Intensification des frappes en Libye : « Un signe de faiblesse politique »

Difficile estimation des dégats collatéraux en Libye

Pour la troisième fois, le groupe de contact sur la Libye s’est réuni jeudi 9 juin, à Abou Dhabi. Une aide financière aux rebelles libyens a été annoncée, alors que l’OTAN a mené cette semaine ses raids les plus violents sur Tripoli. Pour Didier Billion, directeur des publications de l’Institut des relations internationales et stratégiques, cette intensification des bombardements est un signal clair de « la faiblesse politique » de la coalition.

Dès l’ouverture de la réunion du groupe de contact, le chef de la diplomatie italienne, Franco Frattini, a affirmé que le pouvoir du colonel Mouammar Kadhafi « touch[ait] à sa fin » : le groupe semble insister sur l’après-Kadhafi, pourquoi cette évolution ?

Les enjeux ont évolué parce que les bombardements durent depuis des semaines et le colonel Kadhafi est toujours au pouvoir. Le fait que la plupart des protagonistes qui participent à la réunion affirment leur volonté de faire partir Kadhafi du pouvoir marque une évolution importante. En effet, cet objectif n’est pas contenu en tant que tel dans la résolution de l’ONU qui avait pour unique motif la protection des populations civiles. En revanche, on ne connaît pas les modalités envisagées pour ce départ : Kadhafi doit-il être tué, extradé et à l’abri de poursuites internationales ou encore traduit devant la Cour de justice internationale ?

Au même moment, la coalition intensifie ses frappes : assiste-t-on à un changement stratégique de l’OTAN ?

Si l’on est obligé d’intensifier les bombardements et de les diversifier par les types d’armes utilisés, cela prouve que l’objectif de faire partir Kadhafi est très difficle à atteindre. C’est un signe de faiblesse politique. Si la coalition sentait que le président libyen allait se rendre, il n’y aurait pas d’intensification des bombardements.

L’OTAN essaie actuellement de reproduire ce qui s’est passé en Serbie où après plus de deux mois de bombardements intensifs, Milosevic avait été obligé d’accepter les conditions qui lui avaient été imposées. Mais la Libye n’est pas la Serbie et la reproduction d’un tel schéma est très incertaine.

Quel est l’état des forces de Kadhafi ?

C’est un pouvoir extrêmement réduit. En termes géographiques d’abord, parce qu’il ne contrôle plus qu’une partie de son territoire. Politiquement ensuite, car la configuration des opérations militaires l’empêche d’exercer réellement son pouvoir. Récemment, la mise en œuvre de moyens militaires différents par la coalition avec l’intervention d’hélicoptères de combat a permis de mieux cibler les objectifs. Mais Kadhafi bénéficie encore de soutiens en Libye. Il y a le jeu des tribus d’abord, mais aussi des familles qui lui sont restées fidèles. Il y en a d’autres qui, idéologiquement, sont convaincus qu’il faut résister à l’impérialisme. C’est un mélange hétérogène mais cela montre qu’il n’a pas perdu tous ses appuis intérieurs.

Du point de vue militaire, beaucoup de matériel des forces loyales à Kadhafi a été détruit ou rendu inopérant. Mais il est important de rappeler que dès le départ, après les premiers jours d’insurrection, les troupes de Kadhafi avaient effectué un mouvement rapide et étaient sur le point de faire tomber Benghazi : il y avait donc une capacité réelle, militaire et politique de réagir aux manifestations. Depuis, les troupes de Kadhafi ont été obligées de reculer, mais en bon ordre : ses forces ne sont pas disloquées. Certes, il y a eu quelques démissions d’officiers mais ce n’est pas significatif.

On sait que les forces loyales à Kadhafi se déplacent quasi exclusivement dans des camions, des pick-up, qui sont moins facilement atteignables. Ce qui explique que ces forces résistent. Et Kadhafi n’est pas fou : il a compris que la seule façon d’essayer de s’en sortir, c’est de rester au milieu des centres urbains, des populations civiles et au milieu de ceux qui lui sont restés fidèles. Il tient encore.

Dans ces conditions, assiste-t-on à un essoufflement de l’action de la coalition?

Non, l’intervention coûte cher mais la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis avec leurs drones sont tout à fait en capacité militaire, matérielle et financière de continuer les frappes pendant des semaines encore. Il n’y a pas de troupes au sol, par conséquent, il n’existe pas le problème de dimension psychologique. Quand il y a l’annonce d’un mort français en Afghanistan, cela suscite une réflexion : cette intervention est-elle légitime ? Mais en Libye, les aviateurs ne prennent pas de risques, il n’existe donc pas de critique formalisée à ce jour. Il n’y a donc aucun obstacle politique, psychologique ou financier à continuer cette opération.

Il existe en revanche une dimension que la coalition ne veut pas considérer, à tort : le retour de bâton du point de vue des relations entre « le monde occidental » et « le monde arabo-musulman ». Si le monde arabe ne se dresse pas contre l’intervention en Libye, il existe en revanche une sorte de réprobation. Rappelons-nous qu’après le début des interventions, le secrétaire général de la ligue des Etats arabes, Amr Moussa, avait critiqué les modalités d’intervention. Certains considèrent que cette opération s’éternise.

Le coût politique n’est donc pas immédiat et l’on parle, heureusement, moins de « choc des civilisations ». Mais cela peut ressurgir. Nous avons tout intérêt à déployer des partenariats, des coopérations [avec le « monde arabe »] mais cela n’est pas facilité par l’intervention libyenne.

La Russie a dépêché un émissaire à Benghazi mardi mais nie toute tentative de médiation : quel est le rôle de ce pays dans une éventuelle sortie de crise ?

La Russie est dans une situation de contradiction. Comme la Chine, avec son abstention au vote du Conseil de sécurité, elle avait permis l’adoption de la résolution 1973. Mais ces deux pays sont aujourd’hui plus critiques sur la modalité de l’opération militaire et l’objectif affiché par les Français, les Britanniques et les Américains de faire partir Kadhafi. La Russie a eu la sensation de se faire avoir en acceptant de s’abstenir sur le vote de la résolution. Cependant, elle souhaite éviter le massacre des populations civiles. On peut donc parler d’une tentative de facilitation. Il s’agit de trouver la moins mauvaise des solutions pour sortir de la crise : par la politique et la diplomatie.

Propos recueillis par Flora Genoux Le Monde

Voir aussi : Rubrique Méditerranée, rubrique Lybie, On Line, http://www.inversalis-productions.eu/blog/2011/04/libye-un-conseil-de-transition-neoliberal/,

Offensive sarkozyste contre l’indépendance de l’AFP

Si la proposition de loi «relative à la gouvernance de l’AFP» déposée au Sénat est adoptée, «l’agence est morte», affirment Dominique Ferrandini et Patrick Filleux, membres fondateurs du Syndicat autonome des journalistes (SAJ-UNSA). A onze mois de l’élection présidentielle, le pouvoir sarkozyste s’attaque, dans la précipitation, à l’indépendance de la principale entreprise de presse française et troisième agence mondiale d’information, l’Agence France-Presse (AFP). Par le biais du dépôt, au Sénat, d’une proposition de loi «relative à la gouvernance de l’AFP», signée par le sénateur UMP Jacques Legendre et qui doit être examinée dans l’urgence avant la clôture de la session parlementaire, fin juin, c’est bien le statut «constitution» de l’Agence, voté par le Parlement en 1957 et qui lui a permis d’assurer jusqu’à ce jour son indépendance, qui est menacé.

L’indépendance de l’AFP vis-à-vis de l’Etat, donc de son exécutif, fut au cœur de la réflexion du législateur en 1957. L’accouchement fut long et difficile. 15 ans de gestation. Le bébé fut conçu dans la Résistance, dans un élan démocratique et progressiste combattant, tout entier dicté par deux intangibles paradigmes: le droit à informer et le droit à être informé.

Couper le cordon ombilical avec l’Etat, donc garantir la diffusion à l’ensemble de la presse française et internationale, d’une information mondiale honnête, vérifiée, recoupée, exempte de toute pression politique, économique ou idéologique, fut le gage de la crédibilité de l’AFP, donc de son existence et de son développement.

Quelque 3.000 journalistes et personnels techniques travaillent aujourd’hui pour l’Agence dans 165 pays. Leur mission, selon l’article 1er du statut de 1957, est «de rechercher, tant en France (…) qu’à l’étranger, les éléments d’une information complète et objective».

Mais c’est l’article 2 qui définit et fixe le cadre éthique dans lequel l’Agence œuvre en toute indépendance: «L’Agence France-Presse ne peut en aucune circonstance tenir compte d’influences ou de considérations de nature à compromettre l’éxactitude ou l’objectivité de l’information; elle ne doit, en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d’un groupement idéologique, politique ou économique». Tout est là !

Qu’en est-il dans la proposition de loi sénatoriale, appuyée et endossée sans réserve par l’actuel PDG Emmanuel Hoog, parachuté en 2010 avec la bénédiction -sinon l’intervention- de l’actuel pouvoir, dont il serait lassant de rappeler les attaques auquel il s’est livré contre la liberté et l’indépendance de la presse en général et de l’AFP en particulier depuis 2007

L’article 2 est conservé en l’état, mais vidé de sa substance

La nouvelle «gouvernance» envisagée -tant dans la composition du conseil d’administration, qu’en ce qui concerne les ressources et moyens financiers de fonctionnement et développement- sous prétexte d’harmoniser le statut de 1957 avec les lois et directives européennes, place de facto et officiellement l’AFP sous la sujétion de l’Etat.

De plus, l’AFP, qui a été dotée en 1957 d’un statut «d’organisme autonome bénéficiant de la personnalité civile», sans capital ni propriétaire, et dont les ressources proviennent des abonnements de ses usagers, serait assimilée à un organisme «privé». Mais, lourde contradiction hypothèquant son développement, tout en étant soumise aux règles commerciales classiques, elle se verrait interdire d’entrer en concurrence avec ses clients (la presse de détail écrite et audiovisuelle), pour rester cantonnée au rôle de grossiste de l’information.

L’AFP serait donc à l’avenir, et dans le cadre de la révolution du Net, dans l’impossibilité de commercialiser sur la Toile et à l’usage des potentiels clients privés que nous sommes, vous et moi, la masse de ses informations françaises et internationales. Cette formule commerciale à l’étude, a pour nom anglo-saxon B2C (Business to Consummer), mais est fermement combattue depuis l’éclosion de l’Internet par les patrons de presse français, pour la plupart amis ou idéologiquement proches de l’actuel pouvoir politique.

Ils y voient, en ce qui concerne l’Agence, une «intolérable concurrence déloyale», mais avant tout une grave menace pour leurs intérêts vitaux, incapables qu’ils sont de diversifier leurs productions, tant sur le fond que sur la forme, pour aller à la rencontre de «nouveaux gisements de clientèle», ou pour faire tout simplement leur métier de diffuseurs d’informations sous toutes ses formes.

Voici donc l’AFP de demain, imaginée par le couple Hoog-Legendre: une agence «d’informations» assujétie au pouvoir de l’Etat et bridée dans son développement par le pouvoir de l’argent des grands groupes de presse.

Autant dire que l’AFP, agence mondiale de presse indépendante, vecteur essentiel de diffusion de la culture française dans le monde, est morte. Sa singularité, son regard, sa lecture des évènements du monde, face à ses deux concurrentes anglo-saxonnes uni-tonales, l’étatsunienne Associated Press et la britannique Reuter’s, sont réduits à néant.

Avant l’actuel statut de 1957, ces deux là ne manquaient jamais en citant l’AFP, de préciser à leurs lecteurs «agence gouvernementale française». Nul doute qu’elles entonneront le même refrain décrédibilisant, si le bouleversement de statut proposé était adopté par la représentation nationale.

Reste que l’Agence France-Presse est un bien commun des citoyens français d’où ils puisent l’immense majorité des informations honnêtes et vérifiées lues dans leurs journaux, écoutées sur leurs radios et diffusées sur leurs écrans.

Cette tentative aussi grossière que malhabile d’encadrement politique, idéologique et économique de la principale source d’information française (dont Sarkozy s’est plaint à maintes reprises pour ne pas être suffisamment à sa bottine), entreprise dans la précipitation avant une échéance qui se présente pour le moins en la défaveur du Président sortant (et presque sorti), illustre -s’il en était besoin- sa lecture des mots Démocratie et République.

Les journalistes et personnel technique et ouvrier de l’AFP ont fait une première grève de 24 heures, jeudi et vendredi, pour y faire échec. Mais leur combat ne doit pas, ne peut pas rester solitaire. Tous les citoyens français, démocrates et républicains sont concernés.

Par Les invités de Mediapart

 

Voir aussi :  Rubrique Médias, On line  http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/270511/offensive-sarkozyste-contre-lindependance-de-la


Portugal : L’opposition de centre-droit remporte les législatives

Le parti social-démocrate (PSD) de centre-droit a remporté les élections législatives dimanche au Portugal, ont indiqué les premiers résultats officiels dimanche soir. Le PSD a recueilli 38,6% des voix, alors que les socialistes du Premier ministre sortant José Socrates en ont obtenu 28%, a fait savoir le ministère de l’Intérieur, précisant qu’il s’agissait de résultats ne tenant pas compte des votes à l’étranger.

Cette victoire va permettre au PSD de former un gouvernement de coalition avec son allié traditionnel, le parti minoritaire de droite CDS, qui a recueilli quelque 11,7% des voix, soit 24 sièges au Parlement. Selon les résultats, le PSD détiendra 105 sièges au Parlement qui en compte au total 230, tandis que les socialistes en conserveront 73.

Le Premier ministre sortant Socrates a démissionné dimanche soir de la direction du parti socialiste, reconnaissant la défaite bien avant les résultats officiels. « Le parti socialiste a perdu ces élections », a déclaré M. Socrates. « Je voudrais donner au parti socialiste de l’espace pour discuter de son avenir et choisir une nouvelle direction », a-t-il ajouté.

A eux deux, le PSD et le CDS devraient avoir la majorité absolue au Parlement, avec 129 sièges. Les deux partis de droite ont d’ores et déjà indiqué qu’ils espéraient former une coalition pour remplacer les socialistes, qui ont été au pouvoir durant les six dernières années au Portugal.

Le vainqueur des élections devra assumer l’énorme tâche de faire sortir le pays lourdement endetté de sa grave crise financière.

L’Allemagne renonce au nucléaire

L'Allemagne renonce au nucléaire

 

Dans la nuit de dimanche à lundi, la coalition libérale-conservatrice allemande s’est entendue sur une sortie du nucléaire. D’ici 2022 au plus tard, la dernière des 17 centrales nucléaires allemandes devra avoir fermé ses portes. Une initiative visionnaire qui profitera à l’économie allemande pour certains commentateurs, une mise en péril de l’approvisionnement énergétique européen pour d’autres.

Aftonbladet – Suède 

Berlin montre la voie

En décidant de sortir du nucléaire, l’Allemagne assume au moins dans le domaine de l’énergie la position de précurseur qui lui échoit en Europe, salue le journal à sensation de gauche Aftonbladet : « L’Allemagne est la quatrième nation industrialisée de la planète, la première économie européenne et vient de décider de prendre les devants. La décision d’hier constitue une avancée inédite pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Le Financial Times écrit que la liquidation du nucléaire allemand déclenchera un boom en Europe pour l’utilisation des énergies renouvelables et la réalisation d’économies d’énergie. … Ce changement nécessite des investissements massifs mais générera aussi des coûts d’électricité plus élevés. L’efficacité énergétique revêt donc une importance primordiale. Les études montrent que l’Allemagne pourrait réduire ses coûts énergétiques de 10 à 20 pour cent en améliorant son efficacité. … Ces derniers temps, l’Allemagne n’a cessé de temporiser et de refuser à assumer le rôle de leader que l’Europe attend de son meilleur représentant. C’est précisément ce que fait le pays aujourd’hui dans le domaine de l’énergie. » (31.05.2011)


Polityka – Pologne 

Les énergies vertes à la place du nucléaire

Sortir du nucléaire en Allemagne d’ici 2022 est véritablement audacieux mais faisable du fait de l’économie innovante du pays, estime l’édition en ligne du magazine d’information Polityka : « L’Allemagne s’est donc décidée à mettre fin à l’ère du nucléaire sur son territoire et ce bien qu’elle ait construit 17 centrales qui couvrent 23 pour cent des besoins en électricité du pays. Ils ont eu le courage de prendre cette grande initiative mais on ignore encore comment les choses se poursuivront. L’objectif est clair et décrit du reste précisément depuis longtemps : miser sur les énergies vertes. Cela est-il possible ? Dans le cas de l’Allemagne, il semble que oui. L’Allemagne est aujourd’hui déjà le leader incontesté du marché en Europe dans l’exploitation des sources d’énergie renouvelables. » (31.05.2011)

 

De Tijd – Belgique 

Une décision bénéfique à l’économie

La décision de l’Allemagne de sortir du nucléaire est légitime mais constitue aussi un défi pour l’économie, estime le journal économique De Tijd : « L’accident de Fukushima a montré que l’énergie nucléaire n’est pas fiable à 100 pour cent. Les tests de résistance peuvent au mieux réduire les risques de catastrophe nucléaire sans toutefois complètement les exclure. Si la population allemande n’est pas prête à prendre ce risque, elle est dans son bon droit. Mais le pays doit alors accepter toutes les conséquences. Ce sera un défi important de garantir l’approvisionnement énergétique à un prix acceptable sans affaiblir la position concurrentielle des entreprises allemandes. La décision de sortir du nucléaire d’ici 2022 a le mérite d’être claire. Cela pourrait constituer une formidable impulsion pour le secteur des énergies renouvelables et pour la recherche de techniques permettant de rendre les centrales conventionnelles plus écologiques. Si l’Allemagne y parvient, elle aura une longueur d’avance sur les autres pays. » (31.05.2011)


Blog Géopolitique – France 

Les écolos allemands importeront du nucléaire

La sortie du nucléaire en Allemagne est une initiative électoraliste et hypocrite qui affaiblira l’Europe, estime Pierre Rousselin dans son blog Géopolitique : « Face à l’effondrement de ses alliés libéraux du FDP, Angela Merkel parie sur une alliance avec les Verts. Cette équation politique a des répercussions pour toute l’Europe. Notre continent renonce pour longtemps à toute indépendance énergétique. Sa dépendance à l’égard de la Russie et de son gaz va s’aggraver. La France, elle, exportera davantage de son électricité. Comble de l’hypocrisie?: ce sont nos centrales qui éclaireront et chaufferont les écolos allemands. Quant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce n’est déjà plus une priorité. » (31.05.2011)

» article intégral (lien externe, français)

Die Welt – Allemagne 

La pression écologique menace la démocratie

Deux mois après l’accident de Fukushima, le gouvernement allemand a décidé de sortir définitivement du nucléaire. Le quotidien conservateur Die Welt s’irrite d’un rythme décisionnel qui nuira selon lui à la démocratie : « Hans-Jürgen Papier, ex-président de la Cour constitutionnelle, juge ‘illégal’ le moratoire que la magicienne Angela Merkel a sorti de son chapeau quelques jours après Fukushima. … Et cela ne semble choquer personne que l’instance établie par Merkel pour imposer la sortie du nucléaire ait été effrontément nommée ‘Commission d’éthique’. … Si un membre fondateur de l’UE aussi puissant que la République fédérale d’Allemagne souhaite autant une nouvelle voie énergétique pour l’Europe et la planète, il aurait été indispensable de mener cette entreprise au niveau européen. … Il se forme déjà une alliance impie entre ceux qui veulent enfin pouvoir gouverner comme ils l’entendent et ceux qui souhaitent occulter le Parlement et l’opinion publique en exerçant une pression écologique ‘morale’. » (31.05.2011)

Voir aussi : Rubrique Ecologie, rubrique Politique24 réacteurs nucléaires à fermer, rubrique UEParlement européen et corruption, rubrique internationale Fukushima désinformation,

Dans le match PS-UMP, un partout, balle au centre

Décryptage

Cela ne fait guère de doute : le match présidentiel qui va se jouer dans l’année qui vient a fort peu de chance de ressembler à la finale de la Ligue des champions qui a opposé le FC Barcelone à Manchester United ! Il arrive que le football atteigne à une sorte de perfection esthétique. Le talent, alors, efface le labeur ; la fluidité des gestes individuels n’a d’égal que leur efficacité ; la précision des mouvements collectifs fait oublier l’infinie répétition qui a permis cette maîtrise. Etonnant ballet des Catalans, contre lequel l’abnégation des Britanniques fut impuissante.

Rien de tel sur le terrain politique national. A ce stade, ce serait plutôt « 1 partout, balle au centre » entre socialistes et sarkozystes, au terme d’un début de partie trop convenu pour susciter le moindre emballement.

Prenez la présentation des équipes, samedi 28 mai. Halle Freyssinet, dans le 13e arrondissement de Paris, les socialistes étaient tous là pour approuver, à l’unanimité, leur projet 2012. Alliés, rivaux ou adversaires d’hier ou de demain, tous les caciques, tout sourire, étaient au premier rang. Seul manquait Dominique Strauss-Kahn, exclu du terrain après un très mauvais geste (présumé), comparable au fameux « coup de boule » de Zidane lors de la finale du Mondial 2006. A deux arrondissements de là, Porte de Versailles, la même scène réunissait les hiérarques de l’UMP. Y compris, main dans la main, le premier ministre, François Fillon, et le secrétaire général du parti, Jean-François Copé, qu’oppose depuis des mois une sourde et inlassable rivalité.

Ici et là, la liesse des supporteurs était aussi démonstrative et les consignes de match quasiment identiques. « Les socialistes sont prêts » et doivent « mobiliser l’esprit d’unité et de responsabilité », a lancé leur première secrétaire, Martine Aubry. « L’unité est notre force et la condition de notre victoire », assurait comme en écho M. Copé, tandis que M. Fillon mettait chacun en garde contre « les sirènes de la division ». Un partout, balle au centre, donc.

De même, le patron de l’UMP et le chef du gouvernement peuvent bien se gausser – avec délectation – des affrontements fratricides auxquels la primaire socialiste pourrait conduire. Mais ils ne sont pas davantage à l’abri des turbulences dans leur camp. Alors même que la Confédération des centres a franchi une nouvelle étape, samedi, en accueillant en son sein la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel, M. Copé a lancé un sérieux avertissement à tous ceux qui, Jean-Louis Borloo en tête, entendent s’émanciper de la férule de l’ UMP : « Ils devront assumer les conséquences de leur choix », a-t-il menacé.

Le mimétisme ne s’arrête pas là. Les responsables de l’UMP jubilaient depuis deux semaines du coup porté aux socialistes par l’affaire Strauss-Kahn. Si, à l’instar du président de la République, ils s’imposaient assez de retenue pour ne pas paraître à la manoeuvre, ils espéraient bien tirer un solide bénéfice des malheurs de l’ancien champion présumé de la gauche. Le premier ministre l’a résumé d’une phrase, samedi à la Porte de Versailles : voilà le PS contraint de « ravaler toutes ses leçons de morale », martelées sans relâche depuis quatre ans sur le comportement du chef de l’Etat ou de tel ou tel de ses ministres.

Hélas, dès dimanche, une méchante histoire est venue démontrer que l’affaire Strauss-Kahn – en libérant la parole des femmes – n’épargne personne. Accusé d’agression sexuelle par deux anciennes employées de sa mairie de Draveil et visé, à ce titre, par une enquête judiciaire, le secrétaire d’Etat à la fonction, publique, Georges Tron, a été contraint de démissionner sans tarder. Difficile pour la majorité, dans ces conditions, d’espérer se refaire à bon compte une vertu sur le dos de la gauche.

D’autant que le bilan du gouvernement en la matière devient décidément très lourd. En moins d’un an, c’est le septième ministre qui est obligé de quitter le gouvernement ou qui en est écarté : après le permis de construire très avantageux dont avait bénéficié Alain Joyandet pour sa résidence secondaire, après les cigares de Christian Blanc, après les commodités de logement de Fadela Amara ou de Christian Estrosi, après le conflit d’intérêts d’Eric Woerth dans l’affaire Bettencourt (par épouse interposée), enfin après les trop fameuses vacances tunisiennes de Michèle Alliot-Marie, voilà maintenant, si elle est avérée, une affaire de moeurs. Cette seule énumération est accablante.

Dernier ricochet, enfin, de l’affaire Strauss-Kahn : son remplacement à la tête du FMI. Après avoir, le 25 mai, annoncé son intention de se porter candidate, la ministre de l’économie, Christine Lagarde, paraît chaque jour davantage en position de favorite. La réunion du G8 à Deauville a été l’occasion de multiples apartés qui ont fait avancer sa cause. « Tout le monde pense qu’elle ferait une très bonne directrice générale », a glissé M. Sarkozy.

Tout le monde, sauf Jean-Louis Nadal, qui n’est pas le premier magistrat venu. Début mai, en effet, l’avocat général de la Cour de cassation a demandé à la Cour de justice de la République (CJR), seule compétente en pareil cas, d’ouvrir une enquête sur la manière dont la ministre avait clos le contentieux Tapie-Adidas – Crédit lyonnais, en 2008, en faisant appel à une procédure de justice arbitrale privée. Pour le plus grand bénéfice de Bernard Tapie, indemnisé à hauteur de 285 millions d’euros.

Impavide, la ministre de l’économie assure avoir agi dans l’intérêt de l’Etat et dans le respect de la loi. Rien ne dit que, le 10 juin, la CJR répondra favorablement à la demande de M. Nadal et ouvrira une enquête pour « abus d’autorité ». Mais si elle s’engage dans cette voie, l’on imagine difficilement comment la ministre, ainsi suspectée, pourrait échapper au hors-jeu. Drôle de match, là encore, dont on peu craindre que les Français finissent par se lasser.

Gérard  Courtois (Le Monde)