La pudeur, fil conducteur de l’étoffe intime

Un des principes de base du métier « Cacher pour mieux montrer »

Un des principes de base du métier « Cacher pour mieux montrer »

Rencontre avec Chantal Thomass invitée du Forum Fnac à l’occasion de la parution de

Histoire de la lingerie

L’accueil d’une thématique transversale comme celle de l’histoire de la lingerie pousse naturellement à la prospective. Mais aussi à la réflexion car la légèreté au quotidien n’est pas chose sans importance. A travers le livre passionnant de Chantal Thomass et de l’historienne de la mode Catherine Örmen se dessine une partie de la vie des femmes, la face cachée. N’est-ce pas dans l’univers intime que l’on touche à la profondeur féminine ? Et qu’y a-t-il de plus proche qu’un linge porté à même la peau ? Si ce n’est l’odeur, l’esprit, et la conscience de sa propre nudité…

La pudeur tient lieu de fil conducteur à ce parcours sur les traces de la lingerie. Celle-ci voit le jour au XVIIe siècle précédée par les linges de corps au Moyen Âge et l’apparition de la dentelle au XVIe. « Cette savante bordure de fils jetée dans le vide au-delà de la toile et ensuite brodée dans l’air. » On apprend que le siècle du libertinage était plutôt pudique et l’on comprend comment l’industrialisation du XIXe et sa bourgeoisie bien pensante, voit le développement des salons d’essayage mais aussi des maisons closes. Le soutien-gorge que les féministes américaines brûlent dans les années 70 à l’occasion de l’élection de Miss Amérique ne fait son apparition qu’au début des années 30. Mais à ce stade, mieux vaut s’en remettre à la créatrice Chantal Thomass garante de ce savoir-faire exceptionnel.

Vos premières collections voient le jour dans les années 70, moment où la lingerie est plutôt dans le creux de la vague ?

A l’époque, je travaillais dans le prêt-à-porter et j’avais une ouverture sur les tissus qui étaient ultra traditionnels. J’ai saisi l’occasion pour faire le pont en utilisant des tissus différents. Cette idée de passage entre les deux mondes caractérise un peu ma trajectoire. L’univers de la mode et celui de la lingerie sont aussi éloignés que ceux de l’automobile et de la mode. C’est dans le même état d’esprit que m’est venue l’idée de lancer des collections de lingerie d’été et d’hiver dans les années 80 en jouant sur des inversions dessous dessus ou sur les transparences.

Où en est votre rapport avec les mouvements féministes ?

Je n’ai jamais eu de problème avec les féministes parce que pour moi, on porte avant tout de la lingerie pour se sentir belle, se faire plaisir… pas pour séduire les hommes. Les chiennes de garde me sont tombées dessus lors d’un happening aux Galeries Lafayette en 1999 parce que mes mannequins évoluaient en vitrine. Je n’ai pas compris. A ce moment, on trouvait des revues pornos partout à la hauteur des enfants. Je crois qu’elles avaient besoin de faire parler d’elles. Ségolène Royale avait écrit une lettre au directeur du magasin. C’était aussi la première fois que l’on entendait parler de Clémentine Autain.

Où situez-vous la lingerie entre l’extrême sophistication et la démocratisation ?

Aujourd’hui, on peut considérer que c’est un luxe abordable. Chez moi, une parure (soutien-gorge et culotte) coûte environ 150 euros. Si l’on trouve cela cher, on peut trouver des choses très bien à 25 euros. Mais il arrive souvent que les femmes craquent. Dans ce domaine, nous n’avons pas de cible comme dans le prêt-à-porter. Ce n’est pas une question d’âge ou de prix. C’est un style de femmes qui aiment la lingerie, d’autres qui n’en n’ont rien à faire. C’est aussi un goût pour la sophistication parce qu’on paie cher quelque chose qui ne se voit pas toujours ».

Jean-Marie Dinh

Histoire de la lingerie par Chantal Thomass et Catherine Örmen, éditions Perrin, 19,8 euros

Voir aussi : Rubrique livre Bernard Noël,

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