L’Europe, bras ballants devant la transgression de ses valeurs

L'Europe dans quels nuages ?

Une fois de plus, un pays membre de l’Union européenne a franchi la ligne jaune. Depuis l’arrivée au pouvoir, en avril 2010, du gouvernement conservateur et nationaliste de Viktor Orban, la Hongrie verrouille les principaux pouvoirs : la Cour constitutionnelle est placée sous tutelle, la presse bâillonnée. Dans l’esprit et dans la lettre, des règles de base du club européen sont bafouées par un des pays membres, et non des moindres puisqu’il assure depuis le 1er janvier la présidence tournante de l’Union.

Les valeurs européennes sont fondées sur deux piliers : une démocratie assise sur la préservation des libertés individuelles et collectives ; un Etat-providence assurant la cohésion sociale dans une économie de marché. Or l’un et l’autre subissent des coups de boutoir à répétition. La crise économique et financière a forcé la totalité des Etats membres à entamer, à travers des programmes d’austérité draconiens, le fameux « modèle social » européen. Le modèle politique est aussi écorné sous l’effet des tensions provoquées par le chômage de masse, l’immigration et le vieillissement de sa population.

Face à cet état de fait, l’Europe semble paralysée. Depuis dix ans, lorsque l’un de ses membres adopte une loi attentatoire à la liberté d’expression, quand tel autre forme un gouvernement avec le soutien d’un parti d’extrême droite, les dirigeants regardent leurs pieds sous la table du Conseil européen. Et la Commission préfère au rappel ferme des grands principes quelques timides remarques technocratiques.

Ils savent pourtant être pugnaces : lorsqu’il s’agit de défendre les mérites du marché unique, la concurrence à l’intérieur de l’Union et le libre-échangisme planétaire, Commission et Conseil n’hésitent pas à hausser le ton et au besoin à sanctionner les mauvais élèves.

Une seule fois, les pays de l’UE ont pris des sanctions contre un Etat membre. C’était en 2000. Le chancelier chrétien-démocrate autrichien Wolfgang Schüssel avait formé une coalition de gouvernement avec le parti d’extrême droite de Jörg Haider. Les gouvernements européens – mais pas les instances communautaires – avaient improvisé dans l’émotion un boycott politique de l’Autriche, d’ailleurs assez flou. Le premier prétexte fut bon pour y mettre fin.

Le précédent autrichien a eu l’effet contraire : celui de faire sauter une première digue. De transgresser cet interdit qui, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, plaçait implicitement les gouvernements européens à l’abri de l’extrême droite et de la xénophobie gouvernementale. Les atteintes au code de bonne conduite se sont multipliées et le nouveau mot d’ordre, non dit, tient bon : on ne critique pas le gouvernement d’un Etat membre.

Depuis 2003, Silvio Berlusconi dirige un gouvernement de coalition avec le parti anti-immigrés de la Ligue du Nord. Le gouvernement libéral-conservateur danois s’appuie au Parlement sur le xénophobe Parti du peuple danois (DF). Les conservateurs, libéraux et chrétiens-démocrates néerlandais font de même depuis 2010 et doivent leur majorité au parti radicalement anti-islam (PPV) de Geert Wilders. Le gouvernement slovaque du social-démocrate Robert Fico avait conclu un pacte avec l’extrême droite.

D’autres digues se sont fissurées. La protection des médias face au pouvoir est mise à mal, d’abord en Italie où Silvio Berlusconi contrôle une large part de la télévision. L’affaire des Roms qui a opposé le gouvernement français à la Commission a mis en évidence la tentation de revoir de manière tendancieuse les règles de libre circulation au sein de l’Union. L’anti-islamisme déclaré dans certaines majorités parlementaires a pour conséquence de jeter la suspicion sur une catégorie de citoyens européens, de confession musulmane.

L’Europe, pourtant, reste les bras ballants. C’est vrai de la Commission, chargée de faire appliquer les traités dont fait partie la charte européenne des droits fondamentaux (laquelle préserve la liberté d’expression) ; mais aussi des gouvernements, soumis aux pressions de leurs opinions publiques. Quant au Parti populaire européen, qui regroupe la majorité des partis au pouvoir en Europe, il fonctionne comme un étouffoir des critiques éventuelles.

Seuls les parlementaires s’indignent. Seule la Cour européenne de justice sanctionne les Etats, le cas échéant. La Commission, elle, rappelle qu’elle n’est pas une autorité morale et se contente d’examiner scrupuleusement la conformité juridique d’une loi avec les traités. Le Conseil européen, qui devrait endosser le rôle de garant des valeurs éthiques, se dérobe.

Comment alors se laisser attendrir par les larmes de crocodile bruyamment versées sur l’absence d’Europe politique face à l’édification du marché unique ? Comment s’étonner que les valeurs du libre-échange soient les seules défendues, quand l’intergouvernemental et le chacun pour soi l’emportent sur l’esprit européen et la communauté de destin ? La Turquie, à qui l’on ferme les portes au nom des grands principes, a de quoi s’estimer victime d’un deux poids, deux mesures.

Cécile Chambraud et Marion Van Renterghem (Le Monde)

Voir aussi : Rubrique Europe, L’Europe en mode rigueur, rubrique France , rubrique Médias Main basse sur l’information rubrique Rencontre Amin Maalouf : l’occident peu fidèle, Edgar Morin, Mine G. Kirikkanat, rubrique Economie Frédéric Lordon les sorties de crise , La crise de la zone euro,

Les 20 ans de la réunification Allemande. Entretien avec Walter Momper maire de Berlin ouest en 1989

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Walter Momper était maire de Berlin (ouest) au moment de la chute du mur. Membre du Parti social-démocrate (SPD), il est actuellement président de la Chambre des députés (Abgeordnetenhaus) de Berlin, il a également occupé à partir de 1989 le poste de « bourgmestre régnant » de Berlin-Ouest au moment de l’ouverture du mur puis pendant le processus de la réunification de la ville, ce qui fait également de lui le premier maire de la capitale allemande réunifiée, fonction qu’il occupera jusqu’en 1991. C’est lui qui a eu à gérer les immenses mouvements de foules nés de ce grand événement historique et la photo de l’« homme à l’écharpe rouge » aux côtés du chancelier Helmut Kohl et du chef du gouvernement de la RDA Hans Modrow, à la porte de Brandebourg, a fait le tour du monde. Entretien à l’issue d’une conférence organisée par la Maison de Heidelberg à Montpellier.

La réunification est souvent assimilée à l’image de la chute du mur. L’événement ne prend-t-il pas le pas sur sa gestion politique ?

Certainement, cela marque l’importance de la dimension symbolique en politique, mais la chute du mur comporte aussi une dimension politique très importante. N’est ce pas une absurdité de l’histoire que d’emmurer une population?

Etiez-vous en relation avec l’opposition en RDA dans les mois qui ont précédé le 9 novembre ?

Pas personnellement, mais j’étais en relation avec des membres de mon parti qui avaient ouvert le dialogue avec les représentants porteurs des conceptions sociales démocrates en RDA. L’objet des discussions portaient sur le programme des réformes. Nos collègues de l’Est manquaient un peu d’expérience. Ils n’avaient pas de vision globale en matière d’économie.

Y avait-il à l’Ouest une vision qui fasse consensus sur la réunification au sein de la classe politique allemande ?

Le débat concernait l’évolution des réformes mais l’option de la réunification n’était pas sérieusement envisagée chez les politiques. En ce sens on peut dire que le peuple a véritablement pris le pouvoir. En RFA, l’opinion publique était partagée avec un clivage assez net entre les jeunes qui avaient du mal à chambouler leur vision des deux Allemagnes et les anciens qui avaient connu le pays avant la construction du mur. Finalement la pression du réel est venue de l’Est. Je connais la théorie qui avance que la réunification a été poussée par la volonté de grands groupes industriels. Cela ne s’est pas passé ainsi ; Kohl était très prudent. Le Chancelier a avancé à pas de velours. Et l’industrie, qui se battait pour conquérir des marchés bien plus vastes, était assez peu intéressée par celui de la RDA qui comptait 17 millions d’habitants.

Quel regard portez-vous sur la gestion politique de Kohl ?

Le chancelier avait les donnés économiques du coût de la réunification. Mais c’était un vieux renard. Il s’est gardé de dire que l’unité devait se payer. Il a annoncé qu’il n’augmenterait pas les impôts. C’est ainsi qu’il a pu gagner les élections.

Vingt ans après la réunification, il reste toujours des pierres d’achoppement à surmonter. Où voyez-vous les principaux défis ?

Il faut poursuivre les efforts pour faire de l’Etat Est une économie performante. Le taux de chômage y est toujours supérieur de 10 à 15% par rapport à l’Ouest. Il faut investir et restructurer le tissu des PME. L’autre défi concerne la dimension mentale. Depuis la réunification, la réalité de l’Etat providence n’existe plus. C’est important de partager la même base pour faire évoluer la société démocratique.

A vos yeux, quelles sont les valeurs apportées par la population de RDA ?

Ils nous ont apporté un peu de leur histoire en montrant comment résister à une dictature absolue. Comment on peut rester honnête. Cela à travers une révolution pacifique qui est parvenue à transcender le système et qui fait désormais partie de l’histoire Allemande.

Vous présidez le Parlement de Berlin à la tête d’une coalition avec Die Linke. Le parti de la gauche allemande a-t-il plus de points communs avec le SPD qu’avec le FDP ?

Oui, nos affinités sont plus fortes avec la gauche qu’avec les libéraux. Le SPD s’oriente vers une coalition Verts et rouge.

La France prône une gouvernance renforcée face à la crise de l’Euro. Partagez-vous ce point de vue ?

Il nous manque une politique coordonnée du groupe Allemagne – France – Italie. Je souhaiterais que les Britanniques nous rejoignent mais c’est plus difficile.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

SPD parti des sociaux démocrates allemands

Commentaire

Le SPD un pas à gauche

Les relations franco- allemandes seront à l’affiche demain. On attend Angela Merkel et Nicolas Sarkozy posant main dans la main tout sourire à l’occasion d’un sommet bilatéral qui tente de colmater les brèches face à la crise de l’Euro. Sur le fond deux visions s’opposent, entre la France qui défend l’instauration d’un gouvernement économique dans une UE plus interventionniste, et l’Allemagne pour qui la BCE doit être uniquement un régulateur économique et monétaire.

Sur sur le terrain de  la politique intérieure, les effets sociaux de la crises sont déjà considérables. Ils pourraient dans un avenir proche, devenir insurmontable pour les tenants du libéralisme au pouvoir dans les deux pays.

En France, l’UMP ne tient plus le centre. En Allemagne avec 23% des voix le parti des sociaux démocrates a perdu un tiers de ses élus lors des élections fédérales de 2009 au profit du parti antilibéral Die Linke.

La participation du SDP à la grande coalition menée par Angela Merkel (CDU) , a permis au parti de gauche allemand de s’établir avec 11,9% lors des élections fédérales. Il est passé à 22% dans certains lands de l’ex Allemagne de l’Est.

Fondé en 1875, le SPD est le plus ancien parti socialiste d’Europe. Il  se retrouve aujourd’hui devant une de ses contradictions historiques entre son programme de gauche est une politique beaucoup moins radicale. Une alliance SPD Verts Rouge parait viable. La dégradation des indicateurs sociaux aidant, il semble que les sociaux démocrate allemands s’orientent dans cette direction. La question pourrait se poser à peut près dans les mêmes termes au centre de l’échiquier politique français à l’horizon 2012.

JMDH

Voir aussi : Rubrique Allemagne Histoire entretien avec Markus Meckel Politique Election législative en Allemagne  Rubrique UE Les Européens protestent contre les mesures d’austérités, Merkel Sarkozy arroseurs arrosés, Sous pression l’UE répond aux marchés,

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy parleront euro le 10 décembre

La France et l’Allemagne évoqueront la crise de l’euro lors d’un sommet bilatéral prévu le 10 décembre, une semaine avant un Conseil européen régulier, a déclaré vendredi un porte-parole du gouvernement allemand.

sarko-merkelIl n’y a en revanche aucun projet de sommet de l’Union européenne spécialement consacré à la crise de l’euro ce week-end, a ajouté Steffen Seibert. Une source gouvernementale française confirme à Paris que la chancelière Angela Merkel et le président Nicolas Sarkozy parleront « évidemment » à Fribourg des questions financières et de la situation de la zone euro. « Mais il n’y a pas de choses très spécifiques à ce stade » ajoute cette source, selon laquelle « la situation est en train de s’améliorer ».

L’Union européenne s’est accordée dimanche dernier sur un train de mesures pour enrayer la crise de la dette irlandaise et éviter sa contagion au reste de la zone euro, près de sept mois après avoir dû intervenir pour sauver la Grèce de la faillite. Les Vingt-Sept sont aussi convenus de pérenniser, après 2013, le mécanisme de gestion de crise mis en place à la suite de la crise de la dette grecque.

Ces décisions n’ont pas paru suffire, au début de la semaine, à rassurer les marchés. Les places européennes ont cependant clôturé jeudi en forte hausse, après des déclarations rassurantes du président de la Banque centrale européenne (BCE). Jean-Claude Trichet, que le président Nicolas Sarkozy devait recevoir vendredi en fin d’après-midi à l’Elysée avant de partir pour l’Inde, a réaffirmé vendredi matin qu’il n’y avait « pas de crise de l’euro en tant que monnaie ».

Steffen Seibert a pour sa part déclaré qu’il n’y avait ni projet « ni envie » de mettre en place une politique budgétaire commune dans la zone euro. Il a cependant souligné que des réformes étaient en préparation en vue d’une coopération plus étroite entre pays membres en matière de politique économique.

Interrogé sur le Portugal, considéré comme étant potentiellement le prochain pays à devoir solliciter une aide internationale, il a déclaré qu’il revenait à Lisbonne d’en décider le cas échéant.

Reuter

Voir aussi : rubrique Finance Crise rubrique On Line Journée d’action contre le sommet franco-allemand

La dernière fuite de WikiLeaks fait péter un câble à Washington

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Photo. AFP

Que serait la diplomatie si elle se déroulait en public ? Voici la réponse à la question, posée ce week-end par le journaliste américain Jeff Jarvis : le site WikiLeaks a commencé à publier hier un ensemble de plus de 250 000 télégrammes rédigés ces dernières années par le ministère américain des Affaires étrangères et son réseau d’ambassades dans le monde. La plupart de ces documents couvrent la période entre 2004 et mars 2010. Ils fourmillent de détails sur tous les dossiers stratégiques du jour.

L’iran, «état fasciste». Parmi ce nouveau torrent de documents, un câble daté du 16 septembre 2009 rapporte, comme si on y était, un entretien du secrétaire d’Etat adjoint, l’Américain Philip Gordon, avec le conseiller diplomatique de l’Elysée, Jean-David Levitte et quelques autres conseillers. Au sujet de la Russie, l’un des diplomates français, Roland Galharague, affirme : «La racine du problème, c’est le régime.» Loin des courbettes habituellement réservées au duo Poutine-Medvedev, le conseiller de l’Elysée chargé de la Russie, Damien Loras, renchérit : «Les dirigeants russes manquent de vision suffisante à long terme pour leur pays et, au lieu de cela, se concentrent sur un horizon à six mois et sur leurs intérêts commerciaux», rapporte le télégramme. D’ici quatre ou cinq ans, «la Russie ne pourra plus subvenir à la demande européenne» en matière d’énergie, met en garde le même Damien Loras : cela risque de donner à la Russie «encore plus de possibilités d’influence sur une Europe qui ne s’est pas préparée à diversifier son approvisionnement énergétique». Toujours au cours de cet entretien, Jean-David Levitte qualifie l’Iran «d’Etat fasciste» et le président vénézuélien, Hugo Chávez, de «fou». «Il est en train de transformer l’un des pays les plus riches d’Amérique latine en un nouveau Zimbabwe», explique le conseiller diplomatique de Sarkozy à ses hôtes américains.

Le monde entier en prend pour son grade avec cette nouvelle avalanche de documents. Selon un télégramme, Nicolas Sarkozy est «un roi nu». L’ambassade américaine à Paris en rajoute : «Il est susceptible et a un style personnel autoritaire.»

A propos de la chancelière allemande, Angela Merkel, on lit qu’elle «évite les risques et est rarement créative». Au sujet des deux Corées, au cœur des préoccupations mondiales ces jours-ci, des télégrammes montrent que les Sud-Coréens ont proposé d’offrir des «incitations commerciales à la Chine» pour qu’elle se rende à l’idée d’une réunification de la péninsule. Le troc est bien une méthode courante de la diplomatie américaine rappellent d’ailleurs ces documents : la Slovénie s’est vue demander d’accueillir un prisonnier de Guantánamo en échange d’une entrevue avec le président Obama. La Belgique s’est entendue suggérer qu’accueillir des prisonniers de la base militaire serait, pour elle, «un moyen à moindre coût de jouer un rôle de premier ordre en Europe».

La Chine, enfin, est montrée du doigt à de nombreuses reprises. Un document affirme que le Bureau politique du Parti communiste est directement à l’origine des attaques contre Google en Chine. Depuis 2002, des agents recrutés par le gouvernement chinois s’efforceraient aussi de pénétrer dans les ordinateurs du gouvernement américains et de ses alliés occidentaux.

«Protection». Les documents dont WikiLeaks est en possession «abordent une immense gamme de sujets très sensibles», a reconnu Elizabeth King, secrétaire adjointe à la Défense. Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat, a appelé en personne ses homologues allemand, français, chinois, afghan, saoudien et émirati pour tenter d’amortir le choc. D’autres diplomates américains se sont chargés de prévenir l’Australie, la Grande-Bretagne, le Canada, le Danemark, la Norvège et Israël. «A la différence des opinions publiques, les Etats ne seront pas tellement surpris d’apprendre ce que les Américains pensent d’eux», prédit Justin Vaïsse, directeur de recherches sur la politique étrangère américaine et l’Europe à la Brookings Institution. Mais ces documents peuvent être aussi révélateurs des «initiatives de certains pays européens sur l’Afghanistan ou l’Iran». Cette publication va «mettre en danger les vies d’innombrables innocents», a protesté l’administration Obama, comme elle l’avait déjà fait en juillet et en octobre, quand WikiLeaks avait mis en ligne des documents sur les guerres d’Afghanistan et d’Irak. Ces notes «ont été fournies en violation de la législation américaine et sans considération pour les graves conséquences de cette action», souligne le conseiller juridique du département d’Etat, Harold Koh, dans une lettre au fondateur de WikiLeaks, Julian Assange. Passé le moment de bonheur qu’auront les journalistes du monde entier à publier les extraits les plus cinglants, ces fuites risquent d’être «dommageables» redoute aussi Justin Vaïsse : «Elles vont conduire à accroître la protection des informations, à des destructions de documents et à un renfermement des diplomates sur eux. Au final, elles vont rendre la vie internationale moins transparente et plus secrète.»

Lorainne Millot

Correspondante à Washington pour Libération

Voir aussi Rubrique Médias 400 000 documents secrets sur la guerre en l’Irak,

Sur le chemin d’un droit de l’homme oublié

Soins palliatifs. Photo archive Rédouane Anfoussi

La journée mondiale des soins palliatifs est une journée qui promeut et soutient les soins palliatifs en vue de les rendre plus accessibles. Elle avait lieu cette année le 11 octobre mais pour des raisons d’organisation elle s’est tenue hier à Montpellier.

Les équipes mobile et d’hospitalisation du CHRU, le réseau Spheres créé en 2001 à l’initiative d’acteurs de la santé, et des associations d’accompagnement se tenaient à disposition dans les halls des hôpitaux Gui de Chauliac, Lapeyronie et Arnaud de Villeneuve, pour évoquer les caractéristiques de leur pratique.

« Soins palliatifs ne signifie pas systématiquement phase terminale, souligne le président de ASP-MH, Jean-Claude Uguen, ce peut être un accompagnement temporaire d’une maladie grave avant un retour à domicile. » Toutes les associations ont recours à des bénévoles et recherchent des vocations mais la pratique ne s’improvise pas.  » Il y a un turn over important, précise une responsable de l’association Intervalle, ce qui nous pousse à sensibiliser en permanence. Lorsque les gens sont intéressés nous assurons une formation initiale de neuf mois qui tourne autour de notre propre relation à la mort, de l’écoute et de la présence. C’est incontournable pour gérer ce genre de situation.

 » L’association Tonglen dispense également des formations en direction du corps médical.  » Il y a une forte demande. Nous avons débuté les formations à Montpellier après les avoir développées à Marseille et à Nantes, explique Jackie Bardot, la détresse existe également dans le corps médical qui doit faire face à beaucoup de tensions. Ce n’est pas toujours simple de gérer les morts de la journée et de rentrer indemne chez soi. « 

L’accompagnement répond aussi aux besoins des familles qui peuvent trouver un espace de parole. « Nous intervenons dans le cadre de conventions avec un accord total du personnel soignant, précise Marie Claire Roiron de l’association Crersi, notre rôle est complémentaire. »

Le fait que cette journée se tienne dans les hôpitaux visait notamment à concerner le personnel soignant assez peu présent sur les stands hier. A l’heure de la concurrence et du paiement à l’acte, le chemin semble encore long pour une prise en charge commune des personnes en fin de vie.

De l’unité de soin au débat sur l’euthanasie  une question de civilisation

70% des français meurent aujourd’hui dans les hôpitaux et 1% seulement en soins palliatifs. Ce que reflète la situation dans le Languedoc-Roussillon qui dispose de six lits pour toute la région. Cette unité paraît exemplaire comparée à la majorité des situations, même si certaines initiatives se développent, dans les cliniques privées, les maisons de retraites ainsi qu’à domicile.

Son fonctionnement est commun. Il repose sur l’organisation d’une équipe regroupant médecins, personnels soignants et bénévoles qui travaillent dans la complémentarité et le respect. Avec la particularité de quitter la logique du toujours plus pour mieux prendre soin de l’humanité dans un moment essentiel de la vie.

La vocation des soins palliatifs n’est pas d’aider les gens à mourir mais d’aider les malades à vivre de la manière la plus confortable possible avec leur maladie. Dans la plupart des cas, il s’agit de soulager la douleur avec un traitement adapté, de comprendre surtout que la souffrance n’est pas seulement physique mais aussi psychique, sociale, et spirituelle (aconfessionnelle).

Un positionnement pas toujours facile à faire admettre car la médecine s’est toujours intéressée au corps objet plus qu’au corps vécu. Interrogé sur la conviction qui l’a poussé à rejoindre l’équipe mobile de soins palliatifs, le médecin Jean-Pierre Benezech affirme qu’il arrive un temps où les limites de la science posent la question de l’accompagnement dans la qualité plutôt que dans la quantité. Problème économique, éthique, comme celui de la dépénalisation de l’euthanasie aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg.

Ce même médecin redoute le débat ouvert en France par les Verts et le PS sur la fin de vie. Ce n’est pas une liberté de plus, affirme-t-il.  » Il faut réaliser que l’on favorise ainsi des démarches d’isolement d’humains. Pour Jean-Pierre Benezech cette démarche répond à une logique capitaliste  » Les gens qui ne servent à rien on les dégage. Dire que la mort est une solution à l’échelle d’une société c’est très grave en matière de civilisation. « 

Tandis qu’on laisse s’enfermer les gens en fin de vie dans leur isolement on pourrait bientôt leur demander : qui veut mourir ?

Jean-Marie Dinh

 

 

Voir aussi Rubrique Santé Guerre mortelle aux kilos superflus, Entretien avec Patrick Pelloux, On line, D’autres scandales sanitaires