« Une œuvre d'art demande toujours à être révélée. » dr
Le petit homme subtil qui se fraye un passage dans un auditorium bondé à craquer a gardé toute sa candeur. Ce qui est assez rare pour un académicien. Il vient pour parler de son dernier livre « Pèlerinage au Louvre ». Au premier abord on se dit que cet ouvrage occupe une place un peu particulière dans l’œuvre de cet l’écrivain né en Chine en 1929, arrivé en France en 1948 et naturalisé en 1971. Peut-être est-ce lié aux origines de l’auteur, à son statut d’amoureux des lettres… à son regard singulier sur l’art.
Il explique sans ambages comment lui est venu le goût pour l’art occidental. Un choc au contact des œuvres de la Renaissance, lors d’un voyage en Italie dans les années 60. Cela l’a conduit dit-il, à devenir un pèlerin de l’Occident, à courir les musées d’Europe et d’Amérique dans une quête spirituelle. Car la peinture est à ses yeux un volet des plus incarnés des arts spirituels. C’est pour cela qu’il a accepté de constituer son propre parcours au sein de qu’il nomme le sanctuaire du Louvre. « On dit que la peinture est un art visuel. En réalité non, c’est un art du temps. Un tableau contient le temps vécu du peintre qui y a mis son âme. » Le livre nous invite à redécouvrir les différentes écoles européennes de la peinture sous son éclairage sensible. Ce spécialiste de l’esthétique chinoise révèle notamment des ponts insoupçonnés entre l’orient et l’occident dans son approche des peintres de la Renaissance. Il rappelle aussi que loin des stéréotypes, la beauté demeure une conquête de l’esprit. « Il faut toujours regarder un tableau comme si on était au matin du monde. »
Pèlerinage au Louvre, édition Flammarion 25 euros
« Une œuvre d’art demande toujours à être révélée. »
« La cellulite c’est comme la mafia ça n’existe pas ». Il faut bien dire que le livre de cette jeune Italienne a éveillé les légitimes soupçons de la cellule antiterroriste qui, vigipirate oblige, s’est déplacée, lors de sa venue à Montpellier, pour en avoir le cœur net. C’est entre autre la raison pour laquelle, vite fait bien fait, l’interview programmée par le réseau Sauramps s’est transformée en interrogatoire. Ce qui est à peu de chose près, la même chose.
Nom, prénom, date de naissance…
« Mais euh… je suis auteur j’avais rendez-vous avec un journaliste. Il n’est pas là ? »
L’inspecteur au traducteur, menaçant de se mettre en colère : dites-lui que ça commence très mal. C’est pas parce qu’on est chez Polymôme qu’on est venu pour jouer. Et qu’elle arrête de poser les questions. Compris ?
Alors on reprend. Nom, prénom, lieu et date de naissance …
« Dina Poly, née le 29 août 1981 à Foggia ».
Foggia, c’est sympa cette ville. Les gens ont de fermes convictions là-bas. Ils votent pour le parti Forza Italia. Je connais le parking du centre commercial. On s’y est promenés avec ma femme… Bon… Dites-moi, pourquoi vous avez dédié votre bouquin à vos parents qui ont fricoté avec l’extrême gauche, et aussi à ce type inconnu qu’est pas dans nos fiches ?
« Pour le type ça s’est fait un soir d’ivresse. Il m’a demandé : Tu me dédies ton livre et j’ai répondu : Un peu ouais ! Je ne sais plus qui sait. Pour mes parents, s’ils avaient pu être un peu plus riches, ils n’auraient jamais été de gauche. D’ailleurs, ils m’ont toujours conseillé de faire un bon métier. »
Ouais ! ah ah, comme tous ces foutus communistes qui veulent que leurs enfants soient médecin ou avocat. Vous confirmez avoir fait des études religieuses ?
« Oui. Et je suis restée catholique. Je pense même me marier et avoir trois ou quatre enfants. Mais les études, j’en garde un très mauvais souvenir ».
A cause de vos mauvaises fréquentations avec les toxicos. Et vous continuez les stupéfiants en pensant que ça vous aidera dans vos prières peut-être ?
« Oui, c’est vrai je suis restée fumeuse ».
Il suffit de vous lire pour le savoir. On passe sur vos expériences sexuelles qui vous ont quand même laissé le temps de lancer votre blog…
« J’ai fait ça à 22 ans pour occuper mes heures d’ennui. Un éditeur est tombé dessus et m’a proposé de faire un livre qui a bien marché ».
Oui 100 000 exemplaires, ça fait un paquet de pognon. Que faites-vous de tout ce fric ?
La jeune fille s’impatiente comme si elle avait envie de faire pipi. Son traducteur prend le relais :
« Elle dit qu’elle a tout dépensé en Sushi. »
Qu’avez-vous mangé à midi ?
« Une petite daurade avec des courgettes et des aubergines. Plus un petit café ».
Pointant du doigt ses pieds : et ces chaussures, combien elles vous ont coûté ?
« Trop cher. Mais j’en consomme beaucoup parce que j’ai l’habitude de les jeter sur mes boyfriends ».
Commencez pas avec les anglicismes. Zidane vous en pensez quoi ?
« Il est chaud ».
Moi j’aime bien votre président. Il est comme le nôtre, il parle vrai. Par exemple quand il dit que la gauche n’a pas de goût pour les femmes, il n’a pas tort. Mais d’après vous qui a le plus de cellulite, sa femme ou Carla ?
« Question difficile, parce que chez elle, la cellulite est bien cachée à l’intérieur du cerveau ».
A la page 214 de votre bouquin Vous dites « que la vérité ça simplifie la vie ». Vous y croyez vraiment ?
« Je ne mens jamais. C’est trop fatigant de mentir ».
Bon ça va, circulez. On vous laisse libre… pour cette fois.
« La cellulite c’est comme la mafia ça n’existe pas », Au diable Vauvert, 17 euros.
La rançon du succès éveille autant de soupçons que l’innocence
« J'avais envie de créer un nouveau temps promis à personne »
Saburo Teshigawara.Le chorégraphe japonaisprésente son solo « Miroku » à l’Opéra Comédie dans le cadre du festival Montpellier Danse.
Saburo Teshigawara fonde sa compagnie en 1985 et n’a cessé d’explorer depuis, les voix du langage chorégraphique. A travers une démarche qui n’établit pas de distinction entre le corps et esprit, le danseur devient le vecteur naturel d’une énergie et source d’innombrables innovations. « Quand je commence à danser, je me mets en position de faiblesse pour capter la force qui m’entoure. » Il présente ce soir le solo Miroku signifiant « L’esprit qui vient du futur ». Ce spectacle produit par le Karas, New national théâtre Tokyo, conduit le chorégraphe à interroger la notion de distance et de temps. « C’est une aventure avec le temps et la transformation infinie. Ici, je m’intéresse au temps naissant. J’avais envie de créer un nouveau temps promis à personne. » L’intention passe par la présence physique du danseur dans son environnement autant qu’elle la dépasse pour rejoindre les faisceaux de l’harmonie spirituelle. « Connaître la limite du mouvement, c’est s’intéresser à la profondeur. On peut mesurer la limite physique de cette profondeur, mais la profondeur spirituelle ne peut se mesurer. C’est l’infini. » L’artiste dont la réputation internationale n’est plus à faire est connu pour l’extrême soin qu’il attache au dispositif scénique dont il assure la conception globale. Et notamment la création lumière qui tient une place centrale dans Miroku. « Dans le spectacle, la lumière permet la rencontre entre l’intérieur et l’extérieur. Elle change la texture de l’espace et permet la perception de l’invisible qui n’est pas spirituel mais bien concret. » La marque esthétique de Saburo Teshigawara s’avère puissante sans rien céder au désir de plaire.
Jean-Marie Dinh
Saburo Teshigawara. « Miroku » un solo jusqu’au bout des limites.
Rencontre du 3ème type : « La profondeur spirituelle ne peut se mesurer »
Deux soirs de suite, l’Opéra est resté suspendu au solo de Saburo Teshigawara. C’est peu dire que Miroku, dont le titre issu de la mythologie shinto fait référence à l’esprit qui vient du futur, nous emporte. A l’aune du décalage fréquent entre le discours des artistes sur leur travail et leur œuvre, on mesure la rigueur avec laquelle Teshigawara affirme la clarté de son intention sans y déroger. Outre la noblesse d’âme et la teneur du risque, la démarche de l’artiste s’avère ici totale. On peut comparer Miroku aux performances américaines des années 60 et 70 dans la façon de saisir l’instant comme support de création, à la différence que le chorégraphe se saisit de l’énergie du présent pour renouer avec la vie des forces ancestrales, avec l’ambition de se projeter vers l’avenir. Le solo devient alors aventure vers l’infini, improbable destination qui ouvre sur un temps naissant. Le discours paraît fumeux. Mais la mise en contact corporelle et spirituelle qui se tient sur scène dissipe toute ambiguïté. Tout est en action au-delà des cinq sens et du mouvement précis et rapide qui exprime le conflit intérieur/extérieur de l’homme jusqu’au bout des limites physique. Pris entre le champ de la pesanteur et la force attractive qui s’y oppose, le corps du danseur s’anime en fonction des espaces dont la lumière modifie la texture. Par moment le danseur devient le véritable vecteur de l’énergie condensée qui le traverse. Au commencement, le corps presque inanimé se charge des vibrations chères à la physique quantique. Il s’anime peu à peu pour détruire l’image du monde matériel et le rapport à la distance y compris celle avec le public dont l’énergie captée contribue à la transformation.
Le public n’a pas fait que voir, il a aussi distingué l’invisible. Avec Miroku, Teshigawara accède à la substance même de la danse qu’il rend perceptible.
« Comment vous est venue l’idée de base de la théorie Gaïa ?
Au départ je suis tombé sur des statistiques de La Croix Rouge démontrant une augmentation de 60% en dix ans du taux de catastrophes naturelles. Parallèlement à cela, je disposais d’information sur l’évolution préoccupante du nombre de serial killers qui suivent à peu près la même courbe. Je me suis dit qu’il y avait là un rapport intéressant à explorer. Ce que j’ai fait.
Les serial killers sont-ils incontournables ?
Je trouve intéressant le comportement des tueurs en série. Seuls 6 ou 7% d’entre eux sont des psychotiques. Le reste, c’est-à-dire la grande majorité, n’ont pas développé de pathologie. Ils sont responsables et parfaitement conscients. Pire, ils aiment ça. Le tueur en série est comme vous et moi, sauf que son plaisir se construit sur la destruction de l’autre. Le serial killer c’est celui qui ce dit en ce réjouissant : ce week-end, je vais trafiquer les portes de ma voiture pour que la prochaine, elle ne puisse pas sortir.
Ceux qui circulent dans les pages de votre dernier livre présentent peu de profondeur psychologique ?
J’ai théorisé sur ce que sont les tueurs en série dans mes trois premiers romans qui abordent la nature du mal, au sens non religieux du terme. Je me suis attaché à développer les réactions des individus. Dans la théorie Gaïa, qui conclut une trilogie sur l’homme moderne*, les tueurs en série ne sont que la figure monstrueuse de l’homme. C’est un éclairage complètement différent qui s’attache aux pulsions primitives. L’homme n’est ni noir ni blanc. Il est toujours gris.
Partagez-vous l’idée que les chefs de gouvernement sont les plus grands serial killers ?
Je pense que nous ne sommes plus aujourd’hui en démocratie mais en lobbycratie, dans laquelle les chefs de gouvernement ne sont plus que des pions. Et cette situation est planétaire. On retrouve partout la même façon de faire. Les chefs d’Etats gouvernent à partir des statistiques et des sondages.
Faut-il voir un engagement dans votre façon d’évoquer les magouilles de la Commission européenne et, à certains endroits, le discours critique des citoyens ?
La Commission européenne ne cesse de renforcer l’aspect technocratique dans lequel le monde est déshumanisé. Je ne fais pas partie des utopistes ou des éternels insatisfaits. La nature humaine est un système complexe. Je ne suis pas militant, j’ai du mal à penser que l’on peut changer le système. Ce monde fait naître des angoisses. Ecrire ça me rassure.
Comment gérez-vous votre succès, souffrez-vous des contraintes marketing ?
J’ai un très bon éditeur. Il me suit. Il s’adapte. Je tiens compte de ce qu’il pense et j’ai mon mot à dire. J’ai un certain recul pour savoir tenir ma place, chacun son métier. Moi j’ai besoin d’un rythme intense. J’écris 7 à 8 heures par jour. Je n’aime pas finir un livre sans savoir où je vais. Aujourd’hui, je sais ce que je vais faire jusqu’en 2013. «
La trilogie se compose de : « Les arcanes du Chaos », « Prédateurs », et « La Théorie Gaïa », chez Albin Michel
Leg : Maxime Chattam : « Le mécanisme du mal, une pulsion ? »
photo : Rédouane Anfoussi
Un parcours sans faute
Maxime Chattam est en phase avec son époque. A 32 ans, l’auteur prolixe s’est propulsé en quelques années dans le top 10 des meilleures ventes françaises. Son parcours fait rêver ou cauchemarder, selon les cas, bon nombre de ses confrères qui triment talentueusement dans la veine du noir.
Employé d’une grande enseigne culturelle, le jeune homme plutôt réservé, tire intelligemment profit de son observation du monde de l’édition. Expérience qu’il ira parfaire aux Etats-Unis. L’écrivain dit volontiers sa passion pour le cinéma américain et les romans de Tolkien. Et affirme un goût prononcé pour Stephen King dont il décortique les facteurs de succès avant de se lancer dans l’écriture. Après un roman fantastique, sa première trilogie, dite du mal, « Maléfice, In Tenebris, et l’Ame du mal » permet à l’auteur d’étancher sa curiosité naturelle. Maxime Chattam s’intéresse de près à un des archétypes du mal, en mettant au cœur de son intrigue la réalité des sérial killers. Sur les traces de Patricia Cornwell, Chattam trouvera de la matière en entamant une formation en criminologie où il étudie notamment la psychiatrie criminelle, la police technique et scientifique, ainsi que la médecine légale. La Théorie Gaïa qu’il est venu présenter, clôt le cycle d’une seconde trilogie consacrée à l’humain. Mais avec Chattam, il était improbable que l’humain se présente sous son meilleur jour.
Jugeant qu’il y avait urgence à reprendre l’offensive, lors de son 17e congrès, la LCR a engagé le processus de dissolution du parti et la création du Nouveau parti Anticapitaliste (NPA). L’idée de « faire du neuf à gauche » repose sur un constat et plusieurs nécessités. Il s’agit de s’opposer collectivement à l’entité capitaliste qui organise et régit le modèle de la société. Et en ce sens, de proposer la plus large perspective d’engagements aux citoyens qui en font les frais. Le mouvement entend également rompre avec son image de « parti d’extrême gauche bloqué dans ses doctrines » et de renouer ainsi avec une nouvelle génération. Le troisième grand défi annoncé est de venir disputer l’hégémonie du PS. Volonté plus tactique qui ouvre sur l’épineuse question des alliances.
La situation départementale
« En construisant ce nouveau parti, avec ceux qui nous ont rejoint, nous nous dotons d’un outil plus adapté pour faire face à la politique de la droite, indique l’enseignante Martine Granier, on sent bien au sein du processus constituant auquel nous sommes associés l’idée d’une disponibilité à l’action. Les lignes bougent. »
La mobilisation pour la création du NPA s’est poursuivie dans le sillage des listes antilibérales présentes aux dernières élections municipales. Six comités d’initiative pour un NPA se sont constituées dans le département. « A l’heure qu’il est 175 personnes ont signé l’appel pour la construction du nouveau parti, commente un ancien militant de la LCR, c’est un résultat très encourageant puisque les 2/3 sont des nouveaux venus. » Si beaucoup de choses sont en débat, notamment le statut et le programme du futur parti, les membres signataires qui travaillent en commission rejettent à l’unanimité les atermoiements ou les reniements des forces de la gauche traditionnelle, notamment du PS.
« Nous ne voterons pas le budget en l’état. Nous souhaitons renforcer le lien avec les luttes sociales et celles des salariés. A ce niveau le rapport de force exige des meeting communs de toute la gauche. » souligne le conseiller municipal montpelliérain Francis Viguié. La question des alliances dépend des futurs congrès du PS et du PC. Elle reste pour l’heure subordonnée aux luttes sociales comme la manifestation du 17 juin pour la défense des retraites et des 35 heures.
L’impact des nouvelles recrues
« C’est très motivant de participer à la construction d’un parti en remettant tout à plat et d’être active par rapport à ce qui se passe » confie une jeune fille d’une vingtaine d’année. « Je cherchais une réponse politique au capitalisme financier, indique un retraité du secteur bancaire, j’étais loin de la LCR. J’ai été surpris de la profondeur du questionnement. Nous avons par exemple débattu des moyens à trouver pour sauvegarder les valeurs humaines et permettre à l’économie de tourner. » L’organisation de la convergence des réseaux d’initiative locale vers la constitution d’un nouveau parti vise la constitution d’un espace à gauche du parti socialiste. Il semble un peu tôt de vouloir mesurer l’impact idéologique des nouveaux signataires sur le nouveau parti. Comme il est difficile de s’avancer sur le futur périmètre et les composantes de ce nouvel espace, que de nombreux citoyens appellent de leurs vœux.