Le lobbyiste de l’armement Schreiber a corrompu l’Allemagne

karlheinz-schreiber-sterndeLe lobbyiste allemand de l’armement Karlheinz Schreiber a été condamné mercredi à huit ans de prison pour avoir fraudé le fisc à hauteur de plusieurs millions. Schreiber est le personnage clé de l’une des affaires de corruption les plus spectaculaires et les plus longues de l’après-guerre en Allemagne. Le quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung examine « pourquoi la justice allemande a justement fait de lui la figure de proue de la fine fleur de ce cloaque politique de l’ère Strauß et Kohl. Il doit cette réputation douteuse à sa tendance à se considérer – dans sa folie des grandeurs – comme étant quasiment au-dessus des lois, comme le grand marionnettiste qui tire les ficelles du théâtre politique et fait danser les âmes misérables des fonctionnaires suspendues par un fil à chacun de ses doigts. … Schreiber a corrompu la culture politique en Allemagne, il a contribué à faire en sorte qu’une suspicion générale de corruption plane sur la politique et l’économie. Le mal qu’il a fait dépasse de loin le montant des ses fraudes fiscales et aucun tribunal pénal ne peut le faire comparaître pour les dégâts occasionnés. »

Süddeutsche Zeitung (Allemagne06.05.2010)

Justice Française : « La passion familiale et amicale »

pasqua19 avril 2010, l’audience de la Cour de justice, chargée d’examiner la responsabilité de Charles Pasqua dans trois dossiers de corruption et d’abus de biens sociaux lorsqu’il était ministre de l’Intérieur entre 1993 et 1995, va commencer. Marchant lentement, les mains dans le dos, légèrement incliné. L’homme se dirige vers la salle d’audience, comme un buffle qui n’a d’autre choix que d’avancer. Regardant à droite et à gauche. Ailleurs. A sa sortie, la même question lui est posée. «Qu’est-ce que ça vous fait d’être jugé par vos pairs ?»«Ça me fait… Ça me fait ni chaud ni froid ! répond-il. Moi je suis un vieux combattant. J’en ai vu d’autres…»

Voir : Je m’appelle Pasqua, Charles, je suis né le 18 avril 1927

Affaires Pasqua : Extraits des réquisitions de l’avocat général Yves Charpenel audience du 22/04/10.

“Ces trois dossiers, c’est mon sentiment après ce long parcours judiciaire, ne montrent aucune âpreté personnelle au gain, aucune volonté d’enrichissement crapuleux qu’une forme d’ivresse du pouvoir aurait pu déclencher. J’y vois essentiellement deux faiblesses qui ont fini par devenir des fautes:

– Celle de la passion politique qui, à un moment clé où le désir une mener une action politique sous sa seule maîtrise, lui a fait perdre de vue les limites pourtant évidentes de la probité publique, que ne pouvait ni ignorer ni sous estimer un homme de cette stature et de cette expérience.

– Celle de la passion familiale et amicale qui va le conduire à mettre au service de son fils unique et d’un ami politique fidèle les circuits illicites nés au coeur même du ministère qu’il dirigeait et connaissait mieux que personne.

Il est vrai que si vous pouvez croire que Charles Pasqua, ministre de l’intérieur pour la seconde fois, entouré de collaborateurs fidèles et éprouvés, a pu à ce point ignorer ce qui se passait dans son ministère et ce que faisaient, en son nom, ses proches, alors naturellement vous pourrez vous convaincre que le seul délit commis est celui de la naïveté ou de l’incompétence et vous le relaxerez. Telle n’est pas ma conviction. Et vous retiendrez la mise en place entre 1993 et 1995, entre des personnes se connaissant par coeur et connaissant par coeur le ministère de l’intérieur, d’un système atterrant mais bien réel d’utilisation à des fins personnelles de certaines fonctions attachées aux misions mêmes de ce grand ministère.

Au fond, et avec le recul de ces quinze années d’enquête, voici que se dessine cette période où tout paraissait possible, où les repères s’estompent, où un ministre puissant, un grand ministre, n’a pas su résister aux opportunités que ses fonctions lui offraient de favoriser ceux qui lui étaient chers, à titre familial ou politique.  Personne ne peut raisonnablement croire à l’extrême naïveté de cet homme face à la cupidité de ses proches, à son extrême indifférence aux devenir de son fils et de ses amis, à son extrême éloignement du fonctionnement de son propre cabinet, des services de son ministère, enfin à l’extrême incapacité de Charles Pasqua à s’intéresser au financement de ses activités politiques. Rappelant les peines encourues, dix ans d’emprisonnement, l’avocat général Yves Charpenel a poursuivi: “Il s’agit autant de punir, que de signifier à tous que cette violation de la loi n’est pas restée sans réponse. Je vous demande de prononcer une peine d’emprisonnement dont la portée symbolique forte et l’exemplarité doivent marquer l’importance de cette violation et qui tienne compte de la personnalité complexe du prévenu. Parce que, au-delà du destin personnel de Charles Pasqua, l’arrêt de la cour sera à la mesure de l’importance du tort qui a été fait à la République.

Il cite une phrase de Benjamin Constant, qui avait été évoquée dans les débats au moment de la création de la Cour de justice de la République: “les ministres sont souvent dénoncés, accusés quelques fois, condamnés rarement, punis presque jamais”. En reconnaissant Charles Pasqua coupable des faits qui lui sont reprochés et en le condamnant, dit-il aux juges de la Cour, “vous montrerez que l’application de la loi seule doit et peut répondre efficacement à ceux qui ne l’ont pas respectée, ceux qui ont usé de leurs hautes responsabilités pour servir d’autres intérêts que ceux de la République”.

France : un peu de piété

France : un peu de piété

Un enfant du bon Dieu se pourvoit en cassation

Charles Pasqua a été condamné en octobre dernier à un an de prison ferme dans le dossier de l’Angolagate. Il a formé un appel suspensif. Sa condamnation du mois dernier dans le volet non ministériel de l’affaire du casino d’Annemasse semblait en revanche définitive. L’ancien ministre avait écopé de dix-huit mois avec sursis pour financement illégal de sa campagne électorale des européennes de 1999.

L’ancien ministre de l’Intérieur et le parquet général se pourvoient tous les deux en cassation a-ton appris le  6 mai dans le Figaro. Charles Pasqua aurait pu en rester là après l’arrêt de la Cour de justice de la République qui, vendredi dernier, a clairement fait s’éloigner de lui la menace de la prison ou de la déchéance parlementaire. Mais être blanchi aux deux-tiers par la CJR ne lui suffit pas : vendredi dernier, les trois juges et douze parlementaires qui le jugeaient l’ont certes déclaré coupable dans un seul des trois dossiers (Sofremi) mais ils lui ont épargné la prison ferme en raison, selon les termes des juges, de son «âge» et de «son passé au service de la France». En le condamnant à un an avec sursis et en reconnaissant son innocence dans deux dossiers (Gec-Althsom et Annemasse), ils sont allés bien en-deçà des réquisitions de l’avocat général qui, réclamait quatre ans de prison dont deux ferme. Le recours porte sur la forme et non sur le fond.

Voir : Petites chroniques de la corruption ordinaire Rubrique cinéma Les tontons flingueurs , Main basses sur la ville, Les salauds dorment en paix,

Meurtre de Terrre’Blanche

Le leader d'extrême droite sud-africain Eugene Terre'Blanche, le 11 juin 2004 à sa sortie de prison à Potchefstroom (AFP Alexander Joe)

Sa milice de protection, armée jusqu’aux dents et joignable 24 heures sur 24 par SMS, n’aura pas eu le temps de le sauver. Le leader extrémiste afrikaner Eugène Terre’Blanche a été assassiné samedi, dans sa ferme, par deux de ses ouvriers agricoles.

Les circonstances du meurtre sont encore floues. Les deux employés, âgés de 16 et 21 ans, ont eux-mêmes appelé la police après avoir roué le fermier de coups et clament la «légitime défense». Ils affirment que le drame est parti d’une bagarre et que leur patron, «un homme mauvais», ne voulait pas leur verser leur salaire de mars, soit 300 rands (30 euros) chacun. En Afrique du Sud, le salaire minimum légal est de 1 600 rands mensuels (160 euros). Ils ont confié à la police qu’Eugène Terre’Blanche les «abusait physiquement et verbalement».

«guerre froide». Président de l’AWB (Mouvement de résistance afrikaner), Eugène Terre’Blanche prônait la supériorité «génétique» de la «race» blanche sur les Noirs. Il se battait depuis la fin de l’apartheid contre «le joug de la suprématie noire», et réclamait un Etat indépendant afrikaner au sein du territoire sud-africain, sous la protection de Dieu et de la loi internationale qui défend le «droit des peuples à disposer d’eux-mêmes». Dans une récente interview accordée à un journal local, il avait affirmé qu’il était dans son droit «de se séparer d’une nation rongée par le crime, la mort, le meurtre, le viol, le mensonge et la fraude». Antidémocrate, Eugène Terre’Blanche ne s’est jamais présenté à une élection, mais avait monté un dossier pour le présenter aux Nations unies. Si le monde ne lui accordait pas le droit de fonder son propre Etat, l’AWB avait promis de prendre les armes.

Aujourd’hui, l’AWB compterait 5 000 membres, même si ce chiffre est invérifiable. Il n’existe aucun recensement : «C’est stratégique, avait expliqué Terre’Blanche. On ne donne pas le nombre et l’identité de ses espions quand on mène une guerre froide.» Mais la menace n’a jamais vraiment été prise au sérieux. L’AWB, le mouvement qu’il a créé avec quatre amis en 1973, en plein apartheid, s’inspire du parti nazi, et ses membres arborent fièrement des bannières noir et rouge ornées d’un svastika, qui rappelle sans conteste la croix gammée. Ils ont toujours pensé que le régime d’apartheid n’était pas assez radical et que les leaders afrikaners ont «vendu» le pays de leurs ancêtres à des Noirs corrompus.

En 2001, Terre’Blanche est condamné à six ans de prison pour l’agression d’un pompiste noir, puis pour la tentative de meurtre d’un de ses anciens ouvriers agricoles. Finalement, il ne reste que trois ans sous les verrous. A sa libération, le mouvement a perdu de son éclat, et Eugène Terre’Blanche de son aura.

L’année dernière, on a cru à une renaissance de la formation. Le leader avait rassemblé plus de 300 personnes pour fêter la bataille des Afrikaners contre le peuple Matabele en 1836. Armés de fusils et de leur Bible, les membres de l’AWB se sont rappelés avec nostalgie l’époque du Grand Trek, lorsque les premiers Afrikaners ont conquis les terres d’Afrique du Sud, promises par Dieu. Eddie Von Maltitz, ami de Terre’Blanche, était présent au meeting. Selon lui, «Eugène Terre’Blanche était un homme bon. Les Noirs l’aimaient et il aimait les Noirs. Mais il est prouvé que leur ADN est moins développé. Ils détruisent tout ce qui est bon pour eux.»

fermiers. La mort de Terre’Blanche pourrait relever du simple fait divers, comme il s’en passe tant d’autres dans les campagnes sud-africaines… Mais, à deux mois de la Coupe du monde de football et quelques semaines après les provocations répétées de Julius Malema, président du mouvement de jeunesse de l’ANC, le parti au pouvoir, beaucoup de Sud-Africains y voient plutôt la montée en puissance d’un racisme anti-Blanc… et, pourquoi pas, un meurtre politique. Malema chantait lors de son dernier meeting «tuez les Boers, tuez les fermiers blancs, car ce sont des violeurs». Les Blancs ne peuvent s’empêcher de s’identifier à leurs voisins zimbabwéens. En 2000, le président Mugabe avait lancé une réforme agraire pour expulser tous les fermiers blancs du pays. Sur 4 000 fermiers, il n’en reste plus que 300.

Malema est justement au Zimbabwe en voyage officiel ce week-end. Vêtu d’une chemise bariolée à l’effigie du dictateur de 86 ans, il a célébré le «courage et la détermination» de Robert Mugabe face aux «impérialistes». Dans une ultime provocation, Julius Malema a réentonné son chant de la discorde devant 2 000 supporteurs en furie, samedi après-midi, à l’heure même où Terre’Blanche était tué : «Tuez les Boers, tuez les fermiers blancs, car ce sont des violeurs.» Avant de reprendre :«Apportez-moi ma mitraillette.»

Les deux ouvriers agricoles accusés du meurtre du néonazi sud-africain Eugène Terre’Blanche plaideront la légitime défense après une agression sexuelle, rapporte la presse dominicale en citant un des avocats de la défense.

«Selon mon client, il y a eu une sorte de sodomie et c’est ce qui a déclenché le meurtre de M. Terre’Blanche. Ce sera un des éléments de notre défense pendant le procès», a déclaré Me Puna Moroko à l’hebdomadaire Sunday Times.

Défenseur de la suprématie blanche, Eugène Terre’Blanche a été battu à mort le 3 avril à l’âge de 69 ans. Il a été retrouvé sur son lit, le pantalon baissé au niveau des genoux, selon le procureur.

Deux de ses ouvriers agricoles, Chris Mahlangu âgé de 28 ans et un mineur de 15 ans, s’étaient immédiatement rendus à la police. Ils ont été inculpés mardi de meurtre, effraction, tentative de vol et atteinte à la dignité de la victime.

Jusqu’à présent, la presse rapportait que le motif du meurtre était pécuniaire et portait sur un salaire impayé. Eugène Terre’Blanche a essayé de faire boire les deux hommes avant d’agresser sexuellement «un ou les deux», selon la version de Me Moroko, qui défend Chris Malhangu.

Son collègue Zola Majavu, avocat du mineur, a refusé d’entrer dans les détails. «Quelque chose de choquant a eu lieu le jour du crime. Je révèlerai ce que mon client m’a confié pendant le procès», a-t-il dit au journal. Mon client «a subi tous les tests nécessaires pour soutenir mes arguments», a-t-il ajouté.

Les deux hommes doivent comparaître mercredi devant le tribunal de Ventersdorp (nord-ouest) pour une audience de procédure au cours de laquelle ils pourront demander une remise en liberté sous caution. Le meurtre d’Eugène Terre’Blanche a ravivé les tensions raciales en Afrique du Sud, où la couleur de la peau reste facteur de divisions seize ans après la chute de l’apartheid.

 AFP

Voir aussi : rubrique Afrique du Sud, Fils de colons , Rencontre Steven CohenLa revanche raciale

Sarkozy en mission de réconciliation à Kigali et d’amitié au Gabon

Nicolas Sarkozy fait son retour mercredi en Afrique pour tourner la page, seize ans après le génocide, du lourd contentieux qui a empoisonné les relations entre la France et le Rwanda et apporter son onction au « nouveau » Gabon du fils d’Omar Bongo. francafrique1Une journée à Franceville et Libreville, trois heures à Kigali… A l’image des précédentes, la nouvelle virée africaine du chef de l’Etat tient du grand écart. Un pied dans le « pré carré » pour conforter les vieilles amitiés, l’autre en terre anglophone pour illustrer la rupture, en résumé d’une politique qui hésite toujours à trancher le lien avec la « Françafrique« . Même symbolique, le premier séjour jeudi d’un président français au Rwanda depuis le génocide constitue le point d’orgue de cette tournée. Nicolas Sarkozy vient y enterrer trois ans de brouille diplomatique et judiciaire avec le régime de Paul Kagamé, nouvelle étape de l’effort de « réconciliation » lancé en 2007 pour solder les contentieux de la France en Afrique.

Le Rwanda a coupé les ponts fin 2006, après l’émission par le juge Jean-Louis Bruguière de mandats d’arrêt contre neuf proches du président rwandais, soupçonnés d’avoir fomenté l’attentat qui a coûté la vie en 1994 à son prédécesseur, Juvenal Habyarimana, et marqué le coup d’envoi d’un génocide qui a fait 800.000 morts, en grande majorité d’ethnie tutsie.

Cet incident a relancé de plus belle le procès instruit depuis 1994 par le régime de Kigali, aux mains des tutsis, contre Paris, accusé d’avoir aidé les génocidaires. Ce que la France, soutien du régime Habyarimana contre le guérillero Kagamé, a toujours farouchement nié. Malgré cette escalade, les fils du dialogue renoué par Nicolas Sarkozy en entrant à l’Elysée n’ont jamais été rompus. Deux entretiens « francs et directs » avec Paul Kagamé en 2007 puis 2008 ont remis le différend à plat.

Avant qu’une série de péripéties judiciaires opportunes ne dégage la voie à une reprise des relations, à la faveur d’une visite éclair à Kigali en novembre dernier du numéro 2 de l’Elysée, Claude Guéant. Couronnement de ce chemin tortueux, Nicolas Sarkozy débarque donc dans l’ex-colonie belge avec la satisfaction d’avoir retiré une grosse épine du pied de la France. Et l’ambition de la réinstaller dans l’Afrique des Grands lacs, à la frontière du Kivu congolais au sous-sol riche en minerais.

« Cette réconciliation avec le Rwanda fait disparaître un irritant majeur qui, à cause des accusations de complicité de génocide, nuisait à l’image de la France sur l’ensemble du continent », se réjouit-on à Paris. Les deux camps assurent avoir « tourné la page » mais le climat de la visite du président reste lourd. Ses gestes et ses mots y seront observés à la loupe. Car à Kigali, les victimes du génocide continuent à exiger des « excuses » françaises. Et à Paris, politiques et militaires s’inquiètent à mots couverts du prix de ces retrouvailles. Il y a deux ans, Nicolas Sarkozy, que l’on sait réservé sur la repentance, avait évoqué « les faiblesses ou les erreurs » de la France. « Il dira des choses fortes », prévient son entourage, « mais pas d’excuses ».

Le chemin qui conduit mercredi le président Sarkozy au Gabon pour la troisième fois depuis son élection, s’annonce moins risqué. Huit mois après la mort du « doyen » Omar Bongo, considéré comme le gardien des secrets de la France en Afrique, Paris veut faire du Gabon de son fils Ali, dont l’élection a été contestée par l’opposition, l’appartement témoin de sa nouvelle diplomatie africaine. « Le modèle d’une politique plus moderne et débarrassée des soupçons du passés », jure l’Elysée. Nicolas Sarkozy signera donc à Libreville un accord de défense rénové avec le fils. Mais ira aussi s’incliner sur la tombe du père.

AFP

Voir aussi : Rubrique Afrique

Niger : Coup d’Etat contre le président Tandja

mamadou Tandja

Un « Conseil suprême pour la restauration de la démocratie » a annoncé à la radio d’Etat nigérienne la suspension de la Constitution, après un coup d’Etat jeudi à Niamey. « Le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSDR), dont je suis le porte-parole, a décidé de suspendre la Constitution de la sixième république et de dissoudre toutes les institutions qui en sont issues », a annoncé le colonel Goukoye Abdoulkarim (bien Abdoulkarim). Il lisait un communiqué à la radio Voix du Sahel. Le président nigérien Mamadou Tandja, visé jeudi par un coup d’Etat qui a fait plusieurs morts et blessés, a été « emmené » par des militaires qui ont ouvert le feu sur le palais présidentiel à Niamey, ont annoncé plus tôt à l’AFP deux ministres nigériens, eux-mêmes arrêtés.

Le Conseil demande à « la population de garder son calme et de rester unie autour des idéaux qui animent le CSRD et qui pourront faire du Niger un exemple de démocratie et de bonne gouvernance à l’instar des autres Etats épris de paix et de stabilité », a poursuivi le porte-parole à la radio. La Constitution que le CSDR affirme suspendre est celle adoptée en août dernier à l’issue d’un référendum très contesté qui a accordé une prolongation d’au moins trois ans du mandat du président Tandja, après deux quinquennats à la tête du pays sahélien.

La précédente Constitution, qui limitait à deux le nombre des mandats présidentiels consécutifs, prévoyait qu’il quitte le pouvoir le 22 décembre dernier. Pour arriver à ses fins, M. Tandja avait dissous le parlement et la Cour constitutionnelle qui s’étaient opposés à son projet de référendum sur une nouvelle Constitution. « C’est une situation difficile. Le président Tandja a essayé de rallonger son mandat », a réagi jeudi le porte-parole du département d’Etat américain Philip Crowley, en affirmant que les Etats-Unis avaient exprimé des « inquiétudes » à ce propos. « Et il est évident que cela a très bien pu précipiter ce qui s’est passé aujourd’hui », a estimé le porte-parole. M. Crowley a toutefois précisé que les Etats-Unis ne défendaient « en aucune façon » la violence qui s’est exercée contre le pouvoir. « Mais cela souligne le fait que le Niger doit organiser des élections et former un nouveau gouvernement », a indiqué le porte-parole qui a précisé que Washington disposait encore de peu d’informations sur la situation sur place.

AFP

Un coup d’Etat prévisible

nigerDepuis trois mois, bon nombre de Nigériens prévoyaient une réaction de l’armée. La date du 22 décembre dernier a marqué l’expiration du deuxième mandat de Mamadou Tandja qui, pour se maintenir au pouvoir au-delà de cette date, avait dissous le Parlement et fait adopter par référendum une nouvelle Constitution. D’autres facteurs ont aussi compté dans la décision de renverser Mamadou Tandja.

L’armée a visiblement voulu donner une dernière chance à la négociation menée par la CEDEAO. Mais, mardi 16 février, le sommet des chefs d’Etats de l’organisation sous-régionale n’a pu faire qu’un constat d’échec. Les cartes du dialogue épuisées, les militaires ont renversé 48 heures après ce sommet le président Tandja. Plusieurs facteurs les y ont incités. Après la rupture du dialogue avec l’opposition, les militaires ont probablement craint un durcissement du régime Tandja avec à la clef la mise à l’écart au sein de l’armée d’éléments jugés suspects. Les putschistes ont peut-être également décidé d’agir rapidement pour ne pas être pris de vitesse par un autre groupe : des officiers supérieurs, par exemple, qui auraient pu faire le coup avant eux.

Selon une source bien informée de la région, au sein des forces armées nigériennes un ou deux autres groupes de militaires se préparaient aussi. Ceux qui ont pris le pouvoir sont pour la plupart issus de la jeune génération et font partie des cadres intermédiaires qui seraient, selon un diplomate de Niamey, moins compromis avec le régime Tandja et moins corrompus. La junte, qui a dû prendre quelques assurances chez les voisins, ne peut pas échapper aux condamnations formelles. Mais l’éviction de Mamadou Tandja est sans aucun doute perçue comme un soulagement, en tout cas comme une potentielle solution pour ramener le Niger sur les rails de la démocratie, à condition bien sûr que les putschistes jouent le jeu.

RFI

Voir aussi :  Rubrique Politique étrangère Sarkozy en tournée dans la région des grands lacs, La guerre oubliée de l’Uranium,

Côte d’Ivoire : le président Gbagbo suspend le processus électoral

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Le président ivoirien Laurent Gbagbo Photo Issouf Sanogo

Les incertitudes qui planaient sur l’organisation de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, au mois de mars, viennent d’être levées d’une façon spectaculaire par le président Laurent Gbagbo. En annonçant, vendredi 12 février, la dissolution du gouvernement ainsi que celle de la commission électorale indépendante (CEI), le chef de l’Etat renvoie en effet le scrutin, sans cesse reporté depuis 2005, à une date indéterminée et risque de plonger le pays dans une nouvelle crise.Officiellement, M. Gbagbo a pris cette décision « afin de lever toute hypothèque sur le processus de paix et permettre à la Côte d’Ivoire d’aller en toute confiance à des élections propres », a-t-il annoncé dans une allocution télévisée. Il a demandé à Guillaume Soro, premier ministre sortant, de former lundi une nouvelle équipe. Un dirigeant du parti présidentiel, le Front populaire ivoirien (FPI), nous a précisé que M. Soro « a accepté de constituer un nouveau gouvernement dont seront exclus les ministres des deux principaux partis d’opposition ». Il s’agit du Rassemblement des républicains (RDR), d’Alassane Dramane Ouattara (68 ans), et du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), dirigé par Aimé Henri Konan Bédié (76 ans).

Guillaume Soro (38 ans), l’ancien chef de la rébellion des Forces nouvelles qui tenta de chasser Laurent Gbagbo (65 ans) du pouvoir par la force en 2002, dirigeait, jusqu’à vendredi, un gouvernement « d’union nationale » (pro-Gbagbo, ex-rébellion, opposition) en vertu de l’accord politique d’Ouagadougou en 2007. Depuis, les deux anciens adversaires semblent partager le même objectif : retarder les élections. Le chef de l’Etat, élu en 2000 pour un mandat qui n’aurait dû durer que cinq ans, s’accroche à un pouvoir que les urnes pourraient lui contester. Quant au premier ministre, le temps gagné lui permet d’épaissir sa stature politique en comptant sur l’épuisement de la vieille garde des partis historiques.

Enième report

On pressentait ce énième report du scrutin présidentiel depuis le début de l’année. Une polémique avait alors éclaté avec les accusations de « fraudes » lancées par le camp présidentiel contre le chef de la commission électorale, Robert Meugré Mambé, membre de l’opposition. Il était soupçonné d’avoir voulu inclure illégalement quelque 430 000 électeurs supposés proches de l’opposition sur les listes électorales. Ce dont il s’est toujours défendu. Le processus électoral, l’un des plus chers au monde, financé par la communauté internationale, s’était alors grippé. Quelle sera la réaction d’une opposition qui, depuis des années, demande vainement l’organisation d’élections libres et transparentes ? Osera-t-elle lancer ses militants dans les rues ? Chacun a encore en mémoire les manifestations de 2004, noyées dans le sang par les forces de l’ordre et les milices du pouvoir.

Christophe Châtelot (Le Monde)
Voir aussi : Rubrique France diplomatie L’élection doit absolument avoir lieu, Rubrique Afrique Un rapport sur les   manifestations de 2004,  Rencontre L’Afrique doit prospérer Rubrique Affaires, La Françafrique se porte bien, Simone Gbagbo entendue par les juges,