Une série d’attentats marque l’ouverture du scrutin à Bagdad

irakelections1Plusieurs obus de mortier ont été tirés et au moins sept bombes ont explosé à Bagdad et Baqouba, dimanche 7 mars, à l’ouverture des bureaux de vote pour les deuxièmes élections législatives de l’après Saddam. Un premier bilan fait état de 12 morts. Le scrutin est entouré de mesures de sécurité exceptionnelles pour empêcher des attentats d’Al-Qaida, qui a menacé de tout faire pour troubler la tenue d’un scrutin jugé crucial pour l’avenir du pays. Dix obus de mortier ont été tirés à Bagdad, dont quatre contre la zone qui abrite les institutions gouvernementales et les ambassades américaine et britannique, a précisé cette source, sans faire état de victime. Deux bombes ont également explosé dans deux autres quartiers de la capitale alors que cinq autres ont retenti quasi-simultanément à proximité de bureaux de vote sans faire de victimes, selon des sources policière et militaire.

Environ 19 millions d’Irakiens doivent se rendre dans les centres de vote des 18 provinces, qui constituent autant de circonscriptions, pour élire les 325 députés de leur parlement lors d’un scrutin jugé crucial pour l’avenir du pays. Les bureaux de vote fermeront à 17 heures (15 heures à Paris). Ces élections interviennent à six mois du retrait des troupes de combat américaines, en août, qui ouvrira la voie au désengagement total de l’armée fin 2011 après neuf ans d’occupation. Contrairement au premières élections législatives de 2005, les troupes américaines ne participent pas à la protections des urnes.

Le Premier ministre chiite sortant Nouri al-Maliki et son rival laïc Iyad Allawi font figure de favoris mais devront affronter une coalition de partis religieux chiites particulièrement puissante dans le sud du pays. Au nord, dans le Kurdistan autonome* irakien, les deux partis historiques -le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani et l’Union patriotique du Kurdistan de Jalal Talabani- sont pour la première fois concurrencés dans un scrutin national par un parti de dissidents, Goran (changement en kurde). Pour tenter de parer aux violences, un dispositif de sécurité exceptionnel a été mis en place. Uniquement à Bagdad, 200.000 policiers et soldats seront déployés, alors que la circulation automobile sera interdite dans l’ensemble des villes.

AFP

* Repères Kurdistan irakien : Mai 1992 Premières élections législatives au Kurdistan irakien, qui a obtenu une autonomie partielle après la guerre du Golfe de 1991. Le Parti démocratique du Kurdistan et l’Union patriotique du Kurdistan se partagent le pouvoir. Mars 2003 Invasion de l’Irak par l’armée américaine. La loi sur la période de transition entre en vigueur le 28 juin 2004 et reconnaît officiellement l’autonomie du gouvernement régional du Kurdistan. La Constitution irakienne en fait autant en 2005. Janvier 2005 L’Alliance démocratique et patriotique du Kurdistan de Jalal Talabani et Massoud Barzani remportent 104 des 111 sièges de l’Assemblée nationale kurde. M. Barzani est désigné président pour quatre ans.

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Polanski interdit de Berlinale mais primé, l’Ours d’or à un film turc

FILM-CANNES/Son fantôme aura plané jusqu’à la fin sur la 60e Berlinale: Roman Polanski, assigné à résidence en Suisse, a reçu l’Ours d’argent du meilleur réalisateur samedi soir, tandis que le film turc bucolique « Miel », était couronné de l’Ours d’or.

« Je suis sûr que Roman sera très heureux », a lancé le coproducteur de Polanski, Alain Sarde. « Je déplore qu’il ne soit pas avec nous ce soir, mais il m’avait dit qu’il ne viendrait pas de toute façon, car la dernière fois qu’il est allé à un festival, il s’est retrouvé en prison », a-t-il ironisé. Arrêté le 26 septembre en arrivant à Zurich, où il était invité au festival de cinéma, Polanski est depuis assigné à résidence dans son chalet de Gstaad, en attente d’une éventuelle extradition vers les Etats-Unis. La justice américaine le recherche pour des « relations sexuelles illégales » avec une mineure en 1977.

« Le plus controversé » du palmarès, ce prix « pourrait être interprété comme un signe de solidarité envers le cinéaste », estimait dès samedi soir l’édition en ligne du magazine spécialisé américain Hollywood Reporter. L’auteur du « Pianiste » (trois Oscars, dont celui du meilleur réalisateur en 2003), était l’un des favoris du festival avec son thriller « The ghost writer », tiré d’un roman de Robert Harris. Ewan McGregor y campe le « nègre » littéraire d’un ex-Premier ministre britannique inspiré par Tony Blair et interprété par Pierce Brosnan.

Polanski a éclipsé l’Ours d’or 2010, décerné à un film turc pour la première fois depuis 1964 où « L’Été sans eau » d’Ismaïl Metin avait été sacré. « Miel », portrait d’un enfant initié aux mystères de la nature par un père apiculteur, réalisé par Semih Kaplanoglu, âgé de 46 ans. « Il est clair que les ours aiment le miel ! », s’est exclamé ce dernier en recevant son prix des mains du cinéaste allemand Werner Herzog, président du jury.

« Nous avons tourné dans une région extraordinaire, avec de magnifiques paysages (qui) risquent d’être détruits parce que des centrales électriques vont y être construites », a-t-il expliqué. « J’espère que ce prix contribuera à protéger l’environnement là-bas ». Tourné près des côtes de la mer Noire dans le sud-est du Caucase, « Miel » suit Yusuf, joué par Boras Altas, sept ans, un gamin introverti qui dans un rêve prémonitoire, voit la mort de son père, apiculteur dans la forêt. « Miel » (« Bal ») complète une trilogie autobiographique débutée avec « Oeuf » (« Yumurta », 2007) et « Lait » (« Sut »), où Semih Kaplanoglu explore la relation mystique entre les êtres humains et la nature.

Absente de Berlin, la Japonaise Shinobu Terajima, âgée de 37 ans, a remporté l’Ours d’argent de la meilleure actrice pour son rôle d’épouse martyre d’un soldat atrocement mutilé dans « Caterpillar » de Koji Wakamatsu. « J’espère que nous vivrons un jour un monde sans guerre », a-t-elle déclaré dans un e-mail. De leur côté, les Russes Grigori Dobrygin, 23 ans et Serguei Pouskepalis, 43 ans, ont remporté ex-aequo l’Ours d’argent du meilleur acteur dans « How I ended this summer », un thriller arctique d’Alexei Popogrebsky. Ce film où la rivalité entre deux météorologues rongés par la solitude sur une île perdue de l’Arctique tourne au duel à mort, a aussi vu sa photo primée. Le portrait d’un délinquant en maison de correction, « Si je veux siffler, je siffle », du Roumain Florin Serban, a reçu le Grand prix du jury et le prix Alfred Bauer, qui récompense une oeuvre innovante. Vingt longs métrages étaient en lice cette année dans une sélection qui à l’instar de l’édition 2009 — qui avait couronné le péruvien « Fausta » (La teta asustada) de Claudia Llosa — était plutôt terne.

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Scandale politico-financier en Indonésie: le président en difficulté

susilo-bambang-yudhoyonoLe président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono a été désavoué mercredi par le parlement qui a approuvé des poursuites judiciaires contre son vice-président et sa ministre des Finances, mis en cause dans le sauvetage controversé d’une banque locale. Après des mois de débats, une majorité de 325 députés, dont ceux de deux partis de la coalition gouvernementale, ont voté mercredi soir pour qu’une enquête judiciaire soit diligentée contre le vice-président Boediono et la ministre des Finances Sri Mulyani Indrawati. Considérés comme les membres les plus réformistes du gouvernement, ils sont mis en cause pour abus de pouvoir et irrégularités dans l’affaire de Century Bank, une banque de taille modeste sauvée de la faillite fin 2008, en pleine crise financière mondiale, par l’intervention de l’Etat. Ce dernier y a injecté au total plus de 700 millions de dollars, soit dix fois plus qu’initialement prévu.

M. Yudhoyono a défendu l’action de M. Boediono, gouverneur de la banque centrale à l’époque, et de sa ministre en affirmant que le sauvetage était indispensable pour éviter un effet domino dans le secteur bancaire indonésien, qui aurait pu provoquer la panique des investisseurs. Pour de nombreux experts, l’affaire Century Bank a été orchestrée pour affaiblir les partisans des réformes et de la lutte anti-corruption, qui inquiètent les tenants de l’ordre établi dans l’un des pays les plus corrompus d’Asie. M. Yudhoyono pourrait être contraint de choisir entre sa coalition et les deux membres de son gouvernement, estime Pande Raja Silalahi, commentateur politique. « Cette coalition menace de se désintégrer quatre mois seulement après le début du second mandat présidentiel », note-t-il. Si les tensions actuelles débouchaient sur une crise politique, la réputation de l’Indonésie, considérée comme l’un des pays d’Asie les plus prometteurs aux yeux des investisseurs étrangers, en patirait.

AFP

Commentaire :  Susilo Bambang Yudhoyono est président de la République d’Indonésie depuis octobre 2004, et le premier à être élu au suffrage universel direct. Son vice-président est Muhammad Jusuf Kalla, du Golkar, parti de l’ancien président Soeharto. Yudhoyono est membre du Parti démocrate. Le 20 septembre 2004, Susilo Bambang Yudhoyono a obtenu 61 % des voix au deuxième tour face à la présidente sortante Megawati Soekarnoputri. Un mois plus tard, il a prêté serment devant le parlement à Jakarta et son mandat de cinq ans a officiellement débuté. Il a prononcé le texte suivant :

« Au nom de Dieu, je jure de remplir mes obligations de président de la République de l’Indonésie de manière aussi complète et juste que possible. […] Je respecterai à la lettre la Constitution, appliquerai les lois de la façon la plus honnête possible et me dédierai au pays et à la nation »…

Le commissaire européen Barnier rassure les fonds spéculatifs

En visite mardi à Londres, le Français, chargé des services financiers à Bruxelles, s’est dit «à l’écoute» des gestionnaires de hedge funds, inquiets des projets de réforme de la régulation financière européenne.

barnier1Opération calinothérapie. Le commissaire européen chargé des services financiers, Michel Barnier, a cherché mardi à rassurer les gestionnaires de fonds spéculatifs (les fameux hedge funds) et de fonds d’investissement dans les entreprises non-cotées, au deuxième jour d’une visite à Londres. «Mon principal objectif, c’est de vous écouter», a déclaré le Français au cours d’une réunion avec des représentants du secteur. Le commissaire européen, qui s’est dit conscient que les projets de réforme de la régulation financière européenne étaient une source d’inquiétude pour la City, a souligné qu’il fallait réformer le secteur financier sans «réguler pour le plaisir de réguler». Autrement dit, favorable à une «régulation intelligente et efficace».

«Les hedge funds et les fonds d’investissement dans les entreprises non-cotées sont un aspect important du système financier», a souligné Michel Barnier. Mais s’ils «jouent un rôle positif», «il est vital qu’ils soient soumis à une réglementation et une supervision appropriées». Michel Barnier a entamé lundi à Londres une visite de deux jours dans le but de rassurer la City. Celle-ci avait pris peur lors de la nomination du Français, craignant qu’il ne défende une régulation trop stricte du secteur financier qui risquerait de provoquer un exode des financiers de la capitale britannique. Ces inquiétudes britanniques avaient été exacerbées par des propos de Nicolas Sarkozy, qui avait vu un «triomphe» de la régulation à la française dans la nomination de son ancien ministre de l’Agriculture et de la Pêche.

AFP

Voir aussi : Rubrique finance, la spéculation attaque l’Europe, le vide politique
, La France surendettée, Les banquiers reprennent leur mauvaise habitudes,

8 millions de personnes pauvres en France… et ce n’est pas fini

pauvreteHausse du chômage, situation aggravée pour les plus pauvres… Un tableau noir dressé par lObservatoire national de la pauvreté et de l’exclusion, dans son rapport sur ses dix ans d’activité, publié ce jeudi 25 février.

La France compte plus de 8 millions de personnes pauvres, le même nombre qu’il y a dix ans. Avec une différence : la situation des plus vulnérables s’est «dégradée» et risque de s’aggraver avec la crise. C’est le constat fait par l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES) dans son dernier rapport. Le document a été rendu public jeudi, jour du dixième anniversaire de l’ONPES, en présence du secrétaire d’Etat chargé du Logement Benoist Apparu et de Martin Hirsch, Haut commissaire aux Solidarités actives.

Dans cette sixième édition, outre un bilan des travaux de l’ONPES depuis dix ans, le rapport s’attarde en particulier sur une étude sobrement intitulée Impact de la crise sur la pauvreté. Ses auteurs, des membres de l’Observatoire français des conjonctures économiques, estiment que la montée «brutale» du chômage en 2008, suite à la crise économique et financière, n’est «que le début de l’ajustement du marché du travail et va se poursuivre dans les années qui viennent.» «Nous entrons actuellement dans une phase de chômage durablement élevée», avec des «conséquences considérables en termes sociaux» ajoutent-ils.

1,8 million de Français vivent avec moins de 602 euros par mois

L’étude précise que le taux de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté (moins de 60% du revenu médian, soit 908 euros par mois) n’a guère évolué, passant de 13,6% à 13,4% de la population entre 1998 et 2007, ce qui représente plus de huit millions de personnes en 2007. La proportion de la population subsistant avec 40% du revenu médian (soit 602 euros) a, quant à elle, augmenté de 2,1% en 2002 à 3,1% en 2007. Ils étaient 1,8 million dans ce cas il y a trois ans.

«Parmi les personnes pauvres, la situation des plus pauvres s’est donc sensiblement dégradée», s’alarme l’ONPES dans son compte-rendu, publié au 10e anniversaire de cet organisme. Avec un facteur aggravant souligné par Agnès de Fleurieu, présidente de l’ONPES : «La dégradation du marché du travail, en touchant les personnes qui étaient déjà les plus vulnérables, engendre un risque d’irréversibilité du chômage et de la pauvreté». Alors que le secrétaire d’Etat à l’Emploi, Laurent Wauquiez, a annoncé ce matin que l’Etat et l’Assurance chômage allaient débloquer des fonds pour les chômeurs en fin de droits, le rapport constate effectivement que le «taux d’ancienneté du chômage» est plus important en 2010 qu’il y a 3 ans, aggravant le niveau de pauvreté moyen des chômeurs.

«Un million de chômeurs vont se retrouver en fin de droits en 2010», a-t-elle rappelé. Si les statistiques disponibles sur la pauvreté ne donnent pas encore de données précises sur les effets de la crise, l’ONPES note que les associations sont «particulièrement préoccupées par l’augmentation des demandes d’aide alimentaire et financière enregistrée depuis l’automne 2008». Un «système de veille sociale» mis en place en 2009 pour faire remonter les impressions des «acteurs de terrain» a également déjà fait apparaître un recours plus importants des jeunes et des personnes âgées aux aides sociales.

Pauvres avec emploi

Phénomène déjà souligné dans le précédent rapport il y a deux ans, la pauvreté touche également les personnes employées. Les travailleurs pauvres étaient 1,9 million en 2007, soit 6,7% des salariés. En 2005, ils étaient déjà 1,7 millions (7% des travailleurs). «On doit avoir moins de travailleurs pauvres, malgré la crise», a plaidé Martin Hirsch. Il a également averti que la prochaine réforme des retraites devra veiller à ce que «travailler plus longtemps soit compatible avec le fait de ne pas pénaliser et ne pas faire renaître la pauvreté chez celles et ceux pour lesquels le parcours de travail a été chaotique». Enfin, «phénomène nouveau», l’ONPES s’inquiète d’une «désespérance accrue des personnes pauvres» qui se traduit par des états «dépressifs» et des attitudes de ressentiment. D’autant plus préoccupant, note le rapport, qu’on «peut y voir moins l’effet de la crise que l’expression d’un processus long de fragmentation la société française».

Voir aussi : Rubrique société

Document ; Dix ans après la déclaration du sommet européen de Lisbonne qui avait tracé l’objectif de « donner un élan décisif à l’éradication de la pauvreté », ce sixième rapport de l’ONPES porte un regard comparatif sur les évolutions en Europe et dresse un bilan de l’observation de ces phénomènes en France. La crise économique fait l’objet d’une première analyse, notamment pour apprécier ses effets sur les personnes les plus fragiles. Il présente : la construction d’un système de veille sur les phénomènes émergents en matière de pauvreté, et l’apport des personnes en situation de précarité à l’amélioration de la connaissance de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Lien vers le rapport

Voir aussi : Rubrique Médias entretien avec Florence Aubenas,