Culture. La politique régionale du Languedoc Roussillon : bilan, constats et projets en devenir. Un tour d’horizon des propositions des principales listes joignables sur fond de désengagement de l’Etat.
Ni obligatoire, ni optionnelle. A l’image de l’emploi, du développement économique ou de l’environnement, la culture figure, depuis la loi de décentralisation de 1983, dans les secteurs auxquels les Régions doivent concourir au développement. A la faveur de la baisse des crédits d’Etat qui sont désormais inférieurs à ceux des collectivités territoriales, la région Languedoc-Roussillon assume les activités artistiques et culturelles sur son territoire.
En 2004, lorsque que la majorité actuelle prends les commandes, tout était à faire. » Il a fallu construire une stratégie dans tous les secteurs « , indique la déléguée régionale à la culture Josyane Collerais.Le travail se met en œuvre dans une collaboration étroite avec la Drac et le Rectorat.La région initie des conventions d’objectifs pluripartites entre L’Etat et les collectivités. » Le bilan est très vaste, commente sans modestie la conseillère régionale, On peut citer, la création de L.R cinéma, le développement de l’éducation artistique dans les lycées. Aujourd’hui, 60 000 lycéens sont impliqués. Et nous comptons doubler ce chiffre à l’avenir. » Conformément à l’image de bâtisseur de son chef, le programme de la liste sortanteenvisage le développement des éléments structurants, avec le Théâtre Archipel à Perpignan, une salle de musiques actuelles à Nîmes, le développement du pôle cirque d’Alès et la Cité de la Danse à Montpellier… Nous maintiendrons aussi l’emploi dans le secteur et le soutien aux langues régionales et aux radios associatives ainsi que les projets d’actions innovantes « , promet Josyane Collerais.
Autre son de cloche pour Nicolas Dubourg, de la liste Europe Ecologie : » Frêche s’est toujours prévalu de mener une politique de pointe, ce qui n’était pas faux à son arrivée à Montpellier, mais aujourd’hui la tendance est à la ringardisation., Souligne ce trentenaire qui a quitté le PS. » Rien n’est fait pour renouveler les élites artistiques qui fonctionnent en réseaux de pouvoir depuis trente ans. Nous nous défendons la culture dans la diversité des pratiques de chacun en proposant de développer des structures publiques associant acteurs culturels, associations et collectivités, dans un esprit de dialogue. » Pour faire face au déficit de responsabilité politique lié aux financements croisés, la liste Europe écologie propose de former les élus aux spécificités du secteur culturel.
Robert Lecou, l’ex maire UMP de Lodève,revient lui sur la gestion politique. » A travers la diversité qui la compose, ses langues, son patrimoine… notre région a une identité forte. Elle est porteuse d’un message culturel qui doit être valorisé. Je ne veux pas m’attarder sur les critiques du système Frêche. Je dis seulement moins de bla-bla et davantage d’actes et d’équité pour les acteurs culturels qui viennent de tous les bords politiques. » Le député de droitevoit dans la culture » un formidable levier économique « . Son candidat Raymond Couderc, qui était en charge des finances sous la mandature Blanc veut soudainement faire passer le budget de la culture de 3,6% à 5%.
Jean-Pierre Gallepe, du Front de Gauche, souligne l’absence de transparence : » L’exemple de la nomination du directeur des Treize Vents qui s’est décidée lors d’une conversation intime entre Georges Frêche et le ministre de la Culture, me vient à l’esprit comme la chasse aux sorcières qui a fait suite à l’élection Frêche. Aujourd’hui c’est pareil. Il est très difficile pour les acteurs culturels de prendre position contre le président car tous le monde craint les conséquences. « Le Front de Gauche souhaite renouer avec la réflexion collective. » Frêche favoriseles centres principaux. Les grands ténors font vitrine et les pratiques amateurs, comme l’éducation populaire, sont oubliées. Nous pensons aussi que la question de la gratuité doit être posée pour élargir l’accessibilité de l’offre.
Entre images et réalités
La politique culturelle régionale serait-elle par sa nature propice au flou artistique ? Sur le papier, les grands objectifs poursuivis mis en œuvre à l’issue des lois de décentralisation concernent l’aménagement culturel du territoire, la mise en valeur du patrimoine, l’éducation artistique, le soutien à la création… Mais le secteur protéiforme de la culture prête à bien des interprétations et rend l’évaluation des politiques menées difficile.
Ici, comme dans d’autres secteurs, la particularité de la région Languedoc-Roussillon tient à son système de gouvernance. On confond trop souvent culture politique et politique culturelle. Après avoir mis la culture au cœur de sa stratégie municipale avec succès, l’ancien maire de Montpellier a tenté de reproduire ce schéma en région. Il n’a cessé de presser les grosses machines culturelles de la capitale régionale à décentraliser leur offre sans produire de résultats probants. La mandature régionale de Georges Frêche a cependant fait évoluer les choses, dans le domaine de l’audiovisuel notamment avec l’ouverture de l’antenne régionale du cinéma, dans celui des arts plastiques avec la mise en place de grandes expositions itinérantes et dans le travail de valorisation du patrimoine. Sur ce dernier point où les actions fédératrices sont plus simples, la Région travaille main dans la mains avec l’Etat. Mais il ne suffit plus aujourd’hui d’envisager la culture comme faire-valoir économique. Avec l’apparition des nouveaux modes de consommation culturels surgit l’urgence d’un soutien à la culture en tant qu’outil de socialisation.
Roman étranger. L’odeur des Pommes de Mark Behr. Une troublante histoire qui dessine l’Afrique du Sud des années 70.
On découvre l’Afrique du Sud des années 70 à travers les yeux d’un enfant blanc de dix ans qui rêve un jour d’être aussi fort que son père, un général de l’armée sud africaine. Le jeune Marnus vit une enfance paisible. Il reçoit une éducation rassurante, catholique et ordonnée. Dans la douceur de la maison familiale, il hérite des valeurs de son père fier et sans crainte. « Tu n’as pas peur de te couper ? » lui demande-t-il en l’observant se raser. Sa mère consacre son temps à prendre soin de lui. Depuis qu’elle a mis un terme à sa carrière de cantatrice internationale, son regard se perd parfois dans ses pensées. Et puis il y a cette solide amitié avec Frikkies son petit copain de classe avec qui il découvre le monde. A première vue, il semble que la violence ne pénètre pas directement à l’intérieur de ce foyer modèle, pas plus que dans le quartier résidentiel choisi comme terre d’asile par ses parents. Ceux-ci ont abandonné leurs terres en Tanzanie après la nationalisation socialiste. Un jour, pourtant, le fils de la nourrice noire est retrouvé gravement brûlé par le moteur d’un train…
C’est toute l’essence de la culture de l’apartheid que transmet Mark Behr à travers ce premier roman écrit en Africaan en 1993 et jamais traduit en français jusqu’alors. L’auteur lui-même originaire de Tanzani puis exilé en Afrique du Sud, use de la naïveté pour révéler l’intensité d’un drame sourd. Le lecteur découvre par le biais d’une double structure ce qu’il est advenu de ce sujet pensant qu’il retrouve bien plus tard sur le front de l’Angola. La haine a germé dans son être. La trame éducative de Marnus qui a besoin d’être guidé dans son cheminement intellectuel et existentiel, va basculer avec l’arrivée du sympathique et mystérieux M. Smith. Un général chilien, ami de son papa, accueilli dans le foyer familial. La vie n’est pas si rose, elle est même parfois semée de sérieuses embûches.
Jean-Marie Dinh
Mark Behr, L’odeur des pommes, Editions Lattès, 20 euros à paraître le 10 mars
André Ferran, l’ex-secrétaire fédéral PS, connu pour avoir été l’avocat de président de région, signe un pamphlet sur le système Frêche.
Pourquoi ce livre après avoir été un compagnon de longue route ?
J’avais des choses à dire. Depuis un certain temps, je m’étais écarté politiquement de Georges Frêche. J’ai voté contre lui aux sénatoriales, contre le fait d’écarter la gauche, les communistes, les Verts au bénéfice du Modem. Par ailleurs, je me suis rendu compte, en hésitant beaucoup à trouver cette réalité, que Frêche n’était plus socialiste. Mon livre ne touche pas l’homme privé si ce n’est dans ce qu’il est devenu en tant qu’homme politique. Et que la fédération qu’il avait mis en place était une fédération à sa botte. Navarro n’est pas plus socialiste que moi archevêque.
Vous n’êtes pas archevêque mais vous qualifiez le secrétaire de la fédération de chanoine?
C’est une boutade pour présenter le personnage. J’explique dans le livre que l’un fait la carrière de l’autre. Frêche n’aurait jamais pu faire ce qu’il a fait s’il n’avait mis la main sur la fédération socialiste en plaçant à sa tête un apparatchik qui lui doit tout. Toutes les sections sont présidées par un élu, c’est une pyramide.
Le socialisme en L.R n’existe plus, dites-vous. Ici moins qu’ailleurs ?
J’espère qu’ailleurs le socialisme est un peu plus vivant qu’en Languedoc où il est devenu une secte. Je suis socialiste depuis plusieurs décennies, je pense et j’espère qu’il reste des gens pour défendre le socialisme qui me va droit au coeur et pour lequel je me suis engagé. J’attends que cette équipe soit partie pour revenir dans mon parti et je ne suis pas seul dans cette situation.
Vous citez André Vézinhet qui dit : « en tant que député, je ne connais pas le nombre de militant de ma propre circonscription « . Est-ce un fait nouveau cela ?
Non ce n’est pas nouveau, le problème est que dans cette fédération, il y a deux catégories d’adhérents. Il y a ceux qui ont une vue très exigeante du socialisme dans sa philosophie et dans sa pratique. La plupart de ces militants pense qu’il faut régler les problèmes en interne et ne pas mettre sur la place publique ce qui pourrait affaiblir le socialisme. Et à côté vous avez les Navarro est les autres qui sont les roitelets. Le fonctionnement de la fédération a révulsé un certain nombre de personnes qui ont démissionné. Moi j’avais proposé de saisir le magistrat compétent en référé afin d’obtenir une ordonnance obligeant Navarro à fournir les registres aux plaignants pour savoir qui cotise et qui ne cotise pas, et éclaircir les choses autour de la fameuse section hors sol. Les gens bien pensants ont préféré ne pas le faire, ce qui permet à l’autre partie de la fédération de poursuivre sur un terreau qui n’est pas le nôtre.
Dans l’affaire des Harkis vous réhabilitez Frêche en expliquant la décision de justice ?
Je n’étais plus son avocat à ce moment-là. La Cour a rendu une décision à mon sens remarquable. Elle considère que le terme de sous-homme n’a pas été employé pour l’ensemble de la communauté. Il n’a pas dit que les Harkis étaient des sous-hommes, il a employé le terme pour les deux personnes qui étaient venues le provoquer donc je le réhabilite. Je ne cherche pas à l’accabler. Je dis ce qu’il en est. Seulement quand il dit j’ai été absout, ce n’est pas vrai. La cour n’a pas jugé puisqu’il y a eu un vice de forme qui lui a interdit d’aller au fond. Frêche c’est le bluff, le bluff, le bluff et j’en est marre de le voir abuser les gens.
Comment voyez-vous l’avenir du PS dans cette région après Frêche ?
Je pense que l’on ne peut pas voir le Languedoc-Roussillon indépendamment de Paris. Si le renouveau du PS se fait, il faudra changer les têtes. Navarro ne pourra pas rester. Il y a un tas de jeunes qui peuvent prendre des responsabilités, d’autres qui sont partis reviendront. Si ça patine à Paris je vous avoue que je ne sais pas ce qui va se passer. Frêche peut mettre des personnes qui travailleront pour lui en gardant la structure et seront plus difficile à déboulonner « .
Recueilli par Jean-Marie Dinh
De dérapages en déraison Frêche se démasque. Chicxulub éditions, 15 euros
Les bonnes feuilles
Le système Frêche
Peu à peu, sans éclat, mais avec une bonasserie rassurante de chanoine, c’est Navarro qui étouffe chez les membres du parti toute velléité de changement, leur interdit d’accéder aux fichiers de la Fédération, à sa comptabilité et à tous autres documents instructifs. Cotisez, braves camarades, votez comme on vous le dit ! Et pour le reste, dormez en paix : je veille ! La devise fait toujours florès. Certes, ce personnage a construit jusqu’à aujourd’hui une belle carrière « politique ». Toujours par scrutins de listes, auxquels il contribue activement en s’y plaçant au mieux pour être élu : vice-président régional, député européen, puis sénateur pour ne parler que des saute-mouton les plus criants.
C’est le pilier central du système Frêche, cimenté par un clientélisme extérieur au parti. Frêche et Navarro font ainsi la paire et route commune, l’un sacrant l’autre et réciproquement ; le premier a beaucoup lu, sait parler ; le second a le souffle court, mais exécute ferme. Cette confiscation du pouvoir au maillage serré, fait de soumission pusillanime, sert encore de corset d’acier aux fondations de l’Empire régional.
Le chef
C’est que Frêche, à califourchon sur la plus grosse branche du chêne qu’il a planté et fait croître – d’après lui, jusqu’à rejoindre Dieu, qu’à l’occasion il conseille, et même remplace – la scie allégrement avec des rires sarcastiques et tonitruants.
Un jour, il prend une décision bizarre sinon incohérente, qui doit sur-le-champ être apportée au peuple. Les services de communication accourent, la presse, et chacun se met aux abris… Le lendemain, il injurie, de préférence publiquement, piétine ceux qu’il trouve trop peu courtisans ou pas assez décérébrés à son goût ; ceux qu’il rencontre, par malheur, à l’instant où sa pression intracrânienne lui impose de libérer pour son confort un jet de vapeur, et même en désespoir de cause, ceux qui respirent trop fort sans son autorisation.
Le reste du temps, Frêche « fait des coups », toujours sans préparation, souvent pulsionnels. Machiavel, c’est pour la légende. Parfois, bingo ! Ça marche ! Vite les médias, il se répand, en rajoute, se vautre. Ah ! Le visionnaire ! Oubliés les échecs, la Septimanie avortée, les lycées débaptisés, etc. Et puis, il faut bien le dire aussi, il exécute : les soupçonnés de traîtrise, les comploteurs présumés, les possibles « pas clairs », les porteurs de mauvaises nouvelles qui font arriver le malheur… Lesdites exécutions sont bien sûr « politiques ».
Ainsi va l’homme, sur la voie qu’il s’est faite, empierrée de courtisans, d’obligés, de ravis, d’attentistes fiers et reconnaissants du pas qui les courbe un peu plus chaque jour. De leader politique, il est devenu gourou. La secte qu’il a créée, où les militants sont devenus fidèles et Navarro le Grand Prêtre, plus calculateur qu’inconditionnel, s’est coupé du monde.
Le faux plébiscite
Le 3 décembre 2009, par un vote, les militants du PS ont adopté la liste Frêche, bien que ce dernier ne paie aucune cotisation au parti depuis trois ans, soit trente mille euros environ. Ils sont bien bons les militants qui paient la leur parfois avec difficulté.
Le paradoxe
Pour comprendre le paradoxe vivant qu’est Frêche, dans son apparence d’être droit dans ses pompes et dans ses oeuvres, toile de fond sur laquelle s’impriment en continu ses foucades, ses outrances, ses boursouflures et ses délires… il ne faut pas procéder par analyse manichéenne de ce dualisme. Il n’y a pas, en l’espèce, le bien et le mal bien tranchés. Pas de pan de mur à l’ombre derrière lequel viendraient, par génération spontanée, et sortiraient, grimaçants, des mots qui dépècent ; ni un point de lumière enveloppante, chaude de généreuse et vivifiante grandeur. Frêche, n’est qu’un. Ses deux facettes ne se succèdent pas en alternance ; elles s’interpénètrent et se légitiment mutuellement.
Ce qui frappe d’abord ceux qui l’approchent, c’est sa pauvreté psychologique dans ses rapports aux autres, en regard de son intellect multiforme et riche. Comme s’il avait pris toute la place disponible pour mieux s’épanouir et s’imposer en maître. « Par ma mère, j’ai été formé machiste, confesse Frêche. J’ai reçu une éducation machiste, continue-t-il, celle de l’homme placé au centre du monde. Comme elle était institutrice, je devais être premier partout. Quand je n’étais que second, elle m’engueulait. Quand elle me disait « tu es second », elle me le disait avec un de ces mépris… Pour faire plaisir à ma mère, j’avais tous les prix. J’étais la « grosse tête de la classe ». Je devais aussi séduire les plus jolies filles » ».
Ce savoir, qui a bâti l’enfant et son accessoire avaient pour vocation de nourrir et muscler son intellect, non point pour l’amener vers autrui, le connaître, apprendre à l’aimer, et peut-êre à le servir, mais pour lui être supérieur et mieux le dominer. C’est pourquoi dans les propos, les façons de faire et les écrits de l’homme qu’il est devenu, on ne peut rien trouver ressemblant à une main tendue, fraternelle, où même simplement à l’offrande d’un soupçon de chaleur humaine vraie.
Le masque
Frêche n’a été formé ni pour les ambassades, ni pour les médiations. Il passe en force ; il ne mène pas les hommes, il les malmène pour les atteler à son char. Son agressivité systématique, son mépris claironnant de tous ou presque, la supériorité qu’il se prête sont les paravents qui participent de ce cynisme. Il en use pour tenir à distance de lui ceux qu’il ne comprend pas, ceux qui l’impressionnent ou qu’il craint ; ceux qui peuvent lui être préférés par les militants du parti. La hantise de n’être pas toujours le premier ! Ainsi trouve-t-on dans ses ouvrages quelques appréciations acides exemplaires, en l’espèce, sur les hommes et les femmes politiques du parti socialiste.
Frêche « élimine »
Ainsi, dans « La France ligotée » (éd. Belfond, p. 49), il écrivait déjà en octobre 1990 : « Le PS est une école de guerre, peut-être la meilleure. Comme ces soldats de mon enfance, les militants au cours des batailles internes luttent à balles réelles ». Drôle de métaphore…
Le bluff
En même temps que la mise en place de ces moyens de protection, à la fois pour mieux compenser ses manques affectifs et donner le sentiment qu’il est toujours et malgré tout le premier de la classe, Frêche, par le verbe et le livre, joue de son intellect. Porteur de grande culture faite d’authentique science, sans respect pour ses auditoires, il engouffre dans ses discours des contre-vérités, de larges tranches d’histoires de pays étrangers, souvenirs de ses cours magistraux, et bluffe à tort et à travers pourvu que cela le fasse mousser, quitte à dire le contraire plus tard. Seul compte l’impact immédiat pour son équilibre profond et sa propre image, celle qu’il croit être la meilleure pour lui.
Jaurès
Mais masquer sa réalité profonde, en suppléant le « sentiment » par l’intellect, n’est encore pour Frêche qu’une talonnette, mise aux bottes de sept lieues qu’il a chaussées pour fuir au plus loin sa « boiterie ». La parade est insuffisante à créer l’humanisme qui manque d’un côté et arriver au génie politique de l’autre. Alors, comme les enfants qui, admirant les qualités d’un personnage mythique, veulent les posséder, et pour cela, l’investissent, s’identifientà lui et finissent par vivre à travers la chimère, Frêche s’est « réincarné » en Jaurès et Machiavel « grands politiques », subtils anticipateurs des temps futurs. Cependant, à y regarder de plus près, on voit bien qu’il n’y a là que panoplies.
Les autres injures A propos de la venue d’une délégation russe pour la Comédie du Livre de mai-juin 2008 : « C’est un peuple formidable, méconnu en Occident, mais extrêmement gentil ». Attention ! Quand il se fait patelin, la suite glace souvent : pour lui, les Russes n’ont qu’un seul défaut : « ils sont antisémites… ». « Je ne suis plus adapté au monde actuel, un monde de faux-culs où il faut du calme et ne pas dire ce que l’on pense » (Le Journal du Dimanche, 19 février 2006). « Maintenant, on ne peut plus rien dire. J’engueule deux mecs et aussitôt on me fait porter tous les péchés du monde. On vit dans une société de merde préfascisante. Le procès qu’on fait à Sarko est un procès fasciste » (Midi Libre, 28 février 2008). Frêche ne manque pas d’air !
La république bananière
Mais les scores à la Ceausescu enregistrés dans l’Hérault n’ont rien à voir avec le niveau national. La Fédération fait marcher les militants au canon – la section hors sol que dirige Navarro est son domaine réservé. Il en est le secrétaire ; sa femme en est trésorière. Impossible de connaître les inscrits ; madame Navarro vient d’être désignée au Comité national du PS à Paris. « On ne nous a jamais fourni les comptes, je ne veux pas que ma cotisation serve à des postes de budget dont on ne sait rien, ma démission du PS est une sorte de cri d’alarme » s’indigne encore Jacques Atlan. Cette déclaration carrée mérite une exégèse. La « tricherie », ce mot est ici un euphémisme ! On devrait parler du trucage des résultats définitifs des votes, ceux prétendument obtenus dans la fameuse « section hors sol » étant comptabilisés pour les obtenir. Elle est constituée de près de quatre cents inscrits qui seraient éparpillés de par le monde et regroupés autour d’un Navarro au grand coeur, qui les accueille en respectant leur besoin d’anonymat… C’est l’Arlésienne ! Au moins, camarade Navarro, est-ce qu’ils cotisent, comme imposé par les statuts du PS, pour avoir accès aux votes ? La question ne se pose pas, camarade ! Réponse idéale dans son double sens. On peut en rester là ! Il a bien été conseillé à un groupe d’opposants de saisir la justice par voie de référé pour contraindre sous astreinte le Premier fédéral à mettre à leur disposition tous documents indispensables à l’analyse de la situation, pour qu’en soient tirées toutes conséquences. Cela n’a pas été fait, mais il paraît qu’on y pense toujours et qu’on attend l’occasion…
Un nouvel état
Convaincu qu’avant lui, rien n’existait que le désert, et le proclamant, urbi et orbi, il doit créer une entité régionale, creuset de l’oeuvre obligatoirement grandiose qu’il va réaliser et qui portera son sceau pour passer à la postérité. Tous les gouvernements de gauche successifs l’ont laissé à leur porte, le jugeant trop fantasque malgré ses réalisations en qualités de maire, appréciées à Montpellier. Et parce qu’il n’avait pas acquis, malgré ce, sens politique et sagesse.
La Région, véritable « petit pays », lui est alors confiée pour qu’il lui fasse un avenir. Il y est prêt moins pour elle que pour lui et ils vont voir de quoi il est capable, lui, qu’ils n’ont pas accepté. Son oeuvre s’appellera « La Septimanie », sortie de ses souvenirs d’historien, en lieu et place de la dénomination Languedoc-Roussillon, avec son nouveau drapeau, son logo particulier et tout ce qui va suivre d’organisation originale.
La raison hoquette
Après avoir ébroué son esprit, lecture faite de ce morceau d’anthologie, petite partie d’un tout à l’avenant sur d’autres sujets, la raison hoquette d’ahurissement. Ainsi, la stratégie politique de Frêche est basée sur le « cul » pour se faire élire ! Cet « humanisme » a le plus grand mépris pour la démocratie et ceux qui la constituent, qu’il trompe sans état d’âme ; ce « fin lettré », à travers sa langue dont il se moque, refuse au peuple catalan la considération qui est due à sa vivante et riche culture. Les Occitans ne sont pas mieux traités avec leur langage assimilable au « patois », terme péjoratif, oubliant que l’occitan est enseigné à plus de 13 000 élèves en Languedoc.
Epilogue
Le vide s’est fait autour de Georges Frêche. Ses amis sont partis choqués par ses dérives devenues immaîtrisables et inacceptables. Le premier cercle et les autres, à la fois conseillers et gardes du corps, ceux qui avaient eu la chance de servir à travers lui et avec lui, un socialisme ardent et constructif, aujourd’hui, à jamais disparu. C’est que Frêche, en perpétuelle recherche d’équilibre profond, se protège en imposant le personnage qu’il s’est fait, brutal et cynique, excluant les autres de peur qu’ils le découvrent et le maîtrisent. Frêche, à ce jour, est au plus haut degré de l’hubris, de façon irréversible et assumée avec une rare violence si on lui discute une parcelle de pouvoir. Pas pour mettre au concret un socialisme nouveau : pour mieux le combattre. Avec un cynisme rare, il en est arrivé, intouchable qu’il est, pense-t-il, à provoquer l’électeur de gauche. Et puis, il bétonne et bétonne comme il a été vu, et bétonnera encore s’il est réélu, dans l’exercice d’un pouvoir résolument mégalomaniaque. Il ne réalise que des constructions qu’il veut de renommée « européenne » et si possible « mondiale » : aquarium, casino, zone ludico-commerciale, etc. Il s’en gargarise devant la presse en alignant les chiffres astronomiques des coûts en millions d’euros, à contre-courant de toute considération écologique ; et d’un socialisme au service de l’homme et non de ce qui l’exploite.
La raison a quitté la Région Languedoc-Roussillon. Qui peut la faire revenir ?
« La perversité du pouvoir aujourd’hui est de récupérer la critique que l’on en fait en la dénaturant. » Photo David Maugendre
L’écriture de Bernard Noël jaillit d’un seul tenant, corps et esprit liés dans un même souffle. L’ énergie poétique se nourrit du politique, du questionnement humain et du désir… La nature du travail accompli est immense. Les plumes d’Eros, qui vient de sortir chez P.O.L, est le premier tome d’une série qui rend compte de la richesse et de la profondeur de son œuvre. L’ouvrage nous plonge au cœur d’une quête éperdue et sensible de sens. Elle regroupe une vingtaine de textes variés, poèmes, essais, et récits, érotiques. Entretien.
Eros ouvre l’espace…
« C’est un érotisme amoureux, non violent… Il me semble que dans toute création, que ce soit l’écriture, la peinture, le cinéma… il y a le besoin de construire un espace. Chaque livre est un espace organisé. Quand mon éditeur m’a proposé de constituer Les plumes d’Eros, j’étais assez réticent parce que je pensais que cela allait m’obliger à plonger dans mes papiers. Et cette idée ne me disait rien qui vaille. Et puis je me suis rendu compte que cela me permettait de rassembler des textes qui sont voisins. Leur esprit, leurs mouvements profonds les rapprochent. Comme les textes qui sont rassemblés là courent sur cinquante ans, je suis bien obligé de constater qu’il y a une espèce de constance d’Eros dans ce que je fabrique. Ces espaces s’emboîtent d’une manière sensible.
Eros qui révèle la singularité de l’individu fait peur, dites-vous…
Cela peut apparaître comme un paradoxe parce qu’on a l’impression qu’Eros est partout dans la rue avec les publicités, les publications spécialisées etc. Mais évidemment tout cela c’est de la surface. C’est superficiel. Je crois que le corps fait toujours peur. Il y a plusieurs façon de le coloniser. Autrefois c’était à travers la culpabilisation religieuse, aujourd’hui ce serait plutôt l’inverse. Mais je ne suis pas sûr qu’il y ait eu des progrès considérables. On l’enferme dans une image. Il doit toujours être très propre.
Votre activité d’écriture est-elle conduite par Eros ?
La couleur générale de l’énergie vitale relève à la fois d’un désir d’expression, pour moi l’écriture, et du désir tout court. Un même mouvement les nourrit. Quand on pratique la langue, on est branché sur l’énergie générale de tous les gens qui parlent cette langue. Je pense à cela parce que la torture en Algérie m’était encore plus insupportable à cause de la langue. Je me disais : en plus, les bourreaux parlent français, ce qui me rendait quelque part solidaire malgré moi…
Comment être présent dans une société de flux où la médiocrité use la sensibilité ?
On reproche aux intellectuels de ne pas prendre parti, ce n’est pas vrai. Le problème est que les intellectuels visibles sont devenus extrêmement pervers parce ce qu’ils ont tous trahi. Il n’y a plus d’intellectuels de gauche qui s’expriment, hormis Badiou qui a eu un coup de génie avec son livre Ce dont Sarkozy est-le nom ?Mais il faut faire face à la complicité générale des médias et on ne sait plus si le combat a une efficacité quelconque. Il me semble que l’un des rôles de l’écrivain aujourd’hui est de créer des lieux de résistance.
Dans le cri et la figure vous évoquez la création d’un lieu où penser ne serait plus penser mais tenter d’articuler l’impensable.
C’est une de mes vieilles obsessions d’essayer d’aller à la fois au-delà du dicible et du pensable. Mais je sais qu’il n’y a pas d’au-delà. Parce qu’il me semble que l’indicible est inclus dans le dicible et j’espère que l’impensable est un état provisoire du rapport avec la pensée donc l’impensable doit pouvoir se penser…
Cette quête vise-t-elle à l’ancrage de valeurs devant l’inachèvement de la justice dans un monde d’inégalités croissantes ?
Je n’ai jamais séparé le politique* de l’érotique ou du poétique. Nous n’avons jamais été dans un monde aussi inégalitaire, aussi générateur de misère, de chômage, de pauvreté… Il y a là une urgence nouvelle. Ce qui m’étonne c’est la rapidité avec laquelle on a convaincu les gens de la nécessité de la rentabilité. Par exemple à propos des services publics, dont la fonction était de rendre service et non pas d’être rentables. Ils étaient rentables s’ils vous rendaient service. Cela tombe sous le sens. Reprendre des raisonnements aussi simples est devenu aujourd’hui une nécessité quotidienne pour montrer la régression. Ce qui m’ahurit à mon âge, c’est de voir à quel point la régression s’accélère. Après la guerre, on rêvait tous d’une société meilleure et elle semblait accessible. En dépit des divisions politiques de l’époque, il y avait des actions pratiques mise en place par le Conseil national de la Résistance, la sécurité sociale, les services publics… Il faut reconnaître que cela marchait assez bien. De ce fait on pensait aller vers le progrès. Il nous semblait que ces avancées étaient irréversibles. On voit bien que la seule raison d’y mettre fin, c’est de faire gagner beaucoup d’argent à peu de gens.
Votre engagement dans l’anticolonialisme est connu. Quel regard portez-vous sur les logiques sociales post-coloniales françaises ?
C’est vrai. Au fond, je n’oserais pas le dire… Ces logiques sont toujours d’actualité. A la différence qu’aujourd’hui elles sont à usage interne. Au fond, la France est en train de coloniser son propre pays. Mais on ne pense pas en ces termes parce que cela nous révulse.
En même temps, on se demande si la population est toujours en mesure d’en avoir conscience. Ce qui nous renvoie à vos travaux sur la Sensure…
Lorsque je travaillais sur la privation de sens*, je parlais de castration mentale. Et les gens trouvaient que j’exagérais jusqu’au jour béni où M. Le Lay de TFI a expliqué que le rôle de sa chaîne était de vendre du temps de cerveau disponible. Le propre de la Sensure c’est justement qu’il n’y a pas de censure, l’ennemi n’est pas là, du moins il n’est pas visible.
Vivez-vous votre rapport au temps comme un moyen d’identification ?
C’est une question un peu douloureuse pour moi parce que le temps m’échappe de plus en plus. Je pense que c’est symptomatique de l’époque. C’est un parasitage général que l’on éprouve mais il est très difficile de saisir son processus, en tous cas son origine. C’est probablement lié à cette manie communicative. On n’a jamais aussi peu communiqué que depuis que ça communique partout. Et la perversité du pouvoir aujourd’hui est de récupérer la critique que l’on en fait en la dénaturant. C’est à la fois un parasitage et une métamorphose qui rend négatif ce qu’on a pu construire de positif.
Que vous apporte l’écriture ?
La réponse la plus facile c’est le mot de Beckett : « bon qu’à ça », à mon âge c’est une réponse parfaite. »
Recueilli par Jean-Marie Dinh
* « Les anciens régimes s’essoufflaient à interdire, censurer, contrôler sans réussir à maîtriser le lieu de la pensée, qui pouvait toujours travailler silencieusement contre eux. Le pouvoir actuel peu occuper ce lieu de la pensée sans jouer de la moindre contrainte : il lui suffit de laisser agir la privation de sens. Et, privé de sens, l’homme glisse tout naturellement dans l’acceptation servile. » Bernard Noël » La privation de sens » (1)
Bernard Noël Les Plumes d’Eros, P.O.L 26 euros, Le second tome à paraître chez P.O.L sera consacré aux œuvres politiques de Bernard Noël
Le nouveau livre du philosophe et journaliste italien Daniel Salvatore Schiffer, qui enseigne en Belgique, ne sera pas publié en France malgré l’existence d’un contrat. Ce livre critique le philosophe français Bernard Henri Lévy, qui a manifestement usé de sa puissance éditoriale contre son collègue, écrit le quotidien progressiste de gauche La Repubblica. On peut difficilement échapper « à la chemise blanche de Bernard Henri Lévy, à ses livres, à ses entretiens à la radio et la télévision. Et même s’il est accusé de censurer les livres de ses critiques, c’est toujours Bernard Henri Lévy qui occupe le devant de la scène médiatique et culturelle. … Schiffer accuse le monde littéraire français d’omerta. De nombreux livres ont été écrits contre BHL, mais cette censure présumée aidera finalement le livre de Schiffer, qui sortira fin mars pour le salon du livre à Paris, dans une édition belge. »