RDC: heurts à Kinshasa entre la police et des manifestants de l’opposition

A Limete, à Kinshasa, des milliers de personnes se sont réunies autour de l'échangeur et la place Lumumba, RDC, ce lundi 19 septembre 2016. © RFI/Sonia Rolley

A Limete, à Kinshasa, des milliers de personnes se sont réunies autour de l’échangeur et la place Lumumba, RDC, ce lundi 19 septembre 2016. © RFI/Sonia Rolley

En RDC, des affrontements ont éclaté ce lundi 19 septembre à Kinshasa avant une manifestation pour réclamer le départ du président Joseph Kabila à la fin de son mandat, que les autorités ont finalement décidé d’interdire. Le dernier bilan donné par le ministère de l’Intérieur fait état de 17 morts, dont 3 policiers, et 14 civils blessés par balles.

Officiellement, la manifestation devait commencer à 13h. Mais dès le début de la matinée, des heurts ont éclaté entre manifestants de l’opposition et forces de l’ordre. « La police voulait nous empêcher de nous regrouper », affirment des militants joints par téléphone.

A Limete, par exemple, où siège le premier parti d’opposition UDPS, la tension est montée très vite avec jets de pierre d’un côté, et gaz lacrymogènes de l’autre. Quelques dizaines jusqu’à plusieurs centaines de jeunes avançaient aux cris de « Kabila dégage ! » ou « Kabila doit partir », jusqu’à ce que tout dégénère. Arrivés au point de départ du cortège, avenue Triomphal, des tirs à balles réelles ont éclaté.

Les autorités, de leur côté, dénoncent des pillages ciblés et des bâtiments du parti au pouvoir incendiés ainsi que trois policiers lynchés. Des actes qui les auraient obligés à intervenir, disperser et interdire la manifestation.

Selon un bilan du ministère de l’Intérieur, ces heurts ont fait 17 morts, dont trois policiers, et 14 blessés par balle parmi les civils.

Une marche « parfaitement pacifique » pour l’opposition

Parmi les personnes blessées, se trouve Martin Fayulu, membre de la dynamique de l’opposition. Joint par RFI, il affirme avoir été touché à la tête par un projectile envoyé par des éléments des gardes républicaines alors qu’il se trouvait dans un dispensaire du centre-ville.

Selon lui, la marche était parfaitement pacifique quand, arrivée sur le boulevard qui mène au Parlement, les forces de l’ordre ont commencé à réprimer la manifestation violemment. « Il y avait un monde énorme et une fois sur le boulevard Triomphal, la garde républicaine est entrée en jeu et a commencé à nous lancer des grenades lacrymogènes et même des balles réelles. Des amis qui sont avec moi ici ont été touchés par des balles réelles, rapporte Martin Fayulu. On ne comprend absolument pas pourquoi ils se sont comportés comme ça. Nous étions sur le terrain comme ça a été convenu. Une marche pacifique et on nous empêche de réaliser notre action convenue avec les autorités locales ».

« Schéma de guerre civile » pour le pouvoir

Du côté de la majorité, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, explique que la manifestation n’était pas pacifique. C’est la raison pour laquelle les autorités ont finalement décidé de l’interdire. « Ce qui se passe à Kinshasa, c’est qu’on vient de se rendre compte que ce n’était pas une manifestation que l’opposition avait préparée, contrairement à ce qu’ils avaient dit aux autorités municipales. C’était vraiment un schéma de guerre civile qu’ils voulaient répandre dans la grande agglomération, avec des destructions, des actes de vandalisme, des meurtres de policiers, affirme Lambert Mende. Nous avons pris comme décision d’annuler cette manifestation, parce qu’elle visait simplement à perturber l’ordre public et à détruire le maigre tissu économique de ce pays qui n’a que trop souffert ».

Lambert Mende ne confirme pas les tirs à balles réelles sur les manifestants ni les blessés et les morts du côté des protestataires, mais indique que de deux agents de police ont été tués à Limete devant le siège du PPRD par des manifestants « Les auteurs ont été arrêtés. On recherche maintenant ceux qu’ils dénoncent comme les ayant manipulés pour perpétrer ce crime », fait savoir le porte-parole du gouvernement.

Le ministre de l’Intérieur, Evariste Boshab, parle lui d’un mouvement insurrectionnel avec pour objectif la prise du pouvoir par la force.

Inquiétude des ONG

Des manifestations similaires avaient été interdites à Lubumbashi ou à Kisangani notamment. Dans ces deux localités, il n’y a donc pas eu de rassemblement et la police et l’armée sont se déployées aux points stratégiques. En revanche à Goma, dans le Nord-Kivu, la manifestation a été autorisée.

Ces tensions inquiètent vivement les ONG. Human Rights Watch appelait les autorités congolaises à respecter la liberté d’expression. Pour l’ONG de défense des droits de l’homme, le pays est « au bord du précipice ». Même préoccupation pour la Fédération internationale des droits de l’homme qui appelle les autorités à la retenue, à garantir les libertés d’expression et de manifestation.

C’est dans ce contexte qu’on attendait ce lundi la plénière du dialogue national consacré à la question du calendrier des élections. Une plénière qui devait être retransmise à la télévision, mais la facilitation vient d’annoncer son report à demain. Sur cette question, la France appelle à accélérer la préparation transparente de la présidentielle. « Il est nécessaire que le report soit aussi court que possible », dit un communiqué du quai d’Orsay.

Source RFI 19/09/2016

REP-DEM-CONGO_drapeau-[Converti]_0Chronologie Voir aussi : Actualité International, Rubrique AfriqueEn Afrique, le retour des présidents à vie, rubrique RDC, Joseph Kabila, Mobutu light ?, rubrique Congo Brazaville,

La rente « exceptionnelle » des sociétés d’autoroutes en cinq chiffres

7773745111_des-vehicules-sur-l-autoroute-a7-dans-la-vallee-du-rhone-le-2-aout-2014L’Autorité épingle dans un avis publié jeudi la « rente autoroutière » des sept principales sociétés concessionnaires du secteur. Les cinq chiffres à retenir.

Les sociétés d’autoroutes se portent bien, merci pour elles. C’est ce que semble démontrer l’avis rendu jeudi 18 septembre par l’Autorité de la concurrence où sept sociétés concessionnaires d’autoroutes (SCA) sont épinglées pour leur gestion du réseau autoroutier français. L’Autorité déplore la situation de « rente autoroutière » dans laquelle se trouvent actuellement les SCA (Asf/Escota et Cofiroute pour Vinci, APRR/AREA pour Eiffage et Sanef/SAPN pour Abertis).

  • Un bond de 26% du chiffre d’affaires depuis la privatisation

Les sept SCA ciblées par l’Autorité de la concurrence ont vu leur chiffre d’affaires augmenter de 26% entre 2006, année de la privatisation, et 2013, soit plus de 1,7 milliard d’euros d’augmentation sur cette période pour atteindre un total de 8,2 milliards d’euros. Fait notable, « la crise financière de 2008 et 2009 s’est traduite par un simple ralentissement du rythme de cette augmentation et non par une baisse du chiffre d’affaires », note l’Autorité.

Comment expliquer une telle progression des revenus? La réponse ne vient ni du trafic, dont la hausse s’est limitée à +4% entre 2007 et 2013, ni de l’ouverture de nouvelles sections autoroutières, fait remarquer le gendarme de la concurrence. L’essentiel vient donc de la hausse des tarifs.

  • Des tarifs en hausse de 21,7% depuis 2007

Les tarifs des péages ont en effet augmenté en moyenne de 1,97% par an entre 2006 et 2013, soit plus vite que l’inflation (+1,66% sur la même période).

  • Une marge nette de 20 à 24%

L’ensemble des sociétés autoroutières sont « très rentables », constate l’Autorité, quel que soit le critère examiné. La comparaison du ratio de l’excédent brut d’exploitation sur le chiffre d’affaires dépasse ainsi les 70% pour cinq d’entre elles. Un niveau qualifié « d’exceptionnel ». De fait, ce ratio ne s’élève qu’à 33% dans les télécoms, qui sont le secteur d’activité le plus rentable. A des années lumières de la distribution qui se contente de 8%.

Cette rentabilité se lit jusque dans leur marge nette, qui atteint entre 20% et 24%, suivant les sociétés, une fois qu’on a déduit les investissements, les frais financiers et les impôts. De quoi mériter le qualificatif de vache à lait. Grâce aux autoroutes, les maisons mères Vinci et Eiffage présentent ainsi des rentabilités nette de 5,1 et de 2,3%.

  • Une rente globale de 1,8 milliard en 2013

Être concessionnaire d’autoroutes rapporte gros: les 7 principales sociétés ont ainsi engrangé un bénéfice net cumulé de 1,8 milliard d’euros en 2013. Et pourtant, les risques sont faibles. La gestion d’autoroutes relève en effet du monopole car les SCA « bénéficient d’une demande captive », note l’autorité de la concurrence. De plus, leurs recettes ne sont pas menacées, même en cas de baisse du trafic, car les contrats de concession garantissent des hausses annuelles des tarifs réglementés. Enfin, les charges sont maîtrisées, notamment parce que certains investissements bénéficient de compensations de la part de l’Etat.

Même la dette des sociétés d’autoroutes, qui atteint pourtant en cumulé près de 24 milliards d’euros, n’est pas un problème. Non seulement les profits permettent largement de couvrir les traites, mais les SCA bénéficient de la déductibilité des intérêts d’emprunts, un avantage fiscal qui leur a permis d’économiser 3,4 milliards d’euros depuis 2006.

On comprend donc mieux le jugement définitif de l’autorité de la concurrence, selon qui, « les concessions autoroutières ne présentent pas un profil de risque si élevé qu’il justifie les taux de rentabilité exceptionnels qui sont ceux des SCA aujourd’hui ».

  • 14,6 milliards de dividendes distribués

Les sept concessionnaires historiques ont distribué 14,6 milliards d’euros de dividendes depuis 2006 à leurs actionnaires, soit plus que le montant de leurs bénéfices nets sur la période (136% de ce résultat net, exactement, contre seulement 56% entre 2003 et 2005). Depuis la privatisation, les SCA privilégient l’endettement à l’autofinancement pour leurs nouveaux investissements. Et les actionnaires d’ASF et d’APPR se sont votés des dividendes exceptionnels pour rembourser l’argent emprunté pour racheter les réseaux lors de leur privatisation.

Source L’express 19/09/2016

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Révisionniste, nationaliste, voici Tomomi Inada, ministre de la Défense du Japon

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En présentant son nouveau gouvernement le 3 août 2016, le Premier ministre japonais Shinzo Abe en a surpris plus d’un-e avec l’arrivée d’une très proche à la Défense, la très conservatrice, ultra-nationaliste et  bien peu féministe Tomomi Inada.

Parfois, la foi en la parité vacille. Est-on bien sûre de toujours vouloir que les femmes accèdent aux plus hautes fonctions ? Mais bien sûr on se remémore la célèbre phrase de la journaliste et écrivaine Françoise Giroud :  « La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. » Et donc, on se dit tant pis… Parce que c’est bien ce qui fait frémir avec le nouveau gouvernement japonais annoncé le 3 août 2016 : au poste crucial de ministre de la Défense, sur fond de tirs de missiles coréens, de partage des eaux avec la Chine et de révisions historiques tous azimuts, arrive donc Tomomi Inada, 57 ans, arqueboutée à des certitudes terrifiantes :  pour elle le massacre de Nankin est un mensonge et les femmes de réconfort chinoises ou coréennes données en esclaves aux soldats japonais, un aimable conte pour enfants.

L’ère des mères-patries

Si dans un premier temps l’avènement de femmes dans le sérail politique japonais, et au plus hautes fonctions, peut réjouir, après coup, c’est un peu l’effet « gueule de bois ». Que ce soit la toute nouvelle gouverneure de Tokyo, ou cette ministre de la Défense, ces  « élues » du peuple ou de leur chef brillent par leur manières guerrières, et sont comme un écho lointain à toutes ces cheffes de file de l’extrême droite européenne (Marine Le Pen en France, Frauke Petry en Allemagne, Erna Solberg en Norvège, etc),  ou nord américaine , en particulier dans le « tea party » ultra conservateur du côté républicain (Katrina Pierson – porte parole de Donald Trump), Michele Bachmann, ou Sarah Palin) : des Walkyries, mères nourricières, mères patries, défenderesses de la tradition, voire de l’obscurantisme…

Tomomi Inada partage beaucoup de points de vue avec l’autre Japonaise du moment, Yuriko Koike (64 ans) qui fut elle aussi une (éphémère) ministre de la Défense en 2007, la première femme à occuper cette fonction, et qui vient de prendre la tête du gouvernorat de Tokyo, cette capitale dont l’économie dépasse celle de l’Indonésie voisine toute entière. Le même culte de la nation japonaise, des vues belliqueuses vis-à-vis du géant chinois, une volonté de réécrire l’histoire en gommant toutes les atrocités commises  par le Japon allié aux nazis pendant la Seconde guerre mondiale.

Mais la nouvelle ministre de la Défense y ajoute une aversion pour le féminisme qui se traduit à l’extrême par un virulent refus d’admettre la réalité des femmes de réconfort, esclaves sexuelles chinoises ou coréennes livrées aux armées japonaises entre 1937 et 1945. « Ces soi-disant femmes de réconfort travaillaient comme prostituées volontaires, ce qui était commun partout dans le monde à cette époque » a-t-elle sobrement répondu à une question sur le sujet.

Mais le diable se cache aussi dans les détails. La fiche Wikipedia de Tomomi Inada nous apprend que, comme avocate, elle « considère que les deux membres d’un couple marié doivent adopter le même nom, ce qui, généralement, signifie que les femmes ne peuvent garder leur nom de jeune fille après leur mariage« .

Cette anicroche semble une vétille face aux positions et gestes extrêmes de cette fondamentaliste. Elle n’hésite pas à se rendre régulièrement au très controversé sanctuaire Yasukuni-jinja (dernière visite en date, en août 2015 à l’occasion de la fin de la Seconde guerre mondiale en Asie pacifique, tandis que d’autres fêtaient la paix retrouvée) qui honore les criminels de guerre des conflits du 19ème et 20ème siècle entre le Japon et ses voisins. Le Japan Times et l’édition anglophone de l’Asahi Shimbum, le plus grand quotidien du pays, nous apprennent en outre qu’elle fréquente Kazunari Yamada qui se proclame lui même chef suprême du parti néo-nazi japonais, une photo faisant foi de ces liens, même si Tomomi Inada affirme, mollement, ne pas partager les vues de ce personnage nauséabond.

Une guerrière pour faire la paix ?

Dans l’un de ses livres “Watakushi Wa Nihon Wo Mamoritai” (Je veux protéger le Japon), où elle développe sa profession de foi et ses points de repère idéologiques, elle écrit : « Si vous regardez objectivement (sic) les relations entre le Japon et ses voisins, la situation entre la mer de la Chine Est et la mer du Japon sont tout sauf pacifiques Les chimères énoncées telles ‘faites de la mer de Chine Est une zone de paix et d’amitié’ ne servent qu’à mettre le Japon en danger.« 

Ce qui fait dire au correspondant à Tokyo du quotidien El Mundo sur son compte twitter : « La nomination de Tomomi Inada n’est pas vraiment de nature à apaiser les relations du Japon avec la Chine« . Un euphémisme n’est-il pas ?

Tomomi Inada no parece que vaya a mejorar la situación en el pacífico siendo derechona rancia nipona pic.twitter.com/6THdCHDH00

— Ego? (@fmvfmv1) 4 août 2016

C’est donc cette guerrière qui devra accompagner la nouvelle interprétation, voulue par son mentor Shinzo Abe, d’une partie de la charte fondamentale sur les questions militaires en vue de renforcer les prérogatives des forces armées japonaises à l’extérieur. L’article de ce texte constitutionnel, héritage post bombe atomique, qui doit être revu et corrigé expose : « Les forces armées de terre, mer et air, ainsi que d’autres moyens de guerre, ne doivent pas être maintenus.« 

Son arrivée coïncide avec un tir de missile nord-coréen tombé en mer du Japon. Pas de chance…

La politique empoisonnée par le spectacle

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A près de huit mois du premier tour de la présidentielle, le couple médias-politique n’a jamais été aussi infernal. Entre journalistes avides de spectacle et politiciens obsédés par leur image, l’espace est saturé

Nicolas Sarkozy a gagné. Depuis lundi, sa candidature présidentielle est en pole position dans les médias. Oubliée presque, la persistante avance dans les sondages d’Alain Juppé. Négligés, les 75% de Français qui refusent le retour de Sarko à l’Elysée en mai 2017 et, pire, rejettent un remake de son duel de 2012 avec François Hollande.

Burkini, identité, fermeté de l’Etat… l’ancien président sature l’espace médiatique à force de déclarations tonitruantes comme jeudi soir à Châteaurenard (Bouches-du-Rhône), où il a affirmé vouloir «rétablir l’autorité de l’Etat sur chaque centimètre carré du territoire»!

«La déferlante ne fait que commencer, pronostique un influent conseiller en communication. On est dans la course de petits chevaux. A chaque déclaration, les candidats avancent d’une case. Et les journalistes sont complices, car ils tendent les micros.»

Cascade de rentrées politiques

Cette surenchère est patente. Interviews politiques à la chaîne. Livres politiques en cascade. Documentaires politiques sur la vie à l’Elysée, à Matignon (dont un réalisé par la propre fille de l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault). Rentrées politiques successives: après Sarkozy, Juppé samedi, Fillon dimanche… Une frénésie largement engendrée par la primaire, ce premier acte de la présidentielle des 23?avril et 6?mai 2017.

Treize candidats déclarés pour la primaire de la droite les 20 et 27 novembre. Sept déjà possibles pour celle de la gauche fin janvier. «Or que recherchent la plupart de ces candidats, sans aucune chance d’être élus? Un moment de notoriété. La présidentialite est d’abord une maladie médiatique», explique l’essayiste Christian Salmon, auteur de «Storytelling» (Ed. La Découverte). Même constat pour Alain Bergougnoux, l’un des experts électoraux du PS: «A droite, tout va se jouer sur les personnalités, donc sur le style, la capacité à créer de l’empathie, l’incarnation de la rupture après le quinquennat Hollande.»

Addiction mutuelle

Or les médias français sont friands de cette compétition. Notamment les chaînes d’information continue (quatre au total, donc la dernière née du secteur public, France Info): «Le théâtre politique est une constante française, raconte un éditeur. Politiques et médias sont mutuellement accros.» D’autant que le casting actuel est plutôt bon.

A droite: Sarkozy le fonceur revanchard, Juppé le sage introverti, Fillon le provincial trop terroir, Le Maire l’ambitieux forcené. A gauche: Montebourg l’étatiste éloquent tout droit sorti d’un roman de Balzac, Macron le social-libéral qui sait parler aux jeunes, Valls le socialiste autoritaire arc-bouté sur la laïcité et Hollande, ce président trop «normal». Plus la guest star Marine Le Pen, la présidente du Front national donnée déjà qualifiée pour le second tour.

Ce qui compte, c’est la posture. Faire chef de guerre. Faire président. Faire réformateur. Le risque populiste est dès lors maximal.

Le locataire de l’Elysée – qui dira en décembre s’il se représente ou non et qu’un premier sondage donnait hier battu par Arnaud Montebourg aux primaires de la gauche – joue, lui, une partition originale dans ce théâtre du pouvoir: celle du confident, ravi de laisser les journalistes s’asseoir sur les canapés de La Lanterne, sa résidence de week-end près du château de Versailles. Ou pénétrer dans son bureau après un échange décisif sur la Syrie avec Barack Obama. Un livre tiré de ces «confessions» vient de sortir. Quatre autres sont annoncés.

Même objectif que Sarkozy: occuper le terrain, accréditer son image de président à la fois ferme et transparent, accessible. Mais méthode inverse. Complicité plutôt que confrontation. Addiction médiatique savamment entretenue. «On est dans le concours de beauté permanent, déplore le sociologue de la communication Dominique Wolton, auteur d’Avis à la pub (Ed. Cherche Midi). La substance? Ce n’est plus le sujet. Ce qui compte, c’est la posture. Faire chef de guerre. Faire président. Faire réformateur. Le risque populiste est dès lors maximal.»

Difficile de renoncer à la surexposition

Cas type: Emmanuel Macron. Le jeune ministre de l’Economie incarne une offre politique nouvelle. Problème: à part les médias et les sondages, où sont ses soutiens? Et pourquoi entretenir un vrai-faux suspense sur sa candidature en 2017? «Il ferait mieux de dire clairement qu’il ne se présentera jamais contre François Hollande», s’énerve ces jours-ci l’essayiste Alain Minc, un de ses plus fervents soutiens, dans un entretien aux Echos.

Sauf que dire cela, ce serait décrocher, cesser d’alimenter l’usine à buzz. Dangereux sevrage. «Nous avons fait le choix de rester en retrait, confiait au «Temps» un proche d’Alain Juppé après l’annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy. Nous parions sur le fait que les Français veulent autre chose que du théâtre et qu’un comédien de plus à l’Elysée.» Pari risqué.

Richard Werly

Source Le Temps 28/08/2016

Voir aussi : Actualité France,  Rubrique Politique, rubrique Société, Vertus et vices de la comédie sécuritaire, Citoyenneté , rubrique  Médias «Moins les politiques sont légitimes, plus ils courtisent les journalistes»

Egalité des sexes : l’impair des chiffres

Aurora Reinhard. Curiosity, 2008 Courtesy Gallery Zetterberg

Aurora Reinhard. Curiosity, 2008 Courtesy Gallery Zetterberg

Malgré l’ambition affichée, l’argent dédié par la France à la cause des femmes n’est pas à la hauteur.

«Le sexisme : pas notre genre !» Le slogan claque. On applaudit la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes qui, la semaine passée, lançait en fanfare (avec un bon plan média pimenté par la présence de Julie Gayet) une campagne destinée à faire avancer la cause des femmes. Fort bien ? Oui, c’est vrai, il fut voté sous ce quinquennat la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes (en 2014). Oui, le budget du ministère qui a désormais en charge les marmots a augmenté sous Hollande. Oui, il y a une forme de «volontarisme politique», pour reprendre les mots de la ministre Laurence Rossignol. Mais les moyens sont-ils à la hauteur de l’ambition affichée ? «Le budget demeure restreint et insuffisant.» Pis, «la cause des femmes n’est pas encore identifiée comme une grande cause d’intérêt général». Et ça, c’est le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) (1) qui le démontre dans un rapport en forme de «sonnette d’alarme» rendu public ce jeudi. Avec précision, cette institution indépendante et consultative fondée en 2013, qui se veut un «accélérateur du changement», a épluché les fonds publics comme privés dédiés aux femmes dans l’Hexagone et à l’international avec 5 organisations publiques et fondations privées: le comité ONU-Femmes France, le Conseil économique social et environnemental, la Fondation des femmes, le Fonds pour les femmes en Méditerranée et le Women’s Worldwide Web.

Le bilan n’est pas rutilant. L’enveloppe du ministère en charge des Droits des femmes ne pèse que 0,0066 % du budget total de l’Etat. Il y a pourtant urgence à ouvrir le porte-monnaie quand on mesure, par exemple, le coût annuel pour la France des violences qui leur sont faites : 2,5 milliards d’euros. Il y aurait aussi de quoi gagner à faire davantage d’investissements. Selon l’OCDE, parvenir à une vraie égalité entre femmes et hommes (même participation au marché de l’emploi, même niveau de salaires et même taux d’entrepreneuriat) pourrait faire grimper la croissance de plus de 9 % d’ici à 2020.

Alors qu’est-ce qu’on attend ? Et pourquoi ça coince autant, y compris de la part des fondations et des philanthropes, quand il s’agit de s’engager pour les femmes ? Le HCE avance la piste d’un «tabou culturel» autour des femmes et de l’argent, le manque crasse de décideuses politiques (trois parlementaires sur quatre sont des hommes), une culture du don peu développé en France… Pour en sortir, il propose notamment – et pourquoi pas ? – de piocher dans la cagnotte remplie par les amendes collées aux partis politiques ne respectant pas la parité. Une avancée de la loi de 2014 et qui a déjà permis de récolter cinq millions en 2016. Envoyez la monnaie.

Catherine Mallaval , Virginie Ballet

Cliquez ici pour découvrir les principaux chiffres du rapport

(1) Cette institution compte 3 salarié(e)s pour plus de 70 bénévoles, dont sa présidente, Danielle Bousquet. A titre de comparaison, l’équivalent au Québec du HCE en dispose de 25, alors que cette province compte environ huit fois moins d’habitant(e)s. Cerapport a été co-rédigé avec cinq organisations publiques et fondations privées : – Comité ONU Femmes France – conseil économique social et environnemental (CESE) – La fondation des femmes (FdF) – Le fonds pour les femmes en méditerranée (FFM) – Women ‘s Worlwide Web (W4)

Source : Libération 14/09/2016

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Politique, rubrique Société, Droits des femmes,