puis, un peu plus tard, sur celle des ménages. L’ordre des priorités. Imanol Corcostegui

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Economies

L’Etat va « donner l’exemple »

 

Après les 15?milliards d’euros d’économies du budget 2014, 50 milliards supplémentaires doivent être trouvés de 2015 à 2017 pour réduire le déficit et le ramener sous la barre des 3%. Un montant qui pourrait encore grimper pour compenser les baisses de charges du « pacte de responsabilité » (pour qu’elles ne se répercutent pas en supplément d’impôt).

La grande question, c’est : où trouver tous ces milliards ? François Hollande était resté vague sur ce point : « Nous devons faire des économies partout où elles sont possibles », a-t-il indiqué le 31 décembre.

Ce mardi, le Président a donné des précisions : il ne veut pas faire de coupes « aveugles » et « indifférenciées » (une allusion à la RGPP).

D’abord, l’Etat va « donner l’exemple » et « toutes les structures » sont invitées à faire des efforts. Les discussions entre Bercy et les différents ministères débuteront fin janvier et les « volumes d’économie » seront fixés et communiqués à chacun au printemps (par une lettre de cadrage de Jean-Marc Ayrault).

Le Président a aussi parlé de la protection sociale, le « cœur de notre pacte républicain ». Il souhaite lutter contre la fraude sociale (représentant 600 millions d’euros), mais ce n’est pas la mesure essentielle.

Il souhaite surtout que le système de santé soit rationalisé :

  • baisse des prescriptions multiples et des actes médicaux redondants ;
  • utilisation plus systématique des médicaments génériques ;
  • parcours de soin à optimiser. Nolwenn Le Blevennec
6

Dieudonné

« Il n’y a pas de système, la France est républicaine. »

 

« Il y a des personnes qui suivent monsieur Mbala Mbala sans penser qu’il est antisémite. Il était important qu’elles aient entendu la réponse de la justice. »

François Hollande a félicité le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur pour leur gestion de l’affaire Dieudonné (« Quand il y a une action, il doit y avoir un résultat »). Le gouvernement travaille maintenant sur « ce qui doit être fait sur Internet ».

Le Président a tenu à rappeler qu’il existait en France des actes antimusulmans « qui doivent tout autant être dénoncés » et des actes antichrétiens (il a cité le cas de la Femen qui a récemment uriné dans l’église de la Madeleine).

« Aucun de ces actes ne doit être accepté. Il n’y a pas de système, la France est républicaine. Il n’y a pas de complot, il n’y a pas de communauté. Le seul système que je connaisse, c’est le racisme. »

Nolwenn Le Blevennec

7

Afrique

« Mission accomplie »

 

François Hollande a défendu l’action de la France en Afrique, criant « victoire » pour le Mali, et se montrant optimiste sur l’autre intervention des troupes françaises, en République centrafricaine.

S’agissant du Mali et de l’envoi des troupes françaises il y a quasiment un an jour pour jour, le chef de l’Etat a déclaré que c’était « une victoire contre le terrorisme, une victoire pour la démocratie, une victoire pour le développement ».

Il a annoncé que le nombre de soldats français serait de 1 600 hommes le mois prochain, et de 1 000 « à la fin du printemps ».

Concernant la mission en Centrafrique, qui se révèle dans les faits plus complexe que prévu, François Hollande a reconnu que « tout n’est pas réglé », mais a ironisé sur ceux qui s’attendaient à ce que les antagonismes prennent fin en à peine un mois.

Il a annoncé un soutien européen à venir pour les 1 600 soldats français et 4 000 soldats africains présents sur le terrain.

Des propos rassurants sur ces deux fronts qui donnent pourtant bien des soucis aux troupes françaises, à la fois avec la persistance de menaces sécuritaires dans le nord du Mali, et surtout une difficulté plus grande que prévue de mettre fin aux règlements de compte à Bangui, sans même parler du reste du pays. Pierre Haski

8

L’Europe

L’Europe passe par Berlin

 

Dans son propos liminaire, François Hollande a également traité du sujet de l’Europe, à quatre mois des élections européennes qui risquent d’être marquées par une forte abstention et la montée des populismes.

Il l’a fait sous la forme de l’annonce d’une triple initiative franco-allemande à venir, dont la plus spectaculaire est la proposition d’un « Airbus » franco-allemand de la transition énergétique.

Les deux autres sont une initiative pour la « convergence économique et sociale » entre la France et l’Allemagne, et une autre pour l’Europe de la défense, qui sera annoncée au Conseil des ministres commun aux deux pays qui se tiendra le 19 février.

« Il ne faut pas avoir peur de l’Union européenne »

Ces initiatives entre la France et une Allemagne désormais gouvernée par une grande coalition incluant le Parti social-démocrate allemand, ont pour but de donner le sentiment du mouvement dans une Union européenne vécue comme un problème plutôt que la solution par les Français.

François Hollande aura toutefois du mal à mobiliser sur ce terrain sur la base de ces seules promesses, après avoir fait croire pendant la campagne électorale qu’il renégocierait le « pacte de stabilité européen », là où il n’a pu qu’y rajouter un volet investissement fort limité.

Le Président a néanmoins tenté de rassurer les Français :

« Il ne faut pas avoir peur de l’Union européenne. Il faut plutôt craindre qu’elle ne s’affaiblisse et finisse par disparaître. »

Mais dans le calendrier politique, l’heure de l’Europe n’est pas encore arrivée : le scrutin européen de mai en donnera l’occasion, après ce tour de piste de rodage mardi. P.H.

9

Décentralisation

Des régions plus puissantes

 

François Hollande veut « en terminer avec les enchevêtrements, les doublons, les confusions ». Il a annoncé quatre évolutions :

  • les régions seront « dotées d’un pouvoir réglementaire local d’adaptation » ;
  • les compétences des différentes collectivités seront clarifiées ;
  • les collectivités seront invitées à se rapprocher, voire à fusionner (« le nombre de régions peut évoluer ») ;
  • dans « les grandes aires métropolitaines », les départements seront priés de « redéfinir leur avenir » – c’est-à-dire s’effacer derrière la grande ville, si l’on prend l’exemple de ce qui s’est passé dans le Rhône. Mathieu Deslandes
10

Education

Faire en sorte que les enseignants ne fuient plus les ZEP

 

François Hollande a promis des mesures pour rendre « plus attractifs les postes d’enseignants » en ZEP (zones d’éducation prioritaire). Le détail du plan doit être présenté ce mercredi 15 janvier en conseil des ministres par le ministre de l’Education. Est notamment prévue une « décharge horaire ». M.D.

11

Fin de vie

Euthanasie active ou suicide assisté ?

 

François Hollande veut « permettre à toute personne majeure atteinte d’une maladie incurable provoquant une souffrance psychologique, physique, insupportable et qui ne peut être apaisée, de pouvoir demander, dans des conditions strictes, une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ».

Euthanasie active ou suicide assisté ? Le rapport du comité d’éthique (attendu dans quelques semaines) puis des consultations de la ministre de la Santé doivent permettre d’aboutir à une solution consensuelle. M.D.


Ce que nous écrivions avant la conférence de presse

Qui, parmi les 600 journalistes annoncés, se dévouera pour poser « la » question sur la vie privée du Président ? Comment ce dernier évacuera-t-il le sujet ? Selon les informations du Lab, c’est Alain Barluet du Figaro qui devait s’y coller dès le début de la conférence. En tant que président de l’Association de la presse présidentielle, l’honneur – ou la corvée – lui revient.

C’est ce qui amusait le plus ce mardi matin les journalistes de la BBC World qui rappelaient tout de même que la France, « cinquième économie mondiale », était aux prises avec de sérieux problèmes économiques (12% de chômage, une croissance atone) et que son Président sortait d’une annus horribilis, entre Leonarda, fronde fiscale, révolte des Bonnets rouges, non-inversion de la courbe du chômage et, pour couronner le tout, alors que cette conférence de presse avait été repoussée à plusieurs reprises pour trouver le « bon moment », l’affaire Gayet.

Cette troisième conférence du quinquennat devrait traduire en annonces les vœux présidentiels (que nous avions titrés « François Hollande, héros du Medef ») :

« Le Medef est heureux : le président de la République s’est rangé à ses vues. En octobre, l’organisation patronale avait proposé des allègements fiscaux sur les entreprises en échange de créations d’emplois. Puis l’organisation patronale avait menacé de boycotter les assises de la fiscalité des entreprises si elle n’était pas entendue sur ce sujet. François Hollande a saisi la perche, en avançant l’idée d’un “ pacte de responsabilité ” : baisse des charges contre créations d’emplois. »

ournant ou pas tournant ?

On attend François Hollande sur la clarification de sa politique générale, sur la fiscalité pour les ménages (quid de la « remise à plat fiscale » annoncée par Jean-Marc Ayrault ? Baisse ou pas des prélèvements obligatoires ?), les dépenses publiques (leur réduction d’au moins 50 milliards est devenue le leitmotiv de l’Elysée, au grand dam de l’aile gauche du PS, qui craint le pire quand le Président parle des « excès »), mais aussi le « choc de simplification », censé faciliter les démarches qui « paralysent l’action des entreprises et empoisonnent la vie quotidienne ».

« Tournant » ou « pas tournant » : c’est le débat le plus creux de ce début d’année. La vérité, c’est que Hollande a « tourné » dès le début de son quinquennat, en renonçant à secouer l’Europe et à la convaincre d’abandonner l’austérité généralisée. Il a mis le cap sur la rigueur budgétaire dès mai 2012, puis sur une politique de compétitivité en novembre 2012, après la remise du rapport Gallois et le lancement du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE).

S’il y a un « tournant », c’est seulement dans la façon de présenter sa politique, désormais dénuée de tout fard : lors de ses vœux à la nation, il a insisté sur la baisse des charges pour les entreprises, l’objectif de baisse des dépenses publiques et des impôts, la chasse aux abus dans les dépenses de sécurité sociale…

« Social-libéralisme »

Hollande, même s’il s’en défend, a rejoint le « social-libéralisme », un concept devenu péjoratif (seuls le consultant Alain Minc, l’ex-ministre Jérôme Cahuzac ou l’UDI Jean-Marie Bockel continuent à s’en réclamer ouvertement). Le social-libéralisme désigne une gauche ayant renoncé à l’intervention de l’Etat dans l’économie. Réconciliée avec l’entreprise, cette gauche libérale prône une modernisation de l’Etat et un assouplissement du marché du travail. Elle se borne à vouloir tempérer les excès du marché par des mécanismes de régulation et des filets sociaux.

Sur les questions internationales, la gauche du PS attend, espère que le Président défende une politique de croissance au niveau européen en rupture avec les choix d’austérité de plusieurs membres de l’Union.

Le rôle et les missions de la France en Afrique devraient aussi être évoqués.

Blandine Grosjean et Pascal Riché

Rue 89 14/01/2014