Pas de bébé à la consigne

enfance_vignetteDe nombreuses crèches devraient être fermées jeudi, en raison d’un mouvement de grève des professionnels de la petite enfance, inquiets d’un décret en préparation visant à assouplir les règles d’accueil pour les moins de 6 ans. «Nadine Morano veut créer plus de places en crèche, sans ouvrir de nouvelles structures ni augmenter le budget. En pratique, on va appliquer le surbooking, comme dans les avions pour optimiser la place!», résume Christophe Harnois, membre du collectif «Pas de bébé à la consigne», créé il y a un an pour résister à la «marche arrière» enclenchée par le gouvernement.

Selon le collectif, le décret prévoit d’augmenter le taux de remplissage des crèches. Elles pourront être en surnombre certains jours, avec 20% d’enfants en plus (contre une limite maximale de 10% aujourd’hui). «On voit l’idée : augmenter le nombre d’enfants mais pas le personnel… ce qui revient à réduire le taux d’encadrement», s’indigne Corinne Chaillan, de la Fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants (FNEJE). Elle dénonce aussi la déqualification programmée du personnel. «Avec le nouveau décret, on aura seulement 40% (contre 50% aujourd’hui) de personnel qualifié dans les crèches», à savoir auxiliaires de puériculture, éducateurs de jeunes enfants ou puériculteurs. Ce qui devrait augmenter du même coup le nombre de personnels moins qualifiés, comme les titulaires de CAP Petite enfance.

Au moins 300 000 places manquantes

Un rapport remis au gouvernement en 2008 estimait à 300.000 le nombre de places manquantes dans les structures d’accueil. Environ 240.000 enfants de moins de 3 ans sont accueillis en crèche, soit 10% de cette tranche d’âge. Rappelons aussi que Nicolas Sarkozy avait promis pendant la campagne présidentielle un droit opposable à la garde (et donc, en théorie, la possibilité d’un recours en justice pour tout parent qui ne se verrait  pas offrir un mode de garde pour son petit de moins de 3 ans.) Le collectif «Pas de bébé à la consigne» dénonce aussi la mise en place, «sous prétexte d’une diversification des modes d’accueil», des maisons d’assistantes maternelles et des jardins d’éveil. Les premières permettent à quatre assistantes de se regrouper dans un local quelconque, sans que soient appliquer les règles de base des structures collectives… «Ce sont les nouvelles crèches low cost ! D’ailleurs, on ne parle plus d’accueil des tout-petits mais de mode de garde. C’est un retour en arrière. C’est flagrant», déplore Corinne Chaillan.

Quant aux jardins d’éveil, la «trouvaille» de Nadine Morano, la critique est aussi aiguisée. Destinées à accueillir les 2-3 ans, ces structures inquiètent beaucoup les enseignants, qui voient là une manœuvre pour retarder l’entrée en maternelle à des fins budgétaires. Les professionnels de la petite enfance ne voient pas non plus cette évolution d’un bon œil. «Encore faut-il que le personnel encadrant soit là aussi en nombre suffisant, c’est-à-dire un pour huit. Et sur ce point, on n’a pas de garantie, rien n’est précisé dans le décret», insiste Christophe Harnois, éducateur jeunes enfants.

Des manifestations sont prévues dans une trentaine de villes jeudi. A Paris, le cortège partira du métro Glacière à 10h30. A Nice, le rassemblement de 10 heures à 13 heures place Massena… Toutes les informations sur le site du collectif.

Aubry organise un happening féministe contre Frêche

Martine Aubry. Photo Rosereau

Martine Aubry. Photo Rosereau

Lundi 8 mars, la direction du Parti socialiste fera d’une pierre deux coups. Elle célèbrera la Journée de la femme et en fera une journée anti-Frêche. Martine Aubry a finalement choisi cette date pour se rendre à Montpellier afin de soutenir Hélène Mandroux. La première secrétaire ne sera pas seule. L’accompagnera un aréopage de grandes figures féminines du PS : Elisabeth Guigou, Marylise Lebranchu, Adeline Hazan et Aurélie Filippetti, notamment, sont annoncées. En tout, la délégation devrait compter une quinzaine de « pétroleuses » comme dit en souriant l’une des participantes. Point de meeting à l’horizon mais une conférence de presse suivie d’une réunion sen compagnie de femmes de la région ayant décidé de soutenir la maire de Montpellier ». En début d’après-midi chacune repartira vers ses terres, Martine Aubry ayant aussi tenu à participer aux réjouissances liées à la journée de la femme organisées à Lille.

Choisir le féminisme comme angle de tir contre Georges Frêche ; a priori, le positionnement ne manque pas d’habileté. Les « pétroleuses » socialistes venues défier le beauf’ divers-gauche ; l’effet de contraste est tentant. Les mauvaises langues diront que l’argument portera davantage hors Languedoc-Roussillon qu’au sein de la sphère d’influence de Georges Frêche. Et ajouteront, que c’est bien l’effet escompté. En tout cas, les organisateurs-organisatrices de ce happening anti-Frêche découvriront avec intérêt le dernier entretien accordé par le président du conseil régional de Languedoc-Roussillon, paru dans la livraison de Voici datée du 27 février. Toujours aussi « bon client » pour les médias, Frêche joue sa partition habituelle. Morceaux choisis : « je suis fils unique, c’est pourquoi j’ai besoin d’amour. J’ai été élevé par des femmes (…) : j’aurais du devenir soit homosexuel, soit macho. Je suis devenu macho ». « En m’attaquant, Martine Aubry m’a transformée en icône (…). Elle m’a donnée une aura nationale dont je n’aurais jamais osé rêver (…). Même si elle va tenter encore un coup fourré, je vais me charger de sa réputation après les régionales ». Conclusion de cet entretien : « en fait, le seul regret de ma vie est de chanter faux. Sinon, j’aurais fait carrière dans le lyrique ou dans l’opérette ».

 

Hélène Mandroux

Hélène Mandroux

Sur le terrain, les choses sont moins folkloriques et plus tendues. Les anti-Frêche se plaignent de recevoir des mails nominatifs injurieux et dénoncent le chantage aux subventions exercé à l’encontre de responsables associatifs, contraints de signer des appels publics en faveur du président sortant. Maigre consolation ; un sondage paru la semaine passée accorde 9% à Hélène Mandroux contre 6% la semaine précédente. Dans les rangs Frêchistes, on se compare aux hérétiques Albigeois et l’on dénonce « l’épuration » menée par la rue de Solferino. Chacun des 59 candidats présents sur les listes pro-Frêche a reçu un courte missive lui rappelant l’article 11.19 des statuts du PS concernant « les membres du parti candidats à un poste électif pour lequel les instances du parti ont investi un autre candidat ». « Tu as pris la responsabilité de t’exclure toi-même du Parti socialiste. Tu ne peux donc plus t’en prévaloir, ni utiliser ses logos ou emblèmes » conclut la lettre qui prie le camarade de croire « en l’expression des sentiments distingués » des trois signataires. Qui sont Christophe Borgel, secrétaire national aux élections, Pascale Boistard, secrétaire nationale à l’organisation et Alain Fontanel, secrétaire national à l’animation et au développement des fédérations.

Jean-Michel Normand Le Monde

Voir aussi : Rubrique Politique locale :  Frêche et le serment du Jeu de paumeDémocratie de quartier , Mandroux et le village Gaulois, Le problème frêche : copie à revoir ! ,

 

Le grand échec du mur entre les Etats-Unis et le Mexique

Le vernissage de l'expo a eu lieu sous l'ère Bush

Plus de trois ans après, la grande barrière de la frontière mexicaine et ses mouchards high-tech ne parvient pas à stopper les afflux des immigrés, attirés par l’Eldorado américain. Prévue pour être totalement effective en 2011, elle ne le sera pas avant 2017. Et encore.

Elle devait dessiner la postérité de l’ère Bush  sur 3 500 kilomètres de désert, comme un monument sécuritaire aux grandes peurs de l’après 11 septembre; à la lutte contre les incursions de terroristes, d’immigrants clandestins ou de suppôts des cartels de la drogue sud- américain.

Mais la « grande barrière » de la frontière mexicaine, un mur de métal, de béton et de mouchards high tech qui devait se dérouler, dès 2011, de San Diego, sur la côte pacifique, jusqu’à Brownsville au Texas, ne sera vraisemblablement pas terminée avant la fin de la décennie. En 2017, ou plus tard encore, et pour un prix à faire pâlir ses promoteurs républicains, confiaient, cette semaine, des membres de l’administration Obama.

Lancé en octobre 2006  par un vote d’un Congrès acharné à colmater une frontière poreuse et incontrôlable en raison des distances, devenu « un risque majeur d’infiltration de membres d’Al Qaeda » aux Etats-Unis, le « mur de la haine » honni par les organisations de protection des immigrants, devait consister en une double enceinte grillagée haute de trois mètres cinquante, hérissée de miradors et sertie d’un no man’s land patrouillé par les gardes frontières, eux-mêmes secondés par un système de senseurs et de télésurveillance unique au monde.

Traversée plus de 3000 fois en trois ans

S’il n’a jamais été question de fermer physiquement toute la longueur de la frontière, mais de clore une série de tronçons vulnérables, sur une distance totale d’environ 1 000 kilomètres, même ce premier projet laisse à désirer.

Au prix de 3,5 milliards de dollars, les Etats frontaliers et le gouvernement fédéral n’ont pour l’instant réussi qu’à installer une clôture bricolée faite de grillages ou de plaques de métal, destinée surtout à empêcher le passage illégal à travers champs de véhicules  chargés de clandestins ou de cocaïne mexicaine.

Avec une efficacité discutable: selon le GAO, la Cour des Comptes américaine, ces portions de barrières ont été traversées plus de 3 000 fois en trois ans, découpées ou trouées à 1 300 reprises par les immigrants ou leurs passeurs, les fameux « coyotes » experts du terrain, qui n’ignorent rien des habitudes des « border patrols ».

En héritant de l’édifice inauguré par l’administration précédente, Janet Napolitano, nouvelle Secrétaire à la « Homeland Security », supervisant tous les agences liées à la sécurité du territoire, et ancienne gouverneur d’Arizona, un Etat frontalier, ne s’est pas privé de sarcasmes: « On peut toujours rehausser une barrière à 3,5 mètres ironise t-elle.  Mais cela aura pour conséquence essentielle l’invention d’une échelle plus haute ».

Les zones de barbelés n’offrent aucune panacée sécuritaire. La dissuasion la plus efficace reste l’immensité du désert, où l’on retrouve chaque année près de 300 cadavres de migrants vaincus par la chaleur et la soif; et, dans une moindre mesure, le zèle des garde-frontières.

Les radars multiplient les fausses alertes

Voilà pourquoi le « Fence Project », le projet de barrière, s’accompagne d’un investissement de plus de 8 milliards de dollars dans une surveillance électronique de nouvelle génération, hybride de vidéo terrestre, de senseurs de nouvelle génération, appuyé par les satellite espions du Pentagone et de la Homeland Security.

Le système, testé par son maître d’oeuvre, une filiale de la division militaire de Boeing, sur un tronçon de 50 kilomètres de frontière en Arizona, se révèle un échec cuisant. Aux dires même de Mark Borkowski, directeur du projet « barrière électronique » au Department of Homeland Security, « la dimension technologique s’est avérée un défi imprévu. Nous avons toujours cru que ce serait un jeu d’enfant ».

Or, les radars de nouvelle génération multiplient les fausses alertes au moindre mouvement d’une branche d’arbre ou à chaque passage d’un animal. Le temps de réponse des satellites, coordinateurs de l’ensemble, apparaît incompatible avec la rapidité des mouvements humains, et l’astuce des passeurs, qui expédient des leurres dans le champs des radars, mobilisent les drônes et les patrouilles avant de lancer une incursion d’immigrants, ou de trafiquants de drogue à des dizaines de kilomètres de là. La police, impuissante, assiste sur ses écrans dernier cri, au défilé des clandestins.

Tim Peters, directeur des essais chez Boeing Global Security systems, bat sa coulpe sans finasseries. « Nous faisons tout pour régler les problèmes, assure t-il . Et nous reconnaissons que les attentes de nos clients n’ont pas été satisfaites ». Les logiciels sont à revoir, autant que les solutions simplistes en vogue dans les années 90.

Philippe Coste  L’Expresse

8 millions de personnes pauvres en France… et ce n’est pas fini

pauvreteHausse du chômage, situation aggravée pour les plus pauvres… Un tableau noir dressé par lObservatoire national de la pauvreté et de l’exclusion, dans son rapport sur ses dix ans d’activité, publié ce jeudi 25 février.

La France compte plus de 8 millions de personnes pauvres, le même nombre qu’il y a dix ans. Avec une différence : la situation des plus vulnérables s’est «dégradée» et risque de s’aggraver avec la crise. C’est le constat fait par l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES) dans son dernier rapport. Le document a été rendu public jeudi, jour du dixième anniversaire de l’ONPES, en présence du secrétaire d’Etat chargé du Logement Benoist Apparu et de Martin Hirsch, Haut commissaire aux Solidarités actives.

Dans cette sixième édition, outre un bilan des travaux de l’ONPES depuis dix ans, le rapport s’attarde en particulier sur une étude sobrement intitulée Impact de la crise sur la pauvreté. Ses auteurs, des membres de l’Observatoire français des conjonctures économiques, estiment que la montée «brutale» du chômage en 2008, suite à la crise économique et financière, n’est «que le début de l’ajustement du marché du travail et va se poursuivre dans les années qui viennent.» «Nous entrons actuellement dans une phase de chômage durablement élevée», avec des «conséquences considérables en termes sociaux» ajoutent-ils.

1,8 million de Français vivent avec moins de 602 euros par mois

L’étude précise que le taux de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté (moins de 60% du revenu médian, soit 908 euros par mois) n’a guère évolué, passant de 13,6% à 13,4% de la population entre 1998 et 2007, ce qui représente plus de huit millions de personnes en 2007. La proportion de la population subsistant avec 40% du revenu médian (soit 602 euros) a, quant à elle, augmenté de 2,1% en 2002 à 3,1% en 2007. Ils étaient 1,8 million dans ce cas il y a trois ans.

«Parmi les personnes pauvres, la situation des plus pauvres s’est donc sensiblement dégradée», s’alarme l’ONPES dans son compte-rendu, publié au 10e anniversaire de cet organisme. Avec un facteur aggravant souligné par Agnès de Fleurieu, présidente de l’ONPES : «La dégradation du marché du travail, en touchant les personnes qui étaient déjà les plus vulnérables, engendre un risque d’irréversibilité du chômage et de la pauvreté». Alors que le secrétaire d’Etat à l’Emploi, Laurent Wauquiez, a annoncé ce matin que l’Etat et l’Assurance chômage allaient débloquer des fonds pour les chômeurs en fin de droits, le rapport constate effectivement que le «taux d’ancienneté du chômage» est plus important en 2010 qu’il y a 3 ans, aggravant le niveau de pauvreté moyen des chômeurs.

«Un million de chômeurs vont se retrouver en fin de droits en 2010», a-t-elle rappelé. Si les statistiques disponibles sur la pauvreté ne donnent pas encore de données précises sur les effets de la crise, l’ONPES note que les associations sont «particulièrement préoccupées par l’augmentation des demandes d’aide alimentaire et financière enregistrée depuis l’automne 2008». Un «système de veille sociale» mis en place en 2009 pour faire remonter les impressions des «acteurs de terrain» a également déjà fait apparaître un recours plus importants des jeunes et des personnes âgées aux aides sociales.

Pauvres avec emploi

Phénomène déjà souligné dans le précédent rapport il y a deux ans, la pauvreté touche également les personnes employées. Les travailleurs pauvres étaient 1,9 million en 2007, soit 6,7% des salariés. En 2005, ils étaient déjà 1,7 millions (7% des travailleurs). «On doit avoir moins de travailleurs pauvres, malgré la crise», a plaidé Martin Hirsch. Il a également averti que la prochaine réforme des retraites devra veiller à ce que «travailler plus longtemps soit compatible avec le fait de ne pas pénaliser et ne pas faire renaître la pauvreté chez celles et ceux pour lesquels le parcours de travail a été chaotique». Enfin, «phénomène nouveau», l’ONPES s’inquiète d’une «désespérance accrue des personnes pauvres» qui se traduit par des états «dépressifs» et des attitudes de ressentiment. D’autant plus préoccupant, note le rapport, qu’on «peut y voir moins l’effet de la crise que l’expression d’un processus long de fragmentation la société française».

Voir aussi : Rubrique société

Document ; Dix ans après la déclaration du sommet européen de Lisbonne qui avait tracé l’objectif de « donner un élan décisif à l’éradication de la pauvreté », ce sixième rapport de l’ONPES porte un regard comparatif sur les évolutions en Europe et dresse un bilan de l’observation de ces phénomènes en France. La crise économique fait l’objet d’une première analyse, notamment pour apprécier ses effets sur les personnes les plus fragiles. Il présente : la construction d’un système de veille sur les phénomènes émergents en matière de pauvreté, et l’apport des personnes en situation de précarité à l’amélioration de la connaissance de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Lien vers le rapport

Voir aussi : Rubrique Médias entretien avec Florence Aubenas,

Livre politique. Radioscopie du système Frêche par son ex-avocat

andre-ferran2André Ferran, l’ex-secrétaire fédéral PS, connu pour avoir été l’avocat de président de région, signe un pamphlet sur le système Frêche.

Pourquoi ce livre après avoir été un compagnon de longue route ?

J’avais des choses à dire. Depuis un certain temps, je m’étais écarté politiquement de Georges Frêche. J’ai voté contre lui aux sénatoriales, contre le fait d’écarter la gauche, les communistes, les Verts au bénéfice du Modem. Par ailleurs, je me suis rendu compte, en hésitant beaucoup à trouver cette réalité, que Frêche n’était plus socialiste. Mon livre ne touche pas l’homme privé si ce n’est dans ce qu’il est devenu en tant qu’homme politique. Et que la fédération qu’il avait mis en place était une fédération à sa botte. Navarro n’est pas plus socialiste que moi archevêque.

Vous n’êtes pas archevêque mais vous qualifiez le secrétaire de la fédération de chanoine?

C’est une boutade pour présenter le personnage. J’explique dans le livre que l’un fait la carrière de l’autre. Frêche n’aurait jamais pu faire ce qu’il a fait s’il n’avait mis la main sur la fédération socialiste en plaçant à sa tête un apparatchik qui lui doit tout. Toutes les sections sont présidées par un élu, c’est une pyramide.

Le socialisme en L.R n’existe plus, dites-vous. Ici moins qu’ailleurs ?

J’espère qu’ailleurs le socialisme est un peu plus vivant qu’en Languedoc où il est devenu une secte. Je suis socialiste depuis plusieurs décennies, je pense et j’espère qu’il reste des gens pour défendre le socialisme qui me va droit au coeur et pour lequel je me suis engagé. J’attends que cette équipe soit partie pour revenir dans mon parti et je ne suis pas seul dans cette situation.

Vous citez André Vézinhet qui dit : «  en tant que député, je ne connais pas le nombre de militant de ma propre circonscription « . Est-ce un fait nouveau cela ?

Non ce n’est pas nouveau, le problème est que dans cette fédération, il y a deux catégories d’adhérents. Il y a ceux qui ont une vue très exigeante du socialisme dans sa philosophie et dans sa pratique. La plupart de ces militants pense qu’il faut régler les problèmes en interne et ne pas mettre sur la place publique ce qui pourrait affaiblir le socialisme. Et à côté vous avez les Navarro est les autres qui sont les roitelets. Le fonctionnement de la fédération a révulsé un certain nombre de personnes qui ont démissionné. Moi j’avais proposé de saisir le magistrat compétent en référé afin d’obtenir une ordonnance obligeant Navarro à fournir les registres aux plaignants pour savoir qui cotise et qui ne cotise pas, et éclaircir les choses autour de la fameuse section hors sol. Les gens bien pensants ont préféré ne pas le faire, ce qui permet à l’autre partie de la fédération de poursuivre sur un terreau qui n’est pas le nôtre.

Dans l’affaire des Harkis vous réhabilitez Frêche en expliquant la décision de justice ?

Je n’étais plus son avocat à ce moment-là. La Cour a rendu une décision à mon sens remarquable. Elle considère que le terme de sous-homme n’a pas été employé pour l’ensemble de la communauté. Il n’a pas dit que les Harkis étaient des sous-hommes, il a employé le terme pour les deux personnes qui étaient venues le provoquer donc je le réhabilite. Je ne cherche pas à l’accabler. Je dis ce qu’il en est. Seulement quand il dit j’ai été absout, ce n’est pas vrai. La cour n’a pas jugé puisqu’il y a eu un vice de forme qui lui a interdit d’aller au fond. Frêche c’est le bluff, le bluff, le bluff et j’en est marre de le voir abuser les gens.

Comment voyez-vous l’avenir du PS dans cette région après Frêche ?

Je pense que l’on ne peut pas voir le Languedoc-Roussillon indépendamment de Paris. Si le renouveau du PS se fait, il faudra changer les têtes. Navarro ne pourra pas rester. Il y a un tas de jeunes qui peuvent prendre des responsabilités, d’autres qui sont partis reviendront. Si ça patine à Paris je vous avoue que je ne sais pas ce qui va se passer. Frêche peut mettre des personnes qui travailleront pour lui en gardant la structure et seront plus difficile à déboulonner « .

Recueilli par Jean-Marie Dinh

De dérapages en déraison Frêche se démasque. Chicxulub éditions, 15 euros

Les bonnes feuilles

Le système Frêche
Peu à peu, sans éclat, mais avec une bonasserie rassurante de chanoine, c’est Navarro qui étouffe chez les membres du parti toute velléité de changement, leur interdit d’accéder aux fichiers de la Fédération, à sa comptabilité et à tous autres documents instructifs. Cotisez, braves camarades, votez comme on vous le dit ! Et pour le reste, dormez en paix : je veille ! La devise fait toujours florès. Certes, ce personnage a construit jusqu’à aujourd’hui une belle carrière « politique ». Toujours par scrutins de listes, auxquels il contribue activement en s’y plaçant au mieux pour être élu : vice-président régional, député européen, puis sénateur pour ne parler que des saute-mouton les plus criants.

C’est le pilier central du système Frêche, cimenté par un clientélisme extérieur au parti. Frêche et Navarro font ainsi la paire et route commune, l’un sacrant l’autre et réciproquement ; le premier a beaucoup lu, sait parler ; le second a le souffle court, mais exécute ferme. Cette confiscation du pouvoir au maillage serré, fait de soumission pusillanime, sert encore de corset d’acier aux fondations de l’Empire régional.

Le chef
C’est que Frêche, à califourchon sur la plus grosse branche du chêne qu’il a planté et fait croître – d’après lui, jusqu’à rejoindre Dieu, qu’à l’occasion il conseille, et même remplace – la scie allégrement avec des rires sarcastiques et tonitruants.
Un jour, il prend une décision bizarre sinon incohérente, qui doit sur-le-champ être apportée au peuple. Les services de communication accourent, la presse, et chacun se met aux abris… Le lendemain, il injurie, de préférence publiquement, piétine ceux qu’il trouve trop peu courtisans ou pas assez décérébrés à son goût ; ceux qu’il rencontre, par malheur, à l’instant où sa pression intracrânienne lui impose de libérer pour son confort un jet de vapeur, et même en désespoir de cause, ceux qui respirent trop fort sans son autorisation.

Le reste du temps, Frêche « fait des coups », toujours sans préparation, souvent pulsionnels. Machiavel, c’est pour la légende. Parfois, bingo ! Ça marche ! Vite les médias, il se répand, en rajoute, se vautre. Ah ! Le visionnaire ! Oubliés les échecs, la Septimanie avortée, les lycées débaptisés, etc. Et puis, il faut bien le dire aussi, il exécute : les soupçonnés de traîtrise, les comploteurs présumés, les possibles « pas clairs », les porteurs de mauvaises nouvelles qui font arriver le malheur… Lesdites exécutions sont bien sûr « politiques ».

Ainsi va l’homme, sur la voie qu’il s’est faite, empierrée de courtisans, d’obligés, de ravis, d’attentistes fiers et reconnaissants du pas qui les courbe un peu plus chaque jour. De leader politique, il est devenu gourou. La secte qu’il a créée, où les militants sont devenus fidèles et Navarro le Grand Prêtre, plus calculateur qu’inconditionnel, s’est coupé du monde.

Le faux plébiscite
Le 3 décembre 2009, par un vote, les militants du PS ont adopté la liste Frêche, bien que ce dernier ne paie aucune cotisation au parti depuis trois ans, soit trente mille euros environ. Ils sont bien bons les militants qui paient la leur parfois avec difficulté.

Le paradoxe
Pour comprendre le paradoxe vivant qu’est Frêche, dans son apparence d’être droit dans ses pompes et dans ses oeuvres, toile de fond sur laquelle s’impriment en continu ses foucades, ses outrances, ses boursouflures et ses délires… il ne faut pas procéder par analyse manichéenne de ce dualisme. Il n’y a pas, en l’espèce, le bien et le mal bien tranchés. Pas de pan de mur à l’ombre derrière lequel viendraient, par génération spontanée, et sortiraient, grimaçants, des mots qui dépècent ; ni un point de lumière enveloppante, chaude de généreuse et vivifiante grandeur. Frêche, n’est qu’un. Ses deux facettes ne se succèdent pas en alternance ; elles s’interpénètrent et se légitiment mutuellement.

Ce qui frappe d’abord ceux qui l’approchent, c’est sa pauvreté psychologique dans ses rapports aux autres, en regard de son intellect multiforme et riche. Comme s’il avait pris toute la place disponible pour mieux s’épanouir et s’imposer en maître. « Par ma mère, j’ai été formé machiste, confesse Frêche. J’ai reçu une éducation machiste, continue-t-il, celle de l’homme placé au centre du monde. Comme elle était institutrice, je devais être premier partout. Quand je n’étais que second, elle m’engueulait. Quand elle me disait « tu es second », elle me le disait avec un de ces mépris… Pour faire plaisir à ma mère, j’avais tous les prix. J’étais la « grosse tête de la classe ». Je devais aussi séduire les plus jolies filles » ».

Ce savoir, qui a bâti l’enfant et son accessoire avaient pour vocation de nourrir et muscler son intellect, non point pour l’amener vers autrui, le connaître, apprendre à l’aimer, et peut-êre à le servir, mais pour lui être supérieur et mieux le dominer. C’est pourquoi dans les propos, les façons de faire et les écrits de l’homme qu’il est devenu, on ne peut rien trouver ressemblant à une main tendue, fraternelle, où même simplement à l’offrande d’un soupçon de chaleur humaine vraie.

Le masque
Frêche n’a été formé ni pour les ambassades, ni pour les médiations. Il passe en force ; il ne mène pas les hommes, il les malmène pour les atteler à son char. Son agressivité systématique, son mépris claironnant de tous ou presque, la supériorité qu’il se prête sont les paravents qui participent de ce cynisme. Il en use pour tenir à distance de lui ceux qu’il ne comprend pas, ceux qui l’impressionnent ou qu’il craint ; ceux qui peuvent lui être préférés par les militants du parti. La hantise de n’être pas toujours le premier ! Ainsi trouve-t-on dans ses ouvrages quelques appréciations acides exemplaires, en l’espèce, sur les hommes et les femmes politiques du parti socialiste.

Frêche « élimine »
Ainsi, dans « La France ligotée » (éd. Belfond, p. 49), il écrivait déjà en octobre 1990 : « Le PS est une école de guerre, peut-être la meilleure. Comme ces soldats de mon enfance, les militants au cours des batailles internes luttent à balles réelles ». Drôle de métaphore…

Le bluff
En même temps que la mise en place de ces moyens de protection, à la fois pour mieux compenser ses manques affectifs et donner le sentiment qu’il est toujours et malgré tout le premier de la classe, Frêche, par le verbe et le livre, joue de son intellect. Porteur de grande culture faite d’authentique science, sans respect pour ses auditoires, il engouffre dans ses discours des contre-vérités, de larges tranches d’histoires de pays étrangers, souvenirs de ses cours magistraux, et bluffe à tort et à travers pourvu que cela le fasse mousser, quitte à dire le contraire plus tard. Seul compte l’impact immédiat pour son équilibre profond et sa propre image, celle qu’il croit être la meilleure pour lui.

Jaurès
Mais masquer sa réalité profonde, en suppléant le « sentiment » par l’intellect, n’est encore pour Frêche qu’une talonnette, mise aux bottes de sept lieues qu’il a chaussées pour fuir au plus loin sa « boiterie ». La parade est insuffisante à créer l’humanisme qui manque d’un côté et arriver au génie politique de l’autre. Alors, comme les enfants qui, admirant les qualités d’un personnage mythique, veulent les posséder, et pour cela, l’investissent, s’identifientà lui et finissent par vivre à travers la chimère, Frêche s’est « réincarné » en Jaurès et Machiavel « grands politiques », subtils anticipateurs des temps futurs. Cependant, à y regarder de plus près, on voit bien qu’il n’y a là que panoplies.

Les autres injures
A propos de la venue d’une délégation russe pour la Comédie du Livre de mai-juin 2008 : « C’est un peuple formidable, méconnu en Occident, mais extrêmement gentil ». Attention ! Quand il se fait patelin, la suite glace souvent : pour lui, les Russes n’ont qu’un seul défaut : « ils sont antisémites… ». « Je ne suis plus adapté au monde actuel, un monde de faux-culs où il faut du calme et ne pas dire ce que l’on pense » (Le Journal du Dimanche, 19 février 2006). « Maintenant, on ne peut plus rien dire. J’engueule deux mecs et aussitôt on me fait porter tous les péchés du monde. On vit dans une société de merde préfascisante. Le procès qu’on fait à Sarko est un procès fasciste » (Midi Libre, 28 février 2008). Frêche ne manque pas d’air !

La république bananière
Mais les scores à la Ceausescu enregistrés dans l’Hérault n’ont rien à voir avec le niveau national. La Fédération fait marcher les militants au canon – la section hors sol que dirige Navarro est son domaine réservé. Il en est le secrétaire ; sa femme en est trésorière. Impossible de connaître les inscrits ; madame Navarro vient d’être désignée au Comité national du PS à Paris. « On ne nous a jamais fourni les comptes, je ne veux pas que ma cotisation serve à des postes de budget dont on ne sait rien, ma démission du PS est une sorte de cri d’alarme » s’indigne encore Jacques Atlan. Cette déclaration carrée mérite une exégèse. La « tricherie », ce mot est ici un euphémisme ! On devrait parler du trucage des résultats définitifs des votes, ceux prétendument obtenus dans la fameuse « section hors sol » étant comptabilisés pour les obtenir. Elle est constituée de près de quatre cents inscrits qui seraient éparpillés de par le monde et regroupés autour d’un Navarro au grand coeur, qui les accueille en respectant leur besoin d’anonymat… C’est l’Arlésienne ! Au moins, camarade Navarro, est-ce qu’ils cotisent, comme imposé par les statuts du PS, pour avoir accès aux votes ? La question ne se pose pas, camarade ! Réponse idéale dans son double sens. On peut en rester là ! Il a bien été conseillé à un groupe d’opposants de saisir la justice par voie de référé pour contraindre sous astreinte le Premier fédéral à mettre à leur disposition tous documents indispensables à l’analyse de la situation, pour qu’en soient tirées toutes conséquences. Cela n’a pas été fait, mais il paraît qu’on y pense toujours et qu’on attend l’occasion…

Un nouvel état
Convaincu qu’avant lui, rien n’existait que le désert, et le proclamant, urbi et orbi, il doit créer une entité régionale, creuset de l’oeuvre obligatoirement grandiose qu’il va réaliser et qui portera son sceau pour passer à la postérité. Tous les gouvernements de gauche successifs l’ont laissé à leur porte, le jugeant trop fantasque malgré ses réalisations en qualités de maire, appréciées à Montpellier. Et parce qu’il n’avait pas acquis, malgré ce, sens politique et sagesse.

La Région, véritable « petit pays », lui est alors confiée pour qu’il lui fasse un avenir. Il y est prêt moins pour elle que pour lui et ils vont voir de quoi il est capable, lui, qu’ils n’ont pas accepté. Son oeuvre s’appellera « La Septimanie », sortie de ses souvenirs d’historien, en lieu et place de la dénomination Languedoc-Roussillon, avec son nouveau drapeau, son logo particulier et tout ce qui va suivre d’organisation originale.

La raison hoquette
Après avoir ébroué son esprit, lecture faite de ce morceau d’anthologie, petite partie d’un tout à l’avenant sur d’autres sujets, la raison hoquette d’ahurissement. Ainsi, la stratégie politique de Frêche est basée sur le « cul » pour se faire élire ! Cet « humanisme » a le plus grand mépris pour la démocratie et ceux qui la constituent, qu’il trompe sans état d’âme ; ce « fin lettré », à travers sa langue dont il se moque, refuse au peuple catalan la considération qui est due à sa vivante et riche culture. Les Occitans ne sont pas mieux traités avec leur langage assimilable au « patois », terme péjoratif, oubliant que l’occitan est enseigné à plus de 13 000 élèves en Languedoc.

Epilogue
Le vide s’est fait autour de Georges Frêche. Ses amis sont partis choqués par ses dérives devenues immaîtrisables et inacceptables. Le premier cercle et les autres, à la fois conseillers et gardes du corps, ceux qui avaient eu la chance de servir à travers lui et avec lui, un socialisme ardent et constructif, aujourd’hui, à jamais disparu. C’est que Frêche, en perpétuelle recherche d’équilibre profond, se protège en imposant le personnage qu’il s’est fait, brutal et cynique, excluant les autres de peur qu’ils le découvrent et le maîtrisent. Frêche, à ce jour, est au plus haut degré de l’hubris, de façon irréversible et assumée avec une rare violence si on lui discute une parcelle de pouvoir. Pas pour mettre au concret un socialisme nouveau : pour mieux le combattre. Avec un cynisme rare, il en est arrivé, intouchable qu’il est, pense-t-il, à provoquer l’électeur de gauche. Et puis, il bétonne et bétonne comme il a été vu, et bétonnera encore s’il est réélu, dans l’exercice d’un pouvoir résolument mégalomaniaque. Il ne réalise que des constructions qu’il veut de renommée « européenne » et si possible « mondiale » : aquarium, casino, zone ludico-commerciale, etc. Il s’en gargarise devant  la presse en alignant les chiffres astronomiques des coûts en millions d’euros, à contre-courant de toute considération écologique ; et d’un socialisme au service de l’homme et non de ce qui l’exploite.

La raison a quitté la Région Languedoc-Roussillon. Qui peut la faire revenir ?

Voir aussi : Rubrique Politique : Frêche et le serment du Jeu de paume, Mandroux et le village Gaulois, Pourquoi la gauche doit rompre avec Frêche, Philippe Guérineaud contre Frêche , Le problème frêche : copie à revoir ! , rubrique Livre : Frêche L’empire de l’influence,