Primaire écologiste : « L’écologie de combat » d’Eva Joly porte ses fruits

D’un rien. C’est à 69 voix qu’Eva Joly a raté sa désignation au premier tour de la primaire écologiste. L’ancienne magistrate a atteint 49,75 % des voix contre 40,22 % à l’ex-animateur de télévision, Nicolas Hulot. Les deux petits candidats, étaient loin derrière (Stéphane Lhomme 4,44 % et Henri Stoll 5,02 %).

C’est bien à un duel entre les deux écolos venus de l’extérieur du mouvement que la primaire a donné lieu. Mais la surprise est venue de l’écart qui s’est dessiné entre les deux challengers. Le score de Mme Joly a ainsi contredit tous les pronostics qui donnaient M. Hulot largement vainqueur. Les proches du père du Pacte écologique pensaient même réussir à emporter le vote dès le premier tour.

En devançant largement son adversaire, la députée européenne démontre sa capacité à mener une campagne rythmée et qui a réussi à convaincre le peuple écolo. L’ex-juge avait adopté dès le début de la campagne interne une ligne plus radicale – insistant sur son « écologie de combat » – et cela a plu tant aux militants qu’aux sympathisants qui mesurent, dans leurs combats quotidiens, que les combats écologiques sont longs et âpres.

Hulot desservi par son positionnement « ni droite ni gauche »

Nicolas Hulot, lui, n’est jamais vraiment entré dans sa campagne. Réticent d’abord à se déclarer, puis à accepter les conditions du mouvement, il a sans cesse donné l’impression qu’il tablait d’abord sur sa popularité extérieure avant de comprendre qu’il lui fallait convaincre en interne. Il semblait oublier que popularité ne veut pas dire automatiquement intentions de vote : les derniers sondages le donnaient coude à coude avec Mme Joly.

Son positionnement « ni droite ni gauche » et son souci d’être toujours consensuel l’ont desservi. Enfin sa gaffe sur son souhait initial de faire un ticket avec Jean-Louis Borloo a brouillé un peu plus son image déjà floue et pas assez à gauche. Eva Joly, elle, avait dès le départ affirmé être à gauche et dit sa volonté de passer une alliance avec les socialistes pour 2012. Un positionnement qu’Europe Ecologie-Les Verts avait largement confirmé lors de son premier congrès en juin. Les militants ont donc joué la cohérence entre leur projet et leur candidate.

Sylvia Zappi

Le Brésil accorde un permis de résidence à Cesare Battisti

Cesare Battisti lors de sa sortie de prison le 8/06/11. Photo Reuter ,Ricardo Moraes

Cesare Battisti lors de sa sortie de prison le 8/06/11. Photo Reuter ,Ricardo Moraes

L’Italien Cesare Battisti a obtenu, mercredi 22 juin, un permis de résidence permanent au Brésil, une décision attendue après le refus début juin de la justice d’extrader l’ancien activiste d’extrême gauche vers l’Italie, qui continue à le réclamer.

Ce permis de séjour et de travail au Brésil a été accordé par le Conseil national de l’immigration, dont les membres ont voté massivement en faveur de l’Italien. Par quatorze voix pour, deux contre et une abstention, le Conseil a « autorisé mercredi Cesare Battisti à séjourner au Brésil pour une durée indéterminée », a annoncé le ministère du travail. Cesare Battisti, 56 ans, est réclamé par l’Italie après avoir été condamné par contumace, en 1993, à la réclusion à perpétuité pour quatre meurtres et complicité de meurtres à la fin des années 1970 – les « années de plomb » du terrorisme – crimes dont il se dit innocent.

Incarcéré pendant quatre ans près de Brasilia en attendant son extradition, Cesare Battisti a été libéré dans la nuit du 9 juin, quelques heures après que la Cour suprême du Brésil eut rejeté la demande de Rome. Les juges ont estimé que l’Italie ne pouvait contester la décision « souveraine » de l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva qui, au dernier jour de son mandat, le 31 janvier 2010, avait refusé d’extrader M. Battisti. Indignée, l’Italie estime que l’accord d’extradition liant les deux pays n’a pas été respecté par le Brésil, et a rappelé son ambassadeur pour consultation.

Un roman en préparation

Le gouvernement italien a promis d’aller jusqu’au bout pour obtenir satisfaction, y compris saisir la Cour internationale de La Haye, qui juge les différents entre Etats. Il a d’ores et déjà demandé d’actionner une « commission de conciliation » entre les deux pays. Le gouvernement brésilien est resté ferme dans sa décision et a minimisé la mauvaise humeur italienne, affirmant que cette affaire n’affectera pas les fortes relations entre les deux pays.

Depuis sa sortie de prison, Cesare Battisti est resté à l’écart de la presse et n’a fait aucune déclaration. Il s’est réfugié, dans un premier temps, dans l’anonymat de Sao Paulo, la grande métropole brésilienne, avec l’intention de poursuivre son travail d’écrivain, selon ses avocats. L’un d’eux a dit que M. Battisti souhaitait rester au Brésil, où il a vécu dans la clandestinité de 2004 à 2007, date de son arrestation à Rio de Janeiro. Il avait commencé à y refaire sa vie, après trente ans de fuite au Mexique et en France, où il est devenu auteur de romans policiers. « Il se consacrera à la révision de son dernier roman », avait confié à l’AFP l’avocat Luiz Eduardo Greenhalgh.  Ce roman, « Au pied du mur », est inspiré de ses quatre années de détention à Papuda. Outre un roman policier, il a déjà écrit depuis son arrivée au Brésil Minha fuga sem fim (« Ma cavale ») et Ser bambu (une expression brésilienne qui signifie « plier mais rester solide »).

AFP

 

Voir Aussi : Rubrique Justice, rubrique Roman Noir

La difficile émergence d’un « islam de France »

Les appels récurrents, à droite comme à gauche, pour faire émerger un « islam de France » sont-ils condamnés à demeurer des discours incantatoires ? Oui, si l’on s’en tient au bilan des diverses initiatives et institutions lancées par les pouvoirs publics ces dernières années, qu’il s’agisse de la représentation des musulmans, du financement des mosquées ou de la formation profane des cadres religieux.

Mohammed Moussaoui, qui sera reconduit dimanche 19 juin à la tête du Conseil français du culte musulman (CFCM), conserve les rênes d’une institution à la légitimité de plus en plus contestée sur le terrain. Cette instance « représentative », voulue par les gouvernements successifs depuis une vingtaine d’années, a été créée aux forceps en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, afin de promouvoir un « islam de France », que les responsables politiques souhaitaient implicitement « modéré ». Le CFCM, miné par les guerres intestines, est aujourd’hui maintenu à flot par la volonté de son successeur, également chargé des cultes.

En huit ans, le CFCM s’est certes imposé dans le paysage institutionnel, aux côtés des autres confessions. Mais, en matière de gestion du culte, et en dépit d’avancées au niveau régional, son bilan est proche de zéro. Surtout, le CFCM, censé faire cohabiter les diverses expressions de l’islam, a échoué à atténuer les luttes d’influence entre les organisations musulmanes proches des pays d’origine (Maroc et Algérie) ou de courants particuliers de l’islam (Union des organisations islamiques de France, UOIF).

Les élections du 5 juin ont donné lieu à des clivages jamais égalés. Deux des trois principales fédérations, celle de la Grande Mosquée de Paris et l’UOIF, ont boycotté le scrutin, et le CFCM a encore perdu en crédibilité.

Autre essai avorté : la rationalisation du financement des mosquées, que les pouvoirs publics auraient aimé voir sortir du giron étranger. Imaginé comme un outil de transparence, la Fondation des oeuvres de l’islam, installée en 2007, n’a pas su mobiliser les énergies musulmanes pour collecter et mutualiser des fonds.

Enfin, alors que l’émergence d’imams et de cadres religieux musulmans formés à la laïcité est une priorité des ministres de l’intérieur successifs, la formation emblématique de ce projet s’essouffle après seulement quatre ans d’activité. Soutenu par le gouvernement, un nouveau dispositif est prévu en octobre.

Ces ratés institutionnels n’empêchent pas l’islam de s’inscrire dans le paysage français. Sans l’aide du CFCM ou d’une quelconque Fondation, des mosquées sont construites sur tout le territoire, financées en grande partie par les fidèles et, dans certains cas, par des aides venues de l’étranger. Portées par des musulmans nés ou élevés en France, des initiatives émergent pour l’organisation du marché halal, la « lutte contre l’islamophobie » ou l’ouverture d’écoles coraniques dans les mosquées. C’est peut-être là, plus que dans les structures officielles, qu’il faudra bientôt chercher l' »islam de France ».

Editorial Le Monde 19/06/11

Voir aussi : Rubrique Religion

«La crise morale nous touche de l’intérieur»

Jacques Broda. Photo Simon Borysko

Jacques Broda un sociologue critique et provocateur.

Le sociologue Jacques Broda était invité à Montpellier par le Collectif éducation populaire et transformation sociale. L’enseignant chercheur est intervenu sur le thème d’une école qui résiste à la marchandisation. Il travaille depuis 20 ans sur la jeunesse dans le champ de la sociologie critique en s’impliquant sur le terrain.

Quelle définition donnez-vous à la jeunesse ?

« C’est une catégorie d’âge sur laquelle je porte un regard anthropologique. J’ai travaillé longtemps avec Armand Gatti avec qui je partage l’idée que nous sommes des sujets historiques. C’est ainsi que j’interroge la jeunesse. De quelle politique vient-elle ? Quelle politique fait-elle ou ne fait-elle pas ? Et quelle politique fera-t- elle ? Ce qui me pousse à considérer l’avenir avec une immense inquiétude.

L’école est-elle au centre de la problématique ?

L’école devrait être un lieu de résistance. Parce qu’il n’y a plus que l’école pour apprendre à penser et se rendre compte de ce qui se passe. Or l’école n’est pas l’école de la politique mais un lieu de dressage.

Vous êtes critique sur l’idée de démocratisation de l’école.

La démocratisation est un leurre. Bourdieu l’a analysée. L’inégalité scolaire redouble l’inégalité sociale. Je connais un jeune issu d’une famille de mineurs qui a dû emprunter  22 000 euros pour payer ses études de commerce. C’est la société qui a une dette envers lui et c’est lui qui doit en contracter une. Le problème est qu’il ne conteste pas. Une grande partie de la jeunesse s’adapte à la réalité sans se rendre compte qu’elle se met en difficulté et qu’elle met aussi en grande difficulté ses futurs enfants. Mais les jeunes ont beaucoup de mal à se projeter dans l’avenir.

Ne subissent-ils pas les effets d’une société qui ne leur laisse aucune place ?

Les jeunes sont des individus qui doivent s’investir dans le devenir politique et éthique. D’ailleurs tous les jeunes ne sont pas déresponsabilisés. Je suis admiratif d’une partie de la jeunesse dont personne ne parle qui est critique et a énormément de  courage. Ce sont les Antigone des temps modernes. Certaines font trois jours en un. Elles sont à la fois pilier au sein de leur famille, travaillent au Mac D’o et suivent leur études et les réussissent.

S’agit-il de jeunes issus de l’immigration ?

Pour la plupart oui. Mais pas seulement, Je connais aussi des fils de bourges qui refusent que leur parents leur payent une voiture parce qu’ils ont une certaine éthique. Je pense qu’il faut encourager cette forme de résistance spirituelle.

La religion y tient-elle une place ?

Les rares étudiants avec qui je peux dialoguer des valeurs sont ceux qui ont une éducation religieuse. Je sais qu’en tant que communiste, mes propos peuvent paraître provocateurs. Les formes de religions universalistes moderne ont laissé des dépôts. Je crois que le marxisme s’est trompé sur la religion. Il n’a pas compris qu’à l’intérieur des religions se niche une base morale.

Comment situez-vous la crise morale par rapport à la crise sociale ?

Elle est plus importante parce qu’elle touche les individus de l’intérieur. Pour avancer sur le social il faut des bases morales.

Comment concernez-vous les classes moyennes dans votre rapport à la lutte des classes ?

Je suis partisan du concept d’une alliance sur la base de l’émancipation des marchés financiers. Les classes moyennes n’ont aucun intérêt à vivre dans un monde barbare. La majorité de la population est en demande d’humanité, de tolérance, et de service public. La classe moyenne a tout à gagner à évoluer dans un monde civilisé.

Recueilli Par Jean-Marie Dinh

Voir aussi : Rubrique Education, Ecole : revenir à l’essentiel, rubrique Sciences Humaines, rubrique Rencontre, Rubrique Religion

Des 400 coups au ciné mainstream

Rencontre. Avec J-M Frodon pour une histoire du cinéma Français.

Il est difficile, pour un critique, historien et journaliste comme Jean-Michel Frodon de condenser son système de pensée, surtout lorsque son implication dans l’univers du cinéma remonte à son premier cri avec un père pratiquant le même métier. C’est toutefois le défi qu’il vient de relever en publiant Le cinéma Français de la Nouvelle vague à nos jours. L’ouvrage brosse le portrait d’un demi siècle de cinéma depuis son âge moderne qui débute en 1959 avec la sortie du premier long-métrage de Truffaut Les Quatre cents coups et de Hiroshima mon amour de d’Alain Resnais.

Critique aguerri, Jean-Michel Frodon ne répond pas à l’image du cinéphile érudit qui s’écoute parler. Il semble tout au contraire, vouloir partager son amour du 7e art en rendant ses connaissances accessibles. « Le cinéma ne reflète pas la société en évolution, il en fait partie. Pour moi, travailler sur l’histoire, c’est avoir des engagements car en matière de cinéma, les goûts et les couleurs, ça se discute. Le cinéma m’intéresse parce que le monde m’intéresse. »

On retrouve cette affirmation dans son livre qui propose une synthèse des films et des gens qui les font (réalisateurs, acteurs, techniciens), de ceux qui les montrent mais aussi de l’économie du cinéma,  de la législation qui l’encadre et du contexte social et politique dans lequel naissent les films. Le livre croise l’ensemble des champs qui influent dans la création cinématographique et propose des assemblages d’œuvres qui se répondent. Il est organisé par décennies.

Le cinéma en marche

Après la révolution esthétique de la nouvelle vague, viennent les années 1968/75. Années où s’affirme la prééminence du politique. L’auteur  rappelle la ligne de partage énoncée par Godard qui distingue les films politiques et les films filmés politiquement. « Les premiers voulant représenter la société, les seconds tentant d’inventer de nouvelles manières de faire du cinéma, cohérentes avec la volonté de rupture idéologique de leur auteurs. »

Dans la période 1976/80 se marque la disparition des grands récits à l’instar des valseuses de Bertrand Blier. La place donnée aux acteurs Depardieu, Dewaere, Miou-Miou, Huppert…, bouleverse le mode de représentation. C’est aussi l’époque où le cinéma consacre le triomphe de l’argent. Parmi les acteurs ayant porté ce thème, figure Michel Piccoli abonné au rôle du grand bourgeois. « L’acteur se plait à en écorner l’image chaque fois que l’occasion se présente », observe Frodon.

Sous pavillon culturel

L’impact des crises qui ont transformé les économies mondiales se répercutent en France dans le milieu des années 80 par « un repli de la profession sous pavillon culturel. » La promotion culturelle, la protection réglementaire et l’intégration de l’audiovisuel permettent au cinéma français de ne pas sombrer comme dans les pays voisins. Le financement du cinéma par le petit écran tient à cet égard un rôle majeur.

Depuis les années 2000, l’époque de  la globalisation  s’illustre par la fidélisation de la clientèle dans les multiplexes et le recul du politique à quoi s’ajoute l’essor du numérique et le développement du cinéma mainstream.

C’est sur ce constat que s’interrompt le récit, à un moment où le cinéma français semble menacé par les grandes évolutions du monde. Mais l’optimisme réaliste de Jean-Michel Frodon, lui, laisse à penser qu’il écrira la suite de cette fabuleuse aventure.

Jean-Marie Dinh

Le cinéma Français de la Nouvelle vague à nos jours, éditions Cahiers du Cinéma

Voir aussi : Rubrique Cinéma rubrique Livre, Essais , F.Martel : Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde,