Philippe Poutou élu candidat du NPA pour 2012

Philippe Poutou, ouvrier dans l’automobile, a été élu samedi soir candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) pour la présidentielle de 2012, par 53% des délégués réunis à Nanterre en conférence nationale, succédant ainsi à Olivier Besancenot.

Selon le décompte final, 122 délégués ont voté pour sa candidature, 50 contre, il y a eu 11 abstentions et 47 personnes n’ont pas pris part au vote, donnant un score de 53% sur le total des délégués et de 66,67% des exprimés.

Ouvrier de l’usine automobile Ford de Blanquefort (Gironde), où il est syndicaliste CGT, M. Poutou a déjà été tête de liste du NPA aux élections régionales en Aquitaine (2,52%) mais aussi aux législatives de 2007 (2,7%) en Gironde sous l’étiquette de la Ligue communiste révolutionnaire (devenue NPA).

En début de semaine, la commission de candidatures du NPA s’était « majoritairement prononcée » pour Philippe Poutou pour remplacer Olivier Besancenot qui s’est retiré début mai après avoir représenté deux fois la LCR, en 2002 (4,25%) et 2007 (4,08%).

Réunis à l’université de Nanterre en conférence nationale, sorte de mini-congrès, les délégués ont donc confirmé, après des débats longs et parfois tendus, la candidature de M. Poutou.

A la tribune, plusieurs militants se sont toutefois demandé pourquoi aucune des deux femmes porte-parole, Christine Poupin ou Myriam Martin, n’avait été désignée.

Un vote serré dans une ambiance de division. Les délégués ont en effet confirmé le vote des congrès locaux, coupant quasiment en deux le NPA : 50,4% des militants soutenant la ligne « identitaire », contre 40,1% favorables à des discussions avec le reste de la gauche radicale dont le Front de gauche (FG), pour l’après-2012.

Le premier texte était soutenu notamment par Mme Poupin, MM. Besancenot et Poutou, le deuxième étant porté par Myriam Martin et Pierre-François Grond.

AFP

Montpellier classique lyrique : Une programmation de saison à six mains

Jean-Paul Scarpitta : "L’art musical est un art de vivre". Photo Guillaume Bonnefont.

Jean-Paul Scarpitta préside désormais à la destinée artistique de l’Opéra et de l’Orchestre national de Montpellier.  C’est sous le signe de l’amour de l’art musical comme art de vivre qu’il a dévoilé hier le contenu de la saison 2011-12.

La réunion qui avait lieu dans la salle Einstein du Corum emplie d’abonnés, n’avait de la conférence de presse annoncée que le nom. Car ni le dossier, ni la proximité n’ont permis aux représentants de la presse locale d’exercer correctement leur métier. Ce qui pourrait  apparaître aux lecteurs comme un détail n’en est pas un. Le fait participe d’un processus plus général en cours chez les décideurs, qui organisent dans le fond et la forme une mutation entre le statut de journaliste et celui de communicant. Un vieux débat toujours d’actualité.

Est-ce que la culture dénature l’homme ?

Faut-il rappeler que la  présentation d’une saison culturelle demeure un moment privilégié, souvent  unique, où il est possible d’aborder les questions de structure ? A ceux qui opposeraient que le public ne porte d’intérêt qu’à la liste de spectacles qu’on lui propose en enfilade, on objectera que les journalistes travaillent moins pour le public que pour les citoyens. Par ailleurs, les spectacles sont régulièrement couverts par la presse tout au long de l’année.

Citant le sujet de philo du bac, « Est-ce que la culture dénature l’homme », comme piste de réflexion, le président de région Christian Bourquin a rappelé hier, que la valeur ajoutée d’une politique culturelle tenait « dans sa capacité de faire la différence. » C’est également de sa bouche qu’un hommage a été rendu à René Koering qui a appris mardi par la presse la nomination de son successeur Jean-Pierre Le Pavec* à la tête du festival de Radio France.

Une saison de transition

Il paraît prématuré de discerner la teinte qu’apportera Jean-Paul Scarpitta à la programmation. La  saison 2011-12 de l’Opéra  et de l’Orchestre est avant tout une période de transition. Les divergences qui se sont fait jour entre les différents protagonistes artistiques ont abouti à une programmation à six mains. René Koering en signe la première partie jusqu’à la fin 2012 avec l’accueil du conte lyrique Rusalka de Dvorak en octobre, L’Arbore Di Diana en novembre ; un drame sur la liberté de mœurs créé par le compositeur espagnol Vicente Martín y Soler à la fin du XVIIIe. Le règne Koering  se conclut par une Belle Hélène avec la complicité d’Hervé Niquet à la direction musicale et une mise en scène chocolatée de Shirley et Dino. La programmation symphonique revient dans une large mesure à  Lawrence Foster qui assure depuis 2009 la direction musicale de l’Orchestre et de l’Opéra, et serait sur le départ. Le chef américain, dirigera en janvier, Nuit dans les jardins d’Espagne et Le Tricorne de De Falla en janvier, Poème pour violon et orch opus 25 de Chausson et la valse de Ravel  en avril, Double concerto pour violon et violoncelle de Milklos Rosza et Les sept péchés capitaux de Kurt Weill  en mai.

Jean-Paul Scarpitta prend glorieusement la main, en mars, avec Electra de R. Srauss dans une mise en scène angoissante de Jean-Yves Courrègelongue. Le même mois suit la première mondiale de l’opéra de Philip Glass Einstein on the Beach en présence des deux autres créateurs Robert Wilson, et Lucinda. Après Montpellier, l’œuvre qui n’a pas été donnée depuis trente ans  partira pour une grande tournée mondiale. Le même souci de visibilité pointe avec une nouvelle production  des Noces de Figaro mise en scène par le directeur avec des costumes de Jean-Paul Gaultier. L’incontournable baguette de Riccardo Muti devrait être aussi de passage en janvier…

Jean-Marie Dinh

*A l’origine du réputé Festival de Saint-Denis Jean-Pierre Le Pavec a été délégué général de l’Opéra Bastille avant de rejoindre Radio France. Il prendra la direction du festival de Radio-France le 1er septembre.

Voir aussi : Rubrique Musique, La belle dernière de Koering,  rubrique  Médias , rubrique Rencontre Ignaciao Ramonet l’info ne circule plus à sens unique, rubrique Politique culturelle, Crise : l’effet domino,

Les engagements de Mélenchon

Les communistes ont fait samedi le choix que leur dictait la raison. En adoubant Jean-Luc Mélenchon, ils ont placé sur orbite le meilleur candidat pour la mouvance à laquelle ils appartiennent. Ce n’est pas là un jugement de valeur désobligeant pour ses concurrents, c’est prendre acte d’une réalité : Mélenchon est celui qui a su entrer dans cet univers médiatique hors duquel rien ne sera possible tant que l’élection présidentielle occupera la place délirante que lui confèrent les institutions de la Ve République. On peut toujours rêver d’une « dépersonnalisation » du débat politique, ce n’est manifestement pas pour demain. À partir de ce constat, deux attitudes sont possibles. On peut se retirer sur son Aventin en refusant la moindre concession au système, et en pariant sur le fait que, de toute façon, ce n’est pas dans cette compétition électorale que se joue le destin des peuples. C’est, semble-t-il, l’option majoritaire au sein du NPA.

L’influence des révolutions arabes et,?en Europe, le mouvement des « indignés » donnent à ce discours une certaine crédibilité. L’autre attitude est celle d’Europe Écologie-Les Verts (EELV). Le parti écologiste a choisi des personnalités d’abord connues pour être médiatiques avant d’être politiques. Pour résumer : Nicolas Hulot se politise quand Jean-Luc Mélenchon se médiatise. Chacun se hasardant sur le chemin qui n’est pas naturellement le sien. Quand on est de gauche et qu’on n’est pas, comme Hulot, enfant du système, il faut pour parvenir jusqu’aux plateaux de télévision jouer un jeu dangereux en territoire souvent hostile.

Jusqu’à maintenant, Mélenchon s’est plutôt bien sorti de ce piège. Il a parfois trébuché — et nous l’avons dit sans aménité —, il lui est arrivé aussi d’abuser des coups de gueule et des provocations. Ce qui lui a valu d’être affublé par certains de cette stupide épithète de populiste. Mais il a finalement acquis une position à partir de laquelle il peut aujourd’hui faire entendre un discours social peu audible dans les grands médias. C’est de cette réalité que les militants communistes ont pris acte samedi. Aujourd’hui, tout commence. Mélenchon défend des valeurs sociales que nous partageons, comme en témoigne son analyse de la crise grecque. Mais, avec lui, nous avons eu aussi (ou nous avons encore) de nombreux désaccords sur des sujets qui nous inscrivent davantage dans le voisinage d’EELV : l’écologie, c’est une évidence, mais aussi une vision trop dogmatique de la « république » et de la sacro-sainte laïcité dont l’invocation intempestive peut être entendue comme une difficulté à admettre la diversité de notre peuple. Un verbe suranné aussi (Ah « la main de fer » exaltée dimanche soir à la télévision !). Ce qui cependant atteste une évolution positive, c’est la pluralité des courants du Front de gauche, dont certains émettent les mêmes critiques que nous. L’homme est ce qu’il est, mais il a su s’entourer de personnalités venues d’autres horizons politiques. On pense notamment à Martine Billard, qui vient des Verts. Enfin, Mélenchon lève dans l’entretien que nous publions deux hypothèques qui risquaient de peser lourdement sur sa campagne. Même s’il réalise un bon score — « à deux chiffres », comme il l’espère —, il n’utilisera pas sa position pour négocier un maroquin ministériel.

Quoi qu’il arrive, il n’ira pas dans un gouvernement socialiste.?Le Front de gauche se projette donc au-delà de la seule échéance présidentielle. L’autre hypothèque concerne l’avant premier tour. Mélenchon ne cédera pas à la pression du « vote utile », ni au spectre d’un nouveau « 21-Avril ». C’est aussi la question que lui pose Myriam Martin, figure montante du NPA. Ce qui le situe aux antipodes de la démarche préconisée par Daniel Cohn-Bendit. Ceux qui portent un jugement définitif sur le Parti socialiste trouveront là des motifs de satisfaction. Ce débat n’est évidemment pas clos. Les campagnes que mèneront les socialistes et les écologistes fourniront d’autres éléments d’appréciation. Mélenchon est convaincu que les socialistes français, quel que soit leur candidat, ne feront pas une autre politique que celle de Papandréou en Grèce et de Zapatero en Espagne. C’est-à-dire celle d’une alternance qui n’est jamais une alternative au néolibéralisme. Les discours et les programmes semblent pour l’instant lui donner raison. C’est une façon de retourner en direction des socialistes la question du 21-Avril : à eux d’apporter la preuve que Mélenchon se trompe, et que leur candidat romprait avec une politique de soumission au FMI, et avec celle des socialistes européens au pouvoir actuellement.

Nous avons nous aussi notre idée sur la question. Un « préjugé » instruit par l’histoire (au passage, la fidélité toujours proclamée à François Mitterrand, qui fut l’homme du ralliement au néolibéralisme, reste comme une contradiction dans le discours de Mélenchon). Cela ne nous empêchera pas d’observer les évolutions qui peuvent intervenir au cours de la campagne. Car il y a un paramètre que nous n’oublions jamais et qui peut réchauffer les discours les plus tièdes. C’est évidemment la crise, et la pression qu’un vaste mouvement social peut exercer demain sur les dirigeants européens. Autrement dit, ce que nous avons entendu de la bouche de Mélenchon et des dirigeants communistes est bon à entendre. Mais l’histoire réelle est encore à écrire. Et elle s’écrira dans une situation que tout le monde ignore.

Denis Sieffert (Politis)

Voir aussi : Rubrique Politique Mélenchon pour un Front de gauche des quartiers populaires,

La difficile émergence d’un « islam de France »

Les appels récurrents, à droite comme à gauche, pour faire émerger un « islam de France » sont-ils condamnés à demeurer des discours incantatoires ? Oui, si l’on s’en tient au bilan des diverses initiatives et institutions lancées par les pouvoirs publics ces dernières années, qu’il s’agisse de la représentation des musulmans, du financement des mosquées ou de la formation profane des cadres religieux.

Mohammed Moussaoui, qui sera reconduit dimanche 19 juin à la tête du Conseil français du culte musulman (CFCM), conserve les rênes d’une institution à la légitimité de plus en plus contestée sur le terrain. Cette instance « représentative », voulue par les gouvernements successifs depuis une vingtaine d’années, a été créée aux forceps en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, afin de promouvoir un « islam de France », que les responsables politiques souhaitaient implicitement « modéré ». Le CFCM, miné par les guerres intestines, est aujourd’hui maintenu à flot par la volonté de son successeur, également chargé des cultes.

En huit ans, le CFCM s’est certes imposé dans le paysage institutionnel, aux côtés des autres confessions. Mais, en matière de gestion du culte, et en dépit d’avancées au niveau régional, son bilan est proche de zéro. Surtout, le CFCM, censé faire cohabiter les diverses expressions de l’islam, a échoué à atténuer les luttes d’influence entre les organisations musulmanes proches des pays d’origine (Maroc et Algérie) ou de courants particuliers de l’islam (Union des organisations islamiques de France, UOIF).

Les élections du 5 juin ont donné lieu à des clivages jamais égalés. Deux des trois principales fédérations, celle de la Grande Mosquée de Paris et l’UOIF, ont boycotté le scrutin, et le CFCM a encore perdu en crédibilité.

Autre essai avorté : la rationalisation du financement des mosquées, que les pouvoirs publics auraient aimé voir sortir du giron étranger. Imaginé comme un outil de transparence, la Fondation des oeuvres de l’islam, installée en 2007, n’a pas su mobiliser les énergies musulmanes pour collecter et mutualiser des fonds.

Enfin, alors que l’émergence d’imams et de cadres religieux musulmans formés à la laïcité est une priorité des ministres de l’intérieur successifs, la formation emblématique de ce projet s’essouffle après seulement quatre ans d’activité. Soutenu par le gouvernement, un nouveau dispositif est prévu en octobre.

Ces ratés institutionnels n’empêchent pas l’islam de s’inscrire dans le paysage français. Sans l’aide du CFCM ou d’une quelconque Fondation, des mosquées sont construites sur tout le territoire, financées en grande partie par les fidèles et, dans certains cas, par des aides venues de l’étranger. Portées par des musulmans nés ou élevés en France, des initiatives émergent pour l’organisation du marché halal, la « lutte contre l’islamophobie » ou l’ouverture d’écoles coraniques dans les mosquées. C’est peut-être là, plus que dans les structures officielles, qu’il faudra bientôt chercher l' »islam de France ».

Editorial Le Monde 19/06/11

Voir aussi : Rubrique Religion

«La crise morale nous touche de l’intérieur»

Jacques Broda. Photo Simon Borysko

Jacques Broda un sociologue critique et provocateur.

Le sociologue Jacques Broda était invité à Montpellier par le Collectif éducation populaire et transformation sociale. L’enseignant chercheur est intervenu sur le thème d’une école qui résiste à la marchandisation. Il travaille depuis 20 ans sur la jeunesse dans le champ de la sociologie critique en s’impliquant sur le terrain.

Quelle définition donnez-vous à la jeunesse ?

« C’est une catégorie d’âge sur laquelle je porte un regard anthropologique. J’ai travaillé longtemps avec Armand Gatti avec qui je partage l’idée que nous sommes des sujets historiques. C’est ainsi que j’interroge la jeunesse. De quelle politique vient-elle ? Quelle politique fait-elle ou ne fait-elle pas ? Et quelle politique fera-t- elle ? Ce qui me pousse à considérer l’avenir avec une immense inquiétude.

L’école est-elle au centre de la problématique ?

L’école devrait être un lieu de résistance. Parce qu’il n’y a plus que l’école pour apprendre à penser et se rendre compte de ce qui se passe. Or l’école n’est pas l’école de la politique mais un lieu de dressage.

Vous êtes critique sur l’idée de démocratisation de l’école.

La démocratisation est un leurre. Bourdieu l’a analysée. L’inégalité scolaire redouble l’inégalité sociale. Je connais un jeune issu d’une famille de mineurs qui a dû emprunter  22 000 euros pour payer ses études de commerce. C’est la société qui a une dette envers lui et c’est lui qui doit en contracter une. Le problème est qu’il ne conteste pas. Une grande partie de la jeunesse s’adapte à la réalité sans se rendre compte qu’elle se met en difficulté et qu’elle met aussi en grande difficulté ses futurs enfants. Mais les jeunes ont beaucoup de mal à se projeter dans l’avenir.

Ne subissent-ils pas les effets d’une société qui ne leur laisse aucune place ?

Les jeunes sont des individus qui doivent s’investir dans le devenir politique et éthique. D’ailleurs tous les jeunes ne sont pas déresponsabilisés. Je suis admiratif d’une partie de la jeunesse dont personne ne parle qui est critique et a énormément de  courage. Ce sont les Antigone des temps modernes. Certaines font trois jours en un. Elles sont à la fois pilier au sein de leur famille, travaillent au Mac D’o et suivent leur études et les réussissent.

S’agit-il de jeunes issus de l’immigration ?

Pour la plupart oui. Mais pas seulement, Je connais aussi des fils de bourges qui refusent que leur parents leur payent une voiture parce qu’ils ont une certaine éthique. Je pense qu’il faut encourager cette forme de résistance spirituelle.

La religion y tient-elle une place ?

Les rares étudiants avec qui je peux dialoguer des valeurs sont ceux qui ont une éducation religieuse. Je sais qu’en tant que communiste, mes propos peuvent paraître provocateurs. Les formes de religions universalistes moderne ont laissé des dépôts. Je crois que le marxisme s’est trompé sur la religion. Il n’a pas compris qu’à l’intérieur des religions se niche une base morale.

Comment situez-vous la crise morale par rapport à la crise sociale ?

Elle est plus importante parce qu’elle touche les individus de l’intérieur. Pour avancer sur le social il faut des bases morales.

Comment concernez-vous les classes moyennes dans votre rapport à la lutte des classes ?

Je suis partisan du concept d’une alliance sur la base de l’émancipation des marchés financiers. Les classes moyennes n’ont aucun intérêt à vivre dans un monde barbare. La majorité de la population est en demande d’humanité, de tolérance, et de service public. La classe moyenne a tout à gagner à évoluer dans un monde civilisé.

Recueilli Par Jean-Marie Dinh

Voir aussi : Rubrique Education, Ecole : revenir à l’essentiel, rubrique Sciences Humaines, rubrique Rencontre, Rubrique Religion