Législatives au Liban : le Premier ministre Saad Hariri perd un tiers de ses sièges au Parlement

© Eric Feferberg, AFP | Saad Hariri, grand perdant des législatives libanaises du 6 mai.

© Eric Feferberg, AFP | Saad Hariri, grand perdant des législatives libanaises du 6 mai.

Le Premier ministre Saad Hariri a annoncé, lundi, que son mouvement avait perdu un tiers de ses sièges au sein du Parlement libanais, au lendemain des premières législatives organisées dans le pays depuis 2009.

Poids lourd de la scène politique libanaise, le Premier ministre et leader sunnite Saad Hariri a annoncé lundi 7 mai que son mouvement, le Courant du futur, avait perdu un tiers de ses sièges au sein du Parlement, au lendemain des élections législatives organisées dans le pays du Cèdre.

Son parti disposera 21 sièges de députés dans le nouvel hémicycle, contre 33 sièges dans le Parlement sortant (sur 128 au total), a-t-il annoncé lors d’une conférence de presse organisée à Beyrouth, alors que les résultats officiels n’ont toujours pas été publiés.

« Nous avions parié sur un meilleur résultat et un bloc parlementaire plus large », a-t-il concédé, justifiant cette défaite en pointant notamment du doigt l’adoption d’une nouvelle loi électorale en 2017. « Le problème de cette loi électorale, c’est que plein de gens ne l’ont pas comprise », a-t-il assuré. Il a toutefois reconnu que certaines « performances n’étaient pas à la hauteur », sans expliciter.

Le Hezbollah et ses alliés raflent la quasi-totalité des sièges chiites

La nouvelle loi, qui introduit pour la première fois un mode de scrutin proportionnel, a laissé perplexes bien des électeurs, parfois obligés de choisir parmi des listes électorales alliant leurs candidats favoris à des partis qu’ils ne soutiennent pas.

>> À lire : Proportionnelle, équilibre confessionnel… un système électoral complexe

De son côté, le grand rival de Saad Hariri, le mouvement politico-militaire chiite Hezbollah, l’un des principaux alliés de la République islamique d’Iran dans la région, semble en passe de confirmer son emprise sur la scène politique libanaise. Les estimations du parti chiite et des médias locaux indiquent que le mouvement de Hassan Nasrallah, et son allié le parti Amal, ont raflé la quasi-totalité des sièges chiites.

« Il y a une grande victoire morale et politique pour le choix de la résistance », a lancé Hassan Nasrallah, lors d’un discours retransmis à la télévision, sans toutefois donner le nombre de sièges remportés par son parti et ses alliés.

Les législatives de dimanche, les premières organisées depuis 2009, ont été marquées par un faible taux de participation, 49,2 %, dans un pays où la corruption, le clientélisme et le népotisme imputés à la classe politique font régner un certain désenchantement au sein de la population. Plus de 1 500 violations du processus électoral ont été enregistrées par une ONG spécialisée dans la suveillance des élections.

Source AFP 07/05/2018

 

Les Libanais aux urnes pour les premières législatives en neuf ans

Beyrouth (AFP)

© AFP | Photo d'une affiche électorale prise dans la localité méridionale de Marjayoun le 5 mai 2018, à la veille des élections législatives libanaises

© AFP | Photo d’une affiche électorale prise dans la localité méridionale de Marjayoun le 5 mai 2018, à la veille des élections législatives libanaises

Les Libanais sont appelés dimanche aux urnes pour des élections législatives, les premières en près d’une décennie, mais le scrutin ne devrait pas bouleverser l’ordre politique d’un pays aux équilibres fragiles, mis à rude épreuve par le tumulte régional.

Les bureaux de vote vont ouvrir à 07H00 (04H00 GMT) pour accueillir les quelque 3,7 millions d’électeurs, sous haute sécurité.

Le Parlement (128 députés) devrait être dominé par les partis traditionnels, parmi lesquels figure le puissant Hezbollah chiite, allié de la Syrie et de l’Iran.

Ces dernières années, le pays a connu des crises politiques à répétition, évitant, souvent de justesse, l’engrenage de la violence malgré une situation géographique sensible, entre la Syrie en guerre et Israël.

Entre 20.000 et 30.000 policiers et soldats seront déployés pour sécuriser le vote, a annoncé le ministère de l’Intérieur, dans un pays frappé ces dernières années par des attentats meurtriers.

Avec une classe politique accusée de corruption et de népotisme, dominée depuis longtemps par les mêmes partis et incapable de relancer une économie brinquebalante, la population ne s’attend à aucun changement majeur.

La campagne électorale s’est déroulée sans incident et partout les affiches et portraits géants des candidats -très rarement des femmes, même si un nombre record de 86 candidates se présentent- ont envahi les panneaux publicitaires et les façades des immeubles.

Malgré les profondes divergences et parfois même l’animosité, les décisions politiques majeures sont souvent prises par consensus entre les forces politiques rivales.

– Hezbollah –

Indépendamment de l’issue du scrutin, le Hezbollah, seule formation à ne pas avoir abandonné les armes après la guerre civile (1975-1990), devrait continuer de dominer le jeu politique, estiment les analystes. Le mouvement chiite devrait aussi profiter du morcellement du paysage électoral.

« Le nouveau Parlement ne sera pas une source de nuisance pour le Hezbollah. Il bénéficiera de l’absence d’une large coalition face à lui », confirme Imad Salamey, professeur de sciences politiques à l’Université libanaise américaine (LAU), à Beyrouth.

Les dernières législatives au Liban remontent à 2009. Le Parlement avait prorogé à trois reprises son mandat, invoquant notamment des risques sécuritaires liés au débordement de la guerre en Syrie.

Quelque 597 candidats répartis en 77 listes sont en lice, pour des législatives organisées pour la première fois selon un mode de scrutin proportionnel.

Mais la répartition des sièges est aussi régie par un subtil partage confessionnel, entre les différentes communautés religieuses, et respecte une parité islamo-chrétienne.

Les 1.880 bureaux de vote fermeront à 19H00 (16H00 GMT) et les résultats pourraient être annoncés dès le lendemain dans les 15 circonscriptions.

– Dossiers épineux –

La nouvelle loi électorale adoptée en 2017 a incité des candidats de la société civile à tenter une percée.

C’est le cas notamment de la coalition « Koullouna Watani », qui appelle les électeurs à se mobiliser contre l’establishment politique traditionnel.

Le Liban, qui accueille 1,5 millions de réfugiés venus de la Syrie voisine, n’échappe pas aux répercussions du conflit.

Le Hezbollah intervient d’ailleurs militairement au côté du régime syrien, et même si cet engagement divise la classe politique, les candidats se sont abstenus d’évoquer la délicate question de son arsenal militaire.

Son grand rival, le Premier ministre Saad Hariri, soutenu par l’Arabie saoudite, devrait conserver son poste, même si sa formation, le Courant du Futur, risque de perdre plusieurs sièges.

Les prochains élus devront se pencher sur des questions politiques, sociales, mais aussi économiques majeures, dans un pays où la population subit notamment des coupures d’électricité quotidiennes depuis plusieurs années, des pénuries d’eau régulières et un problème de gestion des déchets ménagers qui perdure depuis trois ans.

Le Liban doit par ailleurs se lancer dans ses premières explorations d’hydrocarbures en Méditerranée, une possible manne financière qui pourrait aider un pays qui croule sous une dette publique culminant à 150% du PIB, le troisième taux le plus élevé à l?échelle mondiale.

Source AFP 06/05/2018

« Les Libanais ont toujours l’impression d’être dans un “entre-deux-guerres” »

 Illustration tirée du livre « Ma Très Grande Mélancolie Arabe », publié aux éditions P.O.L en 2017 Illustration tirée du livre « Ma Très Grande Mélancolie Arabe », publié aux éditions P.O.L en 2017 Lamia Ziadé

Illustration tirée du livre « Ma Très Grande Mélancolie Arabe », publié aux éditions P.O.L en 2017

A l’occasion des élections législatives du 6 mai, Karim Emile Bitar, directeur de recherche à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et professeur de relations internationales à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, décrypte le fonctionnement du système politique libanais.

Un premier scrutin après neuf années sans élections, une nouvelle loi électorale qui fait la part belle à la proportionnelle, des nouveaux candidats issus de la société civile… L’élection du 6 mai peut-elle conduire à un renouvellement de la classe politique libanaise ?

Ce sera la première élection adoptant le mode de scrutin proportionnel, qui était l’une des plus anciennes revendications des forces de changement et de la société civile libanaise. Il existe une vraie colère à l’égard des partis traditionnels, qui ont lamentablement failli dans leur gestion des affaires publiques. La crise des déchets, à l’été 2015 [manifestations contre le gouvernement à la suite de l’envahissement des rues de Beyrouth par des piles d’ordures], avait mis en lumière cette incurie.

Il y a enfin un désir de renouveau, qui s’était déjà exprimé en 2016 aux municipales de Beyrouth et qui est aujourd’hui porté par des listes indépendantes. On aurait donc pu penser que les conditions étaient réunies pour que se lève une vague de « dégagisme », qui aurait conduit à l’entrée au Parlement d’une vingtaine de figures réformatrices. Mais je crains que nous ne rations cette occasion de renouvellement.

Les sondages donnent les listes de la société civile en deçà du seuil d’éligibilité dans la quasi-totalité des circonscriptions. Le plus probable est que nous n’aurons que quelques petites surprises, qui ne changeront rien à l’équilibre des forces et que [le premier ministre] Saad Hariri sera reconduit à la tête d’un gouvernement d’union.

Benjamin Barthe

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Source Le Monde 27/04/2018

 

 

Tunisie: les indépendants veulent se faire une place aux municipales

ans le local d'Ettakatol, certains des colistiers du parti posent avec leurs familles. La campagne reste bon enfant dans cet petite ville proche de Monastir  © FTV

ans le local d’Ettakatol, certains des colistiers du parti posent avec leurs familles. La campagne reste bon enfant dans cet petite ville proche de Monastir © FTV

Pour les municipales en Tunisie, il y a les deux grands: Nidaa Tounès, parti du président Essebsi, et Ennahda (islamistes). Mais il y a aussi des petites formations dont les candidats se présentent sur des listes indépendantes. Comme par exemple à Zéramdine, ville cossue de 17.000 habitants à une vingtaine de kilomètres de Monastir (sud-ouest de Tunis). 

A Zéramdine, où se présentent six listes de 18 personnes chacune, dont deux indépendantes, la politique semble très bon enfant. On discute avec le journaliste étranger à une terrasse de café de la rue principale, où vont et viennent candidats, militants et sympathisants.

La politique est aussi très familiale, au sens littéral du terme. Les enfants sont de la partie, avec drapeaux et tee-shirts. Le numéro 1 d’une des deux listes indépendantes, Maher Gaddouk, membre du bureau politique du parti Ettakatol (social-démocrate), y figure avec son beau-frère. Professeur d’anglais dans un établissement scolaire local, il vous présente la pharmacienne qui est l’une de ses anciennes élèves. Et toutes les deux minutes, il salue avec de grands gestes des passants ou des automobilistes à qui il a appris les rudiments de la langue de Shakespeare…

Au niveau local, les représentants d’Ettakatol entendent «regagner la confiance des électeurs» en montrant leur «honnêteté», dixit Maher Gaddour. Et ce après une expérience controversée au gouvernement à Tunis de 2012 à 2014 au sein de la Troïka, en coalition avec Ennahda et le parti de l’ancien président Moncef Marzouki. «Peut-être qu’à cette époque, on s’est trompé», concède le leader local. Le «peut-être» est un «sûrement» quand on discute avec d’autres militants…

«On est en train de se reconstruire», précise le numéro un. D’où cette position sur une liste «indépendante». Indépendant au niveau local vis-à-vis des grands partis avec qui Ettakatol refusera toute alliance. Dans ce contexte, à Zéramdine, les représentants de la formation social-démocrate (membre de l’Internationale socialiste) estiment, au vu, disent-ils, de sondages, avoir de bonnes chances de figurer en tête à l’issue du scrutin, devant les islamistes. Lesquels semblent mener, ici comme ailleurs, une campagne très active. Du moins si l’on en croit le nombre de véhicules à leurs couleurs diffusant de la musique… «Ils ont beaucoup d’argent», affirme l’un de leurs adversaires rencontré dans la rue.

Problème et paradis
Et le programme d’Ettakatol dans tout ça ? Les militants ne jurent que par des «promesses réalistes». Mais encore ? «Nous voulons améliorer les infrastructures, rénover le centre ville et construire une salle de sports individuels. Nous voulons aussi proposer une application internet permettant aux citoyens de dialoguer avec la municipalité.»

Et quelles propositions font les sociaux-démocrates pour lutter contre la crise économique qui frappe durement le pays ? «La crise est un très grand problème», concèdent-ils en expliquant qu’«on ne peut pas non plus faire de la Tunisie un paradis». A Zéramdine, on est d’autant plus concerné par les problèmes économiques qu’une briqueterie locale, employant 2000 personnes, pourrait fermer ses portes.

«La question se règle au niveau national. Mais si nous étions élus, nous pourrions peut-être agir en exigeant des procédures plus rapides pour faciliter la venue d’un investisseur japonais», estime Maher Gaddour.

Et de conclure : «On ne peut pas nier les problèmes. Mais avec ces élections et le nouveau code des collectivités locales, nous sommes en train de créer une démocratie de proximité. Il faut évidemment s’assurer que la loi sera appliquée. Il s’agit d’instaurer un nouveau climat de confiance.» Un climat essentiel pour susciter de l’espoir chez les Tunisiens désabusés.

Laurent Ribadeau Dumas

Source : Géopolis 05/05/2018

Quel rôle pour la gouvernance locale dans le développement économique des territoires?

Tunisie jpegL’élection des 350 municipalités et 24 conseils régionaux ne doit pas occulter la nécessité de corriger les disparités mises à jour par la révolution.

Dans quelques heures, des millions de tunisiens vont aller voter pour les toutes premières élections municipales post-révolution. Toutefois dans bien des cas l’ “idéologie” semble éclipser les réels enjeux économiques de ce scrutin.

II est assez caractéristique d’ailleurs que le terme de décentralisation soit employé au sens de décentralisation purement “politique”, c’est-à-dire de transfert d’activités décisionnelles des cercles de pouvoir vers les 350 municipalités qui ont été répertoriées.

Cette conception prévaut à celle plus saine portant sur les outils d’un aménagement dynamique du territoire, fondés sur une vue prospective du développement des collectivités, sur la mise en valeur de leurs ressources et l’amélioration de leurs cadres de vie. Une conception qui s’insérerait pleinement dans le cadre de la politique nationale de discrimination positive à l’égard des régions les plus défavorisées. En effet, de par cette décentralisation et de la nouvelle répartition des compétences alors décidée, c’est aux collectivités locales que reviennent, au côté de l’État, les responsabilités principales en matière d’aménagement des territoires. Et cela souligne le rôle important qu’auront ces collectivités dans le développement de l’ensemble du pays. Ce rôle vient d’ailleurs d’être souligné par l’adoption de la loi organique relative au code des collectivités locales.

Aménagement du territoire et décentralisation industrielle

Un aménagement plus équilibré amène à poser la problématique de la dé-concentration industrielle du territoire tunisien dans son ensemble. Comment faire en sorte que le maillage industriel soit plus dense entre les différentes régions. Il est vrai que la décentralisation industrielle a plus de 40 ans d’âge en Tunisie. Elle a été notamment portée par la création du FOPRODI (Fonds de Promotion et de décentralisation industrielle) dès 1977 qui a promu le territoire selon trois zones distincts suivant les avantages octroyés. L’État a également facilité au cours des années 1970, la multiplication des universités et des hôpitaux dans les régions, encourageant une déconcentration des cadres et centres de vie. Au-delà, des infrastructures routières et industrielles, le cadre de vie d’un territoire reste en effet un élément fondamental de son attractivité et de l’inclusion de son développement.

Au début des années 1980, la création du Commissariat Général au développement Régional – CGDR – a procédé à l’élaboration de la carte des priorités régionales qui a été utilisée comme base de la répartition des crédits du PDR (Programme de Développement Rural), puis du PDRI (Programme de Développement Rural Intégré). Par la suite la création des trois Offices de Développement, du Sud (ODS), du Centre Ouest (ODCO) et du Nord-Ouest (ODNO) a également contribué à cette décentralisation industrielle. Le code de l’investissement et la nouvelle loi sur l’investissement ont par la suite essayé de mettre en musique cette volonté de dé-concentration industrielle et de discrimination positive.

La nouvelle donne des collectivités locales et son implication sur le développement

Tous ces efforts sont maintenant à coupler avec la nouvelle donne des collectivités locales et le pouvoir décisionnel qui leur est conféré. Ainsi, ce que le nouveau code des collectivités désigne comme étant des “compétences partagées” constituent un changement de taille avec l’apparition de nouveaux droits qui jusqu’ici ne relevaient que de l’État central. Elles englobent le transport, l’assainissement ou encore le développement économique (implantation d’un zone industrielle…). Même si ces nouvelles prérogatives ne seront conférées que de manière graduelle, elles nécessitent un travail rigoureux de prospective et de planification en amont au niveau de ces nouveaux acteurs décisionnels locaux.

Concrètement le rôle des collectivités sera d’œuvrer avec les structures en charge au niveau central à faciliter l’entrepreneuriat, annihiler les relents bureaucratiques s’opposant à la création et à l’innovation, “clustériser” leurs territoires, les marketer et contribuer ainsi à créer la dynamique à même de relancer l’économie nationale dans son ensemble.

Même si le code des collectivités locales évoque clairement l’aménagement du territoire comme axe fondamental de la décentralisation en marche, les débats et sujets de discussion portent aujourd’hui davantage sur des considérations idéologiques voire trop souvent dogmatiques, loin des enjeux d’une meilleure territorialisation et d’une spécialisation des territoires devenues impératives.

L’élection des 350 municipalités et 24 conseils régionaux ne doit pas occulter la nécessité de corriger les disparités mises à jour par la révolution. Elle ne doit pas faire l’impasse d’une spécialisation fonctionnelle des territoires et d’une efficience des ressources ainsi que de leur soutenabilité. L’Etat central restera cependant un acteur majeur de cette territorialisation et de l’attractivité des régions, non seulement en partageant les prérogatives liées au développement des territoires mais surtout en facilitant les projets de concession et d’interconnexion dans le domaine des infrastructures.

Zied Lahbib économiste

Source Blog HuffPost 05/05/2018

L’accord sur le nucléaire iranien sur la sellette

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La Libre Belgique

Quid de la solidarité européenne ?

La Libre Belgique fait part de sa perplexité après les discussions entre Trump et Macron :

«Imagine-t-on un locataire dont les conditions du bail seraient durcies au gré des humeurs du propriétaire ? C’est pourtant ce que MM. Trump et Macron semblent trouver normal et légitime. A la veille de rencontrer Kim Jong-Un, Donald Trump est occupé à lui montrer qu’un accord passé avec les Etats-Unis ne présente en définitive aucune garantie. Ce n’est certainement pas la meilleure façon de convaincre le dirigeant nord-coréen de renoncer à son arsenal atomique. Quant à Emmanuel Macron, on ignore s’il a été ébloui par les fastes de sa réception à la Maison-Blanche jusqu’à en perdre toute notion de solidarité européenne, voire le simple sens des réalités.»

 

The Independent (GB)

Pas étonnant que l’Iran veuille l’arme nucléaire

Le cas de la Corée du Nord montre que les Etats-Unis ne respectent un régime rival que si celui-ci dispose de l’arme atomique, juge The Independent :

«Si Iran peut tirer un enseignement des récents développements, c’est bien qu’il vaut la peine de posséder un arsenal nucléaire. Car il est évident que la soudaine disposition de Donald Trump à faire des compromis avec la Corée du Nord est uniquement due à la capacité du pays à développer des armes susceptibles de représenter une menace directe pour les Etats-Unis. Les Américains seraient-ils aussi péremptoires avec les Iraniens si ceux-ci disposaient de têtes nucléaires ? C’est la question qu’on se posera à Téhéran. Le facteur déterminant dans l’actuel accord sur le nucléaire iranien, c’est qu’en dépit de toutes ses faiblesses, il ralentit le processus d’armement atomique de l’Iran.»

Orient XXI

Paris déçoit Téhéran

L’action du président français a de quoi dépiter Téhéran, fait valoir le spécialiste de l’Iran Bernard Hourcade sur le portail Orient XXI :

«L’Iran s’étonne qu’au lieu d’user de son influence pour inciter son allié américain à respecter l’accord et à lever effectivement les sanctions économiques, la France ait pris l’initiative, avec le concours du Royaume-Uni et de l’Allemagne, de demander à l’Union européenne de nouvelles sanctions, en espérant que cela ferait plaisir à Donald Trump. Ces questions font l’objet d’un consensus national à Téhéran. … La population espérait une ouverture économique et internationale depuis longtemps attendue et rejette unanimement la politique du ‘deux poids deux mesures’ quand les monarchies pétrolières ou les alliés de l’Occident sont en jeu.»

Der Standart (At)

Le plan Macron

Il ne sera pas aussi simple de renégocier l’accord sur le nucléaire iranien, analyse Der Standard :

«Le président français Emmanuel Macron a essayé de vendre [à Donald Trump] quelque chose qui n’existe pas encore : un accord auxiliaire censé transformer l’ancien accord en un ‘new deal’, comme l’a nommé Trump. … Macron sait qu’il est irréaliste de déficeler cet accord complexe. Pour le préserver, il entend traiter séparément le programme balistique de Téhéran et son influence politique dans les pays arabes. Sur ce dernier point, une approche plus globale est toutefois nécessaire : car on ne peut parler des Iraniens en Syrie sans consulter la Russie, la Turquie et d’autres Etats, comme l’Arabie saoudite. Juste après les frappes aériennes américaines, françaises et britanniques en Syrie, le 1er avril, Macron avait affirmé vouloir lancer une nouvelle offensive diplomatique en Syrie.»

 

Source Eurotopics

Le cabinet de guerre de Donald Trump

 John Bolton (g.) ; Mike Pompeo (d.) Gage Skidmore 2018 (J. Bolton) ; CIA 2017 (Mike Pompeo).


John Bolton (g.) ; Mike Pompeo (d.)
Gage Skidmore 2018 (J. Bolton) ; CIA 2017 (Mike Pompeo).

En nommant Mike Pompeo à la tête du département d’État et John Bolton à celle du Conseil de sécurité nationale, Donald Trump a profondément remanié l’équipe en charge de la politique étrangère des États-Unis. Et donné un poids accru aux « faucons ».

Donald Trump entend-il lancer une guerre contre la Corée du Nord ou plus probablement l’Iran ? Si l’on ne peut répondre à cette question de façon catégorique, une chose est sûre : il prépare le terrain à cette éventualité. En nommant Mike Pompeo à la tête du département d’État, puis John Bolton à celle du Conseil de sécurité nationale, il a désigné deux des figures les plus belliqueuses du Parti républicain. Bolton, en particulier, incarne depuis trois décennies la propension à vouloir tout régler par la force militaire — hier contre Cuba ou en Irak, aujourd’hui contre l’Iran ou la Corée du Nord — au point de jouir, jusque dans des cercles républicains, du surnom de « Strangelove », le fameux Docteur Folamour du film de Stanley Kubrick, qui symbolise la folie nucléaire. Avec ces nominations (et celle de Gina Haspel à la tête de la CIA, une femme qui a personnellement dirigé un site américain de tortures après le 11-Septembre et a autorisé la destruction de cassettes montrant ces pratiques), Trump a mis en place l’équipe dirigeante la plus va-t-en-guerre de l’ère moderne américaine, une équipe idéologiquement très marquée à l’extrême droite, du moins pour les deux premiers nommés.

Depuis quarante ans, Bolton personnifie une vision unilatérale et exceptionnellement belliciste de la politique extérieure américaine, qui fait de la « guerre préventive », prohibée par le droit international, son fondement stratégique. Il appartient à l’école ultra-nationaliste agressive, dans la tradition de Douglas MacArthur, l’homme qui prônait en 1948 de lancer la bombe A sur la Chine pour contrer l’avancée communiste, puis en 1951 contre la Corée du Nord. Il incarne jusqu’à la caricature ce que le politologue Richard Hofstadter désigna dans un ouvrage célèbre de 19651 comme « le style paranoïaque » d’une droite radicale américaine où les théories du complot prolifèrent, accompagnées d’une insondable détestation pour tout ce qui viendrait enrayer la mission légitime des États-Unis de dominer le monde. Ainsi Bolton déclara-t-il à l’ONU : « Il faudrait recomposer le Conseil de sécurité et qu’il n’y ait plus qu’un seul membre permanent : les États-Unis »

La droite radicale qu’étudie Hofstadter n’hésite devant aucun mensonge ou fabrication pour justifier ses ambitions. Bolton non plus. Lorsqu’en 2002, George W. Bush invoqua son « axe du mal » entre la Corée du Nord, l’Iran et l’Irak de Saddam Hussein, Bolton décréta immédiatement qu’il existait « des connexions puissantes entre les trois régimes » pour la fabrication d’armes de destruction massive. Ses outrances devinrent légendaires quand Bush le nomma ambassadeur à l’ONU, où il fit un passage éclair en 2005-2006. Vite marginalisé, y compris dans des milieux conservateurs, cela n’empêcha pas le Wall Street Journal puis Fox News, la chaîne de toutes les droites, de l’accueillir dès lors et jusqu’à ce jour avec bienveillance. L’homme eut tout loisir d’y déverser ses diatribes contre les innombrables menaces qu’affrontent les États-Unis — l’islam, l’Europe, la Chine, plus les ennemis intérieurs, eux aussi innombrables — et l’unique moyen qu’il connait pour les endiguer : frapper, encore et encore.

« Bombardons l’Iran »

Même si l’on se restreint au seul Proche-Orient, les citations affolantes de Bolton ne se comptent plus. Peu avant que l’accord international avec l’Iran sur le nucléaire militaire soit finalisé, il signe dans le New York Times un article titré : « Pour arrêter la bombe iranienne, bombardons l’Iran » (« To Stop Iran’s Bomb, Bomb Iran », 26 mars 2015). Cet appel advenait après des centaines d’autres. De 2002 à ce jour, Bolton n’a cessé d’annoncer que la menace nucléaire iranienne était « imminente ». En 2009, il déclare à l’université de Chicago : « Sauf si Israël est disposé à user de l’arme nucléaire contre le programme iranien, l’Iran aura une arme nucléaire dans un très proche avenir ». Comme l’écrit Uri Friedman dans The Atlantic (« McMaster is Out, and even Bigger North Korea Hawk is In », 22 mars 2018), c’est le seul cas connu où un politicien américain a justifié qu’un autre pays que les États-Unis, « puisse non seulement utiliser la bombe A, mais y est même encouragé. »

Car Bolton est également un grand ami d’Israël, ou plus précisément de sa fraction ultra. « La solution à deux États est un non-sens. Un État palestinien deviendrait inévitablement un État terroriste à la frontière d’Israël », a-t-il toujours expliqué, reprenant une vieille antienne israélienne. Sa nomination au Conseil national de sécurité américain a d’ailleurs été accueillie avec enthousiasme par le gouvernement israélien. « Le président Trump continue de nommer de vrais amis d’Israël à de hautes positions, et Bolton ressort parmi eux », a déclaré Ayelet Chaked, ministre de la justice et membre de l’extrême droite coloniale religieuse. À l’opposé, Hanane Hachrawi, une figure intellectuelle du nationalisme palestinien, a jugé qu’avec Bolton, l’administration Trump « s’adjoint les sionistes extrémistes, les fondamentalistes chrétiens et les racistes blancs ». Quant à l’islam, il suffit de rappeler que Bolton, adepte du « choc des civilisations », fit l’éloge en 2010 d’un ouvrage, The Post-American Presidency, signé par deux islamophobes des plus radicaux, Robert Spencer et Pam Geller, cofondateurs du mouvement Stop Islamization of America. Ils y assurent que Barack Obama est un musulman masqué, suggérant que le gouvernement américain est « infiltré » par un « complot islamique secret ». Qui s’étonnera que le sénateur républicain Rand Paul, après la nomination de Bolton, ait vu en lui un homme « dérangé » ?

 

« Nous savons que Jésus-Christ est notre sauveur »

Mike Pompeo, lui, est un radical d’un type différent, mais aux opinions similaires. Chrétien fondamentaliste, politicien de carrière — il a siégé huit ans à la Chambre — il a été proche de Steve Bannon, l’idéologue de l’« alter »-droite, et un leader important du Tea Party, mouvement qui a diffusé les attaques les plus désolantes et racistes contre l’ex-président Obama. Dès la victoire de Trump acquise, en novembre 2016, Pompeo s’exclame concernant l’accord sur le nucléaire signé avec l’Iran par les grandes puissances et validé par deux résolutions de l’ONU : « J’ai hâte d’abroger cet accord désastreux conclu avec le plus grand sponsor du terrorisme au monde ». Proche de Benyamin Nétanyahou, Pompeo déclarait en 2014, à Wichita, au Kansas, que le terrorisme islamiste « nous oblige à prier, nous battre et clamer que nous savons que Jésus-Christ est notre sauveur, qu’il est vraiment la seule solution pour notre monde ». Sa vision apocalyptique d’un combat engagé entre le « bien » (l’Amérique telle que Pompeo la conçoit) et le « mal » (tous les autres et l’islam d’abord) a été sa référence constante — jusqu’à ce qu’il minore cet aspect une fois nommé à la tête de la CIA. Sa définition de la politique ? « Un combat jamais fini… jusqu’à parvenir au ravissement ». Ce thème du « ravissement », qui doit marquer le retour de Jésus sur terre, est très ancré dans l’évangélisme américain. Enfin, Pompeo s’est vu décerner un prix d’honneur par ACT for America !, autre association réunissant de grandes figures de l’islamophobie radicale aux États-Unis.

Pourquoi avoir nommé deux figures si « identitaires », l’une de la droite nationaliste extrême et l’autre de l’évangélisme militant ? Ces derniers mois, Trump a multiplié les gestes, y compris sur le terrain international, qui montrent qu’il se préoccupe d’abord… de politique intérieure. Des propos menaçant l’Iran (et la Corée du Nord) proférés aux Nations unies jusqu’aux mesures de taxation accrue de l’acier étranger en passant par la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, la liste est longue des décisions prises récemment par Trump destinées, en premier lieu, à conforter sa base électorale — laquelle, grossièrement, unit précisément des nationalistes protectionnistes aux évangélistes radicaux. Avec, dans les deux camps, une obsession à défendre l’homme blanc américain menacé dans son identité, parce que progressivement dépossédé de son statut dominant. À l’approche d’échéances électorales, flatter cette base et ses espérances est, pour Trump, un impératif.

Comme le président Nixon au Vietnam

Qu’attendre, désormais, de nominations si inquiétantes ? On sent poindre, parmi les commentateurs américains, deux écoles. Soit Trump continue de « faire du Trump », soit on est réellement entré dans une phase nouvelle de son mandat. Qu’est-ce que « faire du Trump » ? L’Institution Brookings a révélé, en octobre 2017, une discussion privée à la Maison Blanche entre Donald Trump et ses conseillers. Elle tourne autour d’un ultimatum à la Corée du Nord. Trump s’emporte. « Non, non, vous ne leur donnez pas trente jours [pour accepter]. Vous leur dites que s’ils n’acceptent pas les concessions exigées dès maintenant, ce fou peut balancer l’affaire à chaque instant » ! Bref, Trump, simule la « dinguerie » pour mieux obtenir ce qu’il exige par l’effroi qu’il suscite, reprenant à son compte la fameuse « madman theory », la « théorie du dingo » que le président Nixon aurait imaginée en 1969 pour faire croire aux Nord-Vietnamiens qu’il pourrait lâcher sur eux la bombe A pour gagner la guerre. Dans cette vision, à la veille de négocier avec Pyongyang, de proposer un « plan de paix » au Proche-Orient qu’il entend imposer aux Palestiniens et de remettre en cause l’accord nucléaire avec Téhéran, Trump aurait nommé Pompeo et Bolton dans le seul but d’effrayer ses interlocuteurs récalcitrants, afin de négocier en position favorable.

La seconde tendance estime que même si cette analyse correspond à l’unique méthode que connait Trump en toute situation — s’imposer par la peur — cela ne répond pas aux interrogations. Car si cette option ne porte pas ses fruits — ce qui, dans les trois cas, est hautement probable —, alors la seule issue pour son instigateur consiste à battre en retraite piteusement ou à passer à l’acte. C’est ici que les « scénarios Folamour » deviennent plausibles et que, comme l’a déclaré Bob Corker, le président (républicain) de la commission des affaires étrangères du Sénat, Trump risque de « nous mener sur la voie d’une troisième guerre mondiale ».

Car, pour s’en tenir au Proche-Orient, on voit mal comment les Iraniens, en position de force au regard du droit international, accepteraient de faire la moindre concession pour réviser un accord validé par deux résolutions des Nations unies. Téhéran a déjà réagi avec mépris aux appels de Trump à renforcer les sanctions. Or, avec les nominations de Pompeo et Bolton, les observateurs sont unanimes : le 12 mai prochain, à l’échéance qu’il a lui-même fixée, Trump retirera de manière formelle la signature des États-Unis de l’accord approuvé par son prédécesseur. Dès lors, les options guerrières vis-à-vis de l’Iran seront à nouveau sur la table. Par ailleurs, alors que l’administration Trump entend toujours imposer un « accord » israélo-palestinien qui verrait Israël préserver l’essentiel de ses colonies et la vallée du Jourdain dans une Palestine réduite à plusieurs bantoustans discontinus avec une capitale sise dans un faubourg de Jérusalem, on ne voit pas, quelle que soit la manne financière qui accompagnerait cet illusoire « accord de paix », quel dirigeant palestinien — et même, à vrai dire, quel dirigeant arabe — viendrait l’adouber publiquement.

Dès lors, la politique du « retenez-moi où je fais un malheur » a toutes les chances de se briser sur les réalités internationales. Mais c’est à ce moment que s’ouvriront les options les plus terrifiantes. Car si Kim Jong-un refuse d’abandonner son maigre arsenal atomique qui constitue l’unique arme de dissuasion dont dispose son régime paranoïaque pour garantir sa survie, Trump se retrouvera face à l’obligation d’élever le niveau des pressions. Jusqu’où ? De même, une fois le traité avec l’Iran annulé et de nouvelles pressions américaines votées contre Téhéran, combien de temps l’Iran acceptera-t-il de préserver son respect d’un accord saboté par son principal interlocuteur ? C’est là que, quel que soit l’état d’esprit réel de Trump — joue-t-il au fou ou l’est-il vraiment ? — la question est de peu d’importance. On entrerait dans une zone de turbulences où les nominations de Pompeo et Bolton pourraient s’avérer décisives.

L’Irak et la Syrie nouveaux champs d’affrontement ?

Pour la plupart des analystes, une attaque contre les sites de production atomique de la Corée du Nord semble quasi impensable. Chinois, Japonais et Sud-Coréens ont depuis longtemps mis en garde Washington contre les risques qu’une telle opération leur ferait courir. Une offensive contre des sites en Iran serait l’option que l’équipe Trump-Pompeo-Bolton devrait privilégier. Elle serait soutenue, activement ou tacitement, par Israël, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis avec d’autant plus de facilité que l’Iran, lui, ne dispose pas de l’arme nucléaire. C’est là qu’un Bolton et un Pompeo, bellicistes déterminés, pourraient « envoyer la politique de sécurité nationale américaine vers des eaux inconnues », écrit Richard Silverstein dans Middle East Eye (14 mars 2018). Avant même leur nomination, Robert Malley, président de l’International Crisis Group et ex-conseiller d’Obama sur le Proche-Orient, s’inquiétait vivement de l’éventualité d’un accrochage militaire entre Iraniens et Américains dans la région, par exemple en territoire irakien, qui provoquerait une « escalade » potentiellement incontrôlable. Avec Pompeo et Bolton aux manettes, le pire serait à craindre.

Certes, au vu du fonctionnement de Trump, qui peut prédire ce que sera leur influence réelle ? Mais pour beaucoup d’analystes, l’attitude des Européens, et notamment des Allemands et des Français, face à la fuite en avant belliciste de l’administration Trump, sera déterminante. S’ils optent de manière déterminée pour préserver l’accord signé avec Téhéran, il leur faudra mener une diplomatie visant à isoler le plus possible Washington, dans l’espoir d’amener l’administration Trump à prendre conscience des conséquences néfastes pour elle-même de son attitude. Il n’est cependant pas sûr que des personnalités telles que Trump, Pompeo ou Bolton y soient sensibles. Au contraire, on peut s’attendre à ce que les Européens — qui, de plus, ont rarement manifesté un courage débordant et surtout une unité sans faille face aux Américains sur la scène proche-orientale — craignent qu’un tel isolement américain pousse Trump et ses proches à tenter de sortir par le haut en s’engageant dans un conflit armé contre l’Iran. Si cette éventualité advenait, les conséquences, à l’échelle régionale et peut-être planétaire, pourraient être incommensurables.

Restent plusieurs inconnues. Bolton aura-t-il l’influence qu’on lui octroie ? Le général James Mattis au Pentagone et les généraux de l’état-major hostiles à une aventure guerrière contre l’Iran pourraient-ils contenir les velléités de la Maison Blanche d’attaquer si l’ordre était donné ? Indubitablement, le bellicisme de Trump reste loin d’être majoritaire aux États-Unis. Mais on sait combien les opinions publiques peuvent basculer une fois un conflit engagé. À Paris, l’ancien directeur du département Afrique du Nord Moyen-Orient au ministère des affaires étrangères, Yves Aubin de la Messuzière, juge qu’il faut placer les États-Unis dans une situation d’isolement maximal. « La France, dit-il, s’honorerait en prenant l’initiative ambitieuse d’un appel commun entre Européens, Chinois et Russes sur le thème “respect de l’accord, rien que l’accord, tout l’accord” avec Téhéran, pour empêcher toute évolution guerrière aux conséquences imprévisibles ». Un tel appel bénéficierait de soutiens au sein même de la classe politique américaine. Car si les États-Unis attaquaient directement le territoire iranien, les Iraniens « pourraient réagir en bloquant le détroit d’Ormuz et en attaquant des cibles américaines en Irak et en Syrie. Les suites seraient inconnues ». Aubin veut croire que les dirigeants américains en sont conscients. La probabilité la plus grande, conclut-il, est que si Trump attaque les Iraniens, il lance une opération militaire contre eux en Syrie. « Ça n’aura pas le même poids, mais même là, les risques de dérapage incontrôlé et de conséquences à l’échelle régionale seront importants ».

1The Paranoid Style in American Politics ; traduit en français en 2012 sous le titre Le style paranoïaque dans la politique américaine, François Bourin éditeur.

Source :  Orient XXI 02/04/2018

La militante espagnole de l’aide aux migrants Helena Maleno jugée au Maroc : “Un moyen d’intimider les défenseurs des droits humains”

Capture d'écran d'un entretien avec Helena Maleno mené par Javier Sánchez Salcedo pour le site d'information Mundo Negro. Visible sur YouTube et sur le site web.

Capture d’écran d’un entretien avec Helena Maleno mené par Javier Sánchez Salcedo pour le site d’information Mundo Negro. Visible sur YouTube et sur le site web.

Le 31 janvier, la militante des droits humains et chercheuse espagnole Helena Maleno devait comparaître en justice au Maroc pour la deuxième fois, accusée de participation à un réseau de  traite des êtres humains du fait de son activité d’aide aux migrants qui se retrouvent à la dérive en Méditerranée.

Helena Maleno fait partie de l’organisation non gouvernementale Caminando Fronteras (Marcher les Frontières), qui défend les groupes de migrants surtout en provenance d’Afrique sub-saharienne. L’accusation portée contre elle est basée sur ses appels téléphoniques aux services de sauvetage maritime pour les alerter sur la présence de canots en perdition.

Les multiples organes de médias qui l’ont interviewée ces derniers jours soulignent souvent que Maleno a toujours son téléphone à la main, et reçoit constamment des appels de personnes en danger en mer. “Mon téléphone leur est accessible. Je ne sais pas qui sont la plupart des gens qui m’appellent. Ils se donnent mon numéro les uns aux autres et m’appellent quand il y a une urgence”, a dit Maleno au quotidien espagnol El País.

Les ennuis judiciaires de Maleno ont commencé en Espagne, où un tribunal a conclu en 2017 qu’ il n’y avait aucun caractère délictuel dans le travail de Maleno. En revanche, les autorités du Maroc, pays où elle a travaillé pendant 16 ans, a rouvert l’affaire en réponse à la plainte d’un service de la police espagnole appelé Unité centrale contre les réseaux d’immigration et de faux papiers (UCRIF, en espagnol), le même qui avait saisi la justice espagnole.

Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi la police espagnole a envoyé au Maroc un dossier où on m’accuse de trafic d’êtres humains, alors qu’un procureur en Espagne a déjà déclaré l’affaire close. Nous ne pouvons pas établir un précédent où l’on poursuit ceux qui font un travail humanitaire.

 

Criminaliser la migration et le travail humanitaire

La même inquiétude est partagée par les divers militants et organisations qui soutiennent le travail de Maleno, comme l’équipe de direction de la Fondation porCausa, un collectif de journalistes et de chercheurs dédié à représentation du phénomène migratoire dans les médias.

[…] la personnalisation d’une offensive politique comme celle qu’exécute le Maroc contre Helena Maleno est une façon d’intimider ceux qui veulent faire quelque chose de semblable. Cela affaiblira encore plus les déjà rares réseaux de protection des migrants utilisant cette route […] La possibilité que le Ministère de l’Intérieur espagnol — ou certains de ses agents — transfère au Maroc l’attaque qui n’a pas abouti ici [en Espagne] revêt une gravité si extraordinaire qu’elle doit être clarifiée au plus tôt.

[…] La frontière sud de l’Espagne est le théâtre de nombreuses illégalités, dont aucune n’est en relation avec l’activité de Maleno : renvois immédiats (sanctionnés par la Cour de Strasbourg), violation d’autres garanties de protection internationale, détentions arbitraires, maltraitance et mépris des droits des enfants, pour ne citer que les violations les plus criantes. S’embarquer dans un harcèlement aussi féroce des défenseurs des droits humains serait franchir un point de non-retour.

Les expulsions collectives, ou renvois imméediats, mentionnés ci-dessus font référence à l’expulsion sous la contrainte de migrants arrivés sur le sol espagnol, une pratique au mépris des protections établies par le droit international.

Le cas de Maleno n’a rien d’exceptionnel. Selon des signalements d’Amnesty International, José Palazón, le président de l’ONG Pro Derechos de la Infancia (Pour les droits de l’enfance), a été attaqué injustement par plusieurs organes de médias dans la ville de Melilla, une enclave espagnole sur la côte nord du Maroc, ainsi que par le Conseiller au Bien-être social. Les attaques verbales prétendaient disqualifier le travail de Palazón en prétendant qu’il ne s’agissait que d’une “bataille personnelle” ne bénéficiant à personne.

Ceci coïncide avec l’attitude générale de rejet des migrants arrivant en Europe qui se banalise à travers l’Union européenne, tandis que les périls demeurent pour ceux qui y cherchent refuge en traversant la Méditerranée : depuis le début de 2014, 14.000 personnes sont mortes en mer.

#DéfendreCeuxQuiDéfendent

Maleno a reçu un soutien résolu du monde entier, et les témoignages de solidarité sont visibles sur les médias sociaux.

Une pétition, créé sur la plate-forme Intermón d’Oxfam et diffusée sous le mot-clé #DefenderAQuienDefiende (#DéfendreCeuxQuiDéfendent), exige que le gouvernement espagnol intervienne pour aider Maleno.

Dans le même temps, en Espagne, les membres de plus de 20 organisations ont manifesté leur soutien dans les rues de Grenade :

Hier, par accionenred Granada [Action sur le net Grenade], avec plus de 20 organisations sociales et partis politiques, nous avons voulu montrer notre solidarité et soutien à Helena Maleno et au travail solidaire qu’elle effectue.

 

Avec leur système d’alerte, Maleno and Caminando Fronteras ont contribué au sauvetage de centaines de personnes qui se sont embarquées dans des conditions précaires pour des traversées incroyablement périlleuses. Maleno aide aussi à donner aux migrants une meilleure qualité de vie et se bat pour la reconnaissance de leurs droits humains de base.

Son activité de militante et sa dénonciation des injustices sociales ont valu à Maleno d’être distinguée par le Conseil général des avocats espagnols en 2015.

Le fondement du travail de Maleno et de Caminando Fronteras est aussi d’humaniser ceux qui s’embarquent pour l’Europe. Une partie de cet effort se voit dans leur travail de sensibilisation pour essayer de faire comprendre aux citoyens européens les circonstances et la résilience des populations qui arrivent à leurs frontières. Elle l’explique dans la vidéo ci-dessous :

https://www.youtube.com/watch?v=5efK7gugYag

« Je ne veux pas qu’il y ait des renvois immédiats. […] Ce n’est pas parce que tu es de Guinée-Bissau, pas parce que tu es noir, mais parce que je veux un monde sans renvois immédiats. […] c’est parce que aujourd’hui c’est toi et demain ça sera nous […] Ça peut changer à tout moment. […] Nous sommes tous dans le même bateau […] s’il coule nous coulerons tous. »

Source : Global Voices 01/02/2017

Voir aussi : Actualité internationale, Rubrique Société citoyenneté, Justice, rubrique Politique, politique de l’immigration,