Bouteflika réélu : l’Algérie ou le cadavre encerclé

Bouteflika-2013

Tribune de l’écrivain Mohamed Kacimi *

Ainsi, il est élu à 81,53%. Je ne m’attendais pas à autre chose. Je ne m’attendais pas à mieux, ni à pire.

Mais je n’avais pas prévu que ce régime allait nous faire boire le calice jusqu’à la lie avec la scène du Président, paralytique, aphasique, poussé vers l’isoloir sur un chariot tel une vulgaire Samsonite.

Je crois que ni la Roumanie de Ceausescu, ni l’Union soviétique de Brejnev, ni l’Ouganda de Idi Amin Dada n’auraient osé une mise en scène aussi macabre. Même les pires goulags avaient le sens de la pudeur.

A Alger, quand le roi est nu, on ne le soustrait pas aux regards de la foule, on ne le drape pas, non, au contraire, on l’exhibe nu au balcon, et on lui fait croire que la foule muette est en délire au spectacle de ses attributs au vent.

Beaucoup d’analystes pensent que l’acharnement du régime d’Alger à jouer la carte de Boutef contre vents et marées vient du fait que le personnage représente une sorte de clé de voûte du système, et que, sans lui, tout volerait en éclats. Ce qui est faux.

Justement parce qu’il ne représente rien

C’est ignorer la mentalité du régime. Le régime tient à Boutef justement parce qu’il ne représente rien, parce qu’il ne pèse rien, parce qu’il ne contrôle rien. Parce qu’il ne peut plus rien dire, rien faire.

Le calcul cynique consiste à dire qu’ils peuvent tenir le pays avec un tétraplégique, avec un trisomique ou même avec la chèvre de Monsieur Seguin.

Le drame de ce pays c’est d’être tombé depuis 1962 aux mains d’une bande « d’anciens maquisards » du FLN qui sont persuadés, convaincus, que l’Algérie est leur butin de guerre, que le pays est une prise de guerre arrachée de force des mains de la France et qui représente depuis leur bien propre, leur propriété privée et exclusive.

Le bail est en leur nom. Et toute tentative d’y changer l’ordre des choses est perçue par eux comme une violation de domicile.

Leur pouvoir ne se discute pas, au nom de la « révolution de 1954 », ils ont tous les droits.

L’Algérie se résume à un derrick

A leurs yeux, l’Algérie se résume à un derrick ; le reste, le peuple, les gens, la jeunesse, les femmes, sont superflus. D’où cette façon de leur faire la nique avec un candidat impotent. Et cela résume toute l’idéologie et la devise même du régime algérien qui tient en une phrase : « Et si tu n’es pas content, frappe ta tête contre le mur. »

Beaucoup aussi assurent que le candidat unique a ramené la paix aux pays et pacifié les âmes. C’est presque la légende dorée ! Il était une fois un pays à feu à sang et, par un grand matin, tombe par miracle du ciel Boutef. Tel Gabriel, l’archange venu de Genève arrête aussitôt le bras armé des islamistes les empêchant d’égorger des millions d’Isaac ou d’Ismaël ! ! !

Depuis, tout le peuple lui voue une reconnaissance infinie. La bonne blague !

L’homme en fait a débarqué en Algérie au moment où le terrorisme s’essoufflait et il a promis la « concorde civile » en effaçant du tableau 200 000 morts, comme une vulgaire faute d’orthographe, sans procès, sans travail de mémoire, sans introspection, sans question.

Pourquoi ce pays s’est-il transformé durant dix années en immense charnier ? Quelle haines, quels désespoirs ont été insufflés à ces jeunes pour qu’ils en viennent à s’égorger les uns les autres comme des moutons ? Pourquoi des milliers de jeunes ont-ils préféré mettre le feu à leur terre plutôt que d’y vivre ?

La question reste posée et le poids de tous ces cadavres n’est pas prêt de disparaître de la mémoire des vivants. Bien sûr, les islamistes n’ont pas réussi à prendre par les armes le pouvoir, mais le régime, pour faire la paix avec eux, leur donné en pâture toute la société.

L’Algérie d’aujourd’hui ressemble à une immense mosquée

L’Algérie d’aujourd’hui ressemble à une immense mosquée peuplée de 36 millions d’individus qui n’ont pas d’autre horizon, d’autre pensée, d’autre chair, d’autre loisir, d’autre respiration que la religion.

Désormais les islamistes n’ont que faire du palais d’Al Mouradia, puisqu’ils squattent le moindre neurone de chaque citoyen.

Je disais que l’Algérie souffre d’une calamité historique, le FLN. Il en est une autre qui est à l’origine de tous ses malheurs : le pétrole.

Manne tombée du ciel, le pétrole, loin de contribuer au développement du pays, en creuse la tombe. Pour l’instant, il permet à ce peuple de consommer ce qu’il veut sans produire quoi que ce soit, de vivre sans travailler, en somme.

L’Algérien importe 100% de ce qu’il consomme, depuis sa baguette importée de Biélorussie à sa barquette de carottes râpées, importée de Nouvelle Zélande.

Chômeurs ou Chinois ?

Avec l’argent du pétrole, Boutef a fait descendre les islamistes du maquis, tout comme il a rempli les chantiers de Chinois. Depuis, des millions de chômeurs algériens, regardent comme des vaches, passer les trains bourrés de milliers de Chinois qui construisent à coups de milliards de dollars des autoroutes qui tombent en ruine en un clin d’œil.

Sans compter la très grande mosquée, rêvée par Boutef, qui coûtera deux milliards de dollars et accueillera 80 000 fidèles d’un coup. Dans un pays où il ne subsiste aucun théâtre, aucune salle de cinéma, où les librairies sont transformées en fast-food où l’on vous propose désormais le must de la gastronomie algérienne : la pizza à la mayonnaise et le couscous frites.

En soixante années de pouvoir absolu, le FLN a réussi à ;

  • transformer la mer qui baigne les côtes algériennes en décharge publique ;
  • à faire de ses villes, Constantine, Alger, Annaba ou Oran et toutes les autres, d’immenses bidonvilles, hérissés de paraboles rouillées et de linge en lambeaux ;
  • à écraser, un à un, et au bulldozer tous les orangers de la Mitidja pour les remplacer par des HLM qui tombent en poussière avant d’être inaugurés et des carcasses en tuiles à neuf trous qui s’écrouleront au premier courant d’air ;
  • à transformer le Sahara en mouroir et en coupe-gorge ;
  • à réduire les femmes en ombres d’elles-mêmes, périmées avant que de naître, voilées au premier jour, violées si elles oublient de se coucher avec le soleil.

Le FLN a aussi réussi à ramener l’avenir du pays aux dimensions d’un tapis de prière, à ne laisser aux jeunes comme unique horizon et avenir que le ventre des requins bleus.

Et comme tous les experts s’accordent à dire que les réserves du pays en pétrole vont tarir dans vingt ans, c’est-à-dire demain, on se demande alors que feront alors les 50 millions d’Algériens avec le cadavre de ce pays qu’ils auront eu en héritage. Trouveront-ils alors assez de pierres et de sable pour calmer leur faim ?

* Mohamed Kacimi : Ecrivain, a collaboré au magazine Actuel, et à France Culture. Anime avec Françoise Allaire l’association Ecritures du Monde dont le but est de mette en place des chantiers de théâtre dans les régions sensibles du monde et de diffuser les théâtres étrangers en France. Derniers ouvrages parus: L’Orient après l’amour, Actes Sud, 2009; La Confession d’Abraham, Gallimard Folio 2012

Source : Rue 89 19/04/2014

Voir aussi : Rubrique Méditerranée, Algérie, rubrique International,

En Egypte, la condamnation à mort « ridicule et injustifiée » de 529 Frères musulmans

Parents et amis de militants pro-Morsi condamnés pour les violences de cet été, réunis devant le tribunal dans le sud de Minya. | AFP/-

Parents et amis de militants pro-Morsi condamnés pour les violences de cet été, réunis devant le tribunal dans le sud de Minya. | AFP/-

Un tribunal égyptien a condamné à mort, lundi 24 mars, en première instance, 529 partisans du président islamiste Mohamed Morsi pour la mort d’un officier de police dans la province d’Al-Minya, en Moyenne-Egypte. Ces faits avaient eu lieu lors des événements sanglants qui ont entouré la dispersion en août 2013 des sit-in des Frères musulmans protestant contre la destitution par l’armée du président issu de la confrérie.

Selon l’agence de presse officielle MENA, les accusés étaient également poursuivis pour tentative de meurtre sur deux autres officiers de police, ainsi que pour l’incendie du poste de police de Matay, la saisie d’armes de police et pour trouble à l’ordre public. Dix-sept autres prévenus ont été acquittés, selon l’avocat Ahmed Al-Charif. Seuls 153 des condamnés sont détenus, les autres sont en fuite.

Mohammed Lotfy, fondateur de la Commission égyptienne pour les droits et libertés (ECRF), revient sur le verdict rendu dans le cadre de ce procès, le plus important depuis le début de la répression des pro-Morsi.

Quelle est votre réaction face à la condamnation à mort de 529 partisans des Frères musulmans prononcée par le tribunal d’Al-Minya ?

Ce verdict constitue un choc. Il traduit une culmination de la politisation du judiciaire en Egypte. On a vu beaucoup de procès motivés politiquement, que ce soit à l’encontre des Frères musulmans ou à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme ou des activistes politiques, dans lesquels il y a un biais apparent de la part du tribunal, qui semble motivé par la situation politique. Toute voix s’opposant au gouvernement actuel est sujette à la répression policière (arrestations, torture) ou à des procès inéquitables ne garantissant pas les procédures élémentaires.

Si les procédures étaient respectées, on ne verrait pas de juge donner la peine de mort à plus de 500 personnes. C’est un verdict ridicule au regard de la loi ou même de la logique. Comment 500 personnes peuvent-elles êtres responsables de la mort d’un seul homme ? Le juge a dû se voir autoriser à rendre un tel verdict, en se considérant partie prenante d’un conflit politique. Le verdict vise à envoyer un message politique

En parallèle, le judiciaire fait tout pour laver l’Etat de toute responsabilité quand il y a des violations graves des droits de l’homme contre des citoyens. Depuis la révolution de 2011, les verdicts rendus ont totalement occulté la responsabilité des forces de sécurité dans la mort de plusieurs milliers de personnes en Egypte. Aucun policier n’a été condamné. A chaque fois, les juges ont considéré qu’il n’était pas possible d’établir quel policier avait tiré sur tel manifestant. Dans les cas où un accusé a été nommément identifié, il n’y a eu aucune peine de mort ou de prison. En ce qui concerne les événements d’août 2013, un seul policier a été condamné à dix ans de prison et trois autres à un an avec sursis pour la mort de 37 prévenus lors de leur transport en fourgonnette de police, le 13 août. Des gaz lacrymogènes ont été lancés dans la fourgonnette alors que les prévenus, menottés, ne représentaient pas une menace.

Y-a-t-il eu des violations de la procédure judiciaire dans le cas du procès d’Al-Minya ?

C’est un procès expéditif qui est injustifié. Il n’y a eu que deux sessions [le procès s’est ouvert samedi 22 mars]. La défense n’a pas eu l’occasion de défendre les accusés comme il se doit et notamment de présenter des témoins. Pour comparaison, le procès contre l’ancien président égyptien Hosni Moubarak, jugé depuis août 2011 pour le meurtre de manifestants lors de la révolution de janvier-février 2011, n’est pas terminé.

Pour fonder son verdict, le juge aurait dû prouver que chacun des prévenus a participé au meurtre de l’officier de police. Or, comment faire la preuve en deux sessions de tribunal que chacun des accusés, du numéro 1 au numéro 529, a participé au meurtre ou tué la victime ? Il est difficile de dire s’il y a eu des pressions directes sur le juge. Il est difficile d’imaginer qu’on ait pu dicter un verdict aussi préjudiciable à la réputation de l’institution judiciaire et du gouvernement.

Quelles sont les recours dont disposent les accusés ?

Il y aura très certainement un appel devant la Cour de cassation, comme le prévoit la procédure criminelle en Egypte. On verra alors si la Cour de cassation juge que l’affaire mérite d’être rejugée pour vice de procédure. On espère que ce sera le cas mais, même dans cette éventualité, les accusés vont rester en prison jusqu’au verdict de la Cour de cassation et la tenue d’un nouveau procès, ce qui risque de prendre plusieurs années.

Avant cela, du fait qu’il prévoit la peine capitale, le verdict doit être soumis au mufti d’Al-Azhar [la plus haute institution religieuse d’Egypte] qui va donner au juge son opinion sur ce verdict. Mais ce n’est pas une opinion contraignante et la décision finale revient au juge. Pour exemple, la semaine dernière, dans une affaire relative à la planification d’une attaque terroriste contre le canal de Suez en 2009, le juge a confirmé la peine capitale contre un des 26 prévenus en dépit de l’avis contraire du mufti et sachant que la planification en soi d’une attaque terroriste n’est pas criminalisée par la loi égyptienne.

Propos recueillis par Hélène Sallon

Source Le Monde : 24/03/2014

Voir aussi : Rubrique International Egypte, rubrique  Méditerranée,  rubrique Moyen Orient,

Printemps des poètes Vénus Khoury-Ghata : Métaphores percutantes

Sète. Vénus Khoury-Ghata dimanche au Musée Paul Valéry.

Une femme aimante et libre.

Une femme aimante et libre.

Dans le cadre du Printemps des Poètes, une grande dame de la poésie est attendue dimanche à Sète; la poétesse d’origine libanaise Vénus Khoury-Ghata répondra à l’invitation du musée Paul Valéry en collaboration avec la Maison de la poésie de Montpellier-Languedoc. Insatiable et passionnée, Vénus Khoury-Ghata a su s’imposer très naturellement dans un monde d’homme et devenir l’une des plus célèbres écrivains et poétesses françaises.

Entre France et Liban; entre Orient et Occident, de  «l’araméen caillouteux» à «l’arabe houleux» et dans un français puissant, la mémoire des êtres aimés et blessés, une mère, un frère et celle d’un époux perdu, donnent à cette voix de femme aimante et libre un échos rapidement reconnu et une profondeur universelle.

Elle a bâti au fil des ans une œuvre riche, alternant poésie et roman, couronnée par de nombreux prix : prix Apollinaire pour «Les ombres et leurs cris», prix Mallarmé pour «Un Faux pas du soleil», grandprix de Poésie de la SGDL pour l’ensemble de son œuvre, grand prix de poésie de l’Académie Française.

Lecture poétique  et musicale de dim 16 mars à 16h, dans les jardin du Musée Paul Valéry entrée libre.

Voir aussi : Rubrique Littérature, Poésie, rubrique Agenda,

Regards sur le cinéma algérien « L’objectif est de trouver les films et les montrer »

Les-Jours-d-avant

Les jours d’avant de Karim Moussaoui

Cinéma. La manifestation Regards sur le cinéma algérien. débute ce soir à Montpellier avant de partir en région.

L’association Regards sur le cinéma algérien s’apprête à reprendre la route pour sillonner le territoire régional et irriguer les salles de cinéma pour faire vivre et découvrir la production cinématographique algérienne. Le coup d’envoi de ce passionnant périple à lieu ce soir à la Maison des relations internationales à 18h. L’inauguration sera suivie de la projection du dernier film de Karim Moussaoui Les jours d’avant au Diagonal à Montpellier à 20h. Le réalisateur algérien qui ouvrira le débat après la projection, aborde la question de la jeunesse à l’aube de la décennie noire des années 90, période terroriste qualifiée par Benjamin Stora de « guerre invisible ». Toujours à Montpellier, on pourra découvrir La Traversée, lundi 10 février en présence de la jeune réalisatrice Elisabeth Leuvrey qui vit entre Alger et Marseille et aborde le rapport entre ces deux villes en transcendant la douleur de l’exil.

Regards sur le cinéma algérien sera également accueilli à l’Utopia et au cinéma municipale Nestor Burma, mais la manifestation qui se refuse à devenir un festival, dépasse largement les frontières de la capitale régionale pour faire découvrir l’actualité des films algériens au gré des partenariats tissés dans la région.

« Nous voulons passer dans les salles de cinéma sans dénier les propositions des médiathèques, indique l’historien du cinéma Jacques Choukroun, cette année nous avons décidé de tenir une ligne de promotion du cinéma algérien toute l’année. » Le 60e anniversaire de l’insurrection algérienne qui sera célébré en novembre trouvera un prolongement avec la sortie de Lalla Fadhma n’Soumer de Belkacem Hadjadj sur l’héroïne berbère ayant animé le combat contre l’envahisseur. « Notre objectif est de trouver les films et de les montrer, pas de tomber dans des manifestations folkloriques amicales », affirme Jacques Choukroun.

Reste que les cinq à six films algériens produits chaque année ont conduit la manifestation à élargir son activité à l’organisation de rencontres autour de la musique, la littérature et l’histoire algérienne. Une occasion d’enrichir nos connaissances sur nos voisins méditerranéens  pour les allier au plaisir cinématographique.

JMDH

Source L’Hérault du Jour 06/02/2014

Voir aussi :  Rubrique Cinéma, rencontre avec Ali Mouzaoui, Polémique autour du film de Bouchareb , Les Hors-la-loi, de Tewfilk Farès, rubrique Algérie,

Aurélien Bory « Azimut » . Une autre voie s’exprime en suspension


azimut-4-copyright-agnes-mellonAurélien Bory et le groupe acrobatique de Tanger présentent ce soir au Corum « Azimut ». Une pièce singulièrement expressive.

Fils du théâtre et de la danse, Aurélien Bory poursuit son travail à la croisée de nombreuses disciplines (théâtre, cirque, danse, arts visuels, musique…). Il sera ce soir au Corum en compagnie du Groupe acrobatique de Tanger  avec sa pièce Azimut créée à Aix en décembre dernier et programmée dans le cadre de la saison Montpellier Danse.

La pièce célèbre les retrouvailles entre Aurélien Bory et la troupe marocaine. Dix ans après Taoub et trois ans après le printemps arabe, cette rencontre revêt une dimension singulièrement expressive. Azimut est une pièce accessible, avec un découpage en tableaux et une scénographie soignée résultant d’options esthétiques qui jouent sur les contrastes. La tension dramatique est maintenue et les effets de surprises produits sur le public fonctionnent. Le chorégraphe mobilise les corps – espace proche, espace de déplacement – avec un certain goût du mystère. Le choix des directions et des orientations dans l’espace scénique tire partie des qualités acrobatiques en présence.

Dans ce spectacle, Aurélien Bory réaffirme son intérêt pour l’écriture hybride. Les techniques comme celle de la pyramide humaine alliées à la dimension spirituelle – le sens de la fusion dans la mystique du soufisme – qui font la force de la troupe marocaine, ne sont pas utilisées en tant que telles. Elles apparaissent comme des signes du langage que développe Aurélien Bory. La technique prend du sens, elle est le chemin conduisant à une disponibilité motrice. La dimension de la gravité entre dans un processus physique et psychique. Il en est de même pour les champs attractifs de pesanteur qui s’exercent sur les corps physiques et s’observent également dans le poids des dominations véhiculées par certains messages.

« Ce n’était pas écrit d’avance que les descendants de la famille Hammich, qui forme des acrobates depuis sept générations au cœur de la médina de Tanger, rencontrent un jour l’art contemporain et portent un regard différent sur leur pratique. Je suis heureux qu’Azimut aille dans le sens de leur non-assignation à un rôle déterminé d’acrobate, ou de Marocain », souligne Aurélien Bory.

Si Azimut présente toutes les qualités d’un spectacle plaisant au regard, la recherche s’aventure sur le chemin de l’expérience narrative interculturelle. La dimension poétique délivre des messages non transparents qui motivent l’imaginaire en suggérant des thèmes comme la condition des femmes, ou la jeunesse. La structuration interne et externe du temps, semble se rapporter aux changements politiques et religieux. Cette mise en suspension ouvre la voie à l’abstraction. Et dans le champ de l’indétermination qui se répand, le spectateur occidental se trouve renvoyé à ses propres questionnements. A découvrir.

JMDH

Ce soir à 20h, Opéra Berlioz au Corum, Montpellier. Renseignements au 0 800 600 740

Source : La Marseillaise 04/02/2014

Voir aussi : Rubrique Danse,